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Full text of "Le Naturaliste : journal des échanges et des nouvelles."

% H 30 
g- 



LE NATURALISTE 



REVUE ILLUSTRÉE 



DES SCIENCES NATURELLES 



AVEC LA COLLABORATION DE MM. 



ALLARD. membre de la Société entomologique de Franco. 

AJfCEY, membre de la Société malaoologique de France. 

AUSTAUT, membre de la Société entomologique do France. 

BATAILLON, préparateur £ la Faculté dos sciences de Lyon. 

BENBERITTER. de Rouen. 

BERDAL, micrographe. 

BOCOURT, ex-consei valeur des paieries de zoologie du Muséum de Paris. 

BOIS, assistant de Culture au Muséum d'histoire naturelle de Taris. 

BONNET (P'). attaché a* laboratoire de Botanique du Muséum de Paris. 

BONNIEU [Gaston), professeur à la Sorbonhe. 

BOULE, assistant de (léologio au Muséum de Paris. 

BOL'VIEB. professeur au Muséum de Paris. 

BRONGXIART (Ch.), assistant au Muséum d'Histoire naturelle de Paris. 

CHAUVEAUj). agrégé de l'Université. 

CHRÉTIEN, membre de la Société entomologique de France. 

COLOMB, préparateur de Botanique à la Sorbonne. 

COBMOVICI (1)'). de Jassy. 

COSTANTIX. maître do cout'érences à l'Ecole norrnalo supérieure. 

COUPIX. préparateur à la Sorbonne. 

CUÉNOT, docteur es sciences, chargé de cours à la Faculté des sciences de Nancy. 

DAGUILLON. maître de conférences à la l'acuité des sciences de Paris 

DANGEARD, chef des travaux de botanique à la Faculté de Caen. 

DEC AUX, membre de la Société entomologique de France. 

DENIKER, bibliothécaire du Muséum de Paris. 

DUFOUR, docteur es sciences. 

FABRE-DOMERGUE. directeur du laboratoire de Concarneau. 

FOI. IN (Marquis de), membre de. la mission scientifique du Travailleur et du 
Talitman. 

GADEAU DI". KERVILÉE, membre de la Société zoologique de France. 

GAUBERT, préparateur au Muséum. 

GIARD, chargé de cours à la Sorbonne. 

GIROB Mi' Paul), professeur à la Faculté des sciences de Clermont-Fcrrand. 

GLANGEAUD, attaché au Collège de France. 

GOU\. du Muséum d'histoire naturelle de Paris. 

ORANGER A .'. membre de la Société linnéenne de Bordeaux. 

BRUVEL, chef de travaux à la Faculté des sciences de Bordeaux. 

GUTMAN, ancien élève de la Faculté des sciences d'Odessa. 

HARIOT attaché au Muséum d'histoire naturelle de Paris. 

HECKEL Mi' Ed. . professeur a la Faculté îles sciences de Marseille. 



HOULBEBT, Docteur es sciences. 

JACOB, membre de la Société de photographie; 

JOUSSEAUME JD'), ex-président de la Société zoologique do France. 

KCEHLER (D r ), professeur à la Faculté des sciences do Lyon. 

LAIIILLE, docteur es sciences. 

LATASTE (F.), s. -directeur du musée de Santiago (Chili). 

LECOMTE (H.), agrégé de l'Université. 

LÉVEILLÉ (H.), ex-professeur au collège colonial de Pondicliéry. 

MAGAUD D'AUBUSSON, membre de la Société zoologique de France. ' 

MALAUD. directeur du laboratoire maritime de St-Vaast. 

MALINVAUD, secrétaire général de la Société botanique de Franco. 

MALLOÏZEL, secrétaire bibliothécaire au Muséum do Paris. 

MASSAL, attaché au Muséum. 

MÉNÉGAUX, agrégé de l'Université. 

MEUNIER (Stanislas), professeur de Géologie au Muséum de Paris. 

MOCQUARD (F.), assistant de Zoologie au Muséum de Paris. 

NOËL (Paul). 1)' du laboratoire d'entomologie de Rouen. 

OUSTALET, assistant de Zoologie au Muséum de Paris. 

PATOUILLARD. membre de la Société botanique de France. 

PIZON (A.), professeur au lycée Janson, Paris. 

PLANET, membre do la Société entomologique do France. 

PLATEAU, professeur à l'Université de Garni. 

POUJADE, du Muséum d'histoire naturelle de Paris. 

POUSSARGUES (E. do), préparateur au Muséum d'histoire naturelle do Paris. 

PRIEM, agrégé de l'Université. 

RABAUD (Et.), licencié es sciences naturelles. 

RAILLIET. professeur à l'Ecole vétérinaire d'Alfort. 

REGNAULT, docteur en médecine. 

RENAULT, du Muséum. 

ROUY , ancien vice-président de la Société botanique de France. 

SANTINI (En.), professeur de sciences. 

SAUVINET, assistant de Zoologie au Muséum de Pans. 

SAINT-LOUP (Rcmy), maître do conférences à l'Ecolo dos Hautes Etudes. 

SC1IAECK (F. de), attaché au Muséum d'histoire naturelle de Paris. 

SPALIKOWSKI, do Rouen. 

TROUESSART (I)'), ex-directeur du Musé«ra d'histoire naturelle d'Angers. 

VAILLANT, professeur au Muséum de Paris. 

XAMBEU (Cap'.), membre de la Société entomologique de France. 
ETC., ETC. 




PARAISSANT LE 1 er ET LE 15 DE CHAQUE MOIS 




PAUIi GROULT, Secrétaire de la Rédaction 



18 e Année 

10 e Année de la 2 e Série 
ABONNEMENT ANNUEL 

France i0 fr - '» 

Algérie 10 " 

Pays compris dans l'Union postale 1 • " 

Tous les autres pays ,2 » 

PARIS 
LES FILS D'EMILE DEYROLLE, ÉDITEURS 

46, IUE DU BAC, 46 

1896 



, 



1 



18 e ANNÉE 



2 e Série 



M Sl« 



1 er JANVIER 1896 



LE NATURALISTE 



REVUE ILLUSTREE 



DES SCIENCES NATURELLES 



A. NOS ABONNES 



Le Naturaliste commence aujourd'hui sa 18 e année 
d'existence ; il commence en même temps la 10 e année 
de sa deuxième série, cette série qui a transformé 
Le Naturaliste en Revue Illustrée. Lorsque nous 
avons commencé, en 1887, cette nouvelle série, notre 
seule ambition était de voir Le Naturaliste, Rente 
Illustrée, aussi favorablement accueilli que l'avait été 
Le Naturaliste ancien, et si, à cette époque, nous lui 
avons modifié sa forme et son esprit, c'était pour 
répondre aux nécessités du jour, dans le but de don- 
ner satisfaction à la demande de nos abonnés. Nos 
espérances ont été de beaucoup dépassées ; le succès 
du journal, dans sa nouvelle forme, a été considé- 
rable et s'est accentué constamment. Le Naturaliste, 
Eèvue Illustrée des Sciences naturelles, répondait à 
un besoin véritable, nous sommes heureux d'avoir 
pu donner satisfaction. 

Ce succès, inespéré au début, à qui le devons-nous 
principalement? C'est à vous, nos abonnés, à vous 
qui avez guidé nos premiers pas, à vous qui n'avez 
cessé de nous prodiguer vos conseils et vos encoura- 
gements ; vous avez de plus fait vos efforts pour 
répandre Le Naturaliste dans le monde entier, non 
seulement au milieu des véritables savants, mais 
parmi les amateurs d'histoire naturelle, parmi ceux 
qui s'intéressent aux sciences en général. 

Au moment où Le Naturaliste commence sa 
10 e année, en tant que Revue Illustrée, c'est une grande 
satisfaction pour nous de pouvoir renouveler à nos 
abonnés nos sincères remerciements et l'expression 
de notre gratitude. 

Le Naturaliste, quoique très répandu, n'est pas 
encore connu de tous; parmi ceux-ci beaucoup le 
connaissent simplement de nom, mais n'ont pas 
encore été à même de le voir, de le lire pour l'ap- 
précier. Pour parfaire cette œuvre commune aux 
abonnés et au journal, il reste encore quelque chose 
à faire : nous demandons à nos abonnés de vou- 
loir bien, comme ils l'ont fait jusqu'à ce jour, nous 
seconder à nouveau dans cette tâche. Nous deman- 
dons donc à nos abonnés de nous donner les noms 
et adresses des personnes qu'ils pourraient con- 
naître désireuses ou susceptibles d'être abonnées au 
journal; nous adresserons à ces mêmes personnes 
désignées, pendant deux mois les numéros au fur 
et à mesure des apparitions et cela gratuitement. De 



cette façon il leur sera possible de connaître le Jour- 
nal d'une façon plus complète, de l'étudier et de se 
rendre compte des services que Le Naturaliste peut 
leur rendre. De cette façon le nombre des souscrip- 
teurs augmentera encore dans de notables propor- 
tions, et cela dans un intérêt commun. Il ne faut pas 
oublier que Le Naturaliste est l'organe de tous les 
amateurs d'histoire naturelle ; ils peuvent y consigner 
le résultat de leurs recherches ou de leurs décou- 
vertes, demander des renseignements qui leur sont 
donnés à titre gracieux. Sur ce dernier point, nous 
prierons nos abonnés de ne pas hésiter à nous de- 
mander tous renseignements quels qu'ils soient qu'il 
pourrait leur être utile ou agréable de connaître. 
Nous savons que beaucoup n'osent pas, mais 
pourquoi ces hésitations? Les réponses que nous 
pourrons donner n'intéresseront pas seulement les 
demandeurs, mais tout le monde; car ce qu'une 
personne demande, cent, peut-être, auraient pu 
faire même question et seraient heureuses d'en con- 
naître la solution. 

Dans l'intérêt commun, nous encouragerons aussi 
nos abonnés à multiplier leurs offres ou demandes 
d'échanges; jusqu'à ce jour, nous n'avons pu leur 
donner tout le développement désirable, mais dès à 
présent nous allons prendre nos dispositions pour 
donner aux offres et demandes d'échanges le déve- 
loppement qui leur convient. 

Si nous parlons maintenant un peu de la rédac- 
tion du journal, nous sommes heureux d'informer 
nos abonnés que nous allons consacrer aux articles 
de vulgarisation une plus large part, et ce, pour 
répondre aux demandes maintes fois formulées par 
eux. 

Nous prions à nouveau nos abonnés de vouloir 
bien nous faire connaître leurs desiderata; toutes les 
questions spéciales qui nous seront soumises seront 
communiquées aux nombreux collaborateurs du 
journal, chacun en ce qui le concerne. Toutes les pro- 
positions qui nous seront faites seront toujours étu- 
diées avec le soin qu'elles comporteront; nous serons 
heureux d'y donner satisfaction chaque fois que cela 
nous sera possible, pour le plus grand bien de tous. 
Le Naturaliste renouvelle à ses abonnés l'expres- 
sion de ses sentiments reconnaissants et dévoués. 

La Rédaction. 



LE NATURALISTE 



Promenade à la Foire Saint-Romain, à Rouen 



La foire Saint-Romain de Rouen est certainement une 
des plus importantes et des plus curieuses de France. Il m'a 
été donné de voir déjà bien des foires : à Vernon.à Evreux 
a Moulins, au Havre, à Paris, à Marseille, et aucune ne 
me rappelle, même de loin, la foire Saint-Romain, sur- 
tout au point de vue du nombre de phénomènes vivants 
qui v sont exhibés, Je vous expliquerai tout à l'heure pour- 
quoi cett e foire en possède plus que toute autre, mais per- 
mettez-moi de nous dire un mot sur son histoire. 

Saint Romain fut autrefois très estimé îles Ronennais. 



On voit triple rang do dents, 
Avec du rose en dedans. 
Ses langues sont de vipère, 
De crocodile ses pleurs. 
De tigres sont ses fureurs, 
Ses caresses de panthère ; 
Pour griffes de léopards 
Il a de petits poignards. » 

On comprend sans peine quel service a rendu saint 
Romain en détruisant ce monstre. Gomme le saint n'était 
pas très hardi il s'était fait accompagner dans sa chasse 
par un condamné à mort qui s'est conduit dans cette 
affaire comme le plus brave des braves ; aussi à partir de 
cette époque fut-il décidé que tous les ans à la fête de la 




La Femme à barbe de la Foire Saint-Romain à Rouen (Reproduction directe d'nnePhotographîe), 



En effet ce saint Romain n'était autre que l'archevêque 
de Rouen, mort en 630, qui débarrassa la ville de sa 
fan se < Gargouille. Cette < JargouiHe était un animal ter- 
rible qui dépeuplait la ville et faisait à ses habitants les 
farces les plus macabres qu'il lut possible d'imaginer. 

Malheureusement, nous manquons de données scienti- 
fiques sur ce premier phénomène vivant à Rouen, et nous 
n'en trouvons ht description que dans la fameuse com- 
plainte. 

HISTOIRE VÉRITABLE DE LA OAROOUILI.E 

« On voit mille et mille têtes 

Qui sortent de ce grand corps, 

Ki qui par un seul ressort 

Ou bien s'agitent ou s'arrêtent ; 

Si ce n'était effrayant, 

Ce serait divertissant. 

Monstre horrible, immense, informe, 

Il est tout parsemé d'yeux 

Louches, tournés vers les cieui, 

El dans chaque gueule énorme 



Toussaint un condamné à mort serait mis en liberté, cou- 
tume qui a duré à Rouen fort longtemps. 

Cette époque de la Toussaint est une des meilleures 
pour le succès d'une foire au pointde vue des phénomènes 
vivants; en effet, c'est le moment où tous les disgraciés 
de la nature : Bancals, nains, culs-de-jalle, etc., etc., 
ont terminé leurs travaux dans les champs, où la plupart 
de ces malbeureux trouvent encore un peu à s'occuper 
durant l'été, et qui, pour augmenter le petit pécule qui 
doit les empêcher de mourir de faim pendant l'hiver, 
n'hésitent pas à s'exhiber à la foire. 

Que de curieux phénomènes n'avons-nous pas vu défiler 
depuis près de vingt ans ! 

L'homme éléphant, un Algérien superbe dont les deux 
jambes étaient atteintes d'élépbantiasis du ventre à la 
cheville. 

L'homme tronc, qui n'avait pas de jambes et qui chan- 
geait de place en se balançant sur le bassin : il sautait 



LE NATURALISTE 



même d'une hauteur d'un mètre et tombait à terre comme 
un sac de blé. 

L'homme à la tète de veau, qui a fait courir tout Pans : 
ce malheureux avait la face atteinte d'une sorte d'élé- 
phantiasis et parsemée de taches de lie de vin, la lèvre 
inférieure baveuse et ressortie lui donnait un peu l'as- 
pect d'une tète de veau; il chantait et paraissait content. 
Le géant de Montastruc. si large et qui eût été si grand 
s'il avait pu se redresser, et dont le journal La Nature a 
donné, l'année dernière, de très curieuses photographies. 
L'homme né sans bras : ce curieux phénomène était 
arrivé à écrire avec son ventre; il mettait, ou du moins 
on lui mettait une ceinture à laquelle était adapté un petit 
tube de cuivre contenant un porte-plume, et, à l'aide de 
mouvements plus ou moins gracieux du ventre, l'homme 
sans bras écrivait le nom des visiteurs qui allaient l'ad- 
mirer. 

L'enfant à la grosse tète, hydrocéphale affreux, couché 
dans un petit lit, la tête maintenue entre deux oreillers, 
et plus pesante que tout le corps: mort à la foire Saint- 
Romain presque aussitôt son arrivée. 

Enfin les aztèques, les colosses et les nains décrits un 
peu partout. Voilà pour les hommes ; les femmes, hélas ! 
ne le cèdent en rien aux hommes sous le rapport des phé- 
nomènes curieux. C'est ainsi que j'ai pu admirer la femme 
horloge, grosse mémère 1res gaie, dont les seins tombaient 
dans le corset comme un galet dans un mouchoir, et qui, 
pour deux sous, vous permettait de vous appuyer la tête 
sur sa poitrine afin d'entendre de l'intérieur un tic-tac très 
curieux. 

La femme crabe, qui n'avait que deux énormes doigts 
à chaque main, formés probablement par la soudure des 
vrais doigts ; elle se servait assez gauchement de ces 
organes, quoique arrivant cependant à faire des travaux 
de crochet. 

La femme sans bras, qui écrivait et cousait, avec ses 
pieds dont les doigts possédaient une agilité étonnante; 
elle donnait à chaque visiteur une poignée... une poignée 
de pied en sortant. 

La femme à deux tètes, spectacle horrible! On trouvait 
dans une misérable baraque une jeune femme mal vêtue 
qui vous disait : C'est moi la femme à deux têtes annoncée 
à l'extérieur puis, fermant les yeux et se contractant for- 
tement la tète dans les épaules elle devenait rouge, vio- 
lette, puis presque noire et alors apparaissait sur la tempe 
gauche une bosse rouge de sang qui grossissait petit à 
petit et atteignait la grosseur du poing; cette bosse était 
assez molle au toucher. Le public criait : assez ! et la 
femme reprenait son aspect ordinaire, suant et parais- 
sant, très essoufflée. 

La femme squelette, d'une maigreur étonnante, dont 
les coudes et les genoux formaient des bosses énormes ; 
les iliaques ressortis comme deux assiettes sonnaient au 
choc comme le bois. 

La femme tigrée, qui possédait, sur le corps de petites 
taches semblables représentant un peu le dessin d'une 
peau de tigre; la plupart de ces taches étaient légèrement 
velues. 

Enfin nous avons tous pu admirer la princesse Paulina 
« la reine des naines » ; la femme serpent, dont les con- 
torsions et l'élasticité auraient rendu jaloux le caoutchouc 
lui-même. 

La femme chien, velue partout le corps y compris la 
ligure, et tant d'autres, sans compter les faux phénomènes 
plus nombreux encore que les vrais. 



Je me rappelle même à ce sujet, ma visite à la véritable 
femme poisson, une brave femme qui me dit, textuellement, 
ces mots : « C'est moi, monsieur, la véritable femme pois- 
son ; en 1847, je me suis mariée à Lille avec M. Poisson, 
voici le certificat et l'extrait de mon acte de mariage 
signés du maire de fille. » Je cours encore. 

Cette année, le système pileux semble prendre à la 
ioire Saint-Romain un développement surprenant. Nous 
trouvons en première ligne l'inévitable femme à barbe 
âgée de quarante-deux ans; 35 centimètres de barbe 
ponssée certainement, au détriment des cheveux qui sont 
très courts. pour une femme. Elle possède également des 
poils dans le dos, sur les seins, partout enfin. La femme 
à barbe est mariée à un débitant d'Angers, et je ne vou- 
drais pour rien au monde me faire une histoire, quoique 
la chanson nous dépeigne le mari de la femme à barbe 
comme ayant toujours la douceur du mouton : 

Cet hercule qui dans sa main 

Tient un'massue épouvantable, 

Est certes, de tous les humains 

Le plus doux et le plus aimable, 

11 est, en marchant sur des œufs 

Capable d'écraser des bœufs. 

On l'admir'de Pékin à Tarbcs, 

Et c'est l'mari de la femme à barbe (bis). 

Paul Noël. 
(A suivre.) 

LE MENHIR DE MOITiaiY 

PRÈS ROUEN 



A deux kilomètres environ de Rouen, en pleine forêt 
de Roumare, s'élève unmonument, mégalithique, bien peu 
connu des Rouennais, quoiqu'il soif très visible de la 
route qui mène à Saint-Georges de Boscherville. 

C'est pourquoi je* me suis efforcé de rappeler au souve- 
nir de tous cette pierre délaissée que, d'ailleurs, un de 
mes compatriotes, M. Muller, dans un livre fort intéres- 
sant (1), a cité pour la première fois. 

Voici comment on y accède : « Lorsque du fJros-Hêtre 
(de Montigny) on veut gagner le Chène-à-Leax autrement 
que par la route qui traverse Montigny, on descend le 
talus en face du Gros-Hêtre, on suit un sentier entre le 
taillis à gauche et un champ à droite, puis on oblique à 
droite et on monte une pente qui, par un bois de pins, 
mène à destination » (2). 

Un moyen plus facile d'y parvenir est de suivre la route 
qui va de la barrière du Havre (Rouen), traverse le petit 
village de Canteleu et s'engage à travers bois jusqu'à 
Saint-Martin de Boscherville. A un kilomètre environ des 
dernières maisons de Canteleu, on aperçoit à droite une 
avenue gazonnée au milieu de laquelle s'élève le menhir. 
C'est un énorme grès quadrangulaire d'une longueur 
de 2 m. 50 sur 1 mètre environ de hauteur. A mon avis, 
il doit être profondément, enfoncé dans le sol. 
" On remarque sur une des faces deux dépressions circu- 
laires à quelques centimètres au-dessus du niveau du sol ; 
ces dépressions ont une signification problématique ; peut- 
être seulement, ont-elles été creusées dans le but de faci- 
liter l'érection du monument. 
Des fouilles n'ont jamaisété entreprises que je sache au 

(1 L. Muller. Autour de Rouen. 
(2) L. Muller. Loc. ci& 



LE NATURALISTE 



pied du mégalithe, probablement d'ailleurs elles auraient 
ilonne des résultats négatifs. 

Ce sérail une grande erreur de croire que ce monolithe 
a été édifié parles Celtes, comme bien souvent des auteurs 
l'ont écrit pour les menhirs de ce genre; ces derniers, en 
effet, sont d'origine robenhausiennê (période néolithique). 
Ils ont été utilisés certainement par les Celtes; les druides 
s'en servaient dans leurs cérémonies mystérieuses pas 
aussi fréquemment sans doute que des dolmens: mais 
n'importe, ils marquaient les lieux de réunion, .le serais 
même porté à croire que, dans les endroits dépourvus de 
dolmens, les menhirs ont été témoins de sacrifices humains. 
Ils se trouvaient pour la plupart, et c'est le cas aussi pour 
celui qui nous intéresse, au milieu de grands bois de 
chênes où les prêtres gaulois coupaient le fameux gui 
sacré. 

Le spécimen dont je fais ici la description n'est pasdes 
[ilns remarquables, puisque celui de Locmariaquer (Mor- 
bihan) mesure21 mètres, celui de Plésidy (Côtes-du-Nord) 
11 m. 20. celui de Plénarzel (Finistère) 11 m. Oo, celuide 
Dol illle-et-Vilaine) 9 m. 30, de Gadiou (Finistère) 8 m. 50, 
de Penmarck (Finistère) 8 mètres etc. « Dans le midi de 
la France, ils sont généralement de proportion moindre. 
Cela tient à la nature des matériaux. Ainsi le plus haut 
de l'Auvergne celui de Davayat n'a que 4 m. 60 » (1). 

On a cru longtemps que les menhirs avaient servi de 
tombeaux: M. de Mortillet affirmele contraire, s'appuyant 
sur les fouilles nombreuses entreprises à leur pied. « On 
rencontre, dit-il, il est vrai, souvent du charbon et des 
cendres vers leur base, mais cela tient tout bonnement à 
ce que les bûcherons et surtout les bergers sont venus de 
tout temps s'abriter contre eux, et dans les saisons froides 
y ont allumé du l'eu » (2). 

En Bretagne on désigne les menhirs sous le nom de 
memao (pierre droite) : dans le pays de Chartres de celui 
de ladères (pierre sacrée droite) ; ailleurs pierres fiches, 
pierres fichades, pierres frites, pierres levées, pierres 
fixées, pierres lattes, pierres debout, hautes bornes, chaires 
au diable, palets de Gargantua, peulvans. 

De nos jours on les a utilisés comme bornes limites. 

C'est ainsique la ligne forestière aboutissant à l'avenue 
du mégalithe de Montigny est désignée sur les cartes du 
nom de liync du Grès. 

On a pensé aussi que les menhirs avaient pu être des 
monuments religieux; je croirais plutôt (pie c'étaient des 
monuments commémoratifs, me basant sur des faits ana- 
logues rapportés dans les annales de l'histoire. 

En remontant l'échelle des âges, je trouve la mention 
suivante dans le livre de Josué (3J : « Scripsil. quoque 
oinnia verhaluec in vohimine legis Doinini, et tulit lapi- 
dera pergrandem, posuitque eum subter quercum, quœ 
eral in sanrtuario Doinini, et dixit ad omnem populum : 
" En lapis iste erit vobis in testimoniiim ». Il écrivit 
toutes ces paroles dans le livre delà loi divine, el. ayant 
élevé une immense pierre, il la posa sous un chêne dans le 
temple du Seigneur e< dil ;i tout le peuple : « Voici cette 
(lierre qui vous servira de témoignage. » 

Dans les mêmes légendes bibliques, nous voyons les 
Israélites sauvés de l'Egypte élever un monument formé 

de grosses pierres. Dans l'Inde, la nié iOUtUme a suh- 

sisté, ainsi qu'au Mexique où l'on peut voir encore des 



I; <'t. DE Mol: I ll.l.l:ï . /.(' /// i-liisl 01 i<j lie , p. .'iS,;. 

:■ i I de Mortillet. /.'"■. cit. 
: Chapitre .nxiv-LH; cl 27. 



monuments en pierre d'un seul bloc sur lesquels ont été 
sculptés dr^ emblèmes. 

OlausMaguus en a vu en Suède portant des inscriptions 
runiques. Peut-être dans les dépressions circulaires du 
mégalithe de Montigny faut-il voir une ébauche de sculp- 
ture? 

« Jusqu'au xn' siècle, non seulement on entoura les 
mégalithes d'une sorti! de crainte superstitieuse ; mais 
encore on en disposa de plus petits dans les cimetières. 
Il y eut même des fanatiques -qui brisèrent les monolithes 
pour placer les fragments dans des carrefours, avenues 
ou chemins, les surmontant d'une croix, ou y sculptant 
grossièrement une vierge ou un saint. Certains habitants 
honoraient spécialement ces pierres en allumant des flam- 
beaux devant elles. 

« Sur le territoire de Plouarzel existe un menhir dont 
j'ai déjà parlé. A l'heure où les ombres de la nuit 
enveloppent la campagne entière, deux fiancés se rendent 
dévotement au menhir et se frottent éhergiquément contre 
la pierre, le jeune homme d'un côté, lajeune fille del'aufre 
et s'en retournent après joyeusement dans leur demeure, 
l'homme sùrd'avoir des enfants mâles, la femme certaine 
de pouvoir, toute sa vie, conduire son mari à sa guise. 
Il n'y a pas qu'en Bretagne où de tels errements subsis- 
tent encore. J'ai vu des paysans normands s'agenouiller 
devant les monuments mégalithiques, réciter des formules 
et des prières, et beaucoup de campagnards ne passent 
jamais devant le menhir de Montigny sans se signertrois 
fois » (1). 

Il y a des communes où les menhirs sont regardés 
comme des diables; aussi les habitants les ont-ils brisés 
pour en faire des constructions ou simplement îles bornes 
de champ. Il est malheureux de constater que l'ignorance 
e # t la superstition sont avant tout les ennemis de nos vieux 
monuments, et je ne puis que souhaiter que l'enseigne- 
ment laïque obligatoire, en éclairant jusqu'aux dernières 
classes de la société, empêche ainsi les actes de barbarie 
et de vandalisme dont nous sommes parfois témoins 
à la fin du XIX siècle. 

Edmond Spalikowski. 



LA TÉLÉPATHIE ET LES PIGEONS VOYAGEURS 



Quelques-uns d'entre nous sont-ils pourvus d'un 
sens ignoré jusqu'à ce jour : voir ou sentir malgré la 
distance? La question ne l'ait pas de doute pour Ch. 
Richet, Lombroso, Durand de Gros, Crookes, Liébeault, 
Gihert, etc., etc. On donne même à cette propriété le 
nom de télépathie. « Il y a des vérités nouvelles, dit 
M. Ch. Richet. Quelque étrange qu'elles paraissent à 
notre, routine, elles seront un jour scientifiquement 
démontrées... Il ne faut pas dédaigner une série d'expé- 
riences qui nous ouvriront peut-être — pour la pre- 
mière fois — une nouvelle faculté tout à l'ait inconnue 
de l'intelligence, un de ces problèmes de Vau-delà, sur 
lesquels depuis vingt siècles se sont exercés sans succès 
les plus grands génies de l'humanité. » 

Et ces auteurs citenl des faits de vision à distance. Tel 
jour, à telle heure, des sujets ont dit ce qui se passait à 
i\c< centaines de lieues. D'autres ont pressenti la mort 

(1 VA. Spalikowski, Noies el souvenirs. (Manuscrits, t. VI.) 



LE NATURALISTE 



d'un être chéri, et ce pressentiment a été vérifié exact. 

Par cette propriété mystérieuse se trouveraient expli- 
qués de nombreux faits que relate l'histoire. Tel cet 
Alphonse de Liguori (mort en 1787), dont Durand de 
Gros H) rapporte l'histoire. Tombé en léthargie dans le 
couvent de la Scala en Napolitaine, il se trouvait au 
même moment à Rome pour assister le Pape Clé- 
ment XIV à son lit de mort. 

Dans cette guerre des Camisards où l'hystérie jouait 
un si grand rôle, le pouvoir télépathiqué aurait été fré- 
quent chez les chefs protestants. Cavalier, d'après Durand 
Fage, voyait à distance. Il aurait un jour vu un courrier 
ennemi se rendre d'Alais à Nîmes. Trois hommes envoyés 
le rencontrèrent à l'endroit indiqué (2). 

Seraient-elles donc exactes ces croyances des sauvages 
primitifs : l'être se dédoublant, le corps étant en léthargie, 
le moi s'en allant en voyage, la distance et les obstacles 
n'existant pas pour lui? 

Ainsi au moyen âge, les âmes des sorciers se rendaient, 
au sabbat, chevauchant sur des boucs, des ânes, des 
manches à balai qui les transportaient avec la rapidité 
du vent. 

Plusieurs de ces malheureux allaient au réveil racon- 
ter leurs hallucinations et se livrer au bourreau. Ils 
avouaient des repas où étaient mangés des crapauds, de 
la chair de suppliciés et des enfants assassinés sans avoir 
reçu le baptême. 

Ils avouaient des danses, chansons irréligieuses, des 
sauts grotesques et de honteuses voluptés. 

Fantasmagories, illusions d'esprits hystériques ! Mais 
que penser des affirmations de savauts qui ont nom 
Richet, Crookes, Liébeault, etc.? 

Ne tenir compte que des faits avérés c'est le principe 
d'un esprit réellement scientifique. 

A ce titre, les expériences sur l'homme ne pouvant 
être de l'aveu des auteurs eux-mêmes facilement répé- 
tées devant les incrédules, ils ont invoqué des faits ana- 
logues et incontestés chez les animaux : la faculté de 
retrouver son gîte, sens de l'orientation qui, d'apTès eux, 
serait de la télépathie.. 

Le plus connu est l'exemple du pigeon voyageur. 
Comment s'y reconnaît-il pour retrouver son nid? La 
faculté d'orientation existerait, chez d'autres animaux, 
chez l'homme même. 

Examinons la question de près. 

Les sauvages retrouvent fort bien leur chemin, mais 
grâce à une vue très perçante et à 'une excellente 
mémoire visuelle. 

Aucun fait ne permet d'affirmer l'existence d'un nou- 
veau sens. 

Tous les oiseaux et les hyménoptères, dit Eugène 
Caustier (3), reviennent directement au nid quand on les 
a égarés. J.-Iï. Fabre (4) enfermait des chalicodomes et 
d'autres hyménoptères dans une boîte. Faisant, divers 
détours, il les transportait à 3 et même 4 kilomètres de 
distance et les lâchait. Ils s'élevaient à une certaine hau- 
teur et, revenaient à leur nid. Mais nombre d'entre eux 
se perdaient. 

Aug. Forel explique aussi cette faculté de l'insecte par 
sa connaissance des lieux bien plus étendue que celle 

(1) Durand de Guos. Le merveilleux scientifique, Paris, 
1894. 

(2) Figuier. Histoire du magnétisme. 

(3) Itevue de l'hypnotisme, 189J, p. 16. 

(I) J. H. Farriî. Souvenirs entomolor/iques, 1811. 



des êtres non ailés. Ils ont un esprit d'observation qui 
leur fournit des points de repère (I). 

Une lieue de distance pour un insecte gros comme le 
chalicodome n'est pas plus que quatre mètres pour la 
fourmi aptère. 

Aussi, si l'on déplace la ruche, l'abeille ne la retrouve 
pas, ce qui ne serait pas si un pouvoir magnétique l'y 
attirait. 

De même Nicolas avec les hyménoptères qu'il élève 
dans un roseau. Si on déplace ce dernier, la bestiole 
doit se livrer à une longue et patiente recherche avant 
de le trouver. 

Fait psychologique très curieux, l'insecte arrive d'ordi- 
naire d'emblée, sans hésitation, au roseau qu'il habite. 
S'il se trompe et ne retrouve pas de suite son roseau, au 
lieu de s'obstiner à le chercher, il s'en va de suite dehors 
pour retrouver ses points de repère successifs. Il repasse 
ainsi la série des points de repère qu'il a en mémoire et 
arrive cette fois sans erreur. Ce fait est constant et 
d'une grande importance, car il montre bien le méca- 
nisme psychologique. 

Autre preuve : Si on obstrue les yeux d'un pigeon ou 
d'un chat, ces animaux seront incapables de retrouver 
leur chemin. De même les mouches, hannetons et bour- 
dons auxquels on aurait verni les yeux. 

D'ailleurs, cette faculté de revenir au nid n'est pas 
égale chez tous les pigeons, comme serait un instinct. 
Un certain uombre perdent leur chemin. 

Il existe une distance maxima au-dessus de laquelle 
les pigeons ne semblent plus retrouver leur route. Les 
essais répétés petit à petit en augmentant la distance, 
sont très avantageux pour augmenter leur faculté. Quand 
on les lâche, ils commencent par monter fort haut, 
tournent la tête en divers sens. Si la terre est couverte 
de neige et par les temps froids et sombres, ils sont 
désorientés. 

Voient-ils directement leur nid? Non, mais un point 
de repère, un clocher, une colline, une montagne. Il 
faudrait, en effet, que le pigeon s'élevât à 3.143 mètres 
pour voir à 200 kilomètres. Or, il ne s'élève jamais à une 
hauteur supérieure à 300 mètres. 

De récentes expériences ont remis la question en dis- 
cussion. Il s'agit de lâchers de pigeons-voyageurs en 
pleine mer à grandes distances. 

Les Italiens ont lâché des pigeons à la Maddalena en 
Sardaigne, ils ont fait 250 kilomètres pour retourner à 
Rome. Bien mieux, un navire, la Manoubia, a lâché en 
pleine mer à 500 kilomètres du Croisic 5.000 pigeons, 
dont une centaine seulement avaient vu la mer aupara- 
vant. Plusieurs centaines ont rallié leur colombier le 
jour même ouïe lendemain matin du lâcher. 

Beaucoup se sont égarés aussi, en Angleterre, en 
Espagne ; d'autres ont été recueillis en mer, d'autres 
encore se sont arrêtés aux îles Glénan, Houat, Hœdic, 
Belle-Ile, où ils semblent vouloir s'établir. 

Mieux encore des pigeons voyageurs lâchés en Amé- 
rique ont pu regagner l'Angleterre. 

Pour voir l'Angleterre de l'Amérique, ils auraient dû 
s'élever si haut, que l'air trop peu dense n'aurait pas 
permis leur respiration. 

Si on nie la télépathie, force est d'admettre ici que le 
pigeon prend pour point de repère les étoiles, tout comme 
ferait un marin expérimenté. Cela n'est pas impossible, 

(l) Aug. Forei,. Hevue de l'hypnotisme, 1X81, p. 33. 



10 



LE NATURALISTE 



mais il faut avouer que le plus prudent est do mettre un 
point d'interrogation à cette question. 

D r Fel. Regnault. 



GENERA ANALYTIQUE ILLUSTRE DES COLÉOPTÈRES 

DE FRANCE 



Pour répondre aux nombreuses demandes de rensei- 
gnements qui lui parviennent de tous les points de la 
France, relativement au Gênera analytique illustré 
et à sa Phylogénie des Coléoptères de France, l'au- 
tour croit devoir informer ses honorables collègues et 
correspondants que son ouvrage : Rapports naturels et 
Phylogénie des principales familles de Coléoptères, — 1 vol. 
broch. 1 8 flg. contenant 1 07 types — est en vente à la librai- 
rie « Les fils d'Emile Deyrolle, 46, rue du Bac. Paris: au 
prix de 3 francs. D'autre part, Le Gênera analytique illus- 
tré des Coléoptères de France paraîtra régulièrement dans 
le Naturaliste à partir du prochain numéro et compren- 
dra : 

1° SÉRIE TRONCATIPENNE actuellement en cours de pu- 
blication (Staphylinides). 
Sous presse : 

2° Série CLAVICÉRIENNE (11 fam.23 groupes). 
1 er fascicule. — Nitidulidés, Cryptophagides, Dermestides, 
Hydrophilides, etc. 
2 e fascicule, — Coccinellides et Chrysomélides. 
3° SÉRIE TÉNÉBRIONIENNE (10 fam. 17 groupes). Mé- 
loides, Oedémérides, Cistélides, Tènébrionides. etc. 

4° Série prionienne (3 fam. 7 groupes). Cérambycides 
Bupreslides, etc. 

5 a SÉiUEMALAf:oDERMiQUE(8fam. lOgroupos). Lymexy- 
lonidcs, Téléphorides, Elatéridcs, Ptinides etc. 

6° SÉRIE CURCULIONIENNE (1 fam. 7 groupes) Cwculio- 
nides. 

7° Série SCARABÉIDIENNE (1 fam. 2 groupes). Pectini- 
cornes et Lamellicornes. 

La série CARAiiiDiENNE (CaraMques terrestres et aqui- 
coles) ainsi que le commencement delà Série Troncatipenne, 
qui ont parudans l'Ami des sciences naturelles, Rouen, 1894, 
Direct. M. E. Benderitter, seront publiées à nouveau dans 
le Naturaliste à la suite de la série scarabéidienne. 

La classification suivie dans le Gênera est celle que 
l'auteur a établie dans sa Phylogénie des Coléoptères. Elle 
est surtout basée sur l'étude comparative des larves, sui- 
vant l'ingénieuse méthode de M. le professeur A. Giard, 
dite méthode des superpositions embryogéniques. Pour les 
divisions secondaires, elle s'appuie en outre sur l'ensemble 
des caractères morphologiques considérés dans les varia- 
tions qu'ils présentent suivant, que les espèces se sont 
adaptées a la vie terrestre, aquatique ou parasitaire. 

("est l'exécution des cliebés qui nous force aujourd'hui 
encore à reporter au prochain nuniérola suite du « Gênera 
analytique illustré des coléoptères -d'Europe »; nos pré- 
cautions sont prises pour éviter le retard à l'avenir. 



MINÉRAUX NOUVEAUX 



d'Odegarden, district de Bamle (Norvvègo). Elle se 
présente on masses lamellaires, offrant une structure 
rayonnée et composée de cristaux incolores et transpa- 
rents qui ont en moyenne un centimètre de longueur sur 
doux millimètres de largeur. Ils sont clinorhombiques, et 
présentent les g 1 h* m. Clivage parfait suivant g { ; faces 
de clivage noires et miroitantes. 

Au chalumeau, la hautofeuillite se gonfle et puis se 
divise en feuillets ; finalement elle fond on un globule 
d'un blanc verdâtre. Elle se dissout dans les acides chlor- 
hydrique et azotique étendus. L'analyse a donné les 
résultats suivants : 

Acide phosphorique 34.52 

Magnésie 25.12 

Chaux 5.71 

Eau... 34.27 

Total 99.02 

La composition de ce minéral répond à la formule 
(Mg, Ca) 3 (PO' 1 ) 2 . 8.H 2 Q 
voisine de celle de la Bobierrite. 

La hautefeuillite est associée à l'apalilo. à la monazito 
et. à la pyrite do for. 

Dureté 2,5. Densité 2,435. 

La Pinaciolite (Flink) se rencontre dans les mines do 
manganèse de Suède. Elle est en lames cristallines dans 
la dolomie grenue, avec l'hausmannite, exploitée comme 
minerai. La couleur est sombre et son éclat métallique; 
Le minéral cristallise dans le système orthorhombique. 
Dureté 6. Densité 3, 3,881. 

L'analyse conduit à la formule 

3 MgO, B 3 3 ,MnO, Mn*0* 

qui est semblable à celle de la ludwigite, dans laquelle le 
fer remplace le manganèse. 

La Trimérite (Flink) se trouve aussi dans les mines de 
manganèse de Suède. Elle se présente en cristaux trans- 
parents rouge clair implantés sur une roche composée 
de magnétite, de pyroxine, de grenat, etc. La densité est 
5,474 etla dureté de 6 à 7. Système triclinique pseudohexa- 
gonâl. L'analyse conduit à la formule 

Mi^SiC/' + GlSiC/' 

Le manganèse peut être remplacé en partie par du cal- 
cium, du fer et du magnésium. 

La Heintzite est un borate trouvé à Stassfurt (Milch) 
et à Leopoldshall (Heintzite de Luedecke). Il est mono- 
clinique encristauxincolores transparents clivables. Den- 
sité, 2,12. Dureté, de 4 à 5. C'est un borate hydraté do 
magnésie et de potasse, 

La Sychnodymite (Laspeyres) a été trouvée à Eisersfodé. 
C'est un sulfure de cobalt, de cuivre, de for et de nickel 
dont la formule est 

(Co Ou Fo Ni)* S r " 

La Korynite (Laspeyres) a été rencontrée à Siegendans 
un filon do sidérose. C'est un antimoniosulfure do nickel 
NiSb S, Ulhnannite) mélangé à l'arséniosulfure isomorpbo 
(Ni As S, gorsdorllile). 



Haute feuillite. Dédiée au savant professeur de minéra- 
logie de la Sorbonne, M. Hautefeuille. Cette espèce décrit* 

par M. I,. Michel a été recueillie dans la mine d'apatile i 



P. Gaubert. 



LE NATURALISTE 



11 



ESSAI MONOGRAPHIQUE 



SUR 



les Coléoptères des Genres Pseudolucane et Lucane 

(Suite). 



Le Lucanus cervus et sa modification capra se rencon- 
trent assez communément dans la majeure partie de l'Eu- 
rope, y compris la Suède; cependant le type (du moins 
les très grands exemplaires) ne se trouve pas également 
partout. 

C'est ainsi que la variété capra domine, sans conteste, 
dans les environs de Paris et que la forme type, lors- 
qu'elle s'y rencontre, y dépasse bien rarement, comme 
taille, celle de l'exemplaire représenté figure 4 de l'article 
du 1 er octobre 189o sur le L. cervus cf. 

Par contre, les individus d'un beau développement 
paraissent se trouver assez communément en Auvergne. 
dans le Limousin, dans les environs de Bordeaux. 

A l'étranger, l'Italie, la Hollande, la Grèce semblent 
riches en beaux spécimens. 

La larve du L. cervus vit de préférence dans le cbène 
et. à défaut, dans d'autres arbres forestiers, tels que le 
hêtre, le châtaignier; mais, comme je l'ai dit au début île 
ce travail, elle se nourrit également d'autres essences. 

M. l'allou l'a signalée dans le pommier; .avant lui M. de 
la Ferté-Sénectère l'avait indiquée dans le cerisier, et 
M. le Capitaine Xambeu, qui a bien voulu me donner 
différents renseignements sur le L. cervus dans les Pyré- 
nées, m'a écrit qu'il croit bien, en effet, avoir vu des 
traces de la larve de cet insecte dans de vieux troncs de 
cerisier. 

Le L. cervus parait à date fixe: c'est ainsi que. dans les 
environs de Paris, il commence à se montrer régulière- 
ment charme année dès la fin de mai ou les premiers 
jours de juin, bat son plein vers la mi-juin et tend à dis- 
paraître vers le 13 juillet. Seuls quelques individus retar- 
dataires, ou non encore épuisés par la ponte ou la copu- 
lation, se rencontrent de temps à autre jusqu'au milieu 
du mois d'août; toutefois, l'époque d'apparition de cet 
insecte varie un peu suivant les différentes régions, dans 
les Pyrénées, par exemple, où elle se trouve retardée au 
commencement de juillet. 

Il convient enfin de rappeler que, pour des raisons qui 
ne paraissent pas être exactement connues ni facilement 
explicables, le L. cervus semble sujet, de temps à autre, 
à des apparitions en masse prenant en quelque sorte le 
caractère de véritables migrations. 

Ces apparitions en grande niasse ont été signalées a 
différentes reprises; telles sont celles qui se sont pro- 
duites en 1862 et 1867 dans les environs de Prague; une 
autre, au dire de Cornélius, fut remarquée cette même 
année 1867 sur un espace assez restreint de l'Elberfeld. 

Lûttner parle d'un essaim de Lucanes qui se noya dans 
la Baltique et vint échouer près de Libau (Courlande) (i). 

Enfin, une des plus remarquables est celle racontée par 
li' docteur Louis Conipanyo dans son Histoire Naturelle du 
département des Pyrénées-Orientales, tome III, 1863. 

« Un fait fort singulier, dit-il, eut lieu il y a déjà quel- 
« ques années. Nous eûmes une sécberesse extrême cette 

(1) Voir traduction do Brehm, par M. Kunckcl d'Herculaïs, 
à l'artiele du L. cervus. 



« année-là. Une nuée de L. cervus, à obstruer le soleil, 
« traversa toute la plaine qui sépare les Oorbières des 
« Albères du nord au sud. Dans certains endroits, les 
« paysans en furent effrayés. Au Boulou, village rappro- 
« ché des Albères, on en vit tomber quelques-uns à terre 
« et on nous en apporta deux attachés avec un fil ; nous 
« reconnûmes que c'étaient des Lucanus;k quoi tient une 
« pareille émigration? C'est ce que nous nous garderons 
« bien d'expliquer. Les Corbières sont excessivement 
« arides et les Albères sont toujours couvertes de ver- 
ci dure. Ces insectes ont-ils été attirés par leur instinct? 
« Nous avons communiqué ce fait à M. le comte Dejean, 
« qui nous écrivit qu'il ne pouvait comprendre les causes 
« d'un pareil déplacement. » 

Le Lucane cerf-volant se tient habituellement caché 
pendant le jour, à moins que quelque arbre laissant exsu- 
der sa sève ne tente sa convoitise; dans ce cas alors, on 
le trouve souvent accompagné de ses congénères, en train 
de lécher ce régal avec sa languette. On le trouve parfois 
aussi volant dans la journée; j'en ai vu prendre, un au 
vol en plein jour dans la forêt de Saint-Germain, et je 
tiens de M. Xambeu que, dans les Pyrénées, cet insecte 
vole souvent pendant les après-midi orageuses. 

Mais, généralement, c'est surtout le soir, au crépus- 
cule, que le L. cervus manifeste le plus son activité. C'est 
à ce moment qu'on le trouve en abondance, soit accouplé, 
soit au vol, soit en train de lutter à coup de mandibules 
contre quelqu'un de ses semblables, car, ainsi que je l'ai 
dit précédemment, le L. cervus est très ardent à l 'époque 
de la copulation, et il est rare de trouver deux <le ces 
insectes accouplés sans apercevoir ou entendre dans le 
voisinage d'autres mâles en train de s'administrer « une 
volée en règle » . 

Leurs mandibules grincent si bien pendant qu'ils se 
livrent ces combats que le bruit qu'elles font suffit à faire 
découvrir aisément leurs propriétaires. 

La femelle marche plus lentement que le mâle et vole 
inoins fréquemment, mais ce serait une erreur de croire 
qu'elle ne se sert jamais de ses ailes. Je l'ai souvent prise 
au vol. 

L. Cervus. var. Ç Armiger. Herbst. 

Le L. cervus se rencontre à de fort grandes bauteurs. 
Dans le n° 7 de la Societas Entomologica du 1 er juillet 1895, 
M. Selmons a signalé la capture d'un mâle de cette 
espèce à une altitude de 1^800 mètres dans une région 
dénuée de tout arbre susceptible de nourrir la larve de 
ce Coléoptère. 

Syn. Luc. 9 Armiger. Herbst. 

Kerbst. Kâfer III, p. 301, table 34. figure 1. 

Krichson. Naturgescb. der Inseckten Deutschlands. 
Impartie, Coléop.. 3 e vol. 1848. — Jacq. Duval. Essai 
monog. sur les Lucan. d'Europe, p. 9 et 10. 

Il me parait intéressant de ne pas passer ici sous si- 
lence le Lucane décrit et figuré par Herbst sous le nom 
de Luc. $ armiger, bien qu'à vrai dire cet étrange in- 
secte ne constitue en aucune façon une variété ou même 
une modification comparable à celles que des insectes 
aussi variables que des Lucanes peuvent présenter. 

Comme on peut le voir par le dessin au trait ci-joint, 
copié exactement sur la figure coloriée donnée par Herbst, 
comme l'a fait remarquer Erichson, qui avait vu le 
type, le Luc. armiger n'est autre chose qu'une mons- 
truosité femelle dont les mandibules présentent le déve- 
loppement et la couleur de celles d'un petit mâle. 



1-2 



LE NATURALISTE 



Après avoir parlé îles mandibules, Erichson ajoute : 

n En dehors de cette conformation dos mandibules que 

« Herbsl T. 1). F. a décrit d'une façon qui permettra 

« de les reconnaître suffisamment, cel insecte qui se 

ii trouve maintenant dans la collection de Klùg (1) ne 

n présente rien qui le distingue des femelles ordinaires. 

n Eli pins de cet insecte, la collection de K. contient en- 




Lucanus armiger. 

« core un second spécimen du même genre, mâle à 
" gauche, femelle à droite, les différences sexuelles se 
« trouvant, nettement indiquées dans toutes les parties 
i. du corps : tête, mandibules, pattes, etc. 

« Cel insecte a été décrit précédemment par Klùg dans 
« les « Verliandl. d. Gesselsch. nal. Freund z. Berlin 
« s. 366, t. XV. fig. i.» 

Comme on le voit par ce qui précède, il ne s'agit ici, 
pour ces deux insectes, que d'anomalies du genre de 
celles qui se rencontrent, de temps ;i autre, quoique très 
rarement, dans la nature, et qui paraissent, être beaucoup 
plus fréquentes chez les papillons que chez les insectes 
des autres ordres. Si l'on se reporte, en effet, au mémoire 
publié en I83.'i, par Al. Lefebvre, dans les Annales de la 
Société entomologiquc de France, on remarque que, sur 
51 cas d'hermaphrodisme connus à cette époque chez les 
insectes, deux seulement, concernaient les coléoptères (2) 
et deux les hyménoptères, les 47 autres ayant trait, aux 
lépidoptères 

1.1 suivre.) Louis Planet. 



L'AUTRUCHE EN ALGÉRIE 



Dans un rapport au Conseil municipal de Paris, déposé le 
15 novembre dernier par M. Bellain, nous trouvons, résumée 
à grands traits, la doctrine exposée ici même, en faveur de 
la reconstitution du l'Autruche de Barbarie, dans noire do- 
maine africain. 

Nous croyons utile d'en reproduire les conclusions : 

" Le Conseil, 

« Considérant que la fabrication des plumes d'Autruche et 
les transactions auxquelles elles donnent lieu représentent 
annuellement un chiffre d'affaires considérable, évalué approxi- 
mativement ù 101) millions; 

« Qu'en ce qui concerne celte industrie la France est tribu- 
taire de l'Angleterre, maitres.se du marché, attendu que la 

I A l'époque où il fut décrit par Herbst, le Luc. ai'miger 
figurait dans la collection dudocteur Collignon, chirurgien de 
la cour. 

'2 Les deux coléoptères était le Lucane de Klùg et un Dy 
tique signalé par Westwood. 



seule région de possession française où pourrait ellieacoment 
se l'aire l'élcvagedc l'Autruche se trouve en territoire militaire, 
dont le Sénatus-Consullc de 1863 empêche l'acquisition; 

« Que les produits français sont infiniment supérieurs à 
tous les autres; 

« Que la reconstitution possible de l'Autruche en Algérie 
intéresse au plus haut point l'industrie plumassière parisienne, 
qui occupe au moins 10,000 ouvriers des deux sexes; 

« (Ju'en dehors de l'intérêt économique des considérations 
plus élevées s'attachent à cette question : le complément d'un 
mouvement industriel colonial en formation et la prospérité 
de l'Algérie; 

» Émet le vœu : 

« Que le gouvernement et, en particulier, l'administration de 
la Guerre consentent à accorder les concessions territoriales 
qui leur seraient demandées dans la région du Ziban, située 
en territoire militaire dont le Sénatus-Consulte do 1863 em- 
pêche l'acquisition. » 

Le projet de vœu, mis au voix, est adopte. 

Il est piquant de comparer le texte du rapport de l'hono- 
rable Conseiller municipal do Paris, avec une délibération du 
Conseil municipal de Biskra. Les idées généreuses adoptées 
par les édiles de la Ville-Lumière pourraient éclairer et con- 
vertir leurs collègues de la perle du Sahara. 

Dans la séance du Conseil municipal de Biskra du 3 juin 1891, 
le Conseil, sur la proposition d'un de ses membres, a émis le 
vœu suivant : « Le Conseil municipal de Biskra omet le vœu 
que la smala d'EI-Outaya, dont la réunion à la colonisation 
est décidée en principe ainsi qu'il résulte des délibérations du 
Conseil supérieur de l'Algérie, soit attribuée aéfinitivement 
et promptement à la colonisation et divisée en grands lots de 
fermes, vendus aux enchères publiques par le service des 
domaines. 

« Le Conseil municipal de Biskra proteste contre toute déci- 
sion qui tendrait à attribuer cette smala à une société ou à une 
compagnie quelconque sous prétexte d'essai de colonisation 
ou quelque autre que ce soit. » 

Enfin le Conseil général de la Seine, dans sa séance du 
14 décembre dernier, émet aussi le vœu : 

« Que le gouvernement du Soudan français encourage la 
conservation de l'Autruche par des primes de capture et 
d'élevage chez les indigènes habitant les régions où l'élevage 
a été autrefois pratiqué ; que le gouvernement général de 
l'Algérie et celui du Soudan français interdisent, pendant une 
période de dix années, l'exportation des Autruches vivantes. 
Pendant cette période il sera accordé une prime à chaque 
Autruche vivante importée par voie de terre en Algérie ; que 
ces deux gouvernements accordent également une prime d'en- 
tretien en faveur de l'élovago des Autruches chez les tribus 
sahariennes soumises à notre autorité ; qu'enfin, le gouver- 
nement réserve exclusivement, en faveur de la création de 
fermes d'Autruches, la concession des emplacements militaires 
sahariens dont la désaffectation résultera des modifications au 
19 e corps d'armée et de la création d'une armée coloniale. » 

La lettre suivante complétera ce qui précède. 

Hammam-Meskoutine, le 16 octobre 1895. 

« J'ai le regret de vous annoncer que le Conseil général, dans 
sa séance du 11 octobre, s'est borné à faire des veeux pour la 
reconstitution des troupeaux d'Autruches dans le Sud-Algé- 
rien et à recommander vos cll'orts à la sollicitude du gouver- 
nement. 

« En ce qui touche la Smala d'El-Outaïa, il n'y avait rien à 
faire. En admettant que l'autorité militaire s'en dessaisit 
ou se trouverait en présence de la demande formée parla mu- 
nicipalité do Biskra. Cette commune a énergiquement réclamé 
la mise en vente des terrains de la Smala par lois de 301) hec- 
tares pour y créer de grandes fermes. En l'état, il est impos- 
sible d'espérer que l'administration consente à remonter ce 
courant d'opinion. Je ne vois plus guère d'autre solution qu'une 
entente entre vous et les grands propriétaires échelonnés entre 
Biskra et Tuggurth. 

« Et pourtant votre idée est juste, votre initiative est louable 
et tout le mondo devrait en souhaiter le succès. 
« Veuille/., avec tous mes regrets, agréer, etc. 

« L. ROUYER, 

« conseiller général. » 

Les récents débats de la Chambre font connaître le rôle du 
président du conseil général do Constanline dans l'histoire des 
phosphates de chaux! AI. Bertagna et, ses amis pourront être 
r placés par dos conseillers qui, je l'espère, seront d'accord 



LE NATURALISTE 



13 



avec le conseil municipal de Paris et le conseil général de la 
Seine pour la création* d'une oeuvre d'importance sans égale en 
Algérie. Le conseil d'entente avec les propriétaires de la région 
n'a aucune portée pratique. Les intérêts particuliers de quelques 
personnages de Biskra ne primeront pas ceux d'une industrie 
parisienne; ils ne tiendront pas en échec le problème de la pa- 
cification du Sahara et de la jonction de l'Algérie et du Sou- 
dan. 

C'est ma ferme conviction qui finir;i par s'imposer après 
vingt ans de propagande. 

J. Forkst aine. 



LA VIOLETTE 



Étymologies et origines. — Historique. — Carac- 
tères. — Culture. — Emplois. — La Pensée. — 
Maladies et Parasites. — Birliographie : 

A peine le soleil commence-t-il à réchauffer, de ses 
1-ayoiis, la campagne encore engourdie par les froids de 
l'hiver, que la Violette vient, comme une gentille messa- 
gère, nous annoncer le retour du Printemps et de son gai 
cortège. Aussi, est-ce par milliers, alors, que les mar- 
chands de fleurs vendent ces petits bouquets si connus de 
tout le monde, mais surtout des Parisiens : car, ainsi que 
le dit Paul Constantin, dansie Monde des Plantes, « on ne 
serait pas Parisien si l'on n'aimait pas les Violettes ». 

Cependant, bien que cette Heur jouisse d'une vogue 
quasi-universelle, je crains fort qu'elle ne soit pas connue 
comme elle devrait l'être. Je ne parle pas ici des Natura- 
listes et des Botanistes : de ceux-là je n'ai qu'à apprendre; 
mais j'entends de ceux que l'on est convenu d'appeler les 
gens du monde, c'est-à-dire la majorité, ceux qui, certai- 
nement, aiment la nature et ses multiples productions, 
mais que le manque de temps ou toute autre raison em- 
pêche de s'adonner à cette étude pourtant si admirable, 
si captivante et si féconde. C'est pour eux que j'ai réuni 
tous les matériaux qu'il m'a été possible de me procurer 
et que j'ai écrit celte petite monographie que Le Naturaliste 
a bien voulu publier. 

Étymologies et Origines. 

La Violette était bien connue dans l'antiquité; les Grecs 
la nommaient Ion, et sous ce nom les [anciens désignaient, 
non seulement la Violette proprement dite, mais encore 
plusieurs autres plantes, en particulier la Giroflée jaune. 

Certains auteurs supposent que ce nom lui était donné en 
souvenir de ITonie où (die était extrêmement commune. 
D'après M. P. Constantin, le mot Ion viendrait du parti- 
cipe du verbe eimi (venir, arriver), parce que la Violette 
est une des premières fleurs qui se montrent au prin- 
temps. Quant à nous, les deux étymologies nous parais- 
sent aussi rationnelles, et nous serions bien embarrassé 
s'il nous fallait donner la préférence à l'une ou à l'autre. 
Enfin une troisième version qui, tout en ('tant absolument 
fausse, a le mérite d'être plus poétique, nous dit que Ju- 
piter, visitant un jour l'Ionie, pedibus <um jambis, tout 
comme un simple mortel, y lit la rencontre d'une jeune et 
jolie nymphe de la contrée qui lui offrit une violette; 
c'est en souvenir de cette action et du passage du dieu 
dans ce pays que les Grecs la nommèrent Ion. Aussi, 
le.- Athéniens qui prétendaient descendre eux-mêmes de 
ITonie, avaient cette fleur en très grande estime. 

Quant à ses origines, elles sont beaucoup plus obscures. 
et, seule, la mythologie nom donne plusieurs versions. 



D'après les uns, ce serait la, fille d'Atlas, qui, après 
avoir couvert de laine Achille expirant, aurait été, pour 
cette belle action, changée en Violette. D'autres en font 
une jeune nymphe très pudique, que Diane métamor- 
phosa en violette pour la soustraire aux poursuites d'Apol- 
lon. Suivant certains, Jupiter ayant changé Io en génisse 
afin de la dérober à la haine de Junon, voulut lui donner 
une nourriture digne d'elle, mais n'en ayant pas trouvé, 
c'est alors qu'il créa la Violette. 

Pour nous qui ne vivons plus au temps des métamor- 
phoses, des nymphes, des déesses et des bergers, nous 
serions beaucoup plus curieux de connaître ses formes 
àncestrales, de savoir de quelle plante primitive elle est 
issue : mais cette étude sortirait du cadre de ce travail 
et nous laissons bien volontiers à des Naturalistes plus 
compétents que nous le soin de traiter cette question. 

Historique. 

Grâce à son parfum si subtil et si délicat, la Violette 
s'est acquis, depuis bien des siècles, une célébrité qui 
n'est pas près de s'éteindre. 

Chez les anciens, les Grecs et surtout les Athéniens 
l'avaient eu grande estime. Ils s'en servaient pour parfu- 
mer leurs bains et aromatiser leurs vins les plus renom- 
més. C'était une de leurs fleurs préférées. 

Théocrite termine ainsi le chant de Thyrsis sur la 
mort de Daphnis : 

Aï|y£T£ pwxoXocâ;, Moxrai, î'te, À^yet ' àoios;. 

NOv i'a u.âv (fopéoiTe, pâto: 

Cessez Muses, allez, cessez vos chants bucoliques. 
Maintenant, buissons, produisez des violettes 

Le poète Alexis, un des principaux représentants de la 
Comédie Moyenne, dans le Colon, dit en parlant des co- 
lombes tout imprégnées d'essences odoriférantes qu'on 
avait l'habitude de laisser voler dans les salles de festins : 
« Moi aussi, ne soyez pas trop jaloux, messieurs, j'ai été 
arrosé d'essence de violettes ». 

Ce n'était pas pour le seul plaisir de se parfumer que 
les convives, dans ces festins, se couvraient d'odeurs, 
mais parce qu'ils attribuaient aux différents parfums des 
propriétés particulières influant sur chaque partie du 
corps ; c'est ainsi que celle de la Violette blanche était ré- 
putée comme favorable à la digestion. 

Bien que la Violette fût connue à Rome, ainsi que l'at- 
testent les écrits des auteurs latins : 

Pallentes violas et summa papavera carpens. 

Virgile, Bucoliques, Egl. II. 
Pro molli viola, pro purpureo narcisso 
Carduus et spinis surgit paliurus acutis. 

Virgile, Bucoliques, Egl. V. 
Tum quœ pallet humi, qu;e frondens purpurat auro 
Ponatur viola. 

Columelle, De re rustica, X., 101. 

Dulci violas ferruginc pingit 

Claudien. 

elle y était moins en usage qu'en Grèce, les Romains 
préférant les roses de Pœstum aux violettes d'Ionie. 

En France, ce ne fut guère qu'à partir de la Renais- 
sance — époque où la consommation des parfums de tous 
genres commença à prendre un essor de plus en plus 
grand — qu'on employa la Violette en quantités impor- 
tantes. Mais la vogue en date surtout de Marie-Antoinette, 
qui préférait son odeur douce et délicate aux parfums 
forts et violents qui avaient cours alors. 

Disons seulement, pour terminer, qu'elle a été un mu- 



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LE NATURALISTE 



meut mêlée un pou à la politique, les impérialistes s en 
étant emparés, tout comme jadis les royalistes prirent le 
lis : niais ce rôle de cocarde ne convenait pas à sou 
caractère d'humilité dont elle est le symbole, elle était 
trop la Heur d'un peuple pour devenir celle d'un parti; 
aussi, aujourd'hui, est-elle redevenue la fleur de tous, tou- 
jours aussi aimée, toujours aussi modeste et non moins 
répandue qu'autrefois. 

Caractère):. 

Les Violettes font partie de la grande famille des Viola- 
riées, créée par De Oandollepour des plantes herbacées ou 
des arbrisseaux ayant des feuilles alternes, simples, des 
Heurs le plus souvent solitaires, axillaires, irrégulières et 
hermaphrodites, possédant cinq étaniines à blets très 
courts et. au centre de la fleur, un ovaire libre surmonté 
d'un style simple. 

Cette famille, qui comprend environ 280 espèces répar- 
ties sur tout le globe, a été divisée en quatre tribus, dont 
la principale, habitant plus spécialement l'hémisphère 
nord, est celle des Violées, qui se subdivise elle-même en 
un certain nombre île genres, dont le plus important, le 
genre Viola, qui nous occupe ici et qui a donné son 
nom à la famille, a été créée par Tournofort.il comprend, 
à lui seul, plus de 150 espèces bien définies, quoiqu'il y 
en ait eu un plus grand nombre de décrites. 

Les plantes du genre Viola sont toutes herbacées, leurs 
liges sont courtes, les feuilles sont alternes, cordiformes 
ou ovales. Les fleurs portées sur une tige recourbée à son 
sommet sont formées de cinq sépales inégaux et de cinq 
pétales irréguliers, dont l'inférieur, plus grand que les 
autres, est prolongé à sa hase en un éperon. Elles sont, le 
plus souvent, de couleur violette plus ou moins foncée; 
cependant, on en trouve qui sont blanches, roses, bleu 
pâle ou même jaunes. 

Gingens, dans sa Monographie des 1 iolacées, a divisé ce 
genre en cinq sections. Les espèces françaises, au nombre 
de 31, rentrent dans trois seulement de ces sections. Ce 
sont : les Nominium, comprenant 20 espèces, parmi les- 
quelles : Viola odorata, sylvestris, canina, elatior, etc. ; les 
Discbidium, une seule espèce, V. biflora, et lesMélanium, 
10 espèces, dont V. Rothomagensis et V. tricolor: cette 
dernière comprend un certain nombre de variétés assez, 
difficiles à distinguer l'une de l'autre. M. Acloque, dans 
sa Flore de France, eu reconnaît dix. 

Les fleurs de certaines espèces de Violettes peuvent se 
présentera nos yeux sous deux aspects. Sous le premier, 
qui est le plus général, la corolle se montre bien colorée 
et épanouie; sous le second, elle reste constamment enfer- 
mée dans le calice. Chez les premières, la fécondation se 
produit presque toujours par l'intermédiaire des insectes 
qui. venant butiner sur les Heurs, transportent, par leurs 
lèvres et leurs pattes, le pollen du pistil sur les étamines ; 
dans les deuxièmes , les Heurs se fécondent d'elles- 
mêmes, sans le secours des insectes, fait très compréhen- 
sible, puisqu'elles sont hermaphrodites, et, qu'elles res- 
tent fermées, le pollen qui s'échappe du pistil ne peut 
s'égarer à l'extérieur, il tombe donc forcément sur les 
étamines. 

Distribution géographique. 

Les Violettes se rencontrent dans toute l'Europe, la 
Sibérie, l'Asie Mineure, les Indes, le, Japon, les Canaries, 
le Brésil, l'Algérie. 

En France, ces plantes recherchent de préférence les 



endroits ombragés et frais, tels que Jos bois, les baies, 
etc.; quelques-unes croissent dans les lieux extrêmement 
humides, comme les marais, les étangs ; d'autres préfèrent 
les terrains sableux: enfin, d'autres encore demandent un 
sol calcaire, telle la V. Rothomagensis. A propos de cette 
dernière, M. le D r Blanche, dans ses observations sur la 
Flore de la Seine-Inférieure, dit, « qu'elle se développe et 
conserve ses caractères tant qu'elle végète dans le calcaire 
à peu près sans mélange d'autres terres, et que sa culture 
n'est possible que dans la terre calcaire presque pure »• 

Culture et Variétés. 

Pour les Botanistes, toutes nos Violettes rentrent dans 
un seul et unique genre ayant nom Viola; mais pour le 
commun des mortels et pour les Horticulteurs elles for- 
ment deux genres bien distincts :1a Violette et la Pensée. 
L'une charme par son parfum, l'autre par la beauté de 
ses Heurs et la fraîcheur de son coloris. Nous examine- 
rons donc chacune d'elles séparément en faisant remar- 
quer toutefois que lorsque nous dirons Violette, c'est 
presque toujours la V. odorata que nous aurons en vue. 

Avant de parler des divers emplois de la Violette, de 
son parfum, etc., nous allons dire quelques mots de sa 
culture. 

C'est une plante vivace, très robuste, se contentant, à 
l'état spontané, d'un sol maigre. Sa culture est donc 
d'une extrême simplicité, entant que l'on ne cherche pas 
à lui faire donner des Heurs plutôt qu'à l'état nature. 
Pourvu qu'elle soit placée dans un endroit où elle puisse 
avoir du soleil au printemps et de l'ombre en été, c'est à 
peu près tout ce qu'elle demande; si, dans les moments 
de grande sécheresse ou de fortes chaleurs on peut lui 
fournir un peu d'humidité, elle ne s'en portera pas plus 
mal, bien au contraire. Le point principal est d'éviter que 
la terre ne [se dessèche. La violette de Parme, qui est 
plus délicate, demande un terrain plus léger et une bonne, 
exposition. Comme on le voit, il est de toute simplicité 
d'avoir des Violettes dans son jardin ou sur son balcon. 

Mais, pour messieurs les Horticulteurs qui ont toujours 
besoin de faire marcher la nature suivant leurs goûts et 
qui prétendent avoir des Heurs même au cœur de l'hiver, 
ces petits soins ne sont pas suffisants. Il leur faut des 
châssis, des bâches, du fumier. Dès le mois d'octobre on 
met les plants sous châssis dans un terrain bien préparé, 
bien engraissé: puis on ferme aux trois quarts, parce qu'il 
faut toujours laisser l'air circuler, il n'y a que dans les 
fortes gelées que l'on couvre c pletement. 

En l'examinant bien, la méthode des horticulteurs con- 
siste tout simplement à supprimer l'hiver, et les petites 
violettes qui se figurent être dans un printemps perpétuel, 
poussent tant et si bien qu'elles donnent des Heurs dès 
le mois de janvier. 

Régulièrement, ces Heurs doivent être reproduites par 
germination des graines, mais pour aller plus vile et avoir 
des résultats plus certains on emploie la division des 
touffes. 

La culture connaît trois variétés principales de V. odo- 
rata. Ce sont : la Violette des quatre saisons qui Heurit 
presque toute l'année, mais à laquelle on peut adresser le 
reproche d'avoir des queues trop courtes, ce qui est gê- 
nant pour la confection des bouquets ; la Violette du Tsar 
ou Violette Russe, dont les liges sont plus longues que 
Chez la précédente, puisqu'elles atteignent jusqu'à 14 et 
15 centimètres et dont les Heurs, d'un beau violet foncé 
marque de ligne.- noires, sont plus grandes et plus odo- 



LE NATURALISTE 



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r.inlcs : eulin. la Molette de Parme, le nec plus ultra du 
genre, celle dont la réputation est universelle actuelle- 
ment, celle qui a le plus île qualités, celle qu'ont chantée 
les poètes et qu'a popularisée Offenbàcb : 
" Sentir la Violette de Parme, 
'< Vous me comblez, ô mon sergent. » 

A vrai dire, il faut reconnaître que cette violette pos- 
sède de belles Heurs doubles, gris bleuâtre, beaucoup 
plus grandes que celles des autres variétés, que son par- 
fum, tout en étant différent de celui de la V. odorata, est 
encore plus délicat et plus pénétrant, ce qui justifie plei- 
nement la vogue dont elle jouit. C'est par hectares pleins 
qu'elle est cultivée dans la Provence et surtout aux envi- 
rons de Toulouse. 

Personne ne l'ignore, l'emploi de la Violette a pris une 
telle extension i[ue la profession de certains industriels 
consiste presque uniquement dans sa culture et sa vente. 
Aux environs de Paris, à Fontenay-aux-Roses, à Saint- 
Mandé, à Boulogne, on en élève de grandes quantités. 
Mais c'est surtout dans le Midi que la culture s'y fait sur 
une échelle considérable. C'est par wagons entiers que la 
capitale, toute la France et même l'Etranger reçoivent 
ees fleurs de la Provence, de Toulouse, de la Ligurie. Les 
horticulteurs en gros les vendent depuis 4 francs jusqu'à 
30, 3b francs et plus le kilo, suivant les années et les 
époques. 

Emplois. 

Vente en bouquets. — De toutes les fleurs, on peut dire 
sans crainte que la Violette est une des plus populaires 
et, par un singulier revirement des choses d'ici-bas, elle, 
symbole de la modestie et de l'humilité, elle est celle que 
l'on arbore le plus: mais, malgré cela, elle reste toujours 
dans son rôle. Elle n'est point la fleur des grandes céré- 
monies, des grands décors, du haut luxe ; au Chrysan- 
thème, au Camellia, aux Orchidées reviennent l'honneur 
de parer nos salons, de décorer nos tables, de fêter ceux 
que nous aimons ; la Violette, elle, reste quand même la 
fleur de l'intimité. 

Aussi, la vente en bouquets est-elle considérable et 
fait-elle l'objet d'un important commerce. ■ 

Quoique l'on vende de ces fleurs toute l'année, c'est 
surtout au printemps qu'il s'en fait une plus grande con- 
sommation. En considérant la quantité qu'il en est vendu 
sur les marchés de Paris et en se basant sur les statis- 
tiques, on peut admettre en moyenne, un débit journalier 
de 3.000 bouquets à cinq et dix centimes. Les premiers 
se vendant en plus grand nombre que les seconds, en pre- 
nant le prix moyen de sept centimes on arrive, par le 
plus simple des calculs, au total de 70.000 francs par an. 
Il est facile d'en déduire, sans exagération aucune, que 
le débit total pour la France se monte annuellement à un 
minimum de loOà 180.000 francs, rien que pour la vente 
en bouquets, et ce n'est pas là son seul emploi. 

Si la violette est la fleur des vivants, elle est aussi celle 
des morts. Après nous avoir charmés par son parfum, sa 
couleur la l'ait utiliser à la confection de croix, couronnes, 
bouquets funéraires. 

Parfumerie. — Nous venons de voir que la vente des 
Heurs naturelles de Violettes constitue un commerce im- 
portant. Voici la parfumerie qui lui ouvre également un 
débouché considérable : car. par sa délicatesse, sa suavité, 
sa pénétration, le parfum de la Violette est un des plus 
employés. 

Ce que le parfumeur recherche dans cette plante, c'est 



l'essence odorante ; mais jusqu'ici, il faut avouer que, 
malgré les ressources de la chimie et de la science, mai- 
gri' 1 les nombreux essais qui ont été tentés en vue de tirer 
l'essence directement de la plante, on n'apu obtenir qu'un 
résultat à peu près négatif. Quelques chimistes, avec de 
grandes difficultés, ont pu isoler quelques grammes du 
principe odorant que l'on conserve à titre de curiosité. Il 
existe au Laboratoire des Fleurs, à Londres, un échan- 
tillon de ce produit isolé par M. Marck de Nice. Il y a 
une vingtaine d'années, M. Piver, de Paris, en avait ob- 
tenu quelques gouttes qui lui étaient revenues à un prix 
excessif. 

Le parfum de cette fleur est si volatil, que la chaleur, 
non seulement l'altère, mais le détruit complètement. — 
Ceci est tellement vrai que les Violettes cultivées en plein 
soleil sont moins odorantes que celles élevées dans les 
lieux ombragés. — Il ne faut donc pas songer à l'obtenir 
par distillation. Tout ce que l'on peut se procurer indus- 
triellement, ce n'est que de l'extrait. Pour y arriver, on 
se sert du procédé à froid connu sous le nom d'enfleurage. 
Ce procédé, qui repose sur la faculté que possèdent les 
corps gras de s'approprier les odeurs et de les abandonner 
ensuite avec facilité, demande une grande manutention, 
beaucoup de temps, et revient à un prix assez élevé. En 
voici la pratique : 

Sur des rectangles de verre d'environ m 60 de large sur 
IU 90 de long, bordés d'un cadre en bois de 7 à 8 centi- 
mètres d'épaisseur, on étend une couche bien uniforme 
de graisse de bœuf purifiée. Sur cette couche, on place 
les fleurs de Violettes ou seulement les pétales. On gar- 
nit ainsi un grand nombre de châssis que l'on empile les 
uns sur les autres. Puis on les laisse dans cet état pendant 
deux, trois ou quatre jours, après lesquels on enlève toutes 
les fleurs pour les remplacer par de nouvelles. On répète 
cette opération l'espace de deux à trois mois, suivant la 
qualité et la force que l'on désire obtenir. Lorsque l'on 
juge le temps nécessaire écoulé, on enlève complètement 
les fleurs, on ramasse, avec une spatule, toute cette 
graisse que l'on met dans des vases, et l'on est en posses- 
sion d'une pommade. La graisse ayant le grave inconvé- 
nient de rancir vite et par suite d'altérer le parfum, on se 
sert aujourd'hui de paraffine qui coûte plus cher, il est 
vrai, mais qui, étant complètement neutre et inaltérable, 
donne une plus grande valeur au produit. 

Pour obtenir l'extrait liquide, on fait dissoudre la pom- 
made ci-dessus dans de l'alcool. Si l'on a opéré avec de 
la paraffine, comme elle est insoluble, on la coupe en me- 
nus morceaux que l'on laisse macérer. D'une façon comme 
de. l'autre, il ne reste plus qu'à décanter pour obtenir un 
Extrait de Violettes. 

Ce dernier produit peut être mis dans de petits flacons' 
de forme quelconque et vendu tel sous des noms diffé- 
rents : extrait pour le mouchoir, essence de Violette, 
etc. 

Ce même extrait est employé par les parfumeurs pour 
aromatiser leurs différents produits. Cependant, plusieurs 
inconvénients viennent entraver son emploi en plus 
grande quantité : d'abord l'extrême volatilité de cette 
odeur que jusqu'ici l'on n'est encore parvenu à fixer qu'im- 
parfaitement ; puis son emploi qui ne peut être fait qu'à 
froid, ce qui est gênant dans bien des cas : enfin son prix 
forcément assez cher, qui est un grand obstacle pour la 
parfumerie à bon marché. 

Pour remédier à ces divers inconvénients, les parfu- 
meurs ont dû lui rechercher des succédanés ; ils y arrivent 



16 



LE NATURALISTE 



par lf mélange de différentes essences, parmi lesquelles 
nous citerons : le Musc, le Mimosa, le Jasmin, mais sur- 
tout l'Iris et laCassie, extraite de la fleur de l'Acacia far- 
nesiana, qui, mélangées dans des proportions détermi- 
nées, remplacent avantageusement l'extrait véritable. 
Néanmoins, la parfumerie fine préfère employer ce der- 
nier, qui possède plus de Rnesse, quitte à lui ajouter un 
peu de Cassie ou d'Iris afin de le rendre moins fugace. 

Dans ees derniers temps, on a lancé dans l'industrie 
des parfums un nouveau produit, VIonone, d'une volatilité 
moins grande que l'extrait véritable et d'un rendement 
plus fort. Comme ce produit est encore tout nouveau, nous 
allons en dire quelques mots. 

L'on sait que le parfum de la Violette se rencontré 
dans cette fleur et dans la racine sèche de l'Iris. Or, 

MM. Tiemann et Krùger, après avoir longtemps cherché 
à extraire l'odeur de la Violette, ont dû y renoncer, et 
c'est alors qu'ils ont porté leurs recherches sur l'Iris. 

Dans un extrait élhéré de racine sèche d'Iris, ils ont 
obtenu, par distillation dans un fort courant de vapeur 
d'eau, un mélange composé d'acides gras, d'éthers méthy- 
liques et d'un nouveau produit auquel ils ont donné le 
nom à'irone. Par une suite d'opérations assez, compli- 
quées, ils obtenaient YIrone pure possédant toutes les qua- 
lités de l'extrait véritable de Violette. Pour reproduire 
synthétiquement ce produit, ces chimistes se servirent de 
l'essence de Citron et de Citronnelle de l'Inde. Dans cette 
essence se trouve une aldéhyde, le Citral, qui; sous l'ac- 
tion d'alcalis, donna une cétone appelée pseudo-ionone, 
laquelle, traitée par un acide dilué, fournit VIonone pure, 
produit ayant la même) composition chimique que l'Irone 
et pouvant par suite lui être substitué. Il est donc, 
croyons-nous, appelé à rendre de grands services dans 
l'industrie du parfumeur. 

Pharmacie.— Grâce à la Violine, principe acre qui se 
trouve dans toutes les parties de la plante, mais surtout 
dans les rhizomes, et qui possède des propriétés émé- 
tiques, la Pharmacie utilise aussi la Violette. Elle s'en 
sert comme astringent et diurétique. Sa racine, réduite 
en poudre, est réputée purgative et vomitive, et ses fleurs 
trouvent leur emploi comme émollient ; c'est même sous 
cette dernière forme qu'elle est le plus employée. Les 
fleurs de la V. odorata entrent dans la composition de la 
tisane pectorale connue sous le nom de tisane aux quatre- 
fleurs. 

Ses qualités pharmaceutiques sont des plus anodines : 
caria Violine. alcaloïde auquel elle doit ses propriétés, 
est très faible el s'y trouve en si minime quantité, qu'il 
faudrait en absorber heauebup pour s'apercevoir de leur 
effet. 

La Viola trkolor sauvage ajoui d'une grande réputation 
comme dépuratif; on a même vanté ses effets prodigieux 
dans le I raitemenl des maladies de la peau, surtout contre 
les croûtes laiteuses des enfants. 

Les Violettes exotiques, celles du genre Ionidium prin- 
cipalement, contiennent un principe plus fort, que les 
nôtres, et les l'aux-ipecacuanhas du Brésil ne sont autres 
que des racines de Yiolariées. 

Somme toute, il en est des Viola de nos contrées comme 
Je beaucoup d'autres piaules qui, si elles ne font pas île 

bien, ne l'ont certainement pas de mal. et si le malade 
qui s'en sert y trouve sa guérison ou seulement un soula- 
gement, c'esl bien le cas de dire que c'est la foi qui 
sauve. 
La préparation dès fleura de Violette.-, en vue de leur 



utilisation en pharmacie, est des plus simples. Il suffit, 
après avoir recueilli les plantes, d'eu séparer les feuilles 
et les racines, les Heurs seules devant servir. On l'ait 
sécher ces dernières à l'air libre, en les changeant de 
place de temps à autre.jusqu'à complètedessiccation,afin 
d'éviter que l'humidité qu'elfes retiennent ne forme des 
moisissures. 11 faut aussi éviter la lumière qui les déco- 
lorerait. 

La Pharmacie emploie aussi, dans certains cas. le sirop 
de Violettes. 

Chimie. — En chimie, son emploi est des plus restreints: 
on ne se sert que du sirop à titre de réactif, les alcalis le 
faisant passer du violet au vert. 

On tire de la Violette deux produits : un acide et un 
alcaloïde : 

L'acide violénique qui se trouve dans les feuilles et qui 
cristallise en aiguilles incolores, solubles dans l'eau, l'al- 
cool et l'éther : et la Violine. alcaloïde possédant des pro- 
priétés émétiques'dont nous avons parlé plus haut. 

Il existe aussi, paraît-il, dans les racines de la V. odo- 
rata un poison énergique qui amène des troubles dans 
la respiration et sur le cœur. D'autre part, on aurait, cons- 
taté une corrélation entre l'action des racines et le par- 
fum de cette plante lorsqu'il acquiert une certaine inten- 
sité. Burnétt dit que lorsqu'on écrase desV. tricolor, elles 
répandent une très légère odeur d'acide prussique. On a' 
remarqué aussi que les personnes empoisonnées par cet 
acide exhalaient une odeur de Violette. Ces plantes con- 
tiendraient-elles de l'acide cyanhydrique ? On peut en 
douter : car depuis si longtemps que l'on étudie les Vio- 
lettes, il est surprenant que l'on n'ait pas cité ce l'ail d'une 
façon définitive. Il y a bien des gens que le parfum de 
cette fleur agace, irrite, qui lui reprochent même de les 
rendre aphones, — témoin celle artiste, M me M. Saas, qui 
l'ut empêchée de chanter toute une soirée pour avoir res- 
piré l'odeur d'un bouquet de violettes. — Mais ce ne 
sont là que des exceptions, et presque toutes les fleurs à 
parfum produisent ces effets sur certains sujets; aussi, 
tant qu'il n'y aura pas eu d'expériences plus concluantes 
de faites, il sera permis d'être un peu sceptique à l'égard 
du poison de la Violette. 

(A suivre) Bendehitter. 



RECTIFICATION 

Monsieur lu rédacteur en chef du Naturaliste. 
Monsieur, 
Je lis dans le numéro du 12 décembre de votre journal sous 
la rubrique « Académie des Sciences », l'entrefilet suivant : 
« M. A. Milnc-Edwards présente à l'Académie des Sciences une 
note sur une modification de l'espèce et sur l'hérédité des carac- 
tères acquis.» Permettez-moi de rappeler au rédacteur, M. A.- 
E. Ma.la.rd que le travail présenté est de moi, que j'en garde la 
responsabilité. 
Veuillez agréer, etc., 

Rkm y-Saint-Loup. 



OFFRES ET DEMANDES 

A vendre une collection de bois ravagés par les 
insectes, tous bien déterminés. S'adresser aux bureaux 
du journal. 

— M.C. M.. 1030, Saint-Etienne. — Le spécimen que 
vous nous ave/ adressé n'est pas une algue, mais un 
cœlentéré du groupe des sertularidés et probablement 
la Serlularia abietina, espèce d'ailleurs très commune. 



Le Gérant: Paul GROULT. 



Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, il. 



18 e ANNÉE 



2 e Série — M'S13 



15 JANVIER 1896 



LA 

CARPOCAPSA POMONANA 

Vulgairement 
VER DES POMMES 

SES MŒURS 
MOYENS DE DESTRUCTION 



De tous les ennemis de nos fruits à pépins, la Carpo- 
capsa pomonana (Tr.) ou ver des pommes, est celui qui 
cause les plus grands dommages à cette riche culture. Il 
est rare qu'il se passe une année sans que cet insecte ne 
donne lieu ,-iux récriminations des agriculteurs sur le 
nombre plus ou moins considérable île fruits véreux, 
dans une partie quelconque de la France. 

A la session générale annuelle (1894) de la Société des 
Agriculteurs de France, le frère Abel, comme délégué 
du Morbihan, demande à la section d'entomologie do 
s'intéresser à l'étude de la Carpocapsa pomonana et de 
charger un de ses membres de donner sur ce parasite des 
plus nuisibles un mémoire approfondi. Dans sa séance 
du 5 mars 1895, la Société nationale d'Acclimatation de 
France a émis le même vœu. 

Par nos observations suivies depuis 25 ans, nous espé- 
rons répondre aux vieux exprimés par ces honorables 
Sociétés, et être utile aux agriculteurs s'oceupant de la 
production considérable des fruits à pépins, en faisant 
connaître plusieurs parties importantes des mœurs de la 
Carpocapsa pomonana, qui paraissent avoir échappé aux 
patientes observations des auteurs qui nous ont précédé, 
et les résultats couronnés de succès, des essais pratiques 
que nous avons faits pour détruire cet insecte. 

La Carpocapsa pomonana (Treitschke) n'est pas un in- 
secte nouveau, ses dégâts ont été remarqués il y a plus 
de deux mille ans. Caton l'Ancien, Dere rusHca, t. l,p. 23, 
dit: « On n'oubliera pas de mettre dans les vergers des 
pommes mustées, qui ont moins de vers (1). Columelle, 
Dr arboribus traduit par Claude Cotercau, Paris 1532, 
deuxième livre, page 612, recommande, pour garder les 
pommes, de choisir celles qui ne sont pas gâtées des vers 
et sans corruption et plus loin, page 636, cet auteur dit 
encore. « Mais il se fault que celles qu'on veult garder en 
miel, se fendent avec un coulteau d'os, s'il y a un petit 
ver dedans. » 

Carpocapsa pomonana (Tr.) a été figurée par Réau- 
mur (4), Rœsel (5), Duponchel (12), Hùbner (8), et un 
grand nombre d'auteurs (2). C'est un lépidoptère de la 
famille des nocturnes, de la tribu des tordeuses, du genre 
carpocapsa, elle a été décrite sous divers noms : Tinea 
pomonella (L.);Pyralis pomonana (Fab,); vulgairement 
nommée pyrale des pommes, ver des pommes. On ren- 
contre ce lépidoptère partout où l'on cultive des pommiers 
ei des poiriers, en Europe et même en Amérique. Ses 

(1) Selon Pline (:i) on les appelle pommes mustées, paroc- 
qu elles mûrissent promptemeht. (Le Père Hardouin, dans ses 
notes sur Pline dit : « parce qu'elles ont une douceur appro- 
chant du moût ? » 

(2) Dans une étude. « Le pommier, ses principaux ennemis, 
moyens de destruction, nous avons déjà appelé l'attention, sur 
certaines parties de ses mreurs et proposé des procédés de 
destruction, que nous supposons nouveaux (Feuille des jeunes 
naturalistes, V* juillet 1892, page 119). 




dégâts sont souvent très importants, les amateurs de 
fruits n'ont en effet que trop souvent l'occasion de ren- 
contrer sa larve d'un blanc rosé dans l'intérieur des 
pommes et des poires servies sur nos tables, où on la dé- 
signe improprement sous le nom de ver; dans certaines 
années le tiers ou la moitié des fruits sont véreux. 

La Bibliographie d'un insecte aussi [nuisible et si uni- 
versellement répandu, comporte un grand nombre d'é- 
crits (une centaine depuis un siècle). Les principaux sont 
l'œuvre de : Réaumur (de), Rœsel, Esper, Fabricius, 
Iliibner, Treitchke, Godard, Schmidberger, Duponchel, 
Kollar, Bouché, Guénée, Zeller, Bruand d'Uzelle, Delà- 
court, Nordlinger, Gehin, Curtis, Colonel Goureau, 
docteur Boisduval, A. Constant, A. Dubois, mes chers 
maîtres : Emile Blanchard et le docteur Laboulbène ; 
Fallou, docteur Broccbi, etc.. (1) Nous ferons connaître 
plus loin, le résumé des observations, qu'il nous a été 
possible de recueillir dans ces nombreuses publications. 

Description du papillon : envergure 20 millimètres, les 
premières ailes sont en dessus d'un gris cendré foncé, et 
traversées par un grand nombre de stries brunes ondu- 
ées, avec un écusson semi-lunaire à leur extrémité in- 
férieure, d'un brun chocolat, et dont les contours sont 
irrégulièrement arrêtés par une ligne d'or rouge. Les 
secondes ailes sont entièrement brunes en dessus. Le 
dessous des quatre ailes est brun clair avec des atomes 
plus foncés à leur extrémité. 

Les antennes, les palpes, la tète et le corselet sont d'un 
brun foncé; l'abdomen plus pâle participe de la couleur 
des ailes inférieures. 

Selon Zeller (17) les deux sexes peuvent être distingués 
par un pinceau de poils qui se trouve sur la surface su- 
périeure de l'aile postérieure du mâle. Ce pinceau n'est 
pas facilement visible, il s'élève non loin de la base de 
l'aile, près de la nervure médiane, dans un léger sillon, 
qui est perceptible en regardant en dessous. 

La chenille a 16 pattes, les membraneuses sont 
peu développées, sa couleur est. blanchâtre, quand 
elle est nouvellement éclose ; mais elle ne tarde 
pas à prendre la couleur de chair en grandissant; sa 
forme est arrondie, sa taille peut atteindre 14 à 16 milli- 
mètres; la tète, légèrement aplatie, est d'un marron lui- 
sant, avec les mandibules plus foncées. Sur le premier 
segment; un écusson jaune brun corné; le corps est muni 
de quelques poils fins qui naissent de petits points élevés 
au nombre de huit sur chaque segment ; les stigmates 
sont blanchâtres, cerclés de noir; le clapet anal est d'un 
jaune brun corné, avec 6 petits points grisâtres réunis 
en cercle. 

La chrysalide est d'un marron brunâtre, avec l'enve- 
loppe des ailes plus foncée, et quelques poils raides à 
l'extrémité. Le dos de l'abdomen, vu à un faillie grossis- 
sement, porte des rangées de très petites dents. Le cocon 
dans lequel elle s'enferme est blanc à l'intérieur et blanc 
sale à l'extérieur; le plus souvent il est entremêlé de mor- 
ceaux d'écorce ou de fragments d'autres substances, que 
la chenille enlace avec la soie qu'elle file. 

MOEURS 

Les savants entomologistes qui se sont occupés des 
mœurs de C. pomonana sont loin d'être en accord parfait 
sur l'histoire de ce lépidoptère. Ce qui s'explique, du 
reste, par la difficulté d'observer un papillon nocturne en 



(1) Voir Index bibliographique. 



IS 



LE NATURALISTE 



liberté, et de suivre la façon de vivre d'i chenille qui 

s'enfonce dans .l'intérieur du fnuit aussitôt née. Il notas 

parail utile le :oi >rd sr h ent les observai ioni 

faites par les savants a ar ue non von consultés, 

en signalanl les faits c i désaocord. fou ferons ansuite 
connaître nos observatioa i ■■ n\ tes si- 

multanéme u tuées, en captivité 

dans aos levage i ous suh fohs Le 

même OFdre, pour les moyo ionisés 

par les auteurs, el ceu e dot ommés servi 

avec succès, pour diminuer la prop . ,: ' de cel te fu- 
neste p> ri 

ftésu auteurs sont unanimes pour fixer la date 

d(> l'éi I " papillon : au plus tôl vers la un de mai, 

le plus souvent en juin èl quelquefois eu juillet : lorsque 
les 'fleurs des pommiers et des porriet imbées et 

que les fruits eommencenfcà se nouer, selon certains au- 
teurs, la femelle dépose un seul œuf dans l'ombilic des 
Fruits, selon les autres, elle déposerait de I à 3 oeufs. 

Laohenille ne tarde pas à éclore, elle perce un brou 
pour pénétrer jusqu'au en air du fruit; celui-ci continuanl 

à croître, on conçoit facile m. que le trçu pratiqué par 

l;i chenille, qui esl à peine grosse comme un crin au mo- 
ment de sun édosion, disparaît et quiil n'en reste plus 
trace après quelque temps. Des lors la chenille commence 
ses ravages intérieurs à partir du centre du fruit qu'elle 

habite et elle mitte sa retraite qu'au moment de la 

maturité. Pour un certain nombre de savants, la chenille 
commence par manger les pépins, puis elle attaque les 

parties environnantes; pour d'autres, elle dévore d'abord 
la partie qui enveloppe les pépins, mais non pas ceux-ci. 
Quand la chenille a pris tout sun développement, et que 
le : temps de sa métamorphose approche, elle s'ouvre un 
chemin du centre à la périphérie et par le trou qui la 
termine, elle repousse ses excréments en sortant, du 
fruit. 

Les fruits ainsi minés atteignent généralement plus 
vite leur maturité. A cette époque, de deux choses l'une, 
dit mon savant collègue M. l-'allou, ou ils tombent à 
terre, où bien ils restent sur l'arbre jusqu'à l'époque de la 
cueillette. Dans Le- premier .cas, avertie par la forte se- 
cousse qu'elle a éprouvée lors de la chute de son habita- 
tion, puis par le cmn nceineui de fermentation qui ne 

tarde pas à se l'aire sentir, lu ekenilie déloge au bout de 
quelques •jours el va chercher dans les centres, ou parmi 
les esquilles à fleur de terre, un abri où elle s'enferme 

pour l'hiver dans i légère soie hlanche, et se chrysalide 

an commencement du printemps . 

« si au contraire le fruil qui la renferme a été récolté 
c'esl dans le fruitier môme qu'elle cherche l'abri qui lui 
esl nécessaire; les fentes «les planchers et des boiseries, 
le coin d'un papier de tenture soulevé, tous les trous, le 
dessous de toutes les saillies lui offrenl une retraite facile 

Cl c'esl la qu'elle attend, garantie désm mais de toute in- 
tempérie, le moment de sa transformation. 

c Enfin le mois de juin arrivé, le papillon sort et cher- 
che de suite n sr la campagne. A cette époque on 

ouvre les fenêtres >\<^ appartements pour recevoir la 
douce influence du soleil, on rend ainsi à la liberté tous 
ces ennemis intérieurs qui s'échappenl à l'instant pour 
aller exercer le rôle dévastateur que la Providence leur a 
réser 

Généralement dit M. Duponchel les fruits conta- 
minés ne contiennent qu'une chenille et n'offrent qu'un 
trou à l'extérieur, celui par lequel la chenille est sortie ; 



d'après M. Fallou, certains fruits ont deux et même 
trois Irons, lorsque le fruit contenait deux ou trois 
chenilles, il a vu souvent des pommes qui étaient percées 
de deux el même de trois trous, et qui contenaient en- 
core une chenille et quelquefois deux. 

Ce court résumé donne assez, exactement l'état des 
connaissances acquises sur les mœurs de G. pomonana 
recueillies dans les œuvres des auteurs cités dans la 
bibliographie. Nous sommes heureux de pouvoir com- 
pléter l'histoire de ces mœurs par nos observations 
personnelles et d'aider à élucider certaines parties con- 
troversées. 

Pour observer plus intimement C. pomonana, nous 
avons, selon une habitude que nous ne saurions trop re- 
commander à nos collègues s'occupant d'enti logie 

appliquée, suivi simultané nt pendant plusieurs années, 

ses mœurs, en captivité dans nos hoîles d'élevage et eu 
liberté. 

Observations personnelles. Un des points les plus 
importants à, constater, est l'époque des premières éclo- 
sions au printemps? Fin mai, ou mieux eu juin, quelque- 
fois en juillet, disent les auteurs. 

En captivité dans nos boites d'élevage, nous avons 
obtenu chaque année des éi losions de C. pomonana dès 
le 15 ou 20 avril. Nous ferons remarquer que toutes les 
chrysalides ayant passé l'hiver dans mw même boîte, 
n'éclôsent pas en même temps, et que ces éclosions 
peuvent se prolonger jusque fin juin. 

En liberté, dans les premiers jours de mai, après 
l'accouplement, on peut voir après le soleil couché, la 
femelle posée sur les poires et les pommes naissantes, 
des espèces précoces, occupée du soin d'y installer 
convenablement sa postérité : à l'aide d'un oviducte assez 
prolongé, elle introduit un œuf -isolé dans le calice du 
fruit. D'après nos observations, elle parait préférer la 
pomme à la, poire : du moins quand ces fruits sont eu 
égale abondance, on trouve beaucoup plus de pommes 
attaquées que de poires. 

Lorsque le lemps est favorable; les œufs êclosent au 
bout de sept à, dix jours, chaque, petite chenille pénètre 
dans le jeune fruit jusqu'au centre, elle mange d'abord, 
pendant assez longtemps, la pulpe du fruit, qui lui 
fournit une nourriture abondante; devenue plus, forte, 
elle élargit sa demeure, creuse une galerie Latérale plus 
ou moins régulière, allant, du centre à la périphérie, 
communiquant avec le dehors et lui serrant à rejeter l'excé- 
dent de ses excréments et à laisser pénétrer un peu d'air. 
L'intérieur comme L'orifice de celte galerie présentent 
beaucoup de petits grains bruns, liés ensemble par des 
fils de soie; ce sont ces excréments desséchés qu'elle 

repousse et rejette en sortant du fruit. Cette précaution 
que prend la chenille de lier ensemble toutes ces petites 
pelotes d'excréments, et de les fixer à l'intérieur du 

fruit au moyen de fils de soie, a pour but selon nous, de 

la protéger contre ses ennemis, lesparasites, el Gontre les 
inconvénients qui résulteraient de la mobilité de ces 
petits corps lorsque le vent agiterait les fruits, et d'éviter 
surtout qu'ils ne bouchent complètement la galerie et 
interceptent l'aération. 

Elle peut atteindre tout son développement en trois ou 
quatre semaines. C'esta ce moment que les fruits infestés 

commencentà tomber; le plus souvent elle quitte le fruit 
le soir, ou pendant la, nuit qui suit la chute, rarement 
pendant le jour. 
11 arrive également que les fruits infestés ne tombent pas 



LE NATURALISTE 



19 



de l'arbre, au moment où la chenille a atteint son com- 
plot développement; dans ce cas, la chenille quitte le fruit, 
descend le long des branches vers le tronc, pour 'se 
chrysalider sons les écorces. Nous avons multiplié nos 
recherches pour arriver à déterminer les proportions des 
sorties dans les deux cas. Pour les fruits précoces 
ramassés au moment de la chute, après une légère 
secousse de l'arbre, 30 à 4j 0,0 ne contenaient plus la 
chenille. Cette remarque n'est pas sans importance, elle 
nous a permis d'employer un moyen de destruction très 
pratique, dont nous parlerons plus loin. 

Lorsqu'une crevasse dans l'écorce du tronc ou 
quelques débris sur le sol oll'rent àla chenille un abri pour 
y filer son cocon, elle s'y installe et y reste un jour, 
quelquefois deux tout à fait immobile, puis elle s'enferme 
dans un cocon d'un blanc soyeux, entremêlé de petites 
parcelles d'écorec qu'elle a rangées; peu de temps après, 
elle se transforme en chrysalide et le papillon éclôt géné- 
ralement au bout de dix-sept à vingt et un jours. 

En captivité, le papillon sort du cocon dans la matinée, 
reste sans bouger pendant le jour et s'envole le soir à la 
recherche d'une compagne pour s'accoupler. 

En liberté, la femelle recommence à déposer ses œufs 
sur d'autres fruits, plus gros que les premiers attaqués. 
Nous avons remarqué que pour la deuxième génération, 
lorqu'elle a le choix, elle choisit toujours les espèces de 
pommes ou de poires les plus succulentes, celles dont la 
chair offre le plus de fermeté ; aussi ne la rencontre-t-on 
ipic rarement dans les pommes ou les poires à cidre, s'il 
y a d'autres espèces de choix dans le même verger. Pen- 
dant les mois de juillet, août etmèmejui commencement 
de septembre, l'œuf est déposé; tantôt entre les folioles 
du calice, tantôt dans la cavité où la queue du fruit 
vient s'insérer, ces parties ayant la peau plus fine offrent 
moins de résistance à la petite chenille pour pénétrer 
dans le fruit. 

Dans les années chaudes et sèches, lorsque la première 
génération a rencontré des circonstances favorables àson 
développement, une grande partie des fruits de choix, 
restés intacts, sont envahis par les chenilles; alors les 
dégâts peuvent atteindre la moitié et plus de la récolte 
de nos meilleurs fruits. Heureusement les chenilles pro- 
venant des pontes tardives sont encore dans les fruits 
quand on les cueille, et une fois dans le fruitier, ellesn'y 
trouvent plus la reunion des circonstances qui doivent 
concourir à leur dernière transformation. Nous ferons 
remarquer que la croissance des chenilles est retardée 
parle froid ; il nous est arrivé de trouver dans des pommes, 
au commencement de février, des chenilles arrivées à 
peine à la moitié de leur développement; en outre, un 
grand nombre sont détruites avec les fruits paraissant 
sur nos tables. 

Désirant étudier comment se fait la ponte et connaître 
le temps employé par la femelle pour déposer ses œufs, 
nous avons abandonné un couple de C. pomonana prove- 
nant de la deuxième génération (juillet) sur un pommier 
nain, recouvert par une grande cloche en gaze. La ponte 
a eu heu le soir, probablement aussi pendantlanuit; nous 
avons pu surprendre la femelle ayant déjà l'oviducte in- 
troduit entre les folioles du calice d'une pomme, lorsque 
nous l'avons observée, elle ne s'est retirée qu'au bout de 
dix-sept minutes, elle paraissait fatiguée, et trente mi- 
nutes après elle n'avait pas encore recommencé l'opéra- 
tion. La ponte s'est prolongée peudant 15 à 17 jours, 
époque à laquelle je l'ai trouvé morte. 



En disséquant plusieurs femelles après l'accouplement 
j'ai trouvé constamment les ovaires contenant des œufs 
bien développés et mûrs, d'autres bien formés, mais en- 
core mous, et enfin des œufs à peine formés. Ce fait 
pourrait peut-être expliquer la lenteur de la ponte ? En 
tous cas, je suppose que le nombre d'oeufs déposés par 
une femelle doit être d'une centaine, si toutefois il n'est 
pas dépassé. 

Nous avons déjà fait remarquer que toutes les che- 
nilles, ayant passé l'hiver dans leurs cocons, n'éclosent 
pas en même temps et que cette opération pouvait se pro- 
longer jusqu'en juin et quelquefois jusqu'au commence- 
ment de juillet, si on tient compte de la lenteur de la 
ponte, qui produit forcément une irrégularité dans le dé- 
veloppement des chenilles d'une même ponte, on peut 
admettre que dans le Centre, l'Est, le Nord et l'Ouest de 
la France, C. pomonana n'a deux générations que pour 
une faible partie de ses chrysalides, et que les 2/3 ou les 
3/4 des individus n'ont normalement qu'une seule gé- 
nération par an. 

Nous devons ajouter que les chenilles provenant des 
pontes faites après le premier juillet jusqu'en septembre, 
qui atteignent leur pleine croissance avant la cueillette 
des fruits, agissent pour se métamorphoser de la même 
manière que celles de la première génération et quittent 
le fruit après ou avant sa chute, selon que le fruit se dé- 
tache ou reste après l'arbre. La seule différence, c'est 
qu'après avoir filé leur cocon elles ne se transforment 
pas immédiatement en chrysalides, et qu'elles restent à 
l'état de chenilles jusque vers le mois de mars ou avril. 

Nous avons constaté que dans chaque fruit contami- 
né on trouve, presque toujours, une seule chenille, très 
rarement deux; sur un millier de fruits ouverts parnous, 
c'est à peine si nous avons observé 3 à 5 0/0 de fruits 
renfermant deux chenilles ; il ne nous a pas été donné 
d'en rencontrer une seule fois trois ; cependant nous sup- 
posons la chose possible lorsque les papillons sont nom- 
breux et les fruits peu abondants. Ainsi en captivité, 
dans l'expérience de la ponte sur un pommier recouvert 
d'une cloche en gaze, les pommes contenaient de 4 à 
8 chenilles, il est à remarquer que ces fruits sont tombés 
avant que les chenilles eussent le 1/4 ouïe 1/3 de leur 
développement. En général, lorsqu'un fruit contient deux 
chenilles, presque toujours elles ne sont pas de la même 
grosseur, ce qui indiquerait que les u-ufs ont été déposés 
par des femelles différentes. L'instinct des femelles, qui 
leur permet d'éviter les fruits qui contiennent déjà un 
œuf ou une chenille, est rarement mis en défaut. 
(A suivre.) DECAUX. 



AFFINITÉS ET CLASSIFICATION 



DES 



REPTILES DINOSAUR1ENS 
d'après MARSH 



Depuis plusieurs années le célèbrepaléontologiste amé- 
ricain M. O. C. Marsh se consacre à l'étude desDinosau- 
riens. Il a fait à ce sujet de nombreuses explorations 
dans le nord de l'Amérique et, en particulier, dans les 
montagnes Rocheuses, explorations au cours des- 
quelles il a rencontré un grand nombre de spécimens 
remarquables par leur conservation. Aujourd'hui il donne 



20 



LE NATURALISTE 



une nouvelle classification en tenanl compte des obser- 
vations faites par les autres paléontologistes de l'Amé- 
rique (M de l'Europe. 
Pendant ips on a considéré les Dinosauriens 



iê formanl un ordre tout à fait à part, ayant cor- 
relations avec les Oiseaux", mais sans qu'on ait pu 
les rapprocher d'une façon précise aux autres groupesde 
reptiles connus. 









LE NATURALISTE 



51 



L'iguanodon (lig. 11), bien connu aujourd'hui de tout 

le inonde, est, le premier animal de retordre qu'on ait 

rencontré' plus Lard on découvrit le Mégalosaure, qœi est 
Carnivore tandis que l'Iguanodon est herbivore. Le Gé- 
tiosaure fut ensuite décrié, et, comme cet animal présen- 
taii des caractères différents des deux premiers, formant 
eux-mêmes deux familles. Marsb créa un nouvel ordre, 
celui des Sauropodes. 

Plus tard Marsh appela l'attention; des paléontologistes 
sur les illimités des Dinosauriens avec des reptiles de 
petite dimension, qu'on trouve dans le terrain triasique 
de l'Allemagne et dont il a l'ail l'ordre des Aclosauria. Ces 
derniers se rapprochent aussi des Crocodiliens. 

Marsh compara encore aux Dinosauriens les animaux 
d'un autre groupe qu'il a découvert dans le jurassique 
inférieur de l'Amérique. Les Belodontes, existant dans 
le Trias de l'Europe et de l'Amérique et ayant beaucoup 
d'affinité avec les Crocodiliens furent aussi rapprochés 
des Dinosauriens-. 

I lime (rois ordres de reptiles : les Aetosauria, Belodontia 
et lfallopoda se rattachent, d'après Marsh, d'une part, aux 
Dinosauriens et, d'autre part, aux Crocodiliens. Marsh, 
pour établir ces relations, compare les membres de la 
ceinture pelvienne de ces animaux avec ceux de.; Croco- 
diliens actuels, par exemple de l'alligator. 

II fait ensuite remarquer ipie les os pelviens des oi- 
seaux connus actuels et fossiles, excepté le genre Archœ- 
pterijx sont soudés ensemble, tandis qu'ils sont séparés 
cbez fous les Dinosauriens. excepté chez le Ceralosanrus 
et VtJntilhomimus. En outre, tous les oiseaux adultes, à 
l'exception peut-être de l'Arclnoopteryx, ont les os du 
tarse intimement unis ensemble; chez les Dinosauriens, 
le Geratosaurus excepté, les os sont séparés. 

Ces caractères communs à quelques animaux des 
deux classes sont suffisants peur montrer les affinités 
qui existent entre les Dinosauriens et les Oiseaux. 

Classification des Dinosauriens. lie nom de Dinosmiria 
a été créépar Owen en 1839, mais déjà, en 1830, Meyer 
avait établi une classification. En 18G9, Huxley proposa 
de donner à ce groupe le nom de Ornitkoscelîda. 11 publia 
un synopsis admirable dé ci» qui était alors connu sur 
ces Reptiles en même temps que leurs affinités. Depuis 
celle époque, les remarquables travaux de Hulke, See- 
ley, Lyddekker, Gaudry, Dollo, Baur, etc., ont beaucoup 
étendu le champ de nos connaissances sur ce groupe in- 
téressant. Mais les remarquables découvertes de Marsh 
dans l'Amérique du Nord, ont toutefois changé à ce sujet. 
Au lieu de rencontrer des fragments d'os, ce paléonto- 
logiste a eu de nombreux squelettes entiers ; aussi a-t-il 
pu établir en 1881 un système de classification basé sui- 
des faits certains. Cependant, depuis quinze ans de 
nouvelles découvertes ont été faites, et, certaines hypo- 
thèses émises a cette époque n'étant, pas vérifiées par 
ces nouvelles observations, Marsh a modifié sa classifi- 
cation. On peut considérer que l'hypothèse faisant déri- 
ver les Dinosauriens de deux ou plusieurs groupes dis- 
tincts à l'origine, indépendants l'un de l'autre, est aussi 
probable que l'hypothèse semblable émise pour les mam- 
mifères. 

Le groupe des Dinosauriens est considéré comme une 
sous-classe des Reptiles. 

Marsh donne les caractères des ordres, des familles, 
cite seulement le nom du genre en indiquant les terrains 
et les pays où on les trouve. Il serait trop loue, d'énumé- 
rer les caractères des ordres et des familles dont, du 



reste, la. plupart se trouvent décrits dans les livres clas- 
siques; il sul'lii seulement de donner le groupement des 
genres en familles et des familles en ordres. 

Ordres Familles Genres 

1° Mesalosauvidce 



I Theropoda 2° Dryplosauridœ 



3° Labrosauridaî 



Megalosaurus Jurassique 
et crétacé 
Europe. 
Jurassique 
et crétacé 
Nord de 
l'Amèriq. 



Diyyptoeaurus 
(Lœlaps) 
AU osa h rus 
Ccelosaurus 
Cfeosaurus 

l.iihrtjsaiirus 



-i° Plateosauricke 
(Zanclodontidœ) 



Vlateosaurus 



Jurassique 
N. de l'A- 
mérique. 
Triasique 
Europe. 



Triasique 
>N. de l'A- 
mérique. 



II. Cœluria 



{Zanclodon) 
VePàtosawus ? 
Bimodosaiirus 
5° Anchisauridœ Ançhisaurus 

(Megadactylus)J 
A iiiititjsiiiirtis 
Arctosaurus 
Bathygnatus 
Clepst/suurus 

Pkla>osaums j Triasi ue 

1 n e ro dont o-- 
saurxs ) Eui '°P e - 

6° Cœluridœ Cœlurua Amer, du 

Nord. 
Araslosuchus Jurassique 
Europe. 
7° Compsognathidie Couipsogiiathus Jurassique 

Europe. 
Ceralosuiirus 



8° Ceratosauridas 



9" Ornitliomimidse Ornithomimus 



10° Hallopidœ 
III. Sauropodall Altantosauridae 



12° Diplodocidïe 



13° Morosauridee 



14° Pleurocœlida? 



15° Tilanosauridœ 



Jurassique 
Amer, du 
Nord. 
Crétacé 
Amer, du 
Nord. 
Jurassique 
Jurassique 
N. de l'A- 
mérique. 

Jurassique 
N. de l'A- 
mérique. 
Morosaurus Jurassique 
Camarasaurus?^ . de l'A- 
(Amphicœlus) mérique. 
Pleurocœlus Jurassique 
N. do l'A- 
mérique. 
Titanosaurus Crétacé 
Argyrosaurus Inde et Pa- 
gonie, 



Hallopus 

Atlantosaurus 

Apatosaurus 

Barosaurus 

Bfontosaurus 

Diplodocus 



IV. Prœdcnlata 

a Slegosauria 1° Stegosauridy? 



Stegosaurus \ 
(Hvpshophus)] Jurassique 
Diracodon I 
fDy S trophœ H A etcv ^ ce 
l'td;/-0!iiscits \\ m d u Jf. 
Pricono'don \ 
Ontffuqurus Europe. 
2° Scœlidosauridce Sc:rlidoaa/n-ii.s Jurassique 
Aiiintkophulix et crétacé 
Kylseosaurus & urope. 
l'olacanthus 
Nodosaurus 



3° Nodosaurid;e 



/; Ceratopsia 4° Ceratopsid;e 



Ccralnjis 

Agathaumas 

Mbnoclonius 

l'olioilll r 

Stm>rkolopfius 

Torosuurus 

Triceratops 



Crétacé 

Ainér. du 
Nord. 

Crétacé 

Amérique 
du Nord 



22 



LE NATURALISTE 



Slnisiosiiitriis 

c Orniihopoda 5° Camptosauridœ Camptosaarus 
(Camptonotidse) (Camptonotus) 

6° Laosauridse Laosaurus 

Dryosaurus 

T<> Hypsilophonticre Hypsilophodon 

8° Iguanodor.lidse Iguanodon 
Vectisaurus 

9° Trachodontidœ Trachodon 
(Hadrosauridœ) (Hadrosaurus) 
Diclonius 
Cionodon 

10° Claosauridse Claosaurus 

11° Nanosauridœ Nanosaurus 



Crétacé 

Europe. 
Jurassique 
N. de l'A- 
mérique. 
Jurassique 
N. de l'A- 
mérique. 
Wealdien 
Angleterre 
Jurassique 
et crétacé 

Europe. 
Crétacé N. 

de l'Am. 



Crétacé N. 
de l'Am. 
Jurassique 
N. de l'A- 
mérique. 



Le mémoire de M. Marsh est accompagné de figures 
reproduites ici, représentant les restaurations des prin- 
cipaux types de Dinosauriens. Ij Anchisaurus (fig. 1), ani- 
mal de petite taille appartenant au trias, et le Ceratosau- 
rus (fig. 5) qui est, jurassique sont carnivores; le Bronto- 
saurus (fig. 2), le Caynptosaurus (fig. 7), le Laosaurus (fig. 4), 
le Stegosaurus (fig. 8), le Claosaurus (fig. 12) et le Tricera- 
tops (fig. 10), sont herbivores; les quatre premiers sont 
jurassiques et les deux autres crétacés. Tous appartien- 
nent au Nord de l'Amérique. Les quatres autres figures 
représentent des types d'Europe : ce sont le Compsogna- 
thus (fig. 3), le Scelidosaurus (fig. 6), Y Hypsilophodon 
(fig. 9) et Ylguanodon (fig. 11). Ces douze dessins don- 
nent une idée suffisante de la classe si intéressante et si 
curieuse des Dinosauriens. 

P. Gauhert. 



LA 



VIOLETTE 

Suite 



La Pensée. 



Avant de parler des Maladies et des Parasites, nous 
allons dire quelques mots de la Pensée, cette Viola tri- 
color dont l'horticulture a su tirer un si merveilleux parti. 

Quelle différence entre la modeste V. tricolor de nos 
bois et ces magnifiques fleurs à larges pétales cultivées 
dans les jardins ! 

C'est aux Anglais que revient l'honneur d'avoir obtenu 
les premières Pensées; mais bientôt la Belgique et la 
France se sont mises à rivaliser de zèle, et depuis un 
grand nombre d'années, les Pensées anglaises ne laissent 
rien à envier à nos Pensées françaises. 

Ces Heurs furent d'abord obtenues par sélection, par 
amélioration de la V. tricolor sans mélange d'antres 
espèces. Cette méthode consistait à choisir parmi les 
plantes spontanées les plus belles que l'on pouvail ren- 
contrer ; on les cultivait alors dans un bon terrain, bien 
préparé, bien exposé, el le produit obtenu étail déjà plus 
joli que le type. Dans ce nouveau produit, on triait les 
fleurs les mieux faites, les plus grandes, ayant le coloris 
le plus harmonieux et on en semait les graines. On était 



ainsi arrivé, après plusieurs générations, à obtenir des 
fleurs qui étaient fort belles pour l'époque. 

L'on cite Lady Mary Tennett, fille du comte de Tankar- 
ville, comme ayant fondé à Walton la première collec- 
tion sérieuse de Pensées obtenues par cette méthode. 

Il est probable cependant que l'on ne posséderait pas 
les fleurs splendides que l'on a depuis quelques années, 
si l'on était resté tributaire de la V. tricolor seule. Mais, 
en 1805, on introduisit en Angleterre la Viola altaïca, et 
c'est de cette époque que datent les plusbeaux perfection- 
nements. On ne sait à qui revient l'honneur des premiers 
croisements de la V. tricolor avec la V. altaïca; mais ce 
que l'on a constaté, c'est que jusqu'en 1830, les Pensées 
anglaises avaient toute la vogue. 

Avant cette époque, la Belgique, l'Allemagne et la 
France s'occupaient aussi de l'amélioration de cette 
plante, et en 1830 M. Lémon, amateur parisien, montrait 
au public les beaux résultats qu'il avait obtenus dans le 
coloris. Pendant que ce dernier s'occupait de la couleur, 
un autre horticulteur de mérite, M - . Boursault, s'adonnait 
plus spécialement à la forme et, cinq années plus tard, 
en 183b, il pouvait montrer enfin des Pensées qui, au 
dire des connaisseurs, réalisaient le type idéal cherché. 
Elles possédaient, en effet, tous les caractères que l'on est 
convenu d'exiger dans une Pensée modèle, à savoir : fleur 
de grand diamètre, bien arrondie, plane, les pétales se 
recouvrant sans laisser d'intervalles, coloration riche, 
harmonieuse, enfin fleurs se tenant bien droites sur leurs 
tiges et bien dégagées du feuillage. 

En 1840, le D r Rodigos possédait à Saint-Trond des 
fleurs dont les pétales dépassaient la grandeur d'une' 
pièce de cinq francs. 

Depuis cette époque, l'on n'a cessé de s'occuper de 
cette plante. Les hybrides obtenus par le croisement de 
V. tricolor avec V. altaica, furent croisés à leur tour avec 
la V.[Cornuta des Pyrénées et la V. stricta du Thibet et 
de l'Himalaya, ce qui a permis d'obtenir les splendides 
fleurs que l'on connaît et qui font la gloire de nos horti- 
culteurs, amateurs ou professionnels. 

Malheureusement, si la Pensée est une plante qui, 
dans des mains exercées, a donné de si beaux résultats, 
c'est aussi une de celles qui dégénèrent avec le plus de 
rapidité. Il arrive journellement que des personnes igno- 
rantes de l'art de l'horticulteur achètent des graines de 
Pensées magnifiques, les sèment dans un terrain quel- 
conque sans apporter les soins voulus et sont tout éton- 
nées, lors de la floraison, d'avoir un produit bien diffé- 
rent de celui qu'elles avaient espéré obtenir. Pour être 
justes, nous devons, il est vrai, avertir que les graines 
ne reproduisent jamais très exactement les Pensées d'où 
elles sont issues ; mais lorsque les semis sont faits dans 
les conditions voulues, les différences sont généralement 
peu sensibles. Le seul moyen de conserver le type est 
l'œilletonnage. Cette opération qui se fait vers la lin mai 
consiste à enlever les tiges latérales pourvues de racines 
et de les planter séparément en leur procurant les soins 
nécessaires. 



(A suivre). 



Bendemtter. 



LE NATURALISTE 



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LE NATURALISTE 



25 



MINÉRAUX NOUVEAUX 



La Lewisite, décrite par MM. Ilussak et Prior se 
trouve flans la mine de cinabre dp Tripuhy, prèsdeOuro- 
Preto, Minas Geràes, Brésil. C'est un minéral qui cristal- 
lise dans le système cubique et dont les cristaux sont 
■ presque toujours en octaèdres ne présentant aucune mo- 
dification. Ils sont petits, atteignant à peine un milli- 
mètre dans leur plus grande dimension. Ces cristaux se 
clivent, parfaitement suivant les faces de l'octaèdre. Leur 
couleur est variable: elle va du jaune de miel au brun de 
la colophane. Ils sont translucides et possèdent un éclat 
intermédiaire entre l'éclat résineux et l'éclat vitreux. 

La densité est de 4,25 et la dureté' b,5. La rayure est 
jaune brun. 

La lewisite est assez facilement fusible. On peut, la 
fondre à la flamme d'un bec Bunsen. Cette dernière 
prend alors une couleur bleu verdàtre. Le minéral donne 
les réactions du tungstène; au feu réducteur la perle avec 
le carbonate de soude est jaune blanchâtre à chaud et 
violette à froid. Le carbonate de soude décompose la le- 
wisite (jui est insoluble dans les acides. 

L'analyse de la lowisile a donné les résultats suivants : 

Acide antimonique Sb 2 : ' 67,52 

Acide titunique Ti 0- 1 1,35 

Chaux CaO 15,93 

Protoxyde de fer FeO 5. 55 

Protoxyde de manganèse MnO 0,38 

Soude Na*0 0,99 

Total. 100,72 

("est donc un titano-antimoniate de calcium et de fer 
dont la formule est la suivante : 

5 RO, 3 Sb'-'O'', 2TiO- ou 3 (RGvSl^CK'), 2 (RO,TiO'-') 

R. représente le calcium cl le fer. 

Lalewisite setrapproche par conséquent, d'une part, de 
la perowskite (titanate de calcium) et, d'autre part, de 
l'atopite (antimoniate de calcium, de sodium, de fer et de 
manganèse) et de la roméine (antimoniate de calcium). 
Ce minéral a été dédié au minéralogiste anglais Johnston 
Lewis. 

La lirketëte est un minerai cubique dont les cristaux 
sont souvent groupés suivant lamacle des spinelles. Fré- 
quemment ces cristaux sont, aplatis parallèlement aux 
faces de l'octaèdre qui prêsenteiïl des stries dues à îles 
niacles polysyntkétiques. Le minerai n'offre pas de cli- 
vage. La. cassure est conchoïdale. L'éclat est résineux. 
La couleur est rosi'. Lorsque le minéral est en lames très 
minces, il est, translucide, niais sous une épaisseur assez 
faible, il est opaque. Poussière brun noirâtre. 

La densité est de 4,700 et la dureté 5,5. 

F^a zirkeliteest inaltérable dans le tube fermé. Au cha- 
lumeau, elle fond difficilement sur les bords. Dans les 
acides elle est insoluble, mais elle est décomposée par le 
sulfate de potasse, quand ou la fond avec ce dernier pro- 
duit. 

L'analyse donne les résultats suivants : 



Zu-eone 


Zr O- 


'.S, 90 


Acide titanique 


Ti O* 


30.89 


Protoxvde de fer 


FeO 


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Chaux 


CaO 


11,61 


Magnésie 


MgO 


0,49 


Pci-te au feu 




1,02 



Total. 



99,55 



La zirkelite est donc un zirco-titanate de chaux. Elle a. 
ét.é dédiée au pétrographie et minéralogiste allemand Zir- 
kel. MM. Ilussak et Prior qui l'ont décrite, l'ont trouvée 
dans une pyroxénite à magnétite décomposée de Sao 
Paulo (Brésil). Elle est. associée à la baddelevite (Zircone 
pure ZrO 2 ), à la perowskite. etc. 

L'Iddingsite est un minéral lamelleux cristallisant dans 
le système du prisme droit à base rhombe. Un clivage se 
fait suivant les faces g 1 et h 1 . Sur les faces de clivage 
l'éclat est bronzé. La couleur est brune. Les lamelles 
sont très fragiles. 

La densité est 2,839 et la dureté 2.5. 

L'iddingsite est infusible au chalumeau. Quand on la 
traite par l'acide chlorhydrique elle abandonne du fer 
sans perdre sa forme; cependant par plusieurs attaques 
successives on arrive à l'attaquer complètement. C'est un 
silicate hydraté de chaux, de magnésie et de fer avec de 
la soude. 

Ce minéral, décrit par M. H.-C. Lawson qui l'a trouvé 
dans des andésites augitiques de Carmelo Bay, a été 
dédiée au minéralogiste américain Iddings.. 



L'Ouvirandra de Madagascar 



Les récents événements dont Madagascar a été le 
théâtre oui appelé de toutes parts l'attention sur tout ce 
qui est relatil'a la grande ile africaine. La faune, la flore, 
les productions minérales ont ét.é interrogées et sont 
encore bien loin d'avoir répondu à l'appel qui leur a été 
lait. 

La flore de Madagascar, autant qu'il résulte de ce qu'on 
en connail ièjà, parait être autonome ou plutôt chaque 
région aurait sa flore spéciale. Un de ses représentants 
les plus curieux a tous les points de vue eSI le fameux 
Onvirandra, connu et signale depuis plus de deux siècles. 
Dans l'Histoire de la grande île île Madagascar dédiée au 
trésorier Nicolas FouGOuet et publiée par de Flacourt, en 
16G8, il en est déjà question. Le premier gouverneur de 
Madagascar dit que les indigènes vivent dans la famine de 
certaines racines qmi w<3iîssent dans les eaux et dans (es bois 
comme font les Ouuirandre, etc. Plus loin on trouve encore 
le passage suivant: les Ouwnanâre se &&nt petites racines 
grosses seulement comme le poulce quisoffl avs&i très bonnes 
à aani'ji.r, elles se trouvent dans les es&WUfS, i-'est une herbe 
dont la feuille est longue comme la main et large de deux 
doigts . 

Il était donc connu bien avanl que Aubert du Petit- 
Thouars eu lit le type du genre Onvirandra et que Poiret 
lui appliquât la désignation spécifique de f'enestralis qui est 
d'ailleurs on ne peut plus exacte. Mais il lui longtemps 
relégué dans les herbiers, et c'est, seulement, vers 1855 que 
les premiers pieds vivants parurent en Europe. 

L'honneur d'avoir introduit VOuvirandra revient au 
Révérend W. Lllis, qui dans nue leltro adressée à W. 
Hooker annonce ainsi la découverte qu'il venait d'en 
faire après l'avoir longuement cherché « l'objet le plus 
rare et le plus intéressant que m'avait valu ma dernière 
dernière visite à Madagascar, c'est la belle piaule aqua- 
tique appelée Onvirandra fenestrulis. Le D r Lindley... 
m'en avait montré la figure dans l'ouvrage de du Petit- 
Thouars. A l'ile de France 'M. Bojer, naturaliste distin- 
gué, qui séjourna jadis à Madagascar, m'indiqua li'bé- 



26 



LE NATURALISTE 



ralemenl 1rs localités où j'aurais chance de rencontrer la 
plante el me permit de prendre copie de la figure déjà 
citée. Cette copie fut montrée aux indigènes et je parvins 
enfin à trouver un homme qui savait le lieu »atal de la 
plante désirée. L'homme partil pour chercher YOuviran- 
dra. Il retourna deux ou trois jours après, m'annonçant 
qu'il l'avait rencontrée dans un ruisseau, niais qu'il 
n'avait pu se le procurer, à cause dU grand nombre de 
crocodiles que les pluies récentes avaient, fait affluer sur 
ce point. Enfin il revint, à la charge et me rapporta dès 
exemplaires en bon état. » 

Le Rév. Ellis transporta sa plante à l'île de France, 
OÙ il la vit prospérer dans une eau courante à la tempé- 
rature de 23°. De là, elle parvint au jardin Botanique du 
Cap et finalement aux jardins de Kew, d'où elle se ré- 
pandit. 



L'Oiwirandra est muni d'un fort rhizome long de 2S à 

30 centimètres et ramifié, brun clair à l'extérieur, blanc 
charnu intérieurement. 11 arrive fréquemment que ce rhi- 
zome végète dans îles stations qui se dessèchent à cer- 
taines époques de l'année; mais il n'en garde pas moins 
toute sa vitalité et donne naissance à de nouvelles feuilles 
des qu'il se trouve de nouveau humecté ou recouvert par 
l'eau. 

Mais ce qui rend cette plante si remarquable, ce qui en 
l'ait une des merveilles du monde végétal, c'est la singu- 
lière structure de ses feuilles. Celles-ci sont immergées 
et s'étendent, horizontalement, immédiatement au-des- 
sous de la surface de l'eau; elles ressemblent plutôt à un 
squelette fibreux qu'à une feuille véritable. Lcursubstance 
est réduite aux nervures qui, entrecroisées entre elles; leur 
donnent l'apparence d'une dentelle ou d'une broderie 




L'Ouvh'imdrn do Madagascar. 



verte. La Coloration de ses organes est également, variable. 

etpasse depuis le jaune pâle jusqu'au vert olive foncé. 
Au moment où elles vont si' détruire, elles sont habituel- 
lement colorées en brun foncé presque noir. Ellis ajoute 

qu '« il est à peine possible d'imaginer rien de plus joli, 
dans ce genre, qu'une telle pla nie en pleine vigueur, avec 

ses nombreuses feuilles d'un vert intense étalées en un 
cercle d'environ 60 à 90 centimètres de diamètre, et pré- 
sentant dans cet espace toutes les gradua I ions de coloris et 

de développement des feuilles. Ajout tns que ce tissu si 
délicat, fin comme le tulle et flexible comme la plume, 
le pourtant une ténacité qui lui permet d'être sou- 
levé bois île l'eau sans se déchi rer >, . 

S'il est exact que {'Ouvirandra est une dentelle vivante, 
il n'en est pas moins vrai que les feuilles peuvent quel- 



quefois né pas être fenêtrées et se rencontrer munies d'un 
parenchyme vert et continu. 

Le pédoncule floral sort du centre des feuilles et porte 
dvux ('pis qui naissent du même point. Les Heurs sont roses 
et odorantes, et ne sont pas sans analogie avec celles de 

VAponogeton, une autre charmante Naiadée, fréquemment 
cultivée dans les bassins des serres el qui se naturalise, 
dans la. région chaude de la France. 

ÙOuvirandra n'est pas seulement une plante ornemen- 
tale, comme nous l'apprend déjà Flacourt; ses racines 
peuvent être utilisées (buis l'alimentation. Le rhizome; 
soumis à la cuisson, fournil, une substance qui n'est pas 
sans analogie avec celle de l'Igname. L'appellation Ouvi- 
randra signifie d'ailleurs littéralement Igname d'eau. 

P. IIariOT. 



LL NATURALISTE 



27 



ILLUSTRATIONS PLAITARUl 

EUROPE RARIORUM 
Autore G. ROUY 



Diagnoses des plantes rares ou rarissimes de la Flore euro- 
péenne accompagnées de planches représentant toutes les 
espèces décrites. Reproduction photographique des exem- 
plaires existant clins les grandes collections botaniques et 
notamment, dans l'Herbier Rouy. 

Fascicule 11. — Huit pages de texte in-i° et 25 planches 
hiées 21 : 27. Prix : 50 francs. — Paris, chez les 
(ils d'Emile Deyrolle, 46, rue du Bac; novembre 1895. 

Il est facile de concevoir et d'entreprendre une œuvre de 
grande importance ; il est plus malaisé de la continuer et de 
la. mener à bonne tin. On ne pourra, certes, pas adresser ce 
dernier- reproche à M. Rouy qui, ûdèle à ses promesses, nous 
donne régulièrement chaque année un nouveau volume de la 
flore de France (1), qu'il publie en collaboration avec M. Fou- 
caud, et qui ne met pas moins d'activité et d'exactitude à 
l'édition de son superbe Atlas photographique, lUvstmationep 
plaulurum Europse rariorum. Le second fascicule (plan- 
ches XLVI-L), qui vienl de paraître, surpasse encore le pre- 
mier, s'il est possible, comme exécution artistique et comme 
intérêt. 11 m'a paru opportun d'appeler de nouveau sur cette 
belle publication l'attentron du monde savant, et de donner, 
par une analyse sommaire, comme je l'ai déjà fait pour le pre- 
mier fascicule (i), aux botanistes le désir d'en enrichir leur 
bibliothèque. 

La planche XXVI représenté le Ranunculus lackrus Bell, 
non Rchb., dont l'origine hybride (H. aconilifotius X Pyrv- 
nseus), depuis longtemps soupçonnée, a si bien été mise hors 
de doute par les observations morphologiques et anatomiques 
de MM. E. Burnat et J. Briquet (K. Burnat, Flore des Alpes 
Maritimes, I, p. 24), et qui n'a encore été rencontré que çà et 
là dans les rares localités françaises et piémonlaises où les 
deux espèces, R. aconitifolius L. et R. Pyrenwus L., croissent 
ensemble. — XXVII. 1° Draba cuspidata MB., rarissime 
espèce de Tauride, du groupe de D. aizoides L.,dont elle a le 
port, mais dont elle se distingue par les silicules renflées, etc. 
— 2° Brada LoiseleTjrii Boiss., que je considère comme une 
race locale de D. Olypipiea Sibth., spéciale à la Corsû (U. 
Corsica Jord!), où elle est abondante surtout au Monte Ro- 
tondo. Je dois signaler, au sujet do cette localité, une légère 
erreur dont je suis, de par ma mauvaise écriture, l'auteur 
involontaire. Le 7 juin 1877, au cours de la Session extraor- 
dinaire de la. Société botanique de France en Corse, j'ai récolté, 
en compagnie de M. Ch. Burnouf, au Pic du Mufrone au Pic 
du Mouflon, ce Draba, en assez grande quantité pour le dis- 
tribuer largement à mes correspondants. C'est d'après lès 
exemplaires que je lui avais envoyés que M. G. Rouy a cité la 
localité du Pic du Mufrone, déjà signalée par M. Burnouf 
(Bull. soc. bot. Fr. XXIV (1877), Sess. extr. en Corse, p. lxxxvii), 
dans ses Suites à la Flore de France de Grenier et Godron, I, 
p. 44. Malheureusement, mon étiquette, peu lisible, lui a l'ait 
imprimer pré au lieu de pic du Mufrone, indication fautive 
pour les botanistes qui ont visité ce sommet aride, où le D. 
Loiseleurii, croissant avec peine dans les interstices des ro- 
chers, représente à peu près seul la végétation. Cette erreur. 
dont je dois supporter la responsabilité et que je tiens à rec- 
tifier, a été naturelle nent reproduite dans la Flore de France 
de Rouy et Foucaud, II. p. 212, et dans le texte des Illustra- 
tiones, p. 9, et doit être corrigée. — XXVIII. Biscctella 
mo.xtana Cav.. propre à l'Espagne, et sa var. breei/'olia Rouy 
(B. rosulakis Boiss. et Peut.), retrouvée par M. ltouj Sans 
sa localité classique, au promontoire d'Hifac, prov. d'Ali- 



(1) Flore de France ou description des plantes qui croissent 
spontanément en France, en Corse et en Alsace-Lorraine, 
par MM. G. Rouy et, J. Foucaud, t. 1 (1894); t. II (1895). 

(2) Le Naturaliste, 17° année, 2^ série, n° 197(15 mai 1895), 
p. 122. 



cante. — XXIX. Reseda hipinnata Willd., plante égale- 
ment espagnole et remarquable par sa grande taille (/{. 
giganiea Poir.) et ses feuilles radicales bipinnatiséquées. — 
XXX. Uiantiius NARDiFoious Janka, élégante espèce de 
Bosnie si de Bulgarie, mal à propos rapprochée de D. pini- 
fqlius Sibth. et Sm., et dont M. Rouy, à l'instar de Nyman 
(Consp. fl. Europ. p. 101), a démontré les affinités avec D. 
juniperinus Sm. — XXXI. Cerastium Pyrenaicum J. Gay, 
rare espèce, spéciale à la partie orientale de la chaîne des 
Pyrénées, doni M. Rouy rappelle toutes les stations connues, 
et que M. H. Mareailhou d'Ayuieric a retrouvée, cette année 
même, sur plusieurs points de la. montagne de Carlitte. — 
XXXII. Imim katop.i y anoi stii.'oi.i v Bell., des Alpes de Tende 
et du Tessin, omise par Grenier cl Godrop, et qui ne semble 
lias avoir été retrouvée dans la seule, localité française où elle 
ait été indigène, Villars d'Arène Haines-Alpes), d'après Ma- 
thonnet, et le colonel Serres. Probablement confondue avec 
I. Osiruthium L., dont elle simule une forme réduite dans 
toutes ses parties, et à folioles incisées plus étroites. Dans 
Ions les cas, à rechercher dans nos Alpes par les botanistes 
herborisants, qui pourront actuellement la reconnaître sûre- 
ment d'après l;i photographie des lllustrutioncs. — ■ XXXIII. 
Valeuiana mspii>er,A Boiss., du groupe de Y. ofjîcinalis L., 
dont elle rappelle les formes grêles. Petite espèce, jusqu'à 
présent cantonnée dans quelques localités des Basses-Pyré- 
néas, à peu près inconnue de tous les botanistes, décrite par 
Boissier et citée par lui, d'après les exemplaires récoltés 
par Férat à Léchequetta, on 1828, sur territoire français; 
récemment retrouvée aux environs de Saint-Jean-Pied-cle-Port 
par M. J. Richtor, receveur principal des douanes. Il n'en 
existait aucune ligure publiée jusqu'ici. — XXXIV. Cepiiaj.aria 
Bai.kaiuca Coss.; espèce vivace et ,suifrulrscente, de découverte 
récente (Bourgeau, 1S52-1809), qui, jusqu'ici, n'a pas encore 
été rencontrée en dehors de la région -montagneuse de l'île 
Majorque, et dont la photographie de M. Rouy représente 
bien mieux le port et le feuillage que la planche du Catalogue 
raisonné des pi. vascul. des lies Baléares de Mares et Vigineix, 
1880, tab. V; colle-ci donne, toutefois, les détails grossis de la 
fleur et du fruit, que nous regrettons de ne pas trouver tou- 
jours annexés aux belles planches des llluslraliones. — XXXV. 
J.isonia campiiokata Rouy (Orsiuia camphora/a Bert.); très 
rare espèce bien caractérisée et localisée dans les îles do 
Lampédouse et de Malte. — XXXVI. Cinsiu.u ligulare Boiss.; 
Chardon de Bulgarie, que, dans une recrute étude (D r Gillot, 
Obserc. sur quelques pi. des Pyrénées ariégeoises in 'Revue de 
Botanique, XII(189i), p. 295), j'ai déjà signalé comme appar- 
tenant, ainsi que les C. decussalum Janka, C. odontolepis 
Boiss. etc., au groupe scientifique du C. eriuphorum Scop., au 
même titre qui; certaines formes ou races Pyrénéennes, notam- 
ment le C. Hichleriunum Gillot {Bull. soc. bot. Fr. XXVII, 
1880), des Basses-Pyrénées. Si M. Rony faisait à ce Cirsium, 
dont la spécitication morphologique a été généralement 
admise, et dont il a fait lui-même une étude approfondie 
(G. Rouy, Suites à la Flore de France de Grenier et Godron, 

I, p. 128) l'honneur d'en représenter l'image, en même temps 
que Celle de ses congénères, je ne doute pas que leur examen 
ne confirme la conception phylétique de l'espèce, telle que je 
la conçois, et que, du reste, MM. Rouy et Foucaud l'ont ad- 
mise largement déjà dans leur Flore de France; c'est-à-dire 
de grouper autour d'un type scientifique, autant que possible 
différencié anatomiquemontet, morphologiquement, les formes 
ou races qui paraissent en dériver, plus ou moins lixées ou 
adaptées aux influences du milieu, et auxquelles il convient, 
dans la. systématique et dans le langage usuel, de conserver la 
dénomination et la notation des espèces. — XXXVII. Cen- 
taiuka Seridis L. et XXXVIII. Anuryai.a RoxniA Pes., 
espèces Péninsulaires, dont M. Rouy a relevé de nombreuses 
localités et, décrit plusieurs variétés remarquables dans ses 
Excursions botaniques en Espagne. — XXXIX. Hieracium 
Mauioi.knse Rouy, rarissime Eperviéro, ayant pour synonyme 

II. Beélieum Arv. Touv. et Gaut. (1892), trouvée, pour la pre- 
nne,, lois, par M. Rouy, en 1880, dans la Sierra Mariola, 
prov. d'Alie.inte, puis sur d'autres points par Porta et Rigo 
(//. parpui-asrcus l\ et R.) et, que Nyman (Consp. fl. Europ. 
Suppl. p. ]')/), aussi bien que Willkomm et Lange, clans leur 
supplément au Prodromus Florin Hispanicee,vp. 121, ont admise 
comme bonne espèce. — XL. Campanula saxatilis L., décrite 
primitivement d'après un exemplaire unique de l'herbier de 
Tournefort, provenant de l'île de Crète, où elle ne parait pas 
avoir été retrouvée (Boissier, Flora Orient., III, p. 899), mais 
découverte par Fichier dans l'île de Karrithos (Ibid. Suppl., 



28 



LE NA.TURALISTE 



p. 330). — XLI. Echium polycadlon Boiss., espèce qui jus- 
qu'ici n'a qu'une localité connue en Espagne, Plasencia, au 
Sud 'le i'Estramadure, ël qui constitue, avec les E. M aria nu») 
Boiss. ei E. Pavonianum Boiss., un groupe d'espèces espa- 
gnoles que Do Candolle Prodr,, X. p. 20) semble avoir con- 
fondues sous le nom de E. husitanicum avec l'espèce de Linné 
et de Brotero, qui en paraît forl différente. ■ — XL11. Gratioi.a 
î.iMKoi.iA Vahl, du Portugal et des environs de Salamanque, 
qui, par ses caractères différentiels, semble constituer une 
espèce de remplacement du G. officinalis L., bien que Wil- 
komin et Lange [Prodr. /!. Bisp., Il, p. 556) la notent comme 
espèce douteuse et reliée par des intermédiaires à la var. 
angustifolia du G. offlcinalis. — XLlll. Armeria Canta- 
brica Boiss. et Reut., du Nord de l'Espagne, dont la décou- 
verte en France, dans les Basses-Pyrénées, est également due 
à la sagacité de M. J. Richter. — XLIV. 1° Plantàgo minor 
Fries, de l'île d'OEland (Suède), et 2° Beta nanà Boiss. et 
Heidr.. des Monts l'amasse et Taygète (Grèce), que M. Rony 
semble avoir réunis sur la planche pour démontrer que le 
nanisme existe aussi bien chez les espèces de l'extrême Nord 
que chez celles de l'extrême Sud de l'Europe. — XLV. Eu- 
phorbia B roter] Daveau, qui remplace en Portugal TE. 
Myrsinites L. avec lequel il a été confondu par Brotero, 
et dont, il diffère surtout par des caractères morphologiques 
quantitatifs. 11 a été retrouvé en Espagne, à. Béjar, par 
M. de Coincy, mais n'a pas été cité par Willkomm et Lange, 
môme dans le Supplément de leur Flore. Il est probable qu'il 
faut le considérer comme une espèce ou race régionale du 
groupe spécifique E. Myrsinites L., d'après une note même 
de M. J. Daveau [Scrinia florœ selecta-, V (18S6), p. 103), qui 
a distribué cette Euphorbe dans le Flora selecla exsiccata de 
Ch. Magnier (188G), et d'après l'examen de la planche si com- 
plète de M. Rouy, qui nous donne même la photographie de 
la graine. — XL VI. Crocus Imperati Tcn., espèce de l'Italie 
méridionale, très voisine de C. versicolor Kcr. — XLV1I. 
Tdlipa platystigma Jord., superbe fleur, qui a de grandes affi- 
nités avec l'espèce savoisienne, T. Didieri Jord., et dont la 
présence dans les Alpes de Guillcstrc (Hautes-Alpes) est assez 
difficile à expliquer. — XLVIIL Scirpus gxobifer Welw., des 
bords du Tage, qui diffère essentiellement de tous les Scirpes 
d'Europe, cl rappelle la Flore africaine par ses rapports avec 
le S. brachyceros Hochstetl. d'Abyssinie. — XLIX. Brachy- 
podium SANCTUM Janka, très curieuse Graminée à port de 
Féluquc (Festuca sancta Janka olim). qui, par ses carac- 
tères, semble intermédiaire entre les genres Brachypodium 
et Agropyrum, et paraît tout à fait spéciale au mont Athos 
où elle a été découverte en 1871, par de Janka. — L. Cvs- 
Topteris Sudetica A. Br., et Mildc, délicate Fougère, voisine 
du C. montana Bernh., mais dont l'aire de dispersion plus 
limilée occupe surtout le Centre et l'Est de l'Europe: Si- 
lesie, Moravie, Transylvanie, Hongrie, Pologne, puis la 
Sibérie, etc. 

'l'ouïes ces belles photographies représentent, à une seule 
exception près [H. lùcerus ex Herb. Bickncll), les échantillons 
m' mes du très important herbier de M. Rouy, et, permettent 
d'en étudier, même à la loupe, les caractères et les détails. 
La plupart des planches figurées étaient encore inédites comme 
dessin et appartiennent à la Flore espagnole qui a été l'objet 
des études de prédilection de M. Rouy. Digne émule de Webb, 
de Boissicr, de Willkomm, de Lange, il a fait des voyages 
fructueux répétés dans la Péninsule ibérique et en a décrit 
plusieurs espèces nouvelles. Luis vient l'Europe orientale et 
méridionale (Bulgarie, Roumanie, Grèce, Crète, etc.), si in- 
complètement explorée, si riche en espèces ou nrcs régionales, 
et qui réserve encore bien des découvertes cl bien des joies 
aux explorateurs futurs. M. Rouy, en botaniste patriote, n'a 
pas négligé la France, y compris la Corse, et lui a fait une 
belle pari avec sep) espèces'forl rares ou de découverte récente 
sur notre territoi re. 

Tous les amateurs de belles et bonnes publications, de 

science et d'art, feront des vœux pour la continuation des Illus- 

trationes plantarum Europee variorum, qui font honneur à 

M, Rouy dont le scrupule a été jusqu'à faire réimprimer le 

du fascicule I entaché de quelques légères incorrections 

raphiques, et à ses éditeurs, les Kils Deyrolle, toujours 

i favoriser le progrès dans l'étude des sciences 

naturelles. 

D 1 X. Gii.i.ot. 



OFFRES ET DEMANDES 



— M. L. I)., à D. N° 7317. — Le Congrès dos Sociétés 
savantes aura lieu à la Sorbonne les 7, 8, 9 et 10 avril 
prochain. Les délégués de la Société entomologique de 
France sont MM. Decaux et Lamey. 

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terre) offre en échange des papillons de sa région. 

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manipulateur et récepteur, piles, etc., prix ; 40 francs. 
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Bac, Paris. » 

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même temps le plus complet, est celui de Pœtel, en 
3 volumes : le 1 er volume contenant les Céphalopodes, 
Ptéropodes et Gastéropodes Marins: le 2 e volume, les 
Gastéropodes terrestresctfluviatiles ;le 3 e volume les Acé- 
phales et les Bracl des. Le pris de ce catalogue com- 
plet est de 62 francs. 

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genre Hélix et tous genres Nanina, '/.unités, Leucochroa, 
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parfait état de conservation, d'une détermination rigou- 
reuse, renfermant grand nombre de belles et bonnes es- 
pèces parmi lesquelles nous citerons; bistrialis, bom- 
bayana, Bomplandi, Caesariana, cœp ides, cœlanos- 
toma, aeqnatoria, Bourcieri, cymatodes, magnifica, Ja- 
maicensis, novacula, pellis-serpentis, Quimperiana, 
sganziniana, Tranqueharica, Viridis, Groulti, Alberti, 
Reevei, melanocheila, dubiosa, philippinensis , poly- 
chroa, Pithogaster, Xystera, Zebuensis, etc., etc. Prix : 
600 francs. (S'adresser pour traiter à Les Fils d'Emile 
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obtiendrez de bons résultats. 11 faudra prochainement 
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ployer les boules de naphtaline concentrée moulées sur 
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obliquus (lleer.). Pelleti Fairni. 

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et parmi Cassis Rondeleti; Ranella tuberosa, marginata, 
subgranifera ; Cyprsea leporina; Pyrula condita]; Geno- 
lia ramosa; Nassa Veneris; Conus ventricosus; Cancel- 
laria trochleari ; Mures lingûabovis; Xenqphora Deshayesi; 
Venus Aglaurœ (2 alves); Ostrèa undata ; Arca giron- 
iMea, variabilis, cardiiformis, etc., etc. Prix : 30 francs. 
S'adresser aux Bureaux du Journal. 

Le Gérant: Paul GROULT. 

Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



18° ANNÉE 



2 e SÉRIE — IV* » 141 



1 er FÉVRIER 1896 



Promenade à la Foire Saint-Romain, à Rouen 

[Suite et fin) 



Nous avons cette année à la foire de Rouen la femme 
mouton, miss Fénèla possédant une rare, je dirai même 

une très rare cheve- 
lure, 2 m. 10 de cir- 
conférence, ce qui 
forme sur sa tête un 
volumineux paquet 
tout crépu de cheveux 
noirs du plus curieux 
effet. 

Si ce phénomène et 
celui de la femme 
à barbe que nous 
avons cités ne sont 
pas très rares dans 
les foires, il n'en est 
certainement pas de 
même de la femme 
pie. 

Il s'agit ici d'une 
jeune fille de treize 
ans, originaire com- 
me ses parents d'Or- 
thez (Basses - Pyré- 
nées) et présentée 
par eux. Cette jeune 
fille dont nous repro- 
duisons la photogra- 
phie présente sur le 
corps des quantités 
de naevi materai ; du 
côté gauche toute la 
peau n'est qu'un énor- 
me naevus très pig- 
menté de noir et re- 
couvert d'un duvet 
brun et blond très soyeux, elle est tigrée de la tète aux 
pieds par places présentant la même particularité; elle 
possède aussi sur la joue gauche les ou du moins le 




La Femme Mouton, 
d'après une photographie. 




La Femme Pie, d'après une photographie. 

favori de l'homme, très bien prononcé tandis que le côté 
opposé reste complètement imberbe. 



Cette jeune fille est d'une lionne santé et parait relati- 
vement gaie. 

On remarque également deux curieuses petites naines, 
les sœurs Brousson dont nous donnons également la 
figure ; originaires du canton de Matha (Charente- 
Inférieure), la plus âgée, vingt-deux ans, mesure m. 75 
de hauteur, les bras sont longs de 28 centimètres et les 
jambes de 35: elle pèse 13 kilog. ; la tète n'est pas anor- 
male ; seul le corps est petit, ce qui lui donne, un très 
curieux aspect. 

La plus jeune, dix-huit ans, mesure 65 centimètres 





Les Sœurs Brousson d'après une photographie. 

de hauteur, les bras ont 18 centimètres de longueur et 
lesjambes28centimètres,elle ne pèse que 9kilog. Ce qu'il 
y a de curieux également chez ces deux naines, c'est 
l'élasticité des membres: on peut leur retourner les 
pieds et les mains dans tous les sens sans leur faire 
aucun mal. Elles marchent très difficilement et ne peu- 
vent se soutenir qu'à grand'peine sur les jambes; elles 
mangent avec appétit, parlent assez convenablement et 
font des travaux d'aiguille et de crochet. 

La petite fille à quatre jambes, dont nous reproduisons 
ici la photographie. Cette petite, morte depuis, mais âgée 
de huit ans lorsque ^,„ 

j'en fis la photogra- £^ »Ks 

phie, possédait au 
bas ventre deux 
cuissesenplus,bien 
conformées termi- 
nées par deux mol- 
lets et deux pieds 
assez mal disposés, 
comme on peut le 
voir. La sensibilité 
p a ra i s s ai t m o in s 
grande sur ces deux 
jambes supplémen- 
taires. Ce qu'il y 
avait de curieux 
c'est que, pour 
s'asseoir, cette ga- 
mine refoulait ses L'enfant à quatre jambes, d'après une 
deux jambes en photographie. 

plus derrière elle et s'asseyait dessus; puis, repliant les 
mollets, elle en formait un coussin qui lui semblait fort 
agréable. 

Enfin, je reproduis également un nain, qui accom- 
pagne cette année la femme à barbe, à la foire Saint- 
jlipmain de Rouen. Il est né à Bordeaux où, en été, il 




30 



LE NATURALISTE 



exerce dans les environs la profession de fabricant de 
paniers, est âgé de 32 ans. 

Lu photographie de son squelette serait évidemment 
plus intéressante que celle que nous donnons ici, mais 




Le Nain de la foire Saint-Romain, 
d'aprcs une photographie. 

ce petit homme ne parait pas prêt de la communiquer 
tout de suite à la science, et c'est du reste ce que je lui 

souhaite le plus sincèrement. 

Paul Noël. 



DE L'INSTINCT BU SUICIDE 



CHEZ LES ANIMAUX 



Il semble, au premier abord, qu'au Roi de la création 
seul soit dévolu le triste privilège de se soustraire aux 
charges de la vie en se donnant volontairement la 
mort. 

Jusqu'ici les exemples de suicides chez des animaux 
onl été assez rares et assez discutés pour qu'il soit 
intéressant de les citer chaque ibis que l'occasion s'en 
présente. 

L'être, quel qu'il soit, est placé sur la terre, par une 
volonté tout indépendante de la sienne; aussi semble- 
t-il nécessaire sinon juste, qu'il ne se soustraie aux con- 
ditions dans lesquelles il s'est trouvé placé, que par 
l'influence de celte même volonté qui l'a l'ait naître. 

L'animal, surtout, semble devoir suivre ce cycle 
d'une façon toul à fail passive et ne quitter la vie que 
lorsque celle-ci se retire elle-même peu à peu de lui. 

Il représente, en quelque sorte, une machine vivante 
qui fonctionne tant qu'elle a du combustible et s'arrête, 
lorsque celui-ci vienl à manquer. 

Là esl précisément l'erreur, et les quelques exemples 
que nous allons citer suffiront, croyons-nous, à le dé- 
montrer. 



Comme l'acte même de se donner la mort, implique 
la réflexion et, par conséquent, l'intelligence, cela nous 
permettra en même temps de démontrer, uni 1 l'ois de 
plus, ce i[ue nous disions il y a peu de temps encore : 
c'est que les animaux, même, ceux réputés les plus infé- 
rieurs, possèdent une intelligence plus développée que 
certains veulent bien le reconnaître. 

Il y a quelques mois de cela, une revue américaine 
racontait, par la plume de M. Hoklcn, professeur à 
l'Université de Lick, la très intéressante histoire du sui- 
cide d'un serpent à sonnettes. 

(Si nous commençons par cet exemple, bien qu'il ne 
soit pas le plus ancien, c'est tout simplement pour suivre 
l'échelle zoologique en nous éloignant de plus en plus 
de l'homme!) 

Un jour de l'été dernier, que le professeur Keeler se 
promenait près des fondations de son observatoire de 
Lick, il aperçut, se chauffant au soleil, un énorme ser- 
pent à sonnettes. 

Il le saisit avec de fortes pinces et le transporta ainsi, 
bien vivant et malgré tous les efforts que la bête faisait 
pour s'échapper, dans une des galeries de l'Observatoire, 
afin de le montrer à ses collègues. 

Puis, on tint conseil pour savoir quel moyen pratique 
on pourrait bien employer pour le tuer sans le détériorer, 
de façon à pouvoir le conserver dans le Musée. 

Le mode par immersion, paraissant le plus commode, 
fut adopté, et aussitôt le Professeur Keeler plaça l'animal 
dans un grand bocal rempli à moitié d'eau. 

La pauvre bête ainsi condamnée à mort se débattit en 
vain, et inutilement essaya de sortir! 

Voyant, enfin, que ses efforts n'étaient point couronnés 
de succès, et pour abréger sans doute une agonie trop 
lente, il s'enfonça profondément dans le corps ses cro- 
chets à venin, se laissa couler au fond du vase et patiem- 
ment attendit la mort qui ne tarda pas à venir. 

Son cadavre a soigneusement été conservé et l'on peut 
y voir encore la trace de la morsure qu'il s'est faite. 

Le second exemple est tout récent, c'est celui d'une 
guêpe, et il ne diffère pas sensiblement du précédent. 

Une guêpe se trouve enfermée par mégarde dans un 
flacon. Elle vole et se promène dans sa prison et sur les 
parois de celle-ci jusqu'au moment où elle est aperçue. 
La personne qui l'a remarquée fume une cigarette, 
envoie quelques bouffées de fumée dans le flacon et 
observe. 

Après quelques instants de souffrances probablement 
terribles, l'animal, ne pouvant sans doute plus supporter 
la douleur, replie son abdomen sous le thorax et se 
pique d'un coup de dard. 

Un moment après elle était morte. 

Le troisième exemple que nous allons citer est cer- 
tainement celui quia été observé le premier ; mais il a 
été tellement affirmé par les uns et nié par les autres 
que nous pensons que, pris de la bouche d'un témoin 
oculaire du fait, il apportera sans doute une nouvelle 
et sérieuse preuve à l'appui des faits précédemment 
énoncés. 

Les Nègres du Cap de Bonne-Espérance et de l'île de 
Madagascar se réjouissent lorsqu'ils peuvent capturer 
vivant un des grands scorpions qui infectent leur pays, 
et cela à la seule idée du plaisir qu'ils vont éprouver en 
lui faisant u\w bonne farce. 

Dès que l'animal est pris, ils tracent sur le sable un 



LE NATURALISTE 



31 



petit cercle dont la circonférence est représentée par 
une ligne de charbons ardents. 

Ils placent le scorpion au milieu et attendent. 

L'animal ainsi enfermé cherche tout naturellement à 
traverser la ligne de feu, mais il en est empêché par le 
foyer lui-même. 

Peu à peu il s'agite, trotte de droite et de gauche 
d'une façon désespérée et, lorsqu'il s'est bien convaincu 
que nulle issue n'existe, il redresse brusquement son 
abdomen et enfonce le crochet venimeux qui le termine, 
dans la partie antérieure de son céphalothorax. 

Une fois piqué, il ne bouge plus, et attend avec 
patience la mort qu'il s'est volontairement donnée et 
qui, du reste, ne tarde pas à venir. 

On a voulu appeler suicides des cas où des animaux 
adultes, pris à l'état sauvage et brusquement enfermés, 
se sont tués en se précipitant contre les barreaux de 
leur cage ou les murs de leur prison. 

Ce ne sont là que des accidents dus à la nature sau- 
vage de l'être, et non pas des suicides dans le vrai sens 
du mot. 

Entre le serpent, la guêpe ou le scorpion dont nous 
venons de raconter l'histoire et l'homme qui se poignarde 
ou se tire un coup de revolver, je ne vois pour ma part 
aucune différence. 

Et si la réflexion devait précéder l'acte dans l'un de 
ces cas, j'irais peut-être plutôt la chercher chez les êtres 
inférieurs que chez l'homme, qui n'agit souvent que dans 
un moment de folie. 

Il serait intéressant de rassembler les faits de ce genre 
et de comparer à la fois les causes et les actes. On en 
arriverait peut-être à pouvoir fonder une psychologie du 
suicide chez les animaux qui ne serait pas pour faire 
honneur à l'espèce humaine ! 

A. Gruvel. 



LA PHOTOGRAPHIE A TRAVERS LES CORPS OPAQUES 



On parle beaucoup actuellement d'une communication 
faite à l'Académie des sciences par M. Poincaré, commu- 
nication qui a eu pour but de faire connaître les curieuses 
expériences photographiques de M. Rœntgen, profes- 
seur à Wurtzbourg. Ce savant photographie des objets 
cachés derrière une feuille de carton ou de bois, une 
boussole, par exemple, à travers un petit couvercle en 
métal ; une serrure à travers une porte épaisse de deux à 
trois centimètres. Voici comment il procède : il prend 
un tube de Geissler ou plutôt un tube de Crookes, pour 
être plus exact, et au moyen d'un courant électrique 
alternatif, il produit des rayons dits cathodiques qui 
s'accumulent au pôle négatif. L'objet à photographier est 
placé dans une caisse en bois ou en métal dont une 
paroi le sépare de la plaque sensible. Au bout de quel- 
que temps, il obtient un cliché négatif. Si l'on place la 
main entre le tube de Geissler et la plaque sensible, on a 
un cliché représentant le squelette de la main. Les chairs 
se sont laissé traverser par les rayons cathodiques, mais 
non les os. Ainsi donc les corps opaques, comme le bois, 
le carton, le métal, la peau et la chair, s'ils ne sont pas 
d'une trop grande épaisseur, laissent passer des rayons 
lumineux particuliers qui agissent sur les plaques photo- 
graphiques. Cette découverte, qui peut avoir des consé- 



quences importantes, n'est pas entièrement nouvelle. 
M. Hertz avait déjà montré que les rayons cathodiques 
traversent le métal, et M. Lenard avait constaté que, 
placée dans une boite métallique et exposée aux rayons 
cathodiques, une plaque photographique était impres- 
sionnée. 

Nous comptons du reste reprendre et étudier plus à 
fond cet intéressant sujet dans un prochain article. 

D r Félix Regnault. 



OBSERVATIONS 



SUR 



LA FORE DES GRENAILLES MÉTALLIQUES 



DE 



LA MÉTÉOEITE DE WASHINGTON (Kansas) 



Un minéralogiste américain, bien connu par ses belles 
publications sur les pierres précieuses, et qui a réuni à 
New- York une importante collection de météorites, 
M. G. F. Kunz, a fait don au Muséum d'histoire naturelle 
de Paris, d'un très intéressant spécimen, dont la figure 
ci-jointe reproduit l'aspect général. 

C'est une plaque de 1 centimètre environ d'épaisseur, 
coupée dans une pierre tombée du ciel le 25 juin 1890, à 
1 heure après-midi, à 150 kilomètres de Farmington, 
comté de Washington, dans le Kansas. 

Quelques observateurs virent dans le ciel un météore 
laissant derrière lui une traînée vaporeuse, mais l'éclat du 
soleil masqua -tout phénomène lumineux. L'explosion, 
qui fut très forte et qui rappela le tonnerre ou le canon, 
s'accompagna de sifflements qu'on a comparés à ceux 
d'une chaudière à vapeur. Le phénomène lumineux fut 
observé sur un territoire plus vaste que le phénomène 
sonore. On a des témoignages provenant de très nom- 
breuses localités, depuis Béatrice dans le Nébraska, à 
40 miles au nord-est du point de chute, jusqu'à Cedar- 
Junction, dans le Kansas", à 130 miles au sud-est, et jus- 
qu'à Halstead, également dans le Kansas, à une distance 
égale vers l'ouest. 

Pour les personnes situées au nord du point de chute, 
le météore parut un objet brillant, se montrant dans le 
sud; pour les méridionaux, ce fut un bolide dans le nord. 
Comme le remarque M. Snow, cette circonstance doit 
faire conclure que la masse devait descendre suivant une 
trajectoire, très voisine de la verticale : ce qui est d'ailleurs 
prouvé également par le trou perpendiculaire de 4 pieds 
de profondeur qui fut perforé par le bloc. 

L'arrivée sur le sol fut constatée à la fois par M. Ja- 
nuary qui sortit précipitamment de sa voiture, épouvanté 
par le bruit formidable de l'explosion, et par Mlle Grield, 
professeur à l'Institut normal duCounty de Washington 
qui passait sur la route à moins de cent mètres de dis- 
tance. Tous les deux furent sur le point lapidés en 
quelques minutes, et M. January s'empressa de creuser 
le sol pour reconnaître l'objet tombé qu'il déterra avec 
l'aide de quelques voisins. Il était toutefois si bien pris 
dans l'argile schisteuse, qu'il fallut plus de deux heures 
pour l'avoir. La pierre alors n'était plus chaude; elle 
s'était brisée en deux parues, dont la plus petite, d'une 



3-2 



LE NATURALISTE 



quarantaine de livres, fut réduite en fragments, que se 
partagèrent les assistants. 

La roche constitutive de la météorite de Farmington 
esl noire, dure, très finement cristalline, où brillent çà 
ot là des granules métalliques, les uns d'un gris d'acier, 
les autres d'un jaune de bronze. 

On y remarque aussi des portions blanchâtres globuli- 
formes. 

La surface extérieure est lisse et mate : des grains 
métalliques brillants s'y détachent en saillie; mais on 
n'y voit pas de véritables croûte comparable à l'écorce 
noire des météorites blanches ou grises. 

MM. Kunz et Weïhschenk (i) ont fait de la météorite 
de Washington une analyse chimique et mhjéralogique 
dont les résultats s'ajoutent à ceux de l'examen macros- 
copîque et microscopique, pour la faire ranger dans le 
type lithologique que, depuis 1870, j'ai désigné sous le 
nom de Tadjérite (2). 



C'est un type relativement très rare, et qui n'était 
jusqu'ici représenté dans les collections du Muséum d'his- 
toire naturelle que par les cinq chutes suivantes : 

1860. Deniliquin, Baratta, Nouvelles-Galles du Sud. 

•1867. 9 juin. Tadjéra, Guidjell, Sétif, Algérie. 

1872. 31 octobre. Orvinio, Rome, Italie. 

1875. 12 mai. Koursk, Botrchetschki, Sewruskoxvo. 
Belgorod, Russie. 

1887. 1 er janvier. Bielokrysnitschie, Zasland, Volhynie. 
Russie. 

Soumise aux réactifs, la pierre de Farmington se scinda 
en : 

Fer nickelifère 7.7 

Sulfure de fer , 5.0 

Silicate soluhle dans H(Jl 46.0 

Silicate insoluble 41.5 

100.2 




Météorite de 

Le fer nickelé a donné à M. Eakins : 

Fer.... 86.76 

Nickel 12.18 

Cobalt 0.83 

M . 77 

Mais on s'assure qu'il n'est pas homogène, et qu'il 
consiste au contraire dans le mélange de plusieurs 
alliages nettement distincts les uns des autres, par leur 
composition et par leur solubilité plus ou moins facile 
dans l'acide chlorhydrique. De même les silicates ne pro- 
curent à L'analyse élémentaire que des résultats sans signi- 
fication précise, parce qu'ils sont très divers les uns des 
autres et mélangés en proportion variables suivant les 
points. Les plus nets parmi eux sont : du péridot, de 

(1) Tschemak's Mineralogisch. und. petrograph. Mitthei- 
lungen, t. XXII, 3° cahier 1891. 

(2) V. Stanislas Meunier, Météorites; 1 vol. in-8° de 
532 pages, faisant partie do V Encyclopédie chimique. Dunod, 
éditeur, 1884. 



Washington. 

l'enstalite, du pyroxène rhombique, de l'augite, un mi- 
néral rappelant le monticellite (péridot à hase de chaux) 
et une matière vitreuse d'ailleurs peu abondante. La 
plupart de ces composés sont en cristaux très petits, mal 
formés et confus, enchevêtrés les uns dans les autres ; 
quelques-uns constituent des sphérules très remarqua- 
bles, souvent à structure radiée à partir d'un point 
excentrique, et qui, sous le nom de chondres que leur a 
imposé Gustave Rose, jouent un rôle important dans la 
structure de beaucoup de météorites. 

L'étude microscopique des lames minces montre 
encore que le fer nickelé et le sulfure de fer se sont dis- 
posés sur les minéraux lithoïdes après leur constitution, 
de façon à remplir leurs interstices et leurs tissures et 
dans certains cas à les enrober d'une manière très par- 
faite. 

A l'œil nu déjà, on voit très bien, comme le montre 
la figure jointe à cel article, que les métaux se sont con- 
centrés dans des tissures de la roche; on aperçoit à tra- 
vers tout l'échantillon comme un lil métallique, qui est 



LE NATURALISTE 



33 



en réalité la section d'une feuille perpendiculaire au plan 
de la figure ; on remarque aussi la forme branchue, par- 
fois très capricieuse des grenailles, et l'on est frappé de 
l'analogie mutuelle de leur forme générale que ne trouble 
pas cette circonstance que les unes sont formées de fer fu- 
sible seulement au rouge blanc, et les autres de sulfure 
tout à fait liquide au rouge sombre et même au-dessous. 

Il faut insister sur ces faits parce qu'ils montrent bien 
que des roches constituées comme celle de la météorite 
de Farmington ne sauraient en aucune façon, quoi qu'on 
en ait dit, résulter de la simple cristallisation par refroi- 
dissement d'un mélange préalablement soumis à la fusion 
ignée. Jamais ce mode opératoire n'a procuré l'enrobe- 
ment d'un fragment ou d'un cristal de pyroxène ou de 
feldspath par une pellicule de fer métallique ; il n'est 
même aucunement favorable à la constitution des 
chondres radiés dont nous venons de parler. 

Mais, si on abandonne cette supposition, il faut se 
ranger à la manière de voir que j'ai depuis longtemps 
justifiée par de nombreuses expériences, et qui fait de 
beaucoup de roches météoritiques, l'analogue des ma- 
tières constituées dans l'épaisseur des filons terrestres : 
par voie de concrétion résultant de réactions entre des 
matériaux gazeux. Dans cette nouvelle direction tout 
s'explique, et l'on obtient successivement tous les détails 
de structure des roches examinées. 

Pour les masses du type tadjérite dont font partie les 
météorite que nous décrivons, on peut aller bien plus 
loin encore, et constater qu'elles renferment, dans leur 
substance, des traces de vrais phénomènes géologiques 
postérieurs à la constitution primitive. D'après mes ré- 
sultats, ce sont essentiellement des météorites métamor- 
phiques (1). Il résulte, en effet, de mes expériences que la 
tadjérite est le produit d'une simple transformation mé- 
tamorphique, sous l'influence de la chaleur des météo- 
rites grises les plus ordinaires, dont le type porte le nom 
d'Aumalite. 

Prenons un fragment d'aumalite, et, dans un creuset de 
platine, en nous mettant autant que possible à l'abri du 
contact de l'air, portons-le à la température du rouge vif. 
Après un quart d'heure d'expérience, la roche sera com- 
plètement méconnaissable : ce ne sera plus de l'auma- 
lite, ce sera de la tadjérite. C'est de même que, par un 
artifice spécial, J. Hall a changé la craie dans son produit 
métamorphique le marbre cristallin. 

Cette transformation, qui constitue un chapitre intéres- 
sant de la géologie des météorites, vient s'ajouter très 
efficacement à la forme des grenailles métalliques, pour 
montrer que l'origine, par voie de fusion et par une seule 
opération chimique, des météorites grises les plus com- 
munes, est tout à fait insoutenable. 

Stanislas Meunier. 



OISEAUX ACRIDOPHAGES 

Suite 



LES MERLES MÉTALLIQUES 
5° Lamprotornis Mewesii (Wahlb). Mewes Glanzvogel. 
— Se trouve dans l'Afrique australe, dans les forêts ou 
de préférence chercbe sa nourriture sur les cimes desar- 

(1) On trouvera des détails à cet égard, dans un -volume que 
j'ai ^récemment publié dans la Bibliothèque scientifique inter- 
nationale sous ce titre : La Géologie composée (Paris 1895, 
1 vo). in-8o cartonné de 300 pages avec 35 figures dans le 

texte). 



bres les plus élevés. Il est excessivement méfiant et dif- 
ficile à approcher. Holub l'a trouvé à son retour du Zam- 
bèze dans la forêt de Sybanani sur les frontières du pays 
Matébélé, il ne l'a jamais observé dans la partie plus 
méridionale du centre sud africain. 

6. Lamprotornis Burchelli Fig. Smith. Zool. S. afr. 
P. 47. 

Cet oiseau est plus localisé que les autres espèces, de 
préférence il se trouvera dans des vallées des fleuves om- 
bragées d'arbres de grande taille. On le trouve seul ou 
plus souvent par couples, se nourrit d'insectes qu'il re- 
cherche sur les arbres (Holub). 

7. Lamprocolius sycobius. (Fig. 3. Holub). Peters. Glanz- 
vogel. 

Est assez commun dans la partie centrale du Sud afri- 
cain. Holub nous dit "que cet oiseau est une des plus 
agréables apparitions de la famille des Passeres coni- 
rostres. Excessivement gai et circonspect, rien n'échappe 
à la vue de cet oiseau prudent, il est rare qu'il devienne 
la proie d'un rapace ailé ou d'un quadrupède carnassier. 

Sa circonspection extraordinaire semble être le résultat 
d'une certaine qualité intellectuelle qui assure à cet oiseau 
un rang éminent dans la famille des Juidœ. Ces oiseaux 
font leurs nids sur les branches les plus saillantes des 
arbres élevés et nichent régulièrement toute l'année dans 
ces nids. Matin et soir, à l'envolée et au retour, ils ga- 
zouillent quelque temps sur les branches où se trouvent 
leurs nids. Entre temps arrivent les L. sycobius habitants 
de l'arbre ou des arbres voisins pour entreprendre une 
tournée de vol en commun. Ils choisissent de préférence, 
pour l'emplacement do leurs nids, les arbres bordant les 
cours d'eau où les lisières les plus élevées d'une forêt, ainsi 
que les clairières des forêts. D'habitude ces nids sont 
assez grands, et ont une ouverture relativement petite ; 
les branches sur lesquelles se trouvent les nids sont dé- 
pouillées de feuillage par les oiseaux; les nids n'ont rien 
de remarquable dans leur construction, quoiqu'ils fassent 
partie de la série des nids couverts ; généralement ils sont 
faits avec des tiges d'arbres minces. En mars et avril, le 
plumage de l'oiseau est en variation d'hiver, il est gris 
alors, plus tard il deviendra noir mat. 

L'oiseau est souvent tourmenté par des douzaines de 
tiques qui se trouvent surtout à la tête, autour des yeux, 
des oreilles et à la base du bec, soit isolées ou réunies 
jusque quatre et davantage et semblent fortement éprou- 
ver l'oiseau. Holub croit que ces parasites,portés par l'oi- 
seau dans son nid, s'y reproduisent et que son lieu de 
repos devient de la sorte un lieu de supplice. 

L'auteur a trouvé des cas semblables sur les espèces 
précédentes quoique moins nombreux et encore sur les 
espèces suivantes et donne dans son ouvrage le dessin 
d'une tête de Juida avec ses parasites. 

Ces oiseaux volent d'habitude ,à une hauteur moyenne 
en troupes d'environ 30 individus, d'habitude en gazouil- 
lant; lorsqu'ils tont un parcours prolongeais se reposent 
souvent. Le Merle métallique de Peters cherche sa nour- 
riture aussi bien par terre que sur les arbres. Il se nour- 
rit d'insectes, de cloportes, de limaces, et ne dédaigne 
pas les baies et autres petits fruits (A.). 

S. Lamprocolius phœnicopterus (Swains). Violetfleckiger 
Glanzvogel. Juida phœniopterus Siv. Lamprocolius phœ- 
nicoptera Hart. Holub ne donne pas d'indication sur son 
habitat, Heuglin dit que son habitat est dans le sud de 
l'Afrique. 

9. Le Roupenne de Lcvaillant. Amydrus-Sprco- Juida. 



34 



LE NATURALISTE 



— Mbrio-TRISTAM. Mohrenglanzvogel. II. C. Le « Rooi- 
vlerk Spreiki » des Boers. Se trouve dans h- Centre du 
Sud africain depuis les côtes méridionales jusqu'au Zam- 
bèzej toutefois relativemenl au Spreo bicolor, il est rare. 
On le trouve en grandes quantités dans les régions acci- 
dentées, sur les terrasses des hauts plateaux, sur le? 
falaises des côtes, aux environs de la ville du Cap et de 
Grahamstown, oùil se cantonne presque toute l'année. 
If Lortel (lia fait des observations très intéressantes sur 
cel Amydrus qu'il trouva en quantité dans les chors de 
la péninsule Sinaïque. 

10. Le Nabirup de Levaillant, leSpreso ruf permis, Amy- 
drus fulvipennis, se trouve dans les mêmes régions et a 
des caractères physiques peu différents de l'espèce pré- 
cédente, dont il a les habitudes. Fig. Les ois. d'Afr., 
p. 9. 

11. Le Merle Evêque (Pholidauges leucogaster). Se 
distingue des divers Merles métalliques par son plumage 
d'un violet pourpre à reflet bleu d'acier, les plumes de 
la hase du cou, du dos et du croupion, marquées près de 
l'extrémité d'une tache transversale bleue et terminées 
de violet pourpre; poitrine et abdomen blancs. Chez la 
femelle, les plumes des parties supérieures sont brunes, 
bordées de roux pâle. Le jeune en premier plumage res- 
semble à la femelle. C'est sur le dos, le croupion et les 
ailes que commencent à se montrer les premières plumes 
d'un violet, pourpre du plumage parfait. 

Ce superbe oiseau habite le centre de l'Afrique et 
atteint dans ses migrations l'ouest de l'Arabie. Il est 
répandu dans les forêts arrosées de cours d'eau, les bois 
clairsemés des steppes et les plateauxde montagnes où il 
niche dans les rochers ; dans la plaine il niche dans les 
buissons touffus. Le Congo possède une espèce différant 
légèrement, le Pholidauges Verreauxii : on le trouve dans 
les possessions portugaises d'Angola, dans l'intérieur de 
Benguella et sur les bords du Cunène. Andersson et 
Chapman la rencontrèrent dans le pays des Damaras et 
dans les régions des Lacs, au nord du Zaire. MM. Fal- 
kenstein et Lucan l'ont recueillie à Landana, Chincho- 
xao, sur la côte de Loango. Brehm a observé le Merle 
évêque en Abyssinie, sur les montagnes de Ilabesch, à 
l'altitude de 3,500 pieds au-dessus du niveau de la mer, 
il y niche en juin-juillet. 

Il le rencontra généralement par familles de 6 à 20 in- 
dividus et, après l'époque de la pariade, en nombreuses 
bandes. Les deux Pholidagcus leucogaster et Verreauxii 
ont été trouvés à Hustenherg ITransvaal) par Th. Ayres 
(Ibis) (5). vol. 4 p. 282-298". Le Ph. Verreauxii se trouve 
en mai le long de la rivière Gambie et disparaît en juin, 
il se retire alors à l'Est jusque Natal. Cet oiseau aies 
mœurs et se nourrit comme les Lamprotornidés. 

Lamprotornis melallica. — Ca'ornis amboinensis, le gewo- 
ne Purper Spreewdes Hollandais. — Bernstein nous parle 
d'importantes colonies de cet acridophage qu'il a vues 
dans les iles entourant la Nouvelle-Guinée, Batanta, Sa- 
lawatty. Il dit que ces colonies d'oiseaux extrêmement 
sociables el surtout la grande quantité de nids donnenl 

un aspect très particulier au pays. Une colonie niche d'ha- 
bitude sur un grand arbre isolé (Artocarpx, Ficoidse, Mi- 
mosse, etc.) ayant de grandes branches touffues, qui, lors- 
qu'il est adopté par ces oiseaux, leur sert d'année en 
année. 
Les nids, très habilement cou si mit s, sont delà grosseur 

(1) La Syrie d'aujourd'hui. 



d'un melon, l'entrée de chaque nid ouvre en vue du nid 
voisin, ils sont suspendus à de très longues hranchesdexi- 
hles ayant souvent de 3 à 7 mètres de longueur, attachés 
à la fourche de la branche dans la partie où elle s'émincit. 
Le nid est toujours marqué par une espèce de filet fait 
d'une variété de carex (mendong), plante qui sert aussi aux 
indigènes pour fabriquer de jolies vanneries. Une des co- 
lonies, les plus grandes que j'aie vues, est installée suruù 
arbre colossal, dans un ravin au nord du chemin de Ter- 
nateà la lagune deCastella. Une particularité remarquable 
;i citer : sur le même arbre niche un couple de Pandion 
halisetus et encore un couple d'éperviers {Nisus griseogù- 
laris), qui jamais n'attaquaient nos lamprotornis. Pendant 
l'époque des couvées tout ce petit monde ailé vivait en- 
semble dans la concorde la plus parfaite. 

J. Forest. 

[A. suivre.) 



LES VIEUX ARBRES DE LA NORMANDIE 

L'ORME COMMUN DE NONANT-LE-PIN (ORNE) 



Pour la troisième fois(l) je viens rendre compte, dans 
ce journal, de mon ouvrage sur les vieux arbres de la 
Normandie (2), que j'ai entrepris dans le but de conserver, 
par la description et la photographie, les plus remarquables 
doyens du monde dendrologique normand. Cet ouvrage 
aura en tout six fascicules, contenant plus de cent, vingt 
planches hors texte. Aujourd'hui, il s'agit du troisième, 
qui a paru au mois d'octobre dernier. 

Ce fascicule, illustré de vingt et une planches en 
photocollographie et de trois figures dans le texte, ren- 
ferme la description et la représentation des dix-neuf 
arbres suivants : l'If du cimetière. d'Estry (Calvados) ; 
l'If du cimetière du Ménil-Ciboult (Orne); les deux Ifs 
du cimetière de La Lande-Patry (Orne) ; les deux Ifs du 
cimetière de Boisney (Eure); l'If-chapelle du cimetière 
des Trois-Pierres (Seine-Inférieure); l'If de Courson 
(Calvados) ; le Pin laricio var. de Calabre du parc de Vati- 
mesnil, à Sainte-Marie-de-Vatimesnil (Eure); le Chêne 
de la ferme du Tertre, à Tellières-le-Plessis (Orne) ; les 
deux plus remarquable Chênes du parc d'Aunay-les- 
Bois (Orne); le Chêne de la ferme du Plessis, à Nonant- 
le-Pin (Orne) ; le Chêne de la Mère de Dieu, de la forêt. 
de Yernon, à Pressagny-l'Orgucilleux (Eure), — ces 
Chênes sont des Chênes pédoncules; — l'Orme commun 
de Nonant-le-Pin (Orne); le Frêne commun du parc 
d'Aunay-les-Bois (Orne); le Houx du hameau de Lon- 
gueraie, aux Jonquerets-de-Livet (Eure); le Houx du 
hameau de Conihout-de-Jumiègcs, àJumièges (Seine-In- 
férieure); et le Tilleul à petites feuilles de la fontaine 
Sainte-Clotilde, aux Andelys (Eure). La description de 



(1) Voir, pour les deux premières, Le Naturaliste, n° du 
15 décembre 1891, p. 289,avecl figure, et n° du 15 décembre 1893, 
p. 286, avec 1 figure. 

(2) Les Vieux Arbres de la Normandie, élude bolanico-hislo- 
rique, fascicules I et II, chacun avec 20 planches en phototypo- 
gravure, toutes inédites et faites sur les photographies de l'au- 
teur, et fascicule III, avec 21 planches en photocollographie et 
3 figures dans le texte, presque toutes inédiles et presque toutes 
fades sur les photographies de l'auteur, in Bull, de la Soc. des 
Amis des Scienc. nat. de Rouen 2« sem 1890, 1 er sem. 1892 
et 2° sem. 1891; tirésà part, Paris, J.-IJ. Baillière et fils, 1891, 
189:5 et 1895, et aux bureaux du journal. 



LE NATURALISTE 



3o 



ces arbres est suivie de trois notes : sur les Ifs funé- 
raires de laNormandie, sur trois gros Chênes pédoncules 
abattus en 1894, à Neauphe-sur-Dives (Orne), el sur le 
Chêne à Leude la forêt de Roumare, à Saiut-Martin-de- 
Boscherville (Seine-Inférieure), près de Rouen. 

Au nombre des dix-neuf arbres en question, il convienl 
de signaler principalement : les Ifs des cimetières 
d'Estry (Calvados) et du Ménil-Ciboult (Urne), dont les 
troncs, complètement creux, ont une circonférence de 
10 mètres environ, à un mètre du sol moyen, et qui sont 
âgés d'à peu près douze à seize siècles; les deux Ils du 

cimetière de La Lande-Patry (Orne), qui ont un tronc 

creux . mesurant, 

approximative- 
ment 9 m. 60 et 7 
m. 60 à un mètre 
du sol moyeu; l'If- 
chapelle du cime- 
tière des Trois - 
Pierres i Seine-In- 
férieure), dont le 
tronc, entièrement 
creux. présente 
une circonférence 
de o m. 76 à un 
mètre du sol mo- 
yen, et dans l'in- 
térieur duquel est 
installée une cha- 
pelle; le Chêne de 
la ferme du Ter- 
tre, à Tellières-le- 
Plessis (Orne), pos- 
sédant un tronc 
de 7 m. 81 de cir- 
conférence, à la 
même hauteur, et 
dont l'âge est très 
vraisemblable- 
ment compris en- 
tre 400 et 600 ans 
environ ; le Chêne 
delà Mère de Dieu, 
de la forêt de Ver- 
non, à Pressagny- 
l'Orgueilleux (Eu- 
re), au pied duquel 
s'élève lin édicule 
religieux ; le Frêne 
du parc d'Aunay- 
les-Bois (Orne), 
dont le tronc pré- 
sente une circonférence de 4 m. 43 à un mètre du sol 
moyen, et dont la hauteur totale dépasse 36 mètres; le 
Houx du hameau de Longueraie, aux Jonquerets-de- 
Livet (Eure), qui possède un tronc mesurant 1 m. 67 de 
circonférence a un mètre cinquante du sol moyen; le 
Tilleul de la fontaine Sainte-Clotilde, auxAndelys (Eure), 
très probablement âgé de 250 à 400 ans environ; et l'Or- 
me qui est décrit dans les lignes ci-après. 

Je ne saurais, sans rire fort légitimement taxé d'im- 
modestie, (lire quelque bien de la rédaction ou de la 
beauté des planches de ce troisième fascicule. Je ne puis, 
non plus, le critiquer, car si j avais pense qu'il lut mal 
fait ou m ni île, je ne l'aurais pas public. Laissant de cote 




L'Orme de Nonant-le-Pin (Orne) 



toute appréciation, je vais, ainsi que dans mes deux 
précédents articles sur cet ouvrage dendrologique, con- 
sacres à des arbres tout particulièrement remarquables, 
parler ici de l'un des plus intéressants et des moins 
connus, décrits dans ce fascicule III : l'Orme de 
Nonant-le-Pin (Orne), que la figure ci-jointe représente 
d'une façon complètement fidèle. 

Cet Orme commun (Ulmus atmpestris L. (existe dansl'un 
des anciens cimetières de Nonant-le-Pin, village situé au 
nord de Sées (Orne) et. à l'est d'Argentan (Orne). Il 
s'élève sur le terre-plein où est l'église, en avant et à 
droite du portail, en le regardant de l'extérieur, et près 

de ce dernier. 

Ce très gros ar- 
bre, coupé en tê- 
tard, a encore 
beaucoup de vi- 
gueur. Son tronc, 
qui est entière- 
ment creux etpré- 
sentedefories sail- 
lies arrondies, 
avait, en avril 1895, 
une circonférence 
de 5 m. 56 à un 
mètre du sol mo- 
yen , au disque 
blanc, que l'on 
voit nettement sur 
la figure ci-jointe. 
Afin de consolider 
l'arbre et d'empê- 
cher que son tronc 
s'éclate sous l'ac- 
tion d'un fort coup 
de vent, on a pris 
l'excellente pré- 
caution de relier 
entre elles les plus 
grosses branches, 
au moyeu de tiges 
et de chaînes en 
fer.Quantàla hau- 
teur totale de l'ar- 
bre, elle était, en 
avril .1895, d'envi- 
ron 19 m. 80. 

En me basant 
sur la grosseur du 
tronc de cet Orme, 
sur la nature du 
sol où il vit, et sur 
le faitqu'ilest coupé en têtard, ce qui a fait augmenter 
la croissance circulaire de son tronc, on peut, je le pense, 
presque affirmer que son âge est compris entre 200 et 300 
ans environ, et je suis porté à croire qu'il fut planté du 
temps de Sully, comme le rapporte une tradition locale. 
En définitive, il est fort possible que cet Orme, que ce 
Sully ou ce Rosny, — pour employer des noms très 
usités jadis et servant encore à désigner des arbres 
plantés par ordre du grand ministre d'Henri IV, qui fut 
marquis île Rosny, puis duc de Sully, — il est très 
possible, dis-je. que l'Orme commun de Nonant-le-Pin 
ait été planté vers le commencement du XVII e siècle, et 
que, en tenant compte du jeune âge qu'il pouvait avoir 



36 



LE NATURALISTE 



a u moment de sa plantation, il ail actuellement environ 
280 à 300 ans. 

L'Orme était, on le sait, un dos arbres favoris de nos 
ancêtres, qui le piaulaient autour des châteaux, au- 
devant des églises et sur les places publiques. Des céré- 
monies variées et toute sorte d'incidents se passaient 
alors sub tegmine ulmorum. 

Caton leCensèur terminait invariablement ses discours 
en demandant la destruction de Cartilage, l'antique rivale 
de Home. Sans nullement avoir l'espérance d'obtenir 
gain de cause, je tiens à finir ce modeste article en 
demandant instamment, une fois de plus, la conserva- 
tion et la protection des vieux arbres, ces vénérables 
témoins des siècles passés, qui intéressent à la fois le 
savant, l'artiste, l'utilitaire et l'amant de l'éternelle 
Maya. 

Henri Gadeau de Kerville. 



MINERAUX IOÏÏYEAÏÏX 



La Prolectite appartient au groupe de la ebondrodite qui 
renferme, comme on sait la ebondrodite, l'humite et la 
clinohumite. Deux minéralogistes américains, MM. Pen- 
iield et Howe, en étudiant les propriétés cristallogra- 
graphiques de ces trois minéraux, ont établi des rela- 
tions entre la longueur de l'axe vertical du prisme de 
chaque substance, et sa composition. Ces rapports 
leur avaient 'fait supposer qu'il existait un autre mi- 
néral appartenant à ce groupe. La prolectite est ce mi- 
néral dont l'existence était soupçonnée, et qui a été dé- 
couverte en Suède par M. Sjôgren. 

La Xiphonite est une variété d'amphibole qui a été trou- 
vée associée à l'hématite, dans les cavités d'une masse 
scoracée de l'Etna à Acicatena (Sicile). Ce minéral se 
présente en petits cristaux prismatiques jaunes. Il a été 
observé par un minéralogiste italien, M. Platania, qui lui 
a donné le nom de xiphonite, tiré de Xiphonia, ancienne 
ville de la Sicile. 

L'Urbanité a été décrite par le minéralogiste suédois 
Sjôgren. Elle appartient au groupe des pyroxènes et est 
voisine de la Scbefl'erite. 

Un la trouve à Langban, à Glakarn (Suède). M. Igels- 
trôm a donné le nom de Lmdéstïeà 4 i'urbanite de Glakarn, 
et réclame la priorité de ce nom pour cette nouvelle es- 
pèce. Mais, comme sa description a été publiée après 
celle de Sjôgren, le nom 'd'urbanité doit être maintenu. 

Le Rztzian est un arséniate bydreté de manganèse, de 
fer, de chaux et de magnésie. Il a été trouvé à Mosj- 
grufva (Nordmark) par M. Sjôgren. 

Il se présente en petits cristaux tabulaires, apparte- 
nant au système orthorhombique, et implantés sur un 
mélange de dolomie et de braunite. 

Ces cristaux ont une coloration brun-chocolat ou brune. 
Leur densité est, relativement grande, elle est de 4,15. 
Leur dureté est à peu près égale à celle de la fluorine. 

Sur 100 parties de substance, ce minéral contient 
25- parties 4 d'acide arsénique; 30,2 de protoxyde de man- 
ganèse; 1,7 de protoxyde de fer; 19,2 de chaux; 2,7 de 
magnésie; 8,4 d'eau. 

La Lamprostiliane est un minéral lamellaire ou écail- 
leux commme le fer oligiste, el ressemblant à l'anti- 
moine, ou à la molybdénite. La poudre et la rayure ont 



une couleur rouge. Ce minéral a été trouvé par M. Igels- 
trôm dans les mines de manganèse de Sjôgrube, gouver- 
nement d'Orebro (Suède). 

Il se trouve dans des druses, et est associé à la calcite, 
à la léphroïteet à du silicate de manganèse (rhodonite). 
Il cristallise dans le système du prisme droit à hase 
cariée; sa dureté est égale à celle do la fluorine ; comme 
il a été trouvé en faible quantité, toutes ses propriétés 
physiques n'ontpaspu être étudiées. Il n'a pas été possible 
de faire une analyse quantitative. L'analyse qualitative a 
montré la présence de l'acide antimonique et peut-être 
de l'acide antimonieux, de beaucoup de protoxyde de fer. 

L'Elfstorpite se trouve aussi dans les mines de manga- 
nèse de Sjôgrube. Elle s'y présente en petits cristaux 
situés dans des druses. Elle cristallise dans le système 
du prisme droit à base rhomhe et aune couleur jaune 
pâle. Comme les cristaux sont allongés suivant l'axe 
vertical, elle rappelle l'épidote ou la malacolite par son 
aspect. Sa dureté est 4, par conséquent elle est à peu 
près égale à celle de la fluorine. 

L'analyse qualitative, faite par M. Igelstrôm qui a dé- 
couvert l'espèce, montre que le minéral est probable- 
ment constitué par un arséniate hydraté de manganèse. 

Dans la même mine M. Igelstrôm a observé un arsé- 
niate de manganèse anhydre qu'il a appelé Chloroarsé- 
niane. Ce minéral se présente en cristaux vitreux mon- 
trant des clivages et appartenant au système du prisme 
oblique à base rhomhe, ou au système du prisme bi- 
ohlique.On a eu entre les mains une trop faible quantité 
de substance, pour qu'on ait pu déterminer exactement 
le système cristallin et ses autres propriétés physiques. 

P. Gaubert. 



LA 



CARP0CAPSA P0M0NANA 



VER 



Vulgairement 
DES POMMES 



SES MŒURS 
MOYENS DE DESTRUCTION 

{Suite). 



MOYENS DE DESTRUCTION PROPOSES PAR LES AUTEURS 

De nombreux procédés ont été proposés par les auteurs 
pour détruire Carpocapsa pomonana; à part deux, les 
autres sont peu connus, quelques-uns paraissent avoir été 
abandonnés comme étant d'une application trop difficile 
ou sans effet appréciable dans la pratique ; il nous a paru 
intéressant de signaler les plus importants à titre de ren- 
seignements. 

En première ligne vient la destruction de C. pomonana 
avant la ponte, à l'aide de feux allumés la nuit pour atti- 
rer les papillons. 

Ce procédé, recommandé par de nombreux auteurs, n'a 
pas donné les résultats qu'on en espérait pour la destruc- 
tion de la pyrale de la vigne, on a reconnu qu'il était d'une 
application assez compliquée, ne détruisait qu'un nombre 
très limité de papillons, et qu'en réalité il était plus dis- 



LE NATURALISTE 



'M 



pendieux et moins sûr que le ramassage des œufs et des 
chenilles à la main. 

Le papillonnage (malgré cet échec), jouissant d'une 
grande laveur auprès des collectionneurs de papillons 
nocturnes, qui continuent à le préconiser comme pouvant 
donner de hons résultats pratiques, nous n'avons pas 
voulu le repousser avant d'avoirtenté de nouveaux essais. 

Première expérience. — Vers le 15 mai, par une soirée 
douce, sombre et sans vent, nous avons installé (un hor- 
ticulteur et moi), dans un verger de deux hectares, deux 
lampes à pétrole, d'une grande intensité de lumière avec 
réflecteur, placées à 100 mètres de distance l'une de 
l'autre, et, muni chacun d'un fileta papillons, nous avons 
essayé de capturer les lépidoptères attirés par nos lam- 
pes. Le vol de ces insectes est vif et saccadé, il faut une 
certaine habitude poursaisir le papillonavant qu'il n'entre 
dans la zone d'ombre ; mon zélé ami, après s'être escrimé 
de 9 heures à 11 heures 1/2, n'a pu capturer que onzepa- 
pillons, dont un seul exemplaire de Carpocapsa pomo- 
nana; unpeuplus heureux, j'enavaissix exemplaires pour 
une cinquantaine de papillons. Cette façon d'opérer peu 
productive en résultats pratiques, déjà très difficile pour 
les horticulteurs dans les vergers, devient impraticable 
pour la grande culture. 

Deuxième expérience. — Nous avons simplifié le pro- 
cédé en supprimant le chasseur; puis, dans le même ver- 
ger, pendant une semaine du 8 au 15 juin, de 9 heures à 
11 heures 1/2, nous avons tenu nos lampes allumées ; der- 
rière et sur chaque côté des lampes sont placées à 25 ou 
30 centimètres, des planches formant écrans, enduites d'un 
mélange gluant : goudron, coaltar ou autres. Lespapillons 
en volant autour des lampes viennent frapper contre ces 
planches et restent englués. Nous n'avons capturé qu'une 
vingtaine de C. pomonana par lampe (en une semaine), 
bien que les soirées fussent calmes et le temps des plus 
propices. Par contre nous avons trop bien réussi avec 
d'autres insectes d'ordres différents, qui sont venus s'en- 
gluer. Nous devons signaler particulièrement un grand 
nombre de Coléoptères de la famille des Carabiques, in- 
sectes des plus utiles comme destructeurs de larves et 
d'insectes nuisibles à l'agriculture. Le système des feux 
allumés est, en somme, plus nuisible qu'utile : s'il permet 
de supprimer quelquespapillons, il détruit enmèmetemps 
un bien plus grand nombre d'auxiliaires utiles. 

Troisième expérience. — On a conseillé de disposer 
des appâts artificiels divers : ficelles imbibées de miel, 
tendues dans les vergers; pommes desséchées au four sur 
lesquelles on verse quelques gouttes d'éther nitrique 
qu'on suspend aux arbres, etc. Les papillons nocturnes 
seront attirés par ces matières sucrées; la nuit venue, 
l'agriculteur ira inspecter lespièges munis d'une lanterne 
sourde, il y verra souvent, selon le temps (par le brouil- 
lard, le vent, la pluie et le clair de lune, la chasse est 
presque nulle) les papillons attablés qui, au moindre choc, 
viendront tomber dans le filet du chasseur, imprégné 
préalablement de benzine, et s'y asphyxier (l'odeur de la 
benzine s'évaporant facilement, on devra humecter sou- 
vent le filet, pour éviter de voir s'envoler les papillons 
recueillis). 

Je dois à la vérité de dire que mes expériences avec ces 
pièges n'ont pas été brillantes pour C. pomonana, qui a 
fourni environ 10 0/0 de l'ensemble des papillons captu- 
rés ; en outre, étant donnée l'insouciance bien connue 
des agriculteurs en général, il y a peu de chances de les 
décider à de pareils dérangements nocturnes? 



« Se munir d'une lanterne, d'un filet, d'un flacon de 
benzine : c'est trop compliqué pour nos agriculteurs ru- 
raux, » me disait dernièrement un horticulteur des plus 
compétents. 

On a également proposé de placer dans les arbres des 
vases plats contenant des liquides sucrés, auxquels oti 
ajoutait un peu d'arsenic; on supposait que les papillons, 
attirés par ces liquides, viendraient s'y abreuver et y 
trouveraient la mort. La pratique n'a pas confirmé ces 
suppositions; c'est à peine si quelques C. pomonana ont 
été trouvées mortes ; en outre, ces pièges sont dangereux 
pour les oiseaux et pour les insectes hyménoptères, 
abeilles et parasites dont nous parlerons plus loin. 

On a encore conseillé d'éloigner le papillon au moment 
de la ponte, en brûlant, sous chaque arbre, des herbes 
inutiles, de la paille humide, de manière à produire beau- 
coup de fumée sans flamme. Il nous parait superflu d'in- 
sister sur les difficultés d'exécution de ce procédé pendant 
des mois. 

D'après les Annales d'horticulture (1847), « les jardiniers 
obtiendraient un bon résultat, en extirpant la petite che- 
nille avec la pointe d'un canif bien tranchant. Cette opé- 
ration, pratiquée sur des poires choisies lorsqu'elles 
étaient grosses comme des noisettes, a bien réussi. La 
plaie s'est cicatrisée, même quand la chenille tuée était 
restée dans l'intérieur du fruit, qui est devenu presque 




Pomme ouverte dans son milieu, montrant la chenille 
de Carpocapsa. 



aussi beau que s'il n'avait point été attaqué. » Ce procédé, 
est très laborieux et n'est praticable que sur un petit 
nombre d'arbres nains, que l'on veut ^soigner tout parti- 
culièrement. 

Dans certaines propriétés les jardiniers n'attendant pas 
la chute de fruits infestés; ils les cueillent sur les arbres, 
ou donnent des petites secousses pour les faire tomber. 
Cette méthode est excellente, mais elle demande beau- 
coup de temps et n'est praticable que pour les arbres 
peu élevés. La cueillette des fruits véreux est impossible 
dans les vergers d'une certaine étendue composés d'arbres 
à plein vent. 

J.-B. Gehin (21), 1857, le savant entomologiste de 
Metz, nous dit, « qu'en arrosant le pied des arbres atta- 
qués par les chenilles avec une solution faite d'une 
partie de sulfate de cuivre pour mille parties d'eau, on 
détruit ces insectes : il est, dit-il, probable qu'un pareil 
moyen, employé dans les vergers, pourrait débarrasser 
beaucoup d'arbres des insectes qui les détruisent. »Nous 
ne comprenons pas, comment agit ce procédé, par rap- 
1 port à C. pomonana. 

I A. Constant (27), 1866, lépidoptériste et observateur 
( distingué, nous dit, page 301 : « Les fruits à pépins sont 



3S 



LE NATURALISTE 



de beaucoup les plus attaqués, cependant chacun sait que 
les Fruits à noyau sont loin d'être exempts; les noix et 

les amandes recèlent assez, souvent des chenilles de po- 

monella. 

o lue remarque très importante que d'autres que moi 
ont faite aussi sans doute, c'est que plus la tige des 
arbres fruitiers est basse, moins leurs fruits ont à souffrir 
des ravages des Carpocapsa. Même dans' les plus mau- 
vaises années, je n'ai trouvé qu'un très petit nombre de 
fruits véreux sur les arbres en cordon, qui ne s'élèvent 
qu'à quelques décimètres du sol. » 

M . A. Constant n'indique pas de moyens de destruc- 
tion. 

D r Boisduval (26), 1866, savant spécialiste d'entomo- 
logie appliquée, page 562, à propos de la Carpocapsa po- 
monella, s'exprime ainsi : « Il y a des années où cette 
pyrale est si commune, que la plupart des pommes et des 
poires sont véreuses. Il est à remarquer cependant qu'elle 
n'attaque pas indistinctement toutes les variétés. En 
Normandie, on rencontre, rarement des pommes à cidre 
véreuses. Cette tortrix paraît avoir une préférence très 
marquée pour les pommes appartenant au groupe des 
Reinettes, dont la pulpe est acidulé, telle que Rambour 
d'été, Reinette de Caux, d'Angleterre, du Canada, Pi- 
geonnet, etc. Dans cette même partie de la France, les 
Calvilles sont aussi moins exposées à la voracité de cette 
chenille que les variétés dont nous venons de parler. 

« Il y a peu de moyens propres à combattre ce fléau : 




La Carpocapsa du pommier. Chenilles, chrysalide, 
insecte parfait. 

pour cela il faudrait enlever tous les fruits marqués 
d'une petite tache noire et les écraser avec la chenille 
qu'ils renferment. On pourrait aussi ramasser ceux qui 
tombent et qui ne sont pas encore percés, ce qui indique 
que le ver est encore dans l'intérieur. 

« Quelques horticulteurs pratiquent sur les fruits vé- 
reux une opération qui consiste à extirper la chenille en 
enfonçant dans la chair un petit tube de fer-blanc, plus 
étroit, maisanalogue à celui que l'on appelle Vide-pomme. 
Il- remplissent ensuite la. plaie avec un peu de cire ou 
simplement avec de la terre glaise. Ce procédé est encore 
peu en usage. » 

Ch. Joly (29), Bulletin d'insectologie agricole, A 1876, 
page I2i. l'ail connaître, d'après le Cultivateur du Sud-Ouest: 
•• Le ver qui détruit tant de fruits, prend son germe au 
moment de la floraison, par suite des piqûres de l'ovaire 
de la fleur par certains insectes qui ydéposentun oeuf qui; 
plus tard, se convertit en larve et se nourrit de la pulpe. 
' ectes, parait-il, craignent l'odeur du vinaigre, et il 
suffit, pourleséloigner el lesfaire périr même, d'arroser les 
arbres en fleur avec de l'eau légè.remenl vinaigrée, soi! 
un dixième delitre de vinaigre pour dix litres d'eau! » 



«Ce procédé, recommandé et approuvé à Lyon par 
M. Denis, directeur de l'École d'arboriculture du parc de 
la Tête-d'Or, a donné de beaux résultats. Les arbres trai- 
tés de la sorte sont restés couverts de fruits, tandis que 
les autres n'ont presque rien conservé. Ceux qui n'au- 
raient que quelques arbres peuvent facilement remplacer 
la pompe d'arrosage par des lotions à la main au moyen 
d'un arrosoir. » 

Maurice Girard (32), Bulletin delà Société centrale d'hor- 
ticulture, 1878, conseille pour détruire C.pomonana « de 
verser de l'eau bouillante sur le sol où tombent les fruits 
ou des arrosages avec de l'eau contenant en dissolution 
un dixième de sulfo-carbonate sous les arbres, ce qui fe- 
rait périr les larves. » 

Ce procédé dangereux pourrait endommagerles racines 
des arbres? 

Génué (30), Journal de la Société centrale d'horticulture 
1877 ; reproduction d'un article paru au Bulletin de la so- 
ciété d'horticulture Nantaise, 1830 : « Je voulus m'assurer 
s'il ne serait pas possible de conserver des fruits attaqués 
par les vers. J'imaginai alors de rechercher des poires 
véreuses et de fouiller à l'aide de la pointe de ma serpette 
dans les fruits, jusqu'à ce que j'en eusse extirpé le para- 
site. Pour beaucoup de poires, je ne faisais qu'un trou à 
peine de la grandeur d'un petit pois, tandis que, pqur 
d'autres, j'ouvrais une véritable tranchée jusqu'au cœur, 
de façon qu'on aurait pu y introduire une noisette et 
même une forte noix. Les poires qui avaient été opérées 
par un temps humide ou qui avaient subi une trop forte 
opération, étaient plus sujettes à tomber; mais à ma 
grande surprise, la plus forte partie a tenu bon ; les fruits 
opérés ont grossi et sont restés parfaitement sains, si 
bien que sur trois petits arbres de Catillac, je récolterai 
une soixantaiue de grosses et belles poires de 4 à 600 gr., 
dont près d'un tiers auront été délivrées du ver. Pourles 
Duchesses, les William, les Beurré magnifique, etc., 
l'opération a très bien réussi. Elle réussit toujours prati- 
quée par un temps sec, le soleil se chargeant de cicatri- 
ser promptement la plaie. » 
j Dans nos essais, les fruits ont conservé une cicatrice 
plus ou moins pierreuse : cette opération est longue et 
minutieuse, elle est impraticable en grand. 

Trouillet (33), Bulletin d'insectologie agricole, 1878 : 

« Le jus de tabac coupé à un douzième (M parties d'eau 
et une partie de jus de tabac) tue instantanément les vers 
qui attaquent nos fruits lorsqu'ils sont formés. Aussitôt 
qu'on aperçoit sur le fruit la déjection de l'insecte, ce 
qui annonce, sa présence, il suffit de piquer légèrement le 
fruit à cet endroit avec la pointe d'un canif, une épingle, 
etc. ; puis, avec un pinceau de blaireau trempé dans l'eau 
préparée connue il vient d'être dit, il faut mouiller forte- 
ment la piqûre : le ver meurt instantanément et le tabac 
ne fait aucun tort au fruit, qui continue à se développer. » 

Ce procédé demande des recherches et des soins qui le 
rendent, presque impraticable ; en outre, le jus de tabac 
ne pénètre pas toujours jusqu'au ver, qui continue son 
œuvre de destruction. 

D 1 ' Iiilev (:j:>) 1884 (Messager agricole de Montpellier, 
10 juillet) rapporte qu'il aurait obtenu des résultats sur- 
prenants en Amérique, en arrosant au moyen d'un pul- 
vérisateur les pommiers avec le vert de Paris ou de 
Scheele (arsénite de cuivre) au moment où le fruit com- 
mence à se nouer, puis une deuxième fois avec un inter- 
valle de 1S à 20 jours. Ce liquide s'emploie dans la pro- 
portion de 125 grammes de vert de Paris dissous dans cent 



LE NATURALISTE 



39 



litres d'eau, additionné d'un peu de dextrine pour don- 
ner de la viscosité à la composition. Dans ces proportions 
le mélange ne cause aucun dommage aux fruits ni aux 
feuilles, dit ce savant. 

Le vert de Paris employé en Amérique contient 15 à 
16 % d'arsenic métallique. Ce procédé accueilli d'abord 
avec défaveur à cause des dangers que son emploi sem- 
blait présenter, est adopté aujourd'hui par un grand 
nombre d'agriculteurs américains bien qu'il ait été re- 
connu à l'analyse qu'une pomme, dans certaines cir- 
constances, pouvait contenir de 5 à 10 milligrammes d'ar- 
senic. Malgré le succès relatif obtenu, nous pensons qu'il 
vaut mieux s'abstenir d'un procédé aussi dangereux. 

Le professeur Brocchi (37) (1892), Les insectes 7iuisibles 
aux pommiers, Bull, du Ministère de l'Agriculture, p. H, 
confirme plusieurs de nos observations. « La galerie de 
la chenille, dit-il, a toujours une branche aboutissant à 
la surface du fruit, qui permet à l'air d'arriver jusqu'à 
l 'insecte. » 

Pour les moyens de destruction, « on recommande ha- 
bituellement, dit cet auteur, de ramasser les pommes 
tombées et de les détruire. Pour être efficace, ce procédé 
devrait être employé d'une manière spéciale et imprati- 
cable. Il faudrait en effet ramasser les pommes au fur et 
à mesure qu'elles se détachent de l'arbre, sinon les che- 
nilles abandonnent promptement cet abri, et les pommes 
ne renferment plus d'ennemis. Il est également impos- 
sible, au moins dans les vergers, de cueillir les pommes 
attaquées et de les détruire. » 

« On réussirait à détruire une quantité de ces chenilles 
en disposant au pied des arbres attaqués de petits mor- 
ceaux d'écorces, de lambeaux cVctoffes. Une certaine quan- 
tité de chenilles viendraient certainement se transformer 
en chrysalides sous ces sortes de pièges, et il serait alors 
facile de les rechercher et de les détruire. » 

Paul Noël (40), 1894, fait remarquer que d'après les 
observations de M. le docteur Boisduval (26), Carpocapsa 
pomonana choisit toujours les espèces de pommes les 
plus succulentes : Reinettes de Caux, etc.. 

« Le meilleur moyen de destruction, suivant cet auteur 
consiste à ramasser les pommes tombées et à les écraser 
avec les chenilles qu'elles contiennent. » 

J. Fallon, lépidôptériste bien connu (39) 1894, chargé 
officiellement par la Société des Agriculteurs de France, 
de répondre au vœu exprimé par le frère Abel, au nom 
du Morbihan, et de faire connaître les moyens qu'il croit 
propres à combattre C. pomonana, s'exprime ainsi (1). 

Pour faire disparaître, au moins en grande partie, l'es- 
pèce dont il s'agit, on doit prendre les précautions que 
nous allons indiquer : 

« La première, c'est de ramasser avec soin tous les 
premiers fruits qui tombent, et ne pas les laisser gisant 
sur la terre, comme on le fait habituellement, car ils 
sont généralement attaqués, on peut dire sans exception : 
en faisant cuire ces fruits on peut, lors même qu'il sont 
encore verts et loin de leur maturité, les employer utile- 
ment pour la nourriture des bestiaux ; mais dussent-ils 
être à peu près inutiles, il faut absolument les recueillir 
de suite, afin de détruire les ennemis qu'ils renferment. 

« On peut objecter que dans la Normandie, les planta- 
tions de pommiers étant très répandues et s'étendant à 
des distances très grandes, le moyen que nous indiquons 
est difficile à appliquer. 

« Ce serait le cas alors d'organiser un bataillon d'en- 
fants qui, chaque jour, iraient recueillir de tous côtés les 



fruits qui gisent à terre et les rapporteraient, soit chez 
les cultivateurs les plus pauvres, soit à une chaudière 
commune où on les ferait cuire pour les répartir ensuite. » 

Observations. — ■ Il nous reste à discuter la valeur prati- 
que du ramassage des fruits contaminés sous les arbres 
et la destruction des papillons dans les fruitiers, préco- 
nisés par tous les auteurs anciens et modernes et qui 
paraissent constituer, encore aujourd'hui, d'après l'avis 
de notre vieil ami M. Fallon, les meilleurs moyens à em- 
ployer pour arrêter la propagation de C. pomonana. 

Nous avons déjà appelé l'attention sur cette particula- 
rité des mœurs de C. pomonana qui paraît avoir échappé 
aux auteurs : qu'en captivité, il y avait des éclosions à 
partir du 15 ou 20 avril, et qu'en liberté on trouvait des 
femelles prêtes à déposer leurs œufs sur les fruits pré- 
coces au commoneement de mai, qu'il suffisait de trois à 
quatre semaines pour voir les chenilles arrivées à leur 
complet développement, qu'en cet état, elles quittaient 
les fruits dans la proportion de 30 à 45 0/0 avant qu'ils 
se détachent de l'arbre, et 55 à 70 0/0 après leur chute à 
terre; que dans ce dernier cas, la sortie avait générale- 
ment lieu le soir ou pendant la nuit qui suivait la chute 
des fruits. 

On sait qu'il tombe des fruits contaminés depuis la. 
fin de mai jusqu'en septembre. Pour être efficace, le ra- 
massage des fruits par des enfants devra être fait tous 
les jours, de quatre à sept heures de l'après-midi et se 
continuer pendant plus de trois mois ; du 25 mai jusqu'en 
septembre. Nous ferons remarquer que, pour les fruits 
tombés le soir ou dans la nuit, la chenille sort le plus 
souvent, quelques heures après la chute du fruit, c'est-à- 
dire avant le jour; nous avons ouvert, dès le matin, à 
plusieurs reprises, cent pommes tombées dans ces condi- 
tions, il restait à peine une vingtaine de chenilles dans 
les fruits. Ces constatations montrent combien il est dif- 
ficile de recueillir les fruits avant la sortie de la chenille ; 
en tous cas il est indispensable de les ramasser chaque 
jour, de préférence l'après-midi, pour avoir des chances 
de détruire quelques chenilles. 

Il existe un moyen beaucoup plus simple, plus certain 
et surtout plus économique (que nous avons expérimenté): 
il consiste à faire paître les moutons dans les grands ver- 
gers, surtout du 20 mai à la fin de juillet. Les moutons 
toujours en éveil mangent les fruits à mesure de leur 
chute, sans donner le temps à la chenille d'en sortir; ils 
détruisent ainsi, en croquant les fruits tombés, une bonne 
partie des chenilles devant donner une deuxième géné- 
ration. 

De caux. 
(A suivre.) 



OFFRES ET DEMANDES 



— M.-A. F. à La Rochelle. — Le catalogue des plantes 
de France coûte 4 fr. 50 (port en plus). Nous communi- 
quons votre deuxième demande à notre rédacteur spécial 
qui répondra dans un prochain numéro. 

— Lépidoptères nocturnes de l'Equateur, principale- 
ment Phalénides, déterminés ; demander liste à « Les 
Fils d'Emile Deyrolle,46, rue du Bac, Paris. » 

— M. Henri Coupin, préparateur à la Sorbonne, nous 
informe qu'il prépare un Annuaire des Naturalistes fran- 
çais. Il prie les personnes désireuses de figurée sur cette 



w 



LE NATURALISTE 



liste (qui sera distribuée à la plupart des bibliothèques et 
des Sociétés savantes) de lui envoyer (rue Monge, 38, 
Paris) : 1° Unir nom; 2° leur adresse; 3° leur spécialité. 

— La Réunion des Naturalistes du Muséum de Paris, 
aura lieu eu 1896 les 2o lévrier, 31 mars, 28 avril, 20 mai, 
30 juin. 24 novembre et 22 décembre. 

— A vendre une superbe collection de Coquilles du 
genre Hélix et tous genres Nanina, lonilca, Leucochroa, 
Coehloth/la, etc., comprenant environ 410 espèces, en 
parfait état de conservation, d'une détermination rigou- 
reuse, renfermant grand nombre de belles et lionnes es- 
pèces parmi lesquelles nous citerons: bistrialis, bom- 
bayana, Bomplandi, Caesariana, cœpoïdesj cœlano- 
stoma, aequàtoria, Bourcieri, cymatodes, magnifica, Ja- 
maicensis, novacula, pellis-serpentis , quimperiana, 
sganziniana, Tranquebarica, Viridis, Groulti, Albertr, 
Reéveï, melanoebeila, dubiosa, pbilippinensis , poly- 
ebroa. Pithogaster, Xystera, Zebuensis, etc., etc. Prix : 
600 francs. (S'adresser pour traiter à Les Fils d'Emile 
Deyrolle, 40, rue du Bac, Paris.) 

■ — Fossiles des. Faluns de la Gironde, à vendre à la 
pièce beaux; spécimens, demander listes et prix aux 
Bureaux du Journal. 

— M. A. -11. 3O02, à Rouen. — Voici la composition 
d'une lotion préservatrice contre les piqûres d'insectes. 

Étlier acétique 5 — 

Eucalyptol 10 — 

Eau de Cologne 10 — 

Teinture de pyrèthre... 50 grammes. 

A appliquer sur la peau en lotion, après dilution(avec 3à 
6 parties d'eau). 

Un docteur qui nous communique cette formule nous 
dit qu'il a obtenu les meilleurs résultats de cette compo- 
sition. 



Répertoire étymologique des noms français 

ET DES DÉNOMINATIONS VULGAIRES DES OISEAUX 



Marîposa. — (Voyez le mot. : Cordon-bleu). 

Martin. — Nom d'homme donné à une famille de Stur- 
nidés {l'a s l,o r) qui se mêlent souvent aux troupeaux sur lesquels 
ils recherchent les insectes parasites, ce qui leur a fait donner 
le nom scientifique de Paslor (bercer). L'espèce la plus con- 
nue est le Martin roselin Pastot roseus), surnommé Etour- 
neau pasteur et Etourneau des Sauterelles, parce qu'il se 
nourrit principalement de ces insectes. Buffon l'a décrit sous 
le nom de Merle couleur de rose, à cause de la teinte rose de 
son plumage ; c'est pour le même motif que Le Vaillant lui 
a donné le nom de Roselin. 

Martin-Chasseur. — Le Vaillant est le premier qui a 
divisé la famille des Alcédinés en Martins-Bécheurs et Mar- 
tins-Chasseurs, donnant ce dernier nom à une famille [Dacé- 
loninés dont une espèce, le Martin-Chasseur géant [Dacelo 
gigantea), était connue de Buffon qui l'a décrite sous le nom 
de : Le plus grand Martin-Pêcheur. 

Martin-Pêcheur. — « Ce nom vient de Martinet-Pêcheur, 
qui él.ail l'ancienne dénomination française de cet, oiseau, 
dont, le vol ressemble à celui de l'Hirondelle-Martinet, lors- 
qu'elle file près de terre ou sur les eaux. Son nom ancien 
.1/. yon était bien plus noble et on aurait du le lui conserver. » 
Buffon.) 

Martinet» — Nom français du Cypselus apus. « Selon 

. quelques-uns se figurent que nous l'avons nommé 

Martinet parce qu'il arrive à la fin de mars et qu'il s'en va 

avant la Saint-Martin. On sent assez que cette étymologie ne 

vaut rien. On l'appelle ainsi, comme qui dirait Petit-Martin, 



parce qu'on s'est plu à donner des noms d'hommes ou de 
saints à certains animaux. » (Salerme). 

Maubèche. — Nom vulgaire d'un Echassier (Trînga 
canutus). « Le nom de Maub'ecne, sous lequel ce Bécasseau 
est ordinairement désigné, parait composé d'un vieux mot 
français mou pour mal, mauvais et do bêche, transformation 
tle bec. » (Vincelot.) On nomme aussi cet oiseau Canut (voyez 
ce mot). 

Mauviette. — (Voyez le mot Mauvis.) 

Manvis. •- Nom donné par Belon à une Grive {Turdus 
iliacus). « Son nom le plus commun est celui de Mauvis, que 
les uns font masculin et les autres féminin, et, par un dimi- 
nutif, Mauviette. On confond mal à propos, sous ce dernier 
nom, les Alouettes et d'autres espèces de petits oiseaux qui se 
mangent l'hiver a Paris. Jean Brugerinus, dans son Traité des 
aliments, croit que la grosse Grive de Guy a été appelée en 
français Mauvis, comme qui dirait Malviscus, mais il se 
trompe; c'est la Grive de vigne que l'on doit appeler Mauvis; 
les Anglais l'appellent the Mauvis. Or, selon Ménage, Mauvis 
vient de l'italien Malviglio, qui peut avoir été fait de Mu/us, à 
cause du mal que font les Mauvis en mangeant les raisins. » 
(Salerne.) 

Me mire. — Nom donné par les ornithologistes à une fa- 
mille d'oiseaux et formé des mois grecs mené (croissant) et 
oura (queue), à. cause de la forme de leur queue. L'espèce la 
plus connue est la Menure lyre {Menura superba). (Voyez le 
mot Lyre.) 



BIBLIOGRAPHIE 



8. 
». 

10 



3i 



Aloi, A. Dell' Influenza, dcll' Elettricita atmosferica 
sulla V'egetatione délia, piante. 

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sus e sul N. radiiflorus. 

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Anal. Mus. Nac. de Montevideo. III. ÎS'J.'J, pp. 2 1 ; i - 2 1 4 

(suite). 
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Baroni, E. Sulle Gemme di Corylus tubulosa Wild. 
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nothwendigen Mêla lie. 

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7433. Runiex Hymenosepalus. 

7434. Cleycra Fortunei. 

7435. Atraphaxis Muschketowi. 

7436. Richardia Behmanni. 

7437. Anlhurium Gusl ivi. 

7438. Mormodes Rolfeanum. 
7i3'.i. Polygala Galpini. 

7440. Tulipa \ iolacca. 

7441. Sternborgia Fischeriana. 
l't'rl. Angrseeum Kotschyi. 

7443. Spathoglottis Kimballiana. 

7444. Catasetum Kemosii. 
7i 'i.'i. Amasonia erecl a , 

71 16 S denipedium Sa i atianum. 

Britten J. Charles Cardale Babington (Portrait). 
Journ. of Bolany. 1895, p. 257-267. 

Le Gérant: Paul GROULT. 

Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



18 e \NNÉE 



2 e SÉRIK — IV S 1 £î 



15 FÉVRIER 189G 



LA PHOTOGRAPHIE DE L'INVISIBLE 

Les rayons de Rœntgen 



La découverte du physicien Rœntgen, de Wurtzbourg, 
« illustrera » (ainsi disent les Anglais) 1896, comme 
l'argon 1895. L'Académie des sciences vient de s'occuper 
de ces phénomènes, de prime abord si extraordinaires. 
Voici, à notre avis, la meilleure manière de donner une 
idée de ces faits nouveaux. 

L'on sait que la distinction des corps en opaques et 
transparents est absolument artificielle, et subjective. 
Tout corps quel qu'il soit, sous une épaisseur suffisam- 
ment petite, est transparent. L'or en feuilles battues laisse 
passer une 
lumière verte 
et l'alumi- 
nium une lu- 
mière bleuâ- 
tre. En réali- 
té, tout corps 
absorbe plus 
ou moins la 
lumière qui 
le traverse : 
quand l'épais- 
seur est gran- 
de, les rayons 
finissent par 
être complè- 
tement arrê- 
tés. 

De plus le 

coefficient 
d'absorption 
est absolu- 
ment relatif à 
chacune des 
radiations lu- 
mineuses. Un 
verre avec de 
l'oxyde de 

cuivre est 
presque trans- 
parent poul- 
ies rayons 
rouges et opaques pour les verts. 

D'autre part, outre les radiations qui impressionnent 
notre rétine, il y en a d'autres de propriétés analogues, 
qui sont obscures pour nous. Elles se manifestent par leur 
action sur le thermomètre ou la plaque photographique. 
Ces radiations ont leur coefficient d'absorption propre 
pour une substance déterminée. Le verre le plus limpide, 
même sous une épaisseur assez faible, est opaque, c'est- 
à-dire absorbe énergiquement les rayons infrarouges, 
dont le thermomètre décèle l'existence. 

Dans ces dernières années on a pu produire, en outre, 
des rayons d'une nature bien mystérieuse encore : dans 
un tube, dit de Geissler, contenant un gaz sous très faible 
pression, au moyen d'électrodes en platine, on fait passer 
un courant électrique. On constate les phénomènes sui- 
vants : 



Entre les deux bouts de fils de platine, dans l'espace 
vide du tube, de curieuses stratifications lumineuses 
apparaissent. L'électrode négative apparaît entourée d'un 
espace obscur. En réalité il renferme des rayons impres- 
sionnant une plaque photographique, légèrement visibles 
dans l'obscurité, rendant phosphorescentes certaines 
substances. 

Ils sont arrêtés par le verre du tube de Geissler. Mais 
ils se propagent très bien à travers une mince pellicule 
d'aluminium. Grâce à cet artifice on a pu les faire sortir 
dans l'air. 

Tels sont les fameux rayons cathodiques connus de- 
puis quelques années grâce aux beaux travaux du grand 
physicien Hertz et de son élève M. Lenard. 

Curieuses radiations ! Comme la lumière elles se propa- 
gent dans l'air et dans le vide absolu. Mais quelles diffé- 
rences avec 




Fig. i. — Porte-monnaie en cuir avec une pièce de 5 centimes dans la poche du milieu, pho- 
tographie de M. Gaston Seguy. Les rayons de Rœntgen ont traversé 6 corps d'interpo- 
sition : 2 épaisseurs de cuir du porte-monnaie et 4 feuilles de papier noir enveloppant la 
plaque au gélatino-bromure d'argent. (Temps de pose, 40 minutes ; distance du tube de 
Crookcs, 12 centimètres. Longueur d'étincelle de la bobine de Ruhmkoril', 10 centimètres.) 



les rayons lu- 
mineux ordi- 
naires ! 

Ces rayons 
sont rapide- 
ment absor- 
bés par les 
gaz même très 
dilués. L'air 
atmosphé- 
rique sous 
une épaisseur 
de 3 centim. 
à peine les ar- 
rête complè- 
tement. De 
plus ils sont 
déviés par un 
aimant. 

Les phéno- 
mènes signa- 
lés par Rœnt- 
gen sont pro- 
duits égale- 
ment par le 
tube de Croo- 
kes. Mais ils 
sont absolu- 
ment différents 
et plus singu- 
liers encore. 
La boule de Crookes est en somme un gros tube de 
Geissler où le vide est presque parfait. Pour produire les 
rayons de Rœntgen purs, on la recouvre de papier noir, et 
on excite le courant par une bobine de Ruhmkorff. On 
constate que ces rayons passent à travers le verre et le 
papier noir, que de plus ils se propagent parfaitement dans 
l'air; Ils sont absolument invisibles, se manifestent par 
leur action sur les plaques photographiques. Ils ne sont 
point déviés par un aimant, semblent se propager en 
ligne droite, ne se réfléchissent pas et ne se réfractent pas. 
Il semble que M. Rœntgen ait simplement eu l'idée 
d'étudier ces radiations au point de vue de leur absorption. 
Le résultat indéniable a excité, on peut le dire, la curio- 
sité du monde entier. 

Certaines substances, le bois, le carton, la peau, les 
muscles et même les feuilles très minces des métaux 



1-2 



LE NATURALISTE 



sont tout à fail transparents, c'est-à-dire très peu absor- 
bants, pour les rayons de Rœntgen. 

Plusieurs expériences décisives le prouvent : 

Entre le tube de Orookes et une boîte renfermanl une 
plaque sensible, interposons notre main. Nous aurons 
après exposition de 10 à l!5 minutes et développement, un 
cliché représentant le squelette de cette main vivante. 
Les muscles et les tendons ont été traversés par les 
rayons de Rœntgen, mais les os seuls les ont arrêtés. 
Malgré le carton les rayons se sont manifestés sur la 
plaque sensible: et nous avons obtenu la photographie de 
« l'ombre portée » par la main dans la lumière de Rœnt- 
gen. 

Une deuxième expérience est aussi probante. Dans une 
boite en bois mettons un objet métallique, une boussole 
par exemple. Interposons cette boîte entre le tube de 
(Jrookes et le carton renfermant la plaque sensible. De 
la même manière nous obtiendrons l'image de « l'ombre 
portée » par la boussole seule. Les rayons de Rœntgen, 
non arrêtés par cet objet métallique, ont traverse 
2 boîtes et sont venus « peindre l'ombre de la boussole » 
sur la plaque sensible. 

L'expérience dont nous reproduisons avec cet, article 
l'épreuve et le dispositif, que nous devons à l'obligeance 




Fig. 2. — Disposilif de l'opération d'après les documents de 
M. Gaston Séouy. P, pile, représentant 6 éléments au bi- 
chromate de potasse, donnant le courant primaire de la 
bobine de RuhmkoriT (R). — A. tube de Crookes; — C, ca- 
thode ou pôle négatif; — D, anode du pôle positif; — j\l, 
porte-monnaie contenant la pièce de 5 centimes dans la 
poche du milieu; — P, plaque photographique au gélatino- 
bromure, enfermé dans 4 feuilles de papier noir. 

de M. Gaston Séguy,le premier en France qui ait renou- 
velé les expériences de Rœntgen, nous offre encore une 
preuve remarquable des propriétés des rayons de Rœnt- 
gen. 

Il n'y a donc rien de commun avec les photographies 
ordinaires : on n'emploie ici ni objectif, ni diaphragme, 
ni chambre noire. 

Après les préliminaires de cet article celte propriété 
des rayons de Rœntgen, en somme,apparaît moins extra- 
ordinaire. A notre avis, ce qui l'est bien plus, c'est l'ab- 
sence de réfractibilîté. 

J'ai vu une de ces « photographies ». Outre l'ombre 
nette du squelette, il y a une légère pénombre représen- 
tant le reste de la main. 

Les muscles et les tendons sont plus transparents pour 
les rayons de Rœntgen que pour la lumière ordinaire. 

Même avec les simples radiations solaires la chair se 
laisse traverser. Le docteur Poveau de ( 'ourmelles 
l'avait remarqué. Même Onimus avait, à travers la main, 
l'ail impressionner du papier sensible. A un certain point 
de vue, on a presque le rudiment des expériences de 
Rœntgen. 

La portée de cette découverte apparaît immense. Déjà 
OD commence à l'appliquer : les docteurs Lannelongue 



etOudin ont vérifié ainsi un diagnostic de tuberculose 
osseuse. Le doeieur Yastrowitz, de Berlin, a reconnu un 
éclat de verre resté dans la main depuis plusieurs années. 
On peut concevoir l'espérance de déceler certaines mala- 
dies internes et même de faire des diagnostics de posi- 
tion en obstétrique. Il n'aurait pas été nécessaire d'avoir 
le génie de Nélaton pour découvrir une balle dans le 
pied de Garibaldi. 

Peut-être l'homme, dans certains états nerveux, est-il 
sensible aux rayons de Rœntgen. Est-ce par leur inter- 
médiaire qu'une hystérique lit, un livre renfermé dans 
une boite ? 

La lumière ordinaire a une action importante sur la 
peau ; n'en est-il pas de même avec ces nouvelles radia- 
tions? 

On peut donc dire sans crainte qu'une voie nouvelle 
vient d'être ouverte en science. 

D r Félix Régnai lt. 



DE L'INSTINCT DE PROPRETÉ 

CHEZ LES 

LAPINS DE GARENNE 

(LEPUS CUNICULUSi 



L'instinct de propreté est certainement, avec, l'amour 
maternel, un de ceux les plus développés chez les ani- 
maux. C'est, non seulement le plus puissant, mais aussi 
le plus répandu. 

Je citais, dans un précédent article, les observations 
que j'ai pu faire sur des serins, et je disais que cet ins- 
tinct de coprophagie maternelle, si développé chez les 
oiseaux, l'était également chez les chiens, les chats et 
les lapins domestiques. 

Les observations que je vais maintenant citer et qui 
ont été faites pendant ces dernières vacances ont trail 
aux lapins de garenne, et démontrent d'une façon, je 
crois fort nette, la puissance de l'instinct de propreté 
chez ces animaux. 

On sait d'une façon certaine, et cela n'est pas nou- 
veau, que lorsqu'un lapin vient à mourir dans son ter- 
rier, ceux qui restent et habitent la même demeure le 
traînent au dehors, afin que les émanations qui se déga- 
gent du corps en putréfaction ne propagent pas la con- 
tagion à tout le terrier. 

« Il est à peu près certain, dit Romane, que. l'élimina- 
« tion des cadavres est un instinct dérivé du besoin 
« qu'ont ces animaux de veiller à l'état sanitaire de leurs 
« domiciles. » 

Ces faits n'ont rien d'extraordinaire en eux et les la- 
pins ne sont pas les seuls à agir de même. 

Tous les animaux, d'une manière générale, qui ont 
une demeure, enlèvent, non seulement les cadavres, 
mais foutes les déjections, de quelque nature qu'elles 
soient. 

Le l'ait que j'ai observé pendant ces vacances me pa- 
raît beaucoup plus démonstratif, parce qu'il indique un 
instinct poussé assez loin pour que l'intelligence de l'ani- 
mal ait dû se manifester clairement. 

Je chassais avec quelques amis dans un pays de car- 
rières où les lapins abondent. 



LE NATURALISTE 



43 



Comme ces carrières sont à proximité' d'un grand bois, 
ces animaux sortent le soir, vont chercher leur nourri- 
ture dans le couvert et ne rentrent à leurs terriers que 
le matin aux premières lueurs de l'aube. 

Les chasseurs, dont j'étais, connaissent très bien cette 
particularité. Ils se rendent dans les bois de grand matin 
et sont ainsi certains de rencontrer le gibier qui n'est 
pas encore terré. 

Un matin, donc, que, comme de coutume, nous étions 
partis de très bonne heure, le chien fit lever un lapin. 

Comme j'étais très rapproché de l'entrée d'un terrier, 
je courus me porter plus près encore, de façon que, 
si le lapin voulait y entrer, il devait fatalement essuyer 
mon coup de feu. 

Ma prévision s'accomplit : le lapin pourchassé arrivait 
à son trou et n'en était plus qu'à un mètre environ, 
quand je lâchai mon coup de fusil; l'animal, au lieu de 
rester sur le champ, se traîna encore, et avant que j'aie 
pu lui tirer mon second coup, il avait déjà pénétré dans 
sa demeure. 

J'avais eu le temps de voir cependant qu'il était bien 
touché et que certainement il ne survivrait pas long- 
temps à ses blessures. 

Je m'en allai, ennuyé surtout de la perte de mon 
lapin, quand un de mes amis me dit que, s'il n'était 
pas mort sur le coup, nous le retrouverions le lendemain 
ou dans deux ou trois jours, à l'entrée du terrier. 

Plus que sceptique sur cette promesse que je croyais 
n'être faite que pour dissiper un peu ma mauvaise hu- 
meur, je me résignai cependant. 

Le lendemain, en repassant par le même endroit, je 
voulus me rendre compte et cherchai, mais en vain, ma 
victime de la veille. 

Il en fut ainsi le surlendemain et les autres jours, et 
ce n'est que le quatrième jour, après l'avoir tué, que je 
trouvai mon lapin mort à l'orifice même du terrier. 

Je pensai tout d'abord qu'il avait été apporté là par 
ses cohabitants, et cela répondait bien aux données ac- 
quises ; mais en observant avec soin le sable je trouvai 
des empreintes qui ne pouvaient m'induire en erreur. 

Le sol, en effet, formé de sable fin, était comme la- 
bouré de deux sillons profonds. Il était aisé de com- 
prendre que le pauvre animal, privé de l'usage de ses 
pattes de derrière par mon coup de feu, s'était traîné, 
tout près de mourir, en s'aidant seulement des pattes 
valides, c'est-à-dire celles de devant. 

L'avant-train avait tiré l'arrière-train et, à peine arrivé 
à l'ouverture, la pauvre bête était morte d'épuisement. 

Je n'ai pas eu depuis l'occasion de faire de semblables 
remarques; mais le fait m'ayant frappé, j'en parlai à de 
nombreux chasseurs, et plusieurs, dignes de foi, m'ont 
rappelé des circonstances où les choses ont dû se passer, 
à peu près de même. 

Jamais, paraît-il, un lapin ne meurt dans son terrier, 
à moins d'être frappé d'une mort immédiate, au moment 
où il y entre. 

A. G. 



DESCRIPTION DE COQUILLE NOUVELLE 



Pnsionella testabilis.y 

Testa fusiformis, solidula, nitida, alba, apex rosea; anfr. 
10, ambryonalcs 2 lsevigati, sequentes 4 angulati, longitudina- 
liter costis crenati et spiraliter striati, ulteriores convexiusculi 



rotundati, spiraliter striis evanidis cincti, ultimus ad basim 
tenuissime sulcatus ; sutura distincta interne marginata ; 
apertura oblongo-ovalis ;. labro, tenui, acuto; canalis longius- 
culus, externe striatus. 

Dimensions : longueur, 14 millimètres; diamètre, 5 milli- 
mètres. 

Coquille fusiforme légèrement ventrue, assez solide, bril- 
lante, d'un blanc de porcelaine et à sommet teinté en rose. Les 
tours de spire, au nombre de dix, croissent d'une façon régu- 
lière et assez lente. Les deux premiers, petits et lisses, forment 
un sommet aigu ; les quatre suivants, séparés par une suture 
profonde, sont anguleux et divisés longitudinalemont par de 
profonds sillons qui séparent des côtes noduleuses saillantes, 
au-dessus desquelles passent des stries spirales nettement ac- 
cusées ; les quatre derniers tours, légèrement convexes et ar- 
rondis, sont séparés par une suture, accompagnée en dessous 
par un petit bourrelet filiforme ; à leur surface, qui paraît 
lisse, on découvre à la loupe de fines stries spirales presque 
effacées; quelques-unes, un peu plus fortes et très espacées, 
présentent de distance en distance de petites granulations dont 
l'opacité se traduit à la surface de la coquille par un petit 
pointillé blanchâtre. Le dernier tour se prolonge en avant en 
un canal dont la longueur est à peu égale au diamètre trans- 
verse de la coquille ; sur le canal et à la base du dernier tour, 
on aperçoit des stries circulaires nombreuses et assez régu- 
lières. L'ouverture, de forme oblongue, se termine en avant 
par une gouttière assez large. Le bord externe est droit, mince 
et tranchant. Le bord columellaire, recouvert d'une mince 
couche d'enduit qui se continue en arrière jusqu'à l'extrémité 
postérieure du bord externe, est légèrement sinueux; vers sa 
partie moyenne, il se dévie légèrement en dehors et se con- 
tinue avec le bord du canal. Au niveau de cette déviation, il 
forme une gibbosité assez saillante. 

Hab.: Aden. L'unique exemplaire que j'ai découvert de cette 
espèce me paraît jeune; il doit, à l'état adulte, avoir un à 
deux tours de spire de plus. La découverte dans le golfe 
d'Aden d'une Pusionella, dont toutes les espèces de- ce genre, 
sauf une, appartiennent à la faune sénégalienne, ainsi que 
celles du Tugonia que j'ai déjà signalé, semble indiquer que la 
mer saharienne a réuni à une époque l'océan Atlantique à 
l'océan Indien. 

D r Jousseaume. 



ESSAI MONOGRAPHIQUE 



SUR 



les Coléoptères des Genres Pseudolucane et Lucane 

[Suite) 



LUCANUS CERVUS 

Modifications résultant d'influences climatériques 

Ces modifications qui se traduisent par un accroisse- 
ment du nombre des feuillets de l'antenne et par un 
changement, parfois assez profond, dans la structure gé- 
nérale du corps de l'insecte peuvent être considérées 
comme donnant lieu à deux formes distinctes : 

La première, forme turcicus, rappelle à tous ses degrés 
de développement le L. cervus, type dont elle ne se dif- 
férencie que par la massue antennaire, généralement de 
six articles, par la ponctuation des téguments et par de 
très légers détails de structure, qui seraient le plus sou- 
vent insuffisants à eux seuls pour permettre de distin- 
guer à première vue les deux types. 

Cette variété est propre à l'orient de l'Europe. 

La deuxième, forme pentaphyllus, à laquelle il convient 
de rattacher les L. Fabiani, Pontbrianti et Laticornis, s'é- 
loigne davantage du L. cervus, non pas tant seulement 



£> eu^K i~ t^ia^ fiA^i d-t*>Jt^ 



(fCLcvt 



[yt— 



44 



LE NATURALISTE 



par la massue antennaire que par des différences dans la 
structure du corps suffisamment marquées pour faire 
voir, en l'absence même des antennes, que l'on a affaire 
à des types différents. 

Cette deuxième forme parait propre aux régions mon- 
tagneuses de l'Europe méridionale et orientale et de la 
Basse-Asie, particulièrement à celles de ces régions qui 
avoisinent le bassin méditerranéen. 

Les passages entre le L. cervus el ces deux catégories 
de variétés sont constitués par des individus intermé- 
diaires à massue antennaire Composée de cinq ou de six 
feuillets. 

Les uns, en tout semblables au L. cervus commun ou 
à ses modifications de taille, ne s'en distinguent absolu- 
ment que par leur massue antennaire et se rattachent 
d'ailleurs au type par des individus ne présentant qu'un 
rudiment de cinquième ou de sixième feuillet. 

Quoique plus répandus dans le Midi, ils se rencon- 



trent cependant assez au Nord, puisqu'on en trouve aux 
environs mêmes de Paris. 

Les autres, localisés soit dans le Midi, soit dans les 
parties orientales de l'Europe, présentent, en plus d'une 
massue antennaire penta- ou hexaphylle, certains détails 
de structure qui peuvent être regardés comme consti- 
tuant des points de contact avec l'une ou l'autre des 
formes ci-dessus indiquées. 

Les figures 1 et, 2 représentent deux de ces Lucanes 
pris en Seine-et-Oise, chez lesquels le cinquième feuillet 
de la massue antennaire est parfaitement développé sans 
qu'aucune autre partie de leur corps les éloigne du 
L. cervus type. 

La figure 3 a été exécutée, au contraire, d'après un 
individu provenant d'Italie qui, en plus d'une antenne 
nettement pentaphylle, présente un labre d'une forme 
très particulière, analogue à celle que nous aurons l'oc- 
casion de faire observer chez le plus grand individu de 




Fi<r. 1. — Lucanus cervus c* à massue anten- 
naire pentaphylle pris àCroissy (S.-et-O.) (Ma 
collection.) 



Fig. 2. — Lucanus cervus c* var - 
capra à massue antennaire penta- 
phylle, pris à Bellevue, près Mcu- 
don (iS.-et-O.). (Collection Poujade.) 



Fig. 3. — Lucanus cervus c/'présentant, 
en plus d'une massue antennaire pen- 
taphylle, une curieuse modification 
du labre. Collection du muséum 
d'Hist. nat. de Paris. Cet insecte 
provient d'Italie. 



L. turcicus qui figure dans la collection du Muséum 
d'Histoire naturelle de Paris. 

On remarquera également, en comparant ce spécimen 
avec celui reproduit figure 2 (lequel n'est autre qu'un 
L. capra a massue pentaphylle), combien les mandibules 
sont brèves, les élytrés amples et la tête plus étroite que 
le thorax. 

Ce Lucane figure dans la collection du Muséum sous 
le nom de /.. penlaphyllus, mais, comme je l'ai dit ci- 
dessus ci comme nous le verrons par la suite, le L. pen- 
taphyllus a un faciès assez particulier,' et si les Lucanes 
a massue antennaire de cinq feuillets peuvent, lui être 

rattachés, il ne s'ensuit pas qu'ils doivent lui être entiè- 
rement assimilés. 

Louis PLANET. 



LE BOLIDE DE MADRID 



En présence de l'émotion causée par le bolide de 
Madrid, et pour fixer l'opinion du public sur un des 
phénomènes les plus grandioses de la physique du 
monde, l'administration du Muséum de Paris prépare, 
sur les pierres tombées du ciel, une conférence avec ex- 
hibitions d'échantillons et uombreuses projections à la 
lumière électrique, qui sera laite le dimanche 1 er mars a 
3 heures dans le grand amphithéâtre du Jardin des Plantes 
par M. Stanislas Meunier. 



LE NATURALISTE 



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LE NATURALISTE 



49 



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SUR LES BACTERIES QUELLES CONTIENNENT 



Dans un article précédent nous avons signalé l'exis- 
tence de microcoques et de bacilles dans les magmas 
siliceux provenant du Culm d'Esnost près Autun et du 
("ombres près de Regny (Loire). Nous en avons rencon- 
tré également dans les couches inférieures du Culm 
touchant au Dévonien du Bassin houiller de Moscou, 
dans le Gouvernement de Toula, sur divers points à 
Milenino, dans les mines de Tovarkovo et de Malowka. 
Dans ces mines on observe, à la partie supérieure de la 
formation houillère, une couche de combustible de plus 
de vingt centimètres d'épaisseur composée uniquement 
de cuticules de Bothrodendron, Lycopodiacée arborescente, 
qui paraît, avoir été extrêmement abondante dans cette 
on. Entre ces cuticules se trouve une quantité 
notable d'acide ulmique. 

Cette couche curieuse, recouverte seulement de dépôts 
sableux, s'étend sur une surface de plusieurs kilomètres 
carrés et est désignée sous le nom de Blatterkohlc et de 
Papierkohle. 

Les membranes végétales, de couleur brune, souples 
et trouées régulièrement sur toute leur étendue pour le 
passage des faisceaux vasculaires qui se rendaient dans 
les feuilles, diffèrent peu, par leur aspect, des cuticules 
desséchées des plantes actuelles ; elles sont séparées par 
une substance noire très friable qui est composée, comme 
nous l'avons dit, d'acide ulmique, assez abondant dans 
certains points, pour former les 4/S de la masse. A tra- 
vers on remarque un grand nombre de fines radicelles 
appartenant à des plantes vivantes. 

Tantôt les cuticules se présentent sous la. forme de 
lamelles plus ou moins larges, tantôt sous celle d'an- 
neanx complets, mais sans traces d'aucun tissu intérieur. 
Les deux faces internes de l'anneau aplati sont en con- 
tact et souvent fort difficiles à séparer; la matière noire 
ulmique est en dehors de l'anneau et semble avoir été 
produite par d'autres végétaux que ceux d'où provien- 
nent les cuticules. 

L'absence complète de tissus à l'intérieur des animaux 
indique que ces restes organiques ont été soumis à une 
macération de longue durée qui a fait disparaître les 
éléments constitutifs du bois, du liber et de l'écorce. 

MicnococGUS zeilleri. Var. a et b. 

Il était intéressant de rechercher si ces cuticules d'âge 
fort ancien présenteraient des traces de Bactéries. En les 
traitant à plusieurs reprises par de l'ammoniaque froide 
ou bouillante, on parvient facilement à les débarrasser 
de l'acide ulmique et à les rendre observables au micros- 
cope ; leur transparence est suffisante pour que, sans 
autre préparation, on puisse les étudier même avec un 
fort grossissement. 

Le liquide que l'on sépare est de couleur très foncée et 



renferme, même s'il provient d'un traitement par l'am- 
moniaque bouillante, un nombre considérable de micro- 
organismes mobiles dont nous ne nous occuperons pas 
pour le moment. 

Quant aux cuticules, examinées sur leurs faces interne 
et externe, elles présentent certaines différences d'aspect 
que nous allons indiquer. 

A l'œil nu ou à la loupe, la face externe parait unie et 
luisante ; la face intérieure est mate et terne, à cause des 
empreintes en creux laissées par les cellules épidermi- 
ques qui ont été complètement dissoutes. 

La face interne des cuticules, après un traitement à 
froid par l'ammoniaque ou la potasse à 1/10, offre sou- 
vent au microscope l'aspect représenté figure 1. 




Fig. 1. — Cuticule de Bothrodendron, face interne, grossie 
300 fois. 

a, a, régions où la membrane a été plus ou moins corrodée 
par les bactéries. 

b, microcoques restés adhérents à la membrane. 

c, réseau cuticulaire qui pénétrait d'une façon sensible entre 
les cellules de l'épiderme. 

d, matière noire non dissoute par l'ammoniaque. 



La cuticule qui recouvre les cellules épidermiques pé- 
nétrait sensiblement entre elles, il en est résulté une 
sorte de réseau très apparent c. Dans un grand nombre 
de mailles a, a, la membrane semble amincie et comme 
rongée ; les espaces plus clairs provenant de ces amin- 
cissements ont des formes très irrégulières, comme le 
montre la figure; à leur surface, on voit un certain 
nombre de petites granulations; il arrive fréquemment 
que la cuticule est complètement perforée. 

Dans certains échantillons, les amincissements, au 
lieu de se produire par plages plus ou moins larges, ir- 
régulières, se sont effectués suivant des lignes qui, par- 
tant des bandes du réseau, convergent vers le centre des 
mailles; il n'est pas rare non plus de voir des amincisse- 
ments de plus en plus prononcés former dans chaque 
maille des gradins successifs à partir du contour et 
aboutir à une perforation médiane, ou bien encore les 
érosions sont disposées en traînées parallèles, quelque- 
fois recourbées en crosse à une extrémité, ou disposées 
en arc, en cercle, figure 2. 

Ces traces évidentes de destruction de forme si variée 
que présente la face interne des cuticules peuvent être 
attribuées, soit à des agents chimiques, soit à l'action de 
Bactéries. 

Certains détails dans lesquels nous allons entrer nous 
font pencher pour cette deuxième interprétation. 

On remarque, en effet, dans toutes les régions enta- 
mées, un nombre considérable de granulations spbéii- 



50 



LE NATURALISTE 



ques b, ligure 1, tantôt isolées, tantôt disposées en lignes 
par deux ou par trois; souvent quand elles sont placées 
sur une portion de la membrane qui ne parait pas cor- 
rodée, elles occupent cependant une cavité de même 
forme, creusée dans son épaisseur. 

Ces granulations arrondies sont revêtues d'une enve- 
loppe très mince, non colorée en brun, et moins appa- 
rente que celle des microcoques hoailliflés, conservés par 
la silice ou le phosphate de chaux. 

Leur diamètre varie entre 0>,5 à 0\>.,1 et entre lt* et 
lfj.,3. Nous pensons que ces granulations sont des micro- 
coques qui ont gardé sensiblement leur forme, et ont été 
conservés par un procédé différent de celui de la houilli- 
fication ordinaire, mais semblable à celui qui a permis 
aux cuticules sur lesquelles on les rencontre de traverser 
la longue série de siècles qui séparent l'époque actuelle 
de l'époque du Culm inférieur de Russie. 

La fragilité de leur enveloppe doit être très grande, et 
pourtant les microcoques résistent à plusieurs traitements 
par l'ammoniaque bouillante, à l'action répétée d'une 
dissolution de potasse au 1/10 froide et à celle de l'acide 
chlorhydrique étendu, mais également froid. Ils dispa- 
raissent, au contraire, dans une dissolution bouillante 
de ce même acide étendu, ou dans celle d'acide azotique 




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Fig. 'i. — Cuticule de Bolhrodendron, face interne, grossie 
200 fois. 

a, érosion en forme de ligne irrégulière et tortueuse. 

b, érosions isolées disposées en forme de couronne. 

c, partie de la membrane intacte. 



chaud ou froid, et on trouve à leur place la cavité qu'ils 
occupaient présentant la forme de leur groupement pri- 
mitif. 

On ne peut supposer que ces granulations soient dues 
à la présence de poussières siliceuses ou calcaires qui se 
sciaient déposées ou produites à la surface interne des 
cuticules, car ces granulations sont incrustées dans l'é- 
paisseur même des membranes végétales; de plus, dans 
de la silice, elles résisteraient à l'action de l'acide 
chlorhydrique froid ou chaud; dans le cas d'un carbo- 
nate, il y aurait, même ;ï froid, un dégagement gazeux 
facile à constater au microscope :on ne voit rien de sem- 
blable. Si, d'un autre coté, ces granulations étaient un 
dépôt de globules cireux, elles disparaîtraient dans la 
benzine ou le toluène. 

A l'œil on ;i la loupe, la face extérieure des cuticules 
parait pins lisse et pins unie que la face interne qui porte 
le réseau dont nous avons parlé; cependant, vue au mi- 
croscope, (die se montre, ligures 3 et 4, parsemée d'un 



nombre considérable de granulations semblables à celles 
qui recouvrent certaines régions de la face interne; mais 
on n'y remarque pas les érosions irrégulières, de forme 
si variable, que l'on constate sur la face interne. Sou- 
mises aux mêmes traitements, elles se conduisent d'une 
façon identique. 

Tantôt ces granulations sont isolées b, figure 3, tantôt 




Fig. 3. — Cuticule de Bolhrodendron, face externe grossie 
600 fois. 

a, microcoques disposés en ligne noire continue. 

b, microcoque isolé. 

c, microcoque en voie de division. 

d, microcoques groupés en colonie. 

e, microcoques réunis par trois en ligne droite. 

on les voit sous la forme de diplocoques, c; d'autres fois, 
elles se montrent groupées en colonie, d, ou encore en 
ligne droite au nombre de trois ou quatre, e, figure 3, et 
b, c, figure 4, simulant un bacille divisé en articles. 



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Fig. 4. — Cuticule de Bothrodendron, face externe grossie 
600 fois. 

a, a, microcoques groupés en ligne et simulant des formes 
bacillaires. 

b, c, groupements par trois dans lesquels on distingue les 
variétés /; et a. 

d, microcoque, variété b, entouré d'un espace annulaire 
vide. 

e, microcoque n'ayant pas détruit la membrane autour de 
lui. 

Les dimensions sont les mêmes que celles que nous 
avons signalées pour les granulations de la face interne, 
c'est-à-dire que l'on peut former deux groupes renfer- 
mant des cocci dont les uns offrent un diamètre, variant 
de 0f/.,o à 0>,7, les autres compris entre du et lu, 3. 



LE NATURALISTE 



51 



Ce sont surtout les derniers qui ont une tendance à se 
grouper par deux ou par trois sous forme de chaînettes 
mesurant respectivement 2 et 3 p.. Plus rarement 
on observe des microcoques au nombre de quatre, cinq, 
disposés en chaînettes longues de 4 à 5 y. envi- 
ron. 11 arrive quelquefois que les lignes de séparation 
des microcoques ne sont plus visibles; il en résulte pour 
l'ensemble l'aspect d'un bâtonnet. Tantôt ce bâtonnet 
est noir, a, figure 3, tantôt il est clair et transparent, a, a, 
figure 4. Ces bâtonnets ont sensiblement comme largeur 
le diamètre des microcoques d'où ils dérivent, et comme 
longueur la somme de leurs diamètres. 

Dans bien des cas, on distingue autour des microco- 
ques, quel que soit leur mode de groupement, un espace 
circulaire ou elliptique a, figure 3 ; b, d, figure 4, plus 
clair, où la membrane végétale parait avoir subi une al- 
tération due, sans doute, à leur présence. Cette altéra- 
tion, comme nous l'avons fait remarquer, s'étendait, non 
seulement en largeur, mais encore en profondeur, puisque 
nous avons rencontré de nombreuses perforations. Il est 
clair qu'après le traitement à chaud des cuticules par 
l'acide chlorhydriquc étendu, l'aspect de la surface doit 
changer d'une façon sensible; en effet, les membranes 
délicates des microcoques étant enlevées ou détruites, il 
ne reste plus de visibles que les érosions qu'ils ont pro- 
duites. 

Nous donnons, ligures 5 et 6, deux portions de la môme 
cuticule, dont l'une a été lavée à l'acide chlorhydrique 
froid et l'autre à l'acide étendu bouillant. 

Sur la première on reconnaît facilement que les mi- 
crocoques sont placés, pour la plupart, dans l'épaisseur 
même de la membrane végétale ; les uns sont isolés au 
fond d'une sorte d'entonnoir, dont la grande base est 
circulaire et tournée vers l'extérieur a, a, figure S; les 




Fig. 5. — Portion de cuticule traitée à froid par l'acide 
chlorhydrique, grossie 630 fois. 

a, cavité conique au fond de laquelle on voit un microcoque ; 
a, la même plus grossie. 

b, cavité elliptique contenant deux microcoques. 

c, microcoques placés à la surface. 

autres, groupés par deux ou par trois, occupent une ca- 
vité à bords également inclinés b. D'autres, enfin, adhè- 
rent simplement à la membrane c, et n'ont pas été déta- 
chés par le traitement. 

Sur la figure 6, qui représente la portion de cuticule 
traitée par l'acide étendu et bouillant, pendant quelques 
minutes, la plupart des microcoques ont disparu, la 
membrane paraît comme trouée à la place qu'ils occu- 
paient. 



Là où il y avait un seul mterocoque, le fond de la ca- 
vité conique est représenté par un cercle lumineux a. 
S'il y en avait deux, le fond est elliptique b, quelquefois 
même on distingue une ligne foncée, formée par la cuti- 
cule plus épaisse en cet endroit, b', indiquant la région 
de la soudure des microcoques. Dans le cas où ils étaient 




Fig. 6. — Portion de cuticule traitée à chaud par l'acide 
chlorhydrique étendu, grossie 650 fois. 
«, trous laissés par le départ des microcoques isolés. 

b, traces laissées par des diplocoques; 6', épaississement mé- 
dian de la membrane, au point de contact de deux microco- 
ques. 

c, traces laissées par des microcoques réunis en chaînettes. 

d, quelques microcoques qui ont résisté au traitement occu- 
pent encore le fond de certaines cavités, ou sont restés fixés à 
la surface e. 

réunis en chaînettes, on remarque une bande claire plus 
ou moins allongée c. 

En d, on distingue quelques microcoques de la variété a 
isolés ou groupés au fond de quelques cavités et qui ont 
résisté à l'action de l'acide. 

Les érosions très variées que l'on observe se présen- 
tent donc tantôt sous la forme d'une ouverture à contour 
net, régulier, dont le diamètre est à peine plus grand 
que celui du microcoque qui l'a produite, tantôt sous la 
forme d'entonnoirs circulaires ou elliptiques plus ou 
inoins profonds. Si le travail des bactéries a été de plus 
longue durée, ce sont des plages à contours irréguliers, 
ou des sillons tortueux que l'on observe, tels que les re- 
présentent les figures 1 et 2. 

Des observations qui précèdent, nous pouvons tirer les 
conclusions suivantes : 

1° Les cuticules de Bothrodendron des mines de Tovar- 
kovo portent à leur face interne des érosions analogues 
à celles que produisent les bactéries ; à la face externe, 
les traces laissées par ces organismes sont beaucoup 
moins apparentes et se bornent le plus souvent à de pe- 
tites excavations occupées par les bactéries ou marquant 
leur place. 

2° Après plusieurs traitements par l'ammoniaque bouil- 
lante, ou par une dissolution de potasse à 1/10 froide, 
ces membranes débarrassées de l'acide ulmique qui les 
entoure, conservent sur les deux faces des granulations 
sphériques semblables à des microcoques mesurant, sui- 
vant leur diamètre, On, S et lu. environ, à parois très 
minces et peu colorées, constituant les deux variétés a, b 
du Micrococcus Zeilleri. La variété a est souvent isolée, 
plus rarement elle se dispose en bâtonnet formé de trois 
microcoques, large de On, fi et long de 1n,5. 

La variété b, au contraire, se groupe sauvent en chai- 



n<3 



LE NATURALISTE 



nettes composées de deux, trois, plus rarement cinq in- 
ili\i(lus simulant des bacilles cloisonnés. 

3° Après le traitement à chaud par l'acide chlorhy- 
drique étendu, les bactéries sont partiellement détruites 
sur les deux faces, et il ne reste plus de visibles que les 
nombreuses cavités ou érosions qu'elles ont produites. 

4° La disparition des bactéries peut provenir, dans ce 
cas, du peu de consistance de leurs parois non conser- 
vées par les procédés ordinaires de la houillification et 
qui sont formées d'une substance originairement moins 
résistante que celle qui constitue les cuticules. 

5° Actuellement ce sont les traces de bactéries les plus 
anciennes que l'on connaisse. 

Les cuticules de Tovarkovo ne sont pas houillifiées, 
nous donnons ci-dessous leur composition chimique, et 
cependant elles ont résisté à une longue série de siècles, 
en conservant leur souplesse, la propriété de se distendre 
dans l'eau, la glycérine aqueuse, l'alcool ordinaire, le 
toluène, etc. Dans ce dernier liquide, l'augmentation en 
surface est de 1/7 environ. Nous ne supposons pas que 
les nombreuses érosions que nous avons signalées soient 
dues au travail de bactéries vivantes, car celles-ci ayant 
eu un temps considérable pour accomplir ce travail, 
n'auraient rien laissé des cuticules. Nous admettons plu- 
tôt que ce sont les bactéries de l'époque du Culm qui ont 
attaqué les Bothrodendrons tombés ou entraînés dans les 
marais, ont déterminé la macération à la suite de laquelle 
tous les tissus, sauf les cuticules plus résistantes, ont 
disparu, et que même elles auraient eu raison de ces 
dernières si quelque cause n'était intervenue pour mettre 
un terme à leur action destructive. 

On peut alors se demander si ce travail n'aurait pas 
été interrompu par le transport des cuticules du lieu où 
la macération microbienne s'effectuait, dans des lacs 
dont les eaux contenaient des principes ulmiques; on 
peut encore admettre, ce qui serait plus simple, que les 
terres basses et marécageuses sur lesquelles les troncs 
et les rameaux de Bothrodendrons s'étaient accumulés 
et où ils avaient subi l'action des bactéries ont été re- 
couvertes par des eaux chargées de principes ulmiques. 

Comme nous l'avons vu, l'acide ulmique se rencontre 
en grande quantité entre les membranes végétales, ce 
pourraient être des combinaisons de ce corps ou quel- 
ques composés analogues tenus en dissolution dans les 
eaux brunes qui auraient suspendu le travail des bacté- 
ries, dont un certain nombre sont restées en place, con- 
tribuant ainsi par elles-mêmes, dans une faible mesure, 
il est vrai, à la formation du combustible. 

Composition chimique des cuticules de Bolhrodendron 

du Culm de Tovarkovo. 
M. Gabriel Bertrand du Muséum a bien voulu faire 
l'analyse des cuticules de Tovarkovo, voici les résultats 
qu'il a obtenus : 
Cendres, 8,77. 
La matière organique contient : 

74,69 

II 9,75 

14,59 

Az 0,97 

D'après Frémy, la composition des cuticules des feuilles 
d'Agave et de Lierre sont : 

Agave Lierre 

C 68,29 C 08,42 

II 9,5b II 9,48 

O.Az, cendres?. . . 22,1b O.Az, cendres?... 22,10 



En admettant que ces cuticules aient donné une quan- 
tité de cendres égale à celle des cuticules fossiles, on 
obtiendrait pour la matière organique les chiffres sui- 
vants : 

A gave Lierre 

C 74,84 C 74,99 

II 10,47 II 10,39 

O.Az 14.67 O.Az 14,61 



99,98 



9,999 



Ces derniers chiffres se rapprochent beaucoup de ceux 
trouvés pour la composition des cuticules fossiles. 

L'état de conservation de ces cuticules est absolument 
différent, comme on le voit d'après cette analyse, de 
celui des plantes houillifiées et tel qu'il ne semble pas 
que leurs propriétés physiques et chimiques initiales 
aient dû subir de grands changements. 

Il est assurément bien extraordinaire de coustater dans 
ces membranes végétales une aussi longue résistance à 
la destruction. Si, comme nous l'avons supposé plus haut, 
le travail bactérien a été arrêté par l'arrivée d'eaux char- 
gées de principes chimiques, la présence de ces composés 
fixés par les cuticules et les microcoques ne serait peut- 
être pas étrangère à cette immunité remarquable. 

B. Renault. 



OFFRES ET DEMANDES 



— M. E. G-, n° 6478. — Dans le présent numéro, vous 
trouverez un article sur la photographie à travers les 
corps dits opaques. Pour répéter les expériences de Rœnt- 
gen, voici le matériel qui serait nécessaire : 

Pile au bichromate de potasse, 6 éléments 60 fr. 

Bobine Ruhmkorff, donnant une étincelle de 

10 centimètres environ 400 fr. 

Tube cathodique 25 fr. 

Ajoutez à cela plaques au gélatino-bromure et tout ce 
qu'il faut pour développer les clichés. 

Vous pourrez trouver tout matériel et appareils, chez 
les fils Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris. 

— M. Ernest Lelièvre, 22, Entre-les-Ponts, àAmhoise, 
Indre-et-Loire, offre 5 à 600 espèces de Lépidoptères de 
la Faune française, bien frais et parfaitement étalés, des 
cocons vivants d'Ant. Pernyi, Att. Arrindia, Tel. Poly- 
phemus et Samiae Cecropia, contre des timbres-poste, 
oblitérés ou non, des cartes postales, assignats, monnaies 
et médailles. 

— A céder les collections suivantes : 
Collection de fossiles des sables nummulitiques 

du Soissonnais, 85 espèces et environ 150 exem- 
plaires 45 fr. 

Collection de Coléoptères, de la famille des Stu- 

phylins ; 200 espèces françaises, prix 30 fr. 

S'adresser aux bureaux du journal. 
— A vendre plusieurs lots de Microlépidoptères de France: 

60 espèces 28 fr. 

80 — 40 fr. 

110 — 75 fr. 

200 — 225 fr. 

Les espèces composant ces lots sont parfaitement dé- 
terminées et en bon état. S'adresser à «Les Fils D'Emile 
Deyrolle », 46, rue du Bac, Paris. 

Le Gérant: Paul GROULT. 
Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, *7. 



18» \NNÉE 



ï e Série — IV « 1 6 



1 er MARS 1896 



LA CHASSE AUX PAPILLONS DE NUIT 



VU DE FACE 



Rien n'est certainement plus intéressant, à mon point 
de vue, que les chasses nocturnes au milieu des forêts, 
sur les landes arides, ou au bord des marais; et je trouve 
pour ma part peu de plaisirs aussi grands. 

Aidé de deux ou trois amis, nous installons, dans les 
forêts des environs de Rouen, et plus particulièrement à 
la forêt Verte, une centaine [de piles de Bunsen. Le 
montage de ces piles exige un certain temps ; toute une 
après-midi à trois est nécessaire pour ce travail, surtout 
si l'endroit où l'on pro- 
cède est éloigné d'une 
mare ou d'un cours d'eau; 
puis à la tombée du jour, 
nous envoyons le cou- 
rant de nos piles dans 
une forte lampe à arc 
munie d'un réflecteur, et 
nous projetons ainsi à 
une distance de plus de 
300 mètres un faisceau 
de lumière intense. 

Aussitôt, les insectes 
nocturnes, surtout les 
papillons, sont attirés 
par la lumière, souvent 
en quantités prodigieu- 
ses. J'ai pu, de la sorte, 
en une seule soirée, cap- 
turer 420 hydrœcia niti- 
cans, lépidoptère que je 
n'avais jamais rencontré 
avant dans le départe- 
ment de la Seine-Infé- 
rieure, et que je n'ai, du 
reste, jamais revu de- 
puis. 

Selon la direction don- 
née au rayon lumineux. 
on est témoin de spec- 
tacles intéressants qui se 
produisent tout à coup : 

Promène-t-on la lu- 
mière dans le haut des 
arbres : aussitôt on en- 
tend des froissements et 



REFLECTEUR 

POUR LA CHASSE AUX INSECTES NOCTURNES 



mOFM. ET COUPE 




Appareil de Noël, pour la Chasse des Papillons nocturnes. 

A réflecteur de la lampe ; — B lampe à pétrole ; — C cône en fer de 
1 mètre de diamètre; — D partie effilée du cône; — E bocal en 
verre; — H tube rempli de coton imprégné de chloroforme. 



des battements d'ailes produits par des oiseaux surpris 
dans leur sommeil, qui se culbutent dans les branches en 
poussant,surtoutlesgeais, des cris d'effroivraimentcurieux. 

Au contraire, laisse-t-on la lumière fixe, on assiste alors 
à un spectacle nouveau : des lapins qui se sont, proba- 
blement, approchés sans bruit de la lumière, sans qu'on 
les ait aperçus, partent subitement sous l'empire de la 
peur occasionné par une cause quelconque, et disparaissent 
en courant dans les feuilles sèches, en faisant un grand 
bruit, qui ne laisse pas de nous surprendre. 

Si l'on procède auprès d'une mare, on aperçoit des 
crapauds, des grenouilles et des tritons sortis de l'eau et 
formant le rond autour du disque lumineux produit par 
la lumière qui s'échappe du réflecteur par le trou pratiqué 
pour laisser passer le charbon inférieur. „ 




Tous ces reptiles ont le nez dans la partie éclairée et 
le corps dans l'obscurité. 

Les oiseaux de proie sont également troublés par cette 
intense clarté qui apparaît en pleine nuit, et l'on ne cesse 
d'entendre des chouettes et des hiboux qui planent très 
haut au-dessus de la partie éclairée, en poussant leurs 
cris lugubres ou moqueurs, et changeant constamment 
de place. 

Vers minuit la fatigue et la faim commencent à se 
faire sentir. Heureusement, en gens de précaution, on 
s'est muni de provisions telles que : œufs durs, côtelettes 
froides, fromage, etc., puis de cidre dont on a eu soin de 
placer la bouteille dans la mare pour en augmenter la 
fraîcheur. Alors, à califourchon sur un tronc d'arbre, on 

entame avec appétit les 
provisions apportées, qui, 
en peu de temps, ne tar- 
dent pas à disparaître, 
puis on termine ce repas 
réconfortant par une 
tasse de bon café, que 
l'on fait chauffer sur une 
lampe à alcool : car les 
feux de bois, et surtout 
la fumée qui en provient, 
ont le grand désavan- 
tage d'effrayer les ani- 
maux nocturnes et même 
les insectes. 

Vers deux heures du 
matin, le froid devient 
plus piquant; seul, celui 
d'entre nous qui joue du 
filet ne s'en aperçoit pas, 
occupé qu'il est de saisir 
tous les insectes qui se 
présentent dans le cône 
de lumière ; il n'a que le 
temps, en opérant vive- 
ment, de les jeter pêle- 
mêle dans un grand bo- 
cal contenant nn tube à 
essais rempli de coton 
imprégné de chlorofor- 
me; aussi est-il bon, pour 
ceux qui sont inactifs à 
regarder les captures se 
faire, de prendre à nou- 
veau du café bien chaud 
pour éviter de trop se 
refroidir, car alors on est très longtemps à se réchauffer, 
surtout si l'on chasse sur les bords de la Seine où un 
brouillard épais vous pénètre et vous glace. 

Dans ce dernier cas, il est urgent d'avoir une bonne 
casquette fourrée, un bon pardessus en peau de mouton et 
une couverture. Un de mes amis, ancien spahi qui aimait 
à m'accompagner dans ces chasses, s'enveloppait la nuit 
dans son vaste burnous rouge de spahi. C'était féerique 
de le voir se promener au milieu des troncs de hêtre 
éclairés, semblables à des piliers d'une immense cathé- 
drale ; la présence de cet ami avait pour nous le grand 
avantage d'effrayer les braves gens qui venaient dans 
l'intention de nous poser des questions. 

Enfin, le petit jour arrivé, il faut s'occuper de démonter 
bas piles, ce qui n'est pas une mince besogne. 



o'< 



LE NATURALISTE 



Ces chasses sont certainement très productives et 
souvent très amusantes; mais, en outre de ce procédé et 
de la miellée dont je fais un très grand usage, il m'a été 
donné de capturer beaucoup de noctuelles en fauchant le 
soir dans les champs de trèfle en fleur; seulement à une 
heure relativement peu avancée de la nuit, la rosée trempe 
le filet-fauchoir qui ne peut plus servir; ce qu'il y a de 
remarquable dans ce genre de chasse, c'est que certains 
soirs on capture plusieurs kilogrammes de sauterelles, 
tandis que le plus souvent on n'en prend pas une seule 
en fauchant, bien entendu, daus les mêmes endroits; on 
croirait que certaines nuits ces orthoptères se donnent 
rendez-vous à l'extrémité des herbes. 

J'aime peu cette façon de chasser, d'abord, parce que 
la plupart des insectes capturés ne sont pas assez frais 
pour être mis en collection, et ensuite parce qu'au mois 
d'août, époque où cette chasse est réellement productive, 
les cultivateurs ont le grand défaut, pour s'éviter la peine 
de rentrer leur faulx, de la laisser sur place, cachée le 
plus souvent dans les champs de trèfle, et il peut en 
résulter des accidents pour les chasseurs d'insectes ; moi- 
même, j'ai failli en être victime, et il ne s'en est fallu 
que de quelques centimètres que je ne me fasse aux 
jambes de dangereuses coupures. 

Aussi, c'est pour remédier à tous ces petits inconvé- 
nients que j'ai imaginé, il y a deux ans, de faire un ré- 
flecteur capable de capturer tout seul les insectes qui s'y 
trouvent attirés. En voici la description et le dessin (1). 

Ce réflecteur se compose d'un vaste cornet en fer-blanc 
recourbé sur lui-même comme une pipe ; la plus grande 
ouverture a un mètre de diamètre, et la plus petite 10 cen- 
timètres ; au centre se trouve un miroir concave en verre 
argenté de 40 centimètres de diamètre, devant lequel est 
suspendue une très forte lampe, consommant un litre de 
pétrole par nuit. La partie étroite du réflecteur plonge 
dans un bocal en verre d'une capacité de deux litres, où 
se trouve un tube à essais rempli de coton imprégné de 
chloroforme, dont les vapeurs se dégagent toute la nuit 
dans le bocal. 

Le dessin ci-contre donne, du reste, la reproduction 
exacte de ce réflecteur. 

Aussitôt la nuit venue, on allume la lampe, et on assiste 
alors à un spectacle étonnant; les phalènes, les pucerons, 
les punaises et les coléoptères nocturnes tourbillonnent 
dans le cône de lumière projeté par le réflecteur ; petit à 
petit ces insectes se rapprochent de l'appareil, et lorsqu'ils 
n'en sont éloignés que de 3 à 4 mètres, ils se précipitent 
sur le miroir avec une telle violence qu'ils tombent im- 
médiatement dans le bocal, où les vapeurs de chloro- 
forme les engourdissent aussitôt; on voit alors le bocal 
s'emplir d'insectes au fur et à mesure qu'il les reçoit. Il 
est bon, dans certaines nuits, de mettre dans ce bocal un 
tamis à mailles de un centimètre de diamètre, de façon à 
tamiser les pucerons qui viennent en si grande quantité 
que, si on ne prend pas cette précaution, les papillons, le 
lendemain matin, en sont tout recouverts, et ne peuvent 
être mis en collection. On a à redouter également la 
présence du gros coléoptère Gcotrups stercorarius, qui 
n'est pas endormi immédiatement par le chloroforme, et 
dont le parcours dans le bocal endommage beaucoup de 
papillons. 



(1) Les Fils d'Emile Deyrolle, naturalistes, 46, rue du Bac, 
Pans, fabriquent cet appareil pour les Chasses des Papillons 
nocturnes. 



Il est bon aussi de placer le réflecteur à l'abri de la 
pluie : car c'est dans les nuits pluvieuses et chaudes que 
l'on prend le plus de noctuelles, et si le réflecteur est 
exposé à la pluie, on ne trouve le lendemain, dans le 
bocal, qu'une bouillie grisâtre dont on ne peut tirer 
aucun parti. 

La position à donner au réflecteur n'est pas indiffé- 
rente ; j'ai toujours obtenu de meilleurs résultats en diri- 
geant le cône de lumière vers le midi et à un mètre en- 
viron au-dessus du sol ; rien n'est, du reste, plus facile 
que de changer l'orientation de l'appareil, puisqu'il se 
suspend par un fil de fer, soit contre un arbre, soit contre 
un mur. 

Il ne fautpas essayer d'étaler les papillons dès le matin : 
car le chloroforme les rend raides et difficiles à manier ; 
s'il faut, lorsqu'on a fait un choix, les placer sur une 
feuille de papier à l'air libre, pendant trois ou quatre 
heures ; après ce temps, les papillons sont redevenus 
mous et l'on risque beaucoup moins de les déchirer en 
les étalant. 

Du S au 11 juin 1894, nous avons pris en moyenne, par 
nuit, 30 papillons; le 12, 52; le 13, 104; le 14, 151; du 
15 juin au 15 juillet nous ne les comptons plus, tant il y 
en avait mélangés de micros; du 15 juillet au 30 août, nous 
en prenons environ un quart de litre par nuit ; en sep- 
tembre, une centaine d'individus seulement chaque 
nuit. 

Nous avons détruit au minimum, du mois de juin au 
mois d'octobre, plus de 30,000 papillons, et, ce qu'il y a 
de plus curieux, c'est que dans ce nombre nous n'avons 
pas trouvé 50 femelles ; il n'y a que les mâles qui soient 
attirés par la lumière du réflecteur. 

Ce réflecteur nous a fait constater un curieux phéno- 
mène de botanique : presque toutes les plantes éclairées 
la nuit ont fleuri beaucoup plus tôt que celles placées en 
dehors de la lumière, et étaient en graine alors que les 
autres ne commençaient qu'à fleurir ; le fait s'est surtout 
manifesté sur une plate-bande de saponaire. 

Nous avons pu constater également que beaucoup de 
papillons attirés par le réflecteur ne le sont pas par la 
miellée, et réciproquement; aussi est -il bon de faire 
simultanément ces deux chasses. 

J'ai pu, grâce à ce nouvel appareil, capturer plus de 
50 lépidoptères nouveaux pour la faune du département 
de la Seine-Inférieure, et je ne doute pas qu'en changeant 
de localités je n'arrive encore à capturer des raretés. 

Pour les chasses mobiles on peut employer un réflec- 
teur beaucoup moins encombrant ; il est bon même d'y 
faire placer, à la partie supérieure, une cheminée de 
20 centimètres de haut et de 15 centimètres de diamètre, 
contenant une toile métallique, et s'ouvrant sur le côté; 
ce qui permet de faire chauffer le café dont j'ai parlé plus 
haut. 

Tels sont, en quelques mots, les procédés que j'emploie 
pour capturer les insectes nocturnes; il est bien entendu 
que je me sers aujourd'hui beaucoup de la miellée dont 
j'ai, du reste, transformé la composition, et je ne doute 
pas de pouvoir d'ici peu donner aux lecteurs du Natura- 
listela. composition d'une miellée empoisonnée, capturant 
seule les papillons attirés. Mais il me reste encore quel- 
ques questions à résoudre, tendant à éviter l'empoison- 
nement des abeilles qui viennent dans le jour sur les 
appâts miellés. 

Paul Noël. 



LE NATURALISTE 



55 



LE PIÉGEAGE DD LOUP 



Pose du piège. — Si l'on n'était prévenu, on serait 
tenté de croire que le piège doit être placé au plein cœur 
de la forêt. Point; il ne faut pas que le piège se trouve 
dans un endroit où le loup pourrait soupçonner une 
embuscade; le loup est très méfiant de sa nature et s'il 
trouvait un croûton de pain près d'un rocher, il ne man- 
querait pas de s'éloigner en se disant qu'il y a un 
homme derrière, prêt à lui faire un mauvais parti. Le 
piège donc doit être placé en rase campagne, à deux ou 
trois cents mètres du bois infesté. Les piégeurs ont 
habituellement deux endroits spéciaux à l'opposite l'un 
de l'autre. Selon la direction du vent, ils s'adressent au 
premier ou au second. 

Le piégeur part donc de chez lui entre cinq et six 
heures du soir, muni des pièces suivantes : 1° le piège 
graissé et armé ; 2° un morceau de drap; 3° un sac avec 
des croûtons de pain; 4° un sac avec de la paille hachée; 
o° la pièce de traînée, et 6° un petit instrument pour 
gratter la terre. — 11 se rend à l'endroit qu'il a choisi et, 
posant le piège à terre, il en dessine grossièrement les 
contours. Il enlève le piège et creuse les sillons tracés 
de façon qu'en replaçant l'instrument à la même 
place, il disparaisse complètement à la vue. Ce travail est 
assez délicat, il ne faut pas que le loup puisse s'en aper- 
cevoir. Chaque parcelle de terre enlevée doit être 
emportée soigneusement et jetée à la volée, loin de là, à 
une centaine de pas environ. L'endroit où on met le piège 
s'appelle le placeau. L'appareil est une dernière fois 
frotté avec le drap graissé, mis en place, toujours avec le 
cran de sûreté, et enfin recouvert de menue paille. Inu- 
tile de dire que l'anneau est solidement attaché au sol 
pur un petit piquet fiché en terre. 

Traînée. — Si l'on se fiait au hasard pour amener le 
loup au piège, on serait presque sûr de ne jamais l'attraper. 
Il faut : 1° l'amener du bois au piège, en l'alléchant par 
l'espoir d'attraper un lièvre ou un lapin, et 2° endormie 
sa méfiance en semant sur son chemin des placeaux non 
armés, mais pourvus cependant de nourriture. Ces deux 
desiderata sont remplis par l'opération de la traînée. 

Le piégeur, la pièce de traînée à la ceinture, part du 
piège, dans une direction variable avec le vent : il faut 
que la traînée ait le piège à bon vent. Arrivé dans un 
endroit où il estime que les loups passent souvent, il 
dépose les entrailles du lapin à terre et se met en marche, 
en traînant celles-ci derrière lui. Dès qu'il a fait une 
centaine de pas, il s'arrête pour fabriquer sur son chemin 
un placeau artificiel. Il saupoudre la terre de paille ou de 
balles d'avoine, de manière à dessiner sur le sol les con- 
tours d'un piège et dépose au milieu un ou deux croû- 
tons. Il continue ensuite la traînée et tous les cent pas 
environ dépose un nouveau placeau artificiel. Toujours 
traînant son gibier, il fait à peu près tout le tour du bois 
en passant par les chemins et enfin arrive au piège. Là, 
un croûton est attaché à la détente, deux ou trois autres 
ont placés sous les attaches et le cran de sûreté est 
enlevé avec précaution. Le piège est ainsi prêt à marcher 
mais il ne faut pas s'arrêter là, on doit continuer la 
traînée au delà du piège, fabriquer encore quelques 
placeaux artificiels, tout en rentrant à la maison. Cette 
seconde piste peut, tout aussi bien que la première, 
amener le loup à se faire prendre. 



Nettoyage. — Le matin, dès quatre à six heures, il faut 
aller relever le piège. S'il n'a rien pris, on se contente 
de le graisser. Si une pièce a été saisie, il faut le nettoyer 
avec des soins méticuleux. On doit le démonter et frotter 
chaque pièce jusqu'à ce qu'elle devienne lisse et brillante. 
Il ne doit pas y avoir la moindre trace de rouille, ni de 
sang, bien entendu. Ce sont là des opérations très impor- 
tantes : on a cité souvent des loups qui mangeaient tous 
les croûtons de la traînée et qui laissaient celui d'un 
piège qui avait déjà fait une victime. 

Henri Coupin. 



LE BOLIDE DE MADRID 



Le phénomène qui s'est présenté à Madrid le 10 février 
dernier est certainement un des plus remarquables dans 
son genre qu'on ait constaté dans les temps modernes. Il 
serait très intéressant de posséder tous les renseignements 
précis et complets sur cet événement si extraordinaire ; 
mais ce phénomène s'est produit d'une façon si inatten- 
due, qu'il n'a pas été permis de recueillir des observa- 
tions assez exactes. Toutefois, d'après tout ce qui a été 
rapporté par plusieurs personnes compétentes et par nos 
remarques personnelles, il m'est permis d'exposer ci- 
après l'histoire de ce phénomène d'une façon précise et 
complète. 

Le 10 février dernier, à 9 heures 29 minutes et 30 se- 
condes du matin, sous un soleil splendide et un ciel tout 
à fait clair, les habitants de Madrid furent surpris tout à 
coup par un vif éclat de lumière blanc bleuâtre, beau- 
coup plus vif qu'un éclair, qui avait même assombri les 
parties éclairées par le jour en pénétrant dans l'intérieur 
des logements. Si l'événement avait eu lieu pendant la 
nuit, l'effet aurait été éblouissant et aveuglant. 

Une minute et quelques secondes après l'apparition, on 
entendit une explosion formidable, comme un coup d'un 
énorme canon, puis une série de bourdonnements 
pendant trois minutes, bien différents de ceux du ton- 
nerre, par leur sécheresse et leur intensité plus grande, 
rappelant un boulet de canon roulant sur un parquet de 
bois. Les vitres et les cloisons tremblèrent alors, et même 
dans quelques maisons, les vitres ont été brisées. L'effroi 
devint général et indescriptible, tout le monde se préci- 
pita dans les rues, et l'agglomération des ouvrières aux 
portes de sortie des usines et ateliers produisit beaucoup 
de blessées. A ce moment, presque tout le monde croyait 
que l'on venait d'être éprouvé par un tremblement de 
terre. On parla même de plusieurs victimes dans la 
campagne, ce qui, heureusement, n'a pas été confirmé. 

A la suite de l'étincellement, on vit par le sud-ouest et 
à une hauteur de 35° sur l'horizon, un nuage foncé mesu- 
rant 6° de longueur par 1° de largeur, de forme semi-cir- 
culaire et avec la convexité vers l'est. Près du sommet 
de cette courbe se présentait une partie plus foncée, vio- 
let obscure qui se prolongeait de deux côtés en forme de 
cylindre foncé, avec les bords irisés sous la lumière du 
soleil; de ceux-ci partaient dans toutes les directions des 
lignes plus claires, jusqu'à devenir blanchâtres dans les 
parties plus minces. Toutes ces couleurs étaient au com- 
mencement d'une grande intensité. 

Les personnes qui assistaient au phénomène en plein 



86 



LE NATURALISTE 



air assurent que le spectacle était magnifique et sans 
pareil. 

Le vent presque calme qui régnait du nord-est, ne 
poussa pas le nuage tout d'abord qui avançait dans 
une direction du sud-ouest à nord-est, d'après l'Observa- 
toire astronomique de Madrid. Mais le nuage changea de 
route angulairement après l'explosion, ce qui se com- 
prend, du reste, puisqu'il marchait auparavant sous l'im- 
pulsion du holide, tandis qu'après sa conversion partielle 
en poussière et fumée, il s'éleva aux couches supérieures 
de l'atmosphère qui le poussa doucementdel'ouest à l'est. 
Cinq heures après l'explosion, on apercevait encore par- 
faitement le nuage, alors blanchâtre, comme [un cirro-cu- 
mulus léger au nord-est du méridien de Madrid et à 20° 
de hauteur à peu près sur l'horizon. 

L'oscillation de la colonne barométrique fournit la meil- 
leure preuve de l'importance du phénomène. En effet, les 
baromètres enregistreurs, et parmi eux celui de l'Obser- 
vatoire météorologique, montèrent tout à coup pendant 
l'explosion, de 1,6 millim. ; la colonne reprit son niveau 
et descendit de suite à 0,7 millim., l'oscillation complète 
étant de 2,3 millim.! 

Tous les observateurs semblent être à peu près d'ac- 
cord que le temps écoulé entre l'éclat et l'explosion cor- 
respondit à une hauteur de 25 à 30 kilom.; mais c'est une 
des questions qui sont restées obscures dans le phénomène 
en question, parce que cette faible hauteur s'accorde mal 
avec l'étendue du pays dans laquelle l'éclair a été perçu 
et sur laquelle sont tombés des éclats de cette météorite. 

La croyance générale était qu'il y avait eu un tremble- 
mont de terre qui pouvait se renouveler; cela m'obligea 
à publier, à cet égard, quelques notes dans les journaux 
de Madrid, afin de tranquilliser le public. Je fis observer 
que, pendant la trépidation des vitres, les lampes pen- 
dues au plafond étaient restées immobiles. Les bourdon- 
nements consécutifs, du premier coup, n'étaient qu'une 
série d'ondes sonores produites par les répercussions de 
l'air contre le sol et vice-versa. 

L'aire de perception du phénomène n'est pas encore 
complètement connue : c'est un travail dont s'occupe le 
directeur de l'Observatoire astronomique de Madrid, mais 
il y a des renseignements sûrs, suffisants pour pouvoir 
assurer qu'elle est très considérable. Le jour même de 
l'événement, on recevait dans la capitale des dépèches 
d'Aranjuez et des provinces voisines de celle de Madrid, 
comme Tolède, Guadalajara et Soria, avec la nouvelle 
du phénomène que chacun croyait ne s'être pas produit 
hors de sa province. De semblables nouvelles arrivèrent 
de Valence et d'Aguilas (Murcia), et du Midi, surtout de 
Linares et d'autres villes de la province de Jaen, où l'on 
avait vu parfaitement le phénomène, ainsi que de l'Obser- 
vatoire de Sierra Estrella, en Portugal, où l'on avait 
perçu une lumière brillante. L'aire de visibilité, calculée 
de 300 kilom. au commencement, grandit d'une façon 
inouïe avec lesdites nouvelles, traversant toute la pénin- 
sule de l'est à l'ouest et du midi au nord, depuis l'An- 
dalousie jusqu'à l'Aragon et la Catalogne, presque toute 
l'Espagne, excepté la région du nord-ouest. 

ma même temps, on apprenait la projection d'éclats de 
météorites à Madrid et plus loin. Un homme qui lisait un 
journal dans une rue de la capitale tomba évanoui par la 
chute d'un morceau pesant 12!» grammes qui perça le 
journal. Il fit cadeau de cet échantillon à M. le profes- 
seur Solano, du Musée d'histoire naturelle. Dans l'hippo- 
drome delà même ville, on a trouvé quelques éclats en- 



core chauds, deux desquels ont été donnés à M. Canovas 
del Castillo ; dans le village de Vallecas, on sait que 
quelques-uns sont tombés. On peut supposer que d'autres 
éclats sont tombés près de Madrid ; mais il me semble 
qu'ils ne doivent pas être très abondants, comme le 
prouve le peu de succès des recherches pour s'emparer 
de ces échantillons désirés. Au dehors de Madrid, on a 
vu tomber des éclats dans la province de Séville (Dos- 
Hermanas, Alcala de Guadaira), dans la baie de Cadix, 
dans la province de Logrono, à Tarragone, dans la mer, 
près une barque de pêcheur, et à Soxes, France, d'après 
une dépêche reçue qui s'accorde, vu la différence des 
méridiens, avec l'heure à laquelle l'événement a eu lieu à 
Madrid. 

L'ensemble des nouvelles communiquées par les jour- 
naux et les lettres particulières des provinces sur les ob- 
servations du phénomène, amènent une grande confusion, 
car elles ne sont pas souvent d'accord, même dans les cir- 
constances les plus faciles à contrôler, comme dans la 
direction du nuage, l'heure où on a perçu l'explosion, les 
dates des chutes des éclats. En vue de ces contradictions 
et de l'aire invraisemblable où l'on dit avoir entendu le 
bruit de l'explosion, certaines personnes pensent qu'il 
a dû y avoir, dans d'autres moments, des chutes dans la 
péninsule. Cette hypothèse semble se confirmer par une 
dépêche reçue de Burgos, disant que la veille de l'explo- 
sion de Madrid, vers six heures et demie du soir, il tomba 
une pierre météorique. Je pense qu'il serait prématuré de 
donner une opinion correcte sur ce point obscur. 

J'ajouterai seulement, pour finir, que la météorite, 
quoique non encore étudiée, appartient, par les caractères 
extérieurs des échantillons que j'ai vus (car je n'en pos- 
sède encore point), au groupe des rhondrites cristallines. La 
pâte est gris clair, homogène à l'œil [nu, avec de petits 
grains un peu plus foncés, quelques-uns de couleur ,ver- 
dâtre et des points métalliques brillants, les plus visibles 
ayant l'aspect de la pyrrhotine. Une croûte noire et terne 
avec des bourrelets et des rides, couvre la surface externe, 
comme il arrive ordinairement dans les météorites pier- 
reuses. Il ne s'agit pas d'un fer météorique ni d'une ma- 
tière charbonneuse, comme on le supposa dans les pre- 
miers moments du phénomène, lorsqu'on croyait que le 
bolide s'était résolu entièrement dans l'atmosphère en 
substances gazeuses. 

Salvador Calderon, 

do Madrid. 



COMMENT ON DEVIENT ANTHROPOLOGISTE 



Encore un nom barbare, direz-vous? Eh! la science 
n'en possède-t-elle pas assez? Rassurez-vous. Pour tous 
ceux qui l'ignorent, je dirai que le mot, anthropologie 
vient du grec àvôptoitoç, homme, et Xô-p;, discours. Indiquer 
l'étymologie du mot, c'est en donner la signification. 
L'anthropologie est l'histoire naturelle de l'homme. J'ai 
indiqué ailleurs l'utilité de cette science et son pro- 
gramme (1); il me reste à dire comment on devient an- 
thropologiste. 

On peut, si l'on veut, diviser les études en deux groupes : 
dans le premier, on étudie l'homme au point de vue ana- 
tomique et pathologique, si vous voulez : c'est la mede- 

[\) Introduction à Vétude des sciences anthropologiques. 
Rouen, imprimerie Bcnderitter, 1896. 



LE NATURALISTE 



57 



cine avec son accessoire, l'anatomie comparée. Dans le 
deuxième groupe, on étudie l'homme au point de vue 
artistique, intellectuel et moral; on examine, en un mot, 
ses mœurs, ses coutumes, ses lois, son caractère et ses 
aptitudes ! 

Dans la première partie, on se sert d'instruments; 
dans la seconde, les yeux seuls suffisent. 

Au point de vue philosophique, quelle sera la méthode 
des sciences anthropologiques? Elle sera basée avant 
tout sur Y observation directe et indirecte (dissection, au- 
topsies, mensurations), puis sur Y expérimentation (expé- 
riences de laboratoire). 

A vrai dire, on ne pourrait séparer les deux groupes 
de l'anthropologie, et l'homme sérieux doit toujours 
commencer ses études anthropologiques par des dissec- 
tions minutieuses, des autopsies, ou, s'il ne le peut, par 
la visite fréquente et assidue des musées anatomiques et 
ethnographiques. Plus tard, quand un examen minutieux 
et des livres bien faits lui auront permis de s'envoler sur 
ses propres ailes, il se livrera à l'observation continuelle 
des êtres qui l'entourent. 

Mais je ne conseillerai jamais de commencer par l'é- 
tude morale de l'homme, sans une connaissance appro- 
fondie du physique, car dans ce cas bien des faits d'ordre 
intellectuel n'ont pas leur valeur réelle, étant unique ■ 
ment produits par des causes physiques, ce que les psy- 
chologues résument plus simplement en disant que le 
corps influe sur l'esprit et réciproquement. 

De quels instruments doit se servir l'anthropologiste? 

Pour la dissection, le scalpel, les pinces, les ciseaux 
droits et courbes, la sonde cannelée. 

Pour les autopsies, la scie à main, le maillet et la 
gouge, un couteau long et assez large (1). 

Il est bien rare que le lecteur, à moins d'être médecin, 
soit appelé à faire ou à voir une autopsie. Aujourd'hui, 
d'ailleurs, les musées sont remplis de moulages artisti- 
tiques, ou de représentations en cire qui valent la réa- 
lité, il y a même des atlas d'anatomie humaine à plan- 
ches superposées qui peuvent à la rigueur remplacer le 
cadavre; je citerai, entre autres, le magistral Atlas d'a- 
natomie de M. Ed. Cuyer. 

Voilà pour l'étude du corps proprement dit, ou ana- 
tomie descriptive ; l'anatomie comparée doit maintenant 
intervenir. Par anatomie comparée, je ne désigne pas 
celle qui a pour objet d'étudier, supposons le cerveau 
dans la série animale, mais j'emends par là celle qui 
étudie le cerveau, pour me servir des mêmes exemples, 
dans les différentes races humaines, ou à différents âges. 
Ici, forcément, les instruments doivent encore intervenir 
pour mesurer la taille, la longueur des membres supé- 
rieurs et inférieurs, les indices céphaliques et autres. 

Les principaux instruments à posséder sont les sui- 
vants : 

Le ruban métrique 'de 1 m. SO, la glissière anthropomé- 
trique, le goniomètre. Une remarque ici à propos du go- 
niomètre. On appelle d'abord ainsi un instrument des- 
tine ;V mesurer l'angle facial. Il existe plusieurs sortes 
de goniomètres pour mesurer ces angles : le goniomètre 
facial médian de Broca, le goniomètre facial latéral de 
Broca, le goniomètre facial médian du D r Topinard, le 
goniomètre occipital en arc de cercle, le goniomètre 
mandibulaire. Je recommande vivement l'emploi du go- 
niomètre médian du D r Topinard, et le goniomètre occi- 

(1) Tous ces instruments se trouvent chez Les Fils d'Emile 
Deyrolle, rue du Bac, 46, Paris. 



pital ; ce sont ceux qui rendent les plus utiles services. 
Je ne puis entrer dans le manuel opératoire, ce qui 
m'entraînerait à parler des angles faciaux dont il existe 
plusieurs variétés; je me propose, d'ailleurs, d'en rédiger 
un petit manuel à l'usage des personnes qui s'intéresse- 
ront à cette question. 

Mais avant d'aniver à mesurer des crânes, bien en- 
tendu on devra apprendre l'anatomie, comme je l'ai dit 
en commençant, et voici les parties sur lesquelles de- 
vront principalement porter les études. 

Considérations générales sur les êtres vivants, la cel- 
lule, les tissus. 

L'ostéologie (devra être apprise à fond). 

L'arthrologie (étude des ligaments et articulations). 

La myologie (étude des muscles). 

La splanchnologie (étude des viscères), revue rapide. 

L'angéiologie (étude des vaisseaux sanguins), revue 
rapide. 

Les organes génitaux. 

L'embryologie (étude de la formation de l'être). 

Bien entendu, de bonnes notions de physiologie com- 
pléteront ces principes d'anatomie descriptive. 

Comme anatomie comparée, je recommanderai prin- 
cipalement l'étude des races blanche, noire et jaune, 
comme étant les plus différenciées entre elles, on abor- 
dera plus tard les différents groupes. 

En pathologie, je signalerai à l'attention du futur an- 
thropologiste : 

Les maladies des os. 

Les maladies paludéennes (fièvre typhoïde, fièvre 
jaune, choléra, malaria, typhus). 

Il sera bon de parcourir les traités spéciaux dans les- 
quels on traite des maladies du système nerveux, du 
tube digestif, de l'appareil circulatoire et respiratoire. 

Quand j'invite le lecteur à aborder les études patholo- 
giques, ce n'est pas tant pour en faire un médecin que 
pour lui donner quelques documents sur la pathologie 
comparée qui fournit parfois de précieux renseigne- 
ments. 

Par exemple, un homme habitant la France depuis 
plusieurs années est atteint de maladies inconnues dans 
notre pays ; son médecin le traite pour une affection or- 
dinaire sans obtenir aucun résultat ; mais si ce médecin 
prend la peine d'interroger son client, ce dernier lui ré- 
vélera bientôt sa naissance dans des contrées lointaines, 
et si le praticien connaît quelque peu sa pathologie com- 
parée, il saura retrouver dans la classe des maladies des 
pays chauds celle à laquelle il a affaire. Ceci est un 
exemple pratique, et je me suis servi d'un médecin et 
d'un malade pour mieux me faire comprendre. Suppo- 
sons, tout bonnement, un anthropologiste amateur visi- 
tant une exposition coloniale, chose banale, ou une ex- 
hibition foraine, n'importe : ce seront, par exemple, des 
sauvages du Sud africain. Voici notre homme qui s'inté- 
resse, qui se passionne pour ces sujets, il les observe, les 
examine, demande à les étudier de plus près, on le lui 
accorde; mais, malgré ses investigations, il ne peut ar- 
river à préciser à quelle race il a affaire, quand, soudain, 
il aperçoit une femme présentant ce que l'on appelle 
scientifiquement de la stéatopygie, c'est-à-dire la proé- 
minence des fesses; notre homme est déjà sur la voie, et. 
ceci le portera à étudier les organes génitaux, et peut- 
être sera-t-il assez heureux pour observer ce que l'on dé- 
signe sous le nom de tablier, c'est-à-dire l'hypertrophie 
des petites lèvres; il a trouvé du premier coup, ce sont 



58 



LE NATURALISTE 



des Hottentotes, il y a Ofl chances sur 100. En effet, la 
stéatopygie et le tablier sont deux anomalies que l'on 
pourrait considérer comme deux affections morbides, 
que l'on ne rencontre jamais chez nous, et qui ne se 
trouvent généralement que chez les Boschimanes et les 
Hottentotes. 

« La pathologie, dit le D 1 ' Bordier, n'est pas moins in- 
dispensable que l'anatomie pour la détermination des 
caractères propres à chaque race. Elles ont leurs carac- 
tères pathologiques, aussi bien que leurs caractères ana- 
tomiques. 

« Il n'en peut être autrement, la maladie n'étant que 
le résultat des modifications accidentelles survenues dans 
le milieu intérieur : ces modifications devront donc né- 
cessairement varier avec la condition normale do ce mi- 
lieu. « A quelque règne qu'elles appartiennent, dit à son 
tour M. de Quatrefages, qu'il s'agisse des animaux ou 
des végétaux, les races ont leurs caractères pathologi- 
ques, aussi bien que leurs caractères extérieurs ou ana- 
tomiques propres, et l'homme n'échappe pas à cette 
loi. » C'est ainsi que le nègre résiste mieux que le blanc 
au climat des pays chauds : il est, en outre, moins sujet 
au cancer; il est plus sujet au tétanos; l'ainhum 
semble lui être propre : la maladie du sommeil ne s'ob- 
serve que chez lui. La fréquence de la tuberculose est 
incomparablement plus grande chez lui. La fièvre pa- 
lustre l'épargne, et cette immunité relative en a fait le 
défricheur né des terrains vierges dans les pays chauds, 
sur lesquels l'Européen ne saurait vivre. Il en est de 
même pour la dysenterie et pour l'hépatite, qui sont 
chez lui beaucoup moins fréquents que chez le blanc. Il 
résiste à la fièvre jaune. En revanche, son aptitude pour 
le choléra est beaucoup plus grande et la syphilis prend 
chez lui une allure particulière. 

« La race jaune est sujette aux maladies dentaires et à 
la scrofule. Elle est peu sujette à la phtisie. Plusieurs 
races mixtes sont reconnaissables à la combinaison 
étrange des aptitudes et des immunités qu'elles tiennent 
de leurs ancêtres de l'un et de l'autre côté. 

« En résumé, l'anthropologie pathologique est aussi 
importante que l'anthropologie anatomique. » 

Puis, quand on se sera familiarisé avec les parties du 
corps et leurs maladies, on abordera résolument alors 
les questions philosophiques, la psychologie, l'évolution 
mentale, l'histoire de l'homme, et enfin son origine. 
Voilà la question sur laquelle personne ne tombe encore 
d'accord et qui réclame plus que jamais l'attention des 
naturalistes. Les documents ne seront jamais trop nom- 
breux, les études trop répétées. A vrai dire, l'histoire de 
l'origine de l'homme est encore à faire : d'une part, les 
matériaux ont manqué jusqu'ici; d'un autre côté, pour 
entamer la question, il faut posséder une foule de con- 
naissances qui nécessitent de nombreuses lectures et de 
longs séjours dans les laboratoires et musées. On con- 
naît, les débats fameux auxquels ont donné lieu les hypo- 
thèses diverses des savants, les uns partisans de la Bible, 
les autres la rejetant entièrement. Aujourd'hui, il est 
bien certain que l'on ne peut admettre les légendes 
naïves d'Adam et d'Eve, dans notre siècle de positivisme 
à outrance, de tels récits sont bons pour des enfants, et 
comme tels ne méritent aucune créance. Aujourd'hui, 
les études d'anatomie comparée ont permis d'affirmer 
que l'homme vient du singe, et bien qu'il faille encore 
un certain courage pour prétendre une telle chose, aux 
yeux de bien des gens, je n'hésite pas cependant à le 



faire dans toutes les circonstances qui me sont offertes. 
Mais je me suis bien écarté de mon sujet; j'y reviens 
en terminant, et en rappelant aux futurs anthropologistes 
que, quelles que soient leurs idées, il ne faut jamais 
craindre de les dévoiler au grand jour, si du moins elles 
peuvent être de quelque utilité à la science. 

Edmond Spalikowski. 



POINTS DE CONTACT DES INSECTES 

AVEC LES AUTRES ARTHROPODES 



Supériorité morphologique des Insectes. 

Très évidemment, les quatre réalisations typiques entre 
lesquelles se partagent les Articulés arthropodes ne s'en- 
chaînent pas suivant une série linéaire et unique, de telle 
manière que le Myriopode le plus parfait soit, par exemple, 
la souche du Crustacéle plus inférieur; la nature n'opère 
jamais suivant un tel processus. Cependant, en prenant 
dans chacune d'elles une forme choisie avec discernement 
parmi celles qui présentent le mieux des caractères de 
transition, qu'elle soit voisine de l'espèce culminante ou 
qu'elle en représente un dérivé éloigné, on arriverait à éta- 
blir une sorte de progression morphologique dont les 
quatre termes seraient entre eux dans une étroite dépen- 
dance. En réalité, la valeur des deux termes intermédiaires 
est absolument restreinoe, étant donné d'abord qu'ils ne 
représentent un passage qu'au point de vue de l'aspect 
extérieur, et non pas au point de vue de la filiation véritable; 
en second lieu que les réalisations auxquelles ils appar- 
tiennent, et qui procèdent, ou directement toutes deux, 
ou indirectement l'une après l'autre, du premier terme, 
ne conduisent pas au quatrième. Toute l'importance de la 
question nous paraît limitée aux types extrêmes, dont l'un 
est le point de départ de l'immense embranchement des 
Arthropodes, qui ont épanoui dans l'autre la forme la 
plus parfaite à laquelle il leur était donné d'atteindre, 
l'organisation la plus complexe compatible avec leurs apti- 
tudes et leurs exigences. 

Quel est le premier terme de la progression, le type 
initial sur lequel se sont greffés les trois autres, mettant 
à profit dans leur évolution les premiers essais de sa 
forme, les premiers efforts de sa résistance vitale? D'une 
manière générale, si l'on étudie les Arthropodes au point 
de vue delà structure relative de leurs zoonites, on recon- 
naît qu'ils obéissent à deux tendances sinon rigoureuse- 
ment opposées, au moins profondément divergentes : 
l'une qui ne réalise qu'une timide ébauche de coalescence 
en fusionnant les anneaux céphaliques, et qui organise 
tous les autres sur un plan sensiblement uniforme ; l'autre, 
au contraire, qui rend les segments solidaires, qui en fait 
des parties intégrantes d'individualités plus complexes, 
qui crée dans un même corps des régions distinctes 
d'abord au point de vue physiologique, puis au point de 
vue organique. L'une de ces tendances dérive de l'autre, 
nécessairement, car on ne saurait imaginer qu'elles aient 
été distinctes dès l'origine : les transitions, qui existent 
encore aujourd'hui, s'opposent à cette hypothèse. Laquelle 
des deux a donc perdu progressivement de ses exigences 
au point de donner naissance à une tendance presque 
opposée? En d'autres termes, l'Insecte est-il un Myrio- 
pode qui a perdu ses appendices abdominaux, ou le Myrio- 



LE NATURALISTE 



59 



pode est-il un Insecte qui n'a point voulu se contenter de 
ses six pattes thoraciques? 

Si l'on pose cette question à la paléontologie, elle répond 
d'une manière différente selon qu'on l'interroge directe- 
ment ou indirectement. A ceux qui lui demandent le passé 
du type arthropode, en effet, elle révèle l'existence aux 
âges les plus antiques, pendant la période silurienne, 
des Trilobites, Crustacés marins qui ont déjà des analogies 
d'aspect avec les Cloportiens, le corps divisé en deux 
régions, un bouclier (tête) portant des yeux composés et 
un abdomen multisegmenté, avec une région intermé- 
diaire mal limitée, correspondant au thorax; ils n'offrent 
pas d'appendices ambulatoires, ce qui est loin de prouver 
cependant qu'ils n'en avaient pas pendant la vie, car 
leurs pattes ont pu être d'une consistance trop molle pour 
résister à l'action du temps. Si l'on considère que les plus 
anciens débris d'Insectes fossiles (Névroptères) appar- 
tiennent au Dévonien, et que les Myriopodes ne commen- 
cent à faire leur apparition que dans les terrains carbo- 
nifères, sous la forme d'Archiulides apparentés à nos 
Iules contemporains, on est porté à croire que les Crus- 
tacés représentent la réalisation initiale des Arthropodes 
et que d'eux sont dérivés d'abord les Insectes, puis, par 
tendance des zoonites à la coalescence, les Arachnides, 
et, par acquisition de pattes ambulatoires abdominales, 
les Myriopodes, car les Scorpions et les Phrynes font eux 
aussi, leur apparition pendant la période houillère. 

Toutefois, outre qu'il est difficile de considérer un 
groupe aussi étendu, aussi diversifié que celui des Insectes 
comme étant dû à la dégradation, et non pas au perfec- 
tionnement morphologique d'un autre type, il est loin 
d'être prouvé que l'ordre dans lequel on a trouvé les ves- 
tiges fossiles est réellement corrélatif de leur ordre d'ap- 
parition. L'hypothèse qu'il y avait, en même temps que 
les Trilobites et même avant eux, des Insectes et des 
Myriopodes, est parfaitement plausible, et le contraire 
ne saurait se démontrer, attendu qu'il est facile d'admettre 
que leurs téguments délicats, leurs articulations fragiles, 
leurs organismes grêles n'ont pu résister à la lente tritu- 
ration de tant de siècles accumulés. Par suite, il est pos- 
sible que l'existence d'Insectes fossiles dans les assises 
postérieures au Silurien soit le résultat de hasards isolés, 
de chances locales ayant supprimé en des points favorisés 
les causes de destruction, à moins que la formation houil- 
lère n'ait été bien plus apte que les précédentes à la con- 
servation des formes organisées qui ont péri dans son sein. 

La comparaison avec l'évolution du règne végétal tend 
à prouver que la progression des Arthropodes ne s'est 
point faite dans l'ordre que lui assigneraient, acceptées 
sans correction, les révélations de la paléontologie. D'une 
manière générale, la différenciation de l'organisme végé- 
tal, au point de vue de sa constitution, de sa division en 
zones distinctes, a subi trois stades, le dernier scindé en 
deux orientations dont l'une a eu une destinée incompa- 
rablement plus brillante que l'autre, bien qu'il n'y ait 
entre elles qu'une différence de degré. Le premier stade, 
faisant suite à l'agglomération plasmique initiale placée 
aux confins de la vie et en quelque sorte simple cristalli- 
sation animée.de la matière, est représenté par la cellule 
unique, individualisée; le deuxième, par la réunion de 
cellules isolément vivantes, ayant leur individualité 
propre, en un individu plus complexe, à la vie générale 
duquel concourent toutes les existences partielles dont il 
est la résultante, par la colonie, en un mot; le troisième, 
par le tissu proprement dit, qui se divise, chez les végé- 



taux uniquement cellulaires, en régions purement phy- 
siologiques et, par l'adjonction de fibres et de vaisseaux, 
en régions organiques. L'individu unicellulaire est le 
point de départ de la colonie, et la colonie, quelle que 
soit la perfection absolue de chacun des éléments qui la 
composent, est le point de départ du tissu. 

Chez les Arthropodes, le stade correspondant à la 
colonie n'existe pas, ou du moins n'existe plus; la phase 
intermédiaire qui a permis l'apparition des appendices 
ambulatoires aux segments d'abord apodes ayant disparu 
en cessant d'être utile ; mais le stade immédiatement 
supérieur, le tissu à régions physiologiques, y est repré- 
senté par les Myriopodes, qui, si l'on transporte théori- 
quement les aptitudes de la cellule au zoonite, sont aux 
Annélides ce que les Confervacées sont aux Cénobiées. 
Au tissu à régions organiques correspondent les formes 
chez lesquelles les zoonites se groupent en trois ou en 
deux centres de coalescence distincts, c'est-à-dire les 
Arachnides, les Crustacés et les Insectes. Deux des stades 
que nous observons dans l'évolution végétale ayant cha- 
cun une phase correspondante dans l'évolution des 
Arthropodes, n'y a-t-il pas lieu de penser que ces phases 
s'y suivent dans le même ordre et, par suite, que le pre- 
mier terme de la progression est représenté par le type à 
zoonites tous distincts et encore presque individualisés, 
comme dans la colonie, grâce à la similitude de leur 
organisation, c'est-à-dire par le type myriopode? 

Jusqu'à preuve évidente du contraire, nous nous ran- 
geons à cet avis. Il nous reste maintenant à trouver le 
quatrième terme, les deux autres étant considérés comme 
moins parfaits, et jusqu'à un certain point, comme tran- 
sitoires et intermédiaires. Ce quatrième terme nous 
paraît être, à priori, l'Insecte, et il y a un fait général 
qui semble affirmer sa prééminence : c'est l'immense dif- 
férenciation qui a multiplié son type initial en une pro- 
digieuse variété de formes, tandis que l'évolution mor- 
phologique des Crustacés et des Arachnides s'est tenue 
dans deslimitesbien plus restreintes : approximativement, 
en effet, on compte quatre cent mille espèces d'Insectes. 
Cette incomparable adaptivité, dont les effets se manifes- 
tent encore tous les jours, semble indiquer que la série 
entomologique a le mieux embrassé la formule morpho- 
génique qui a été la base et le point de départ des Arthro- 
podes, et que le type Insecte est le plein épanouissement 
de la pensée idéale qui a guidé la nature dans la création 
des Articulés. On pourrait rapprocher de cette indéfinie 
variété la multiplication considérable des formes chez les 
végétaux angiospermes, où la cause organisatrice de la 
réalisation végétale, après des essais qui aboutissent aux 
Algues, aux Mousses, aux Fougères, trouvant enfin un 
champ largement ouvert à son activité, se plaît à façonner 
presque sans bornes. 

Un autre fait, qui milite en faveur de la supériorité 
organique des insectes, est la métamorphose qui, dans les 
types culminants, termine le cycle de la vie individuelle 
en permettant la formation des organes sexuels, et cou- 
ronne une série de développements embryonnaires cor- 
respondant aux autres types des Arthropodes. Leurs 
larves apodes correspondent certainement, abstraction 
faite des éléments générateurs, à la forme d'articulé qui, 
l'existence propre des zoonites étant absorbée, noyée dans 
la vie générale de l'individu, stade déjà supérieur à la 
colonie, n'attendait plus que l'apparition d'appendices 
ambulatoires pour constituer un véritable Myriopode; 
leurs larves à pattes abdominales peuvent être considé- 



60 



LE NATURALISTE 



rées comme l'étape embryonnaire correspondant, aux 
Myriopodes définitifs et sexués; enfin leurs larves aqua- 
tiques à fausses branchies épanouies dans le liquide, ont 
des analogies indiscutables avec les Crustacés. 

En d'autres termes, l'évolution de l'Insecte réalise des 
phases qui, selon le groupe, forment le passage aux 
Myriopodes, aux Crustacés, ou même aux Arachnides; 
mais, chez eux, ces phases ne s'accompagnent presque 
jamais et sauf dans les formes de transition de l'appari- 
tion d'organes reproducteurs, dont le développement 
rapide limite au contraire l'évolution individuelle dans 
les trois autres groupes. Soient, par exemple, un Crustacé 
et un Insecte ayant dans son jeune âge des affinités 
physiologiques et morphologiques avec les Crustacés. 
Supposons que tous deux subissent, après leur sortie de 
l'œuf, un nombre égal de transformations, de mues, qui 
les amènent à une forme sensiblement analogue; après 
la dernière de ces mues, le Crustacé sera un être sexué, 
c'est-à-dire complet, et n'ayant nul besoin d'évoluer 
davantage, tandis que l'Insecte sera encore un embryon, 
et qu'il n'atteindra sa forme définitive que par une der- 
nière métamorphose. 

Ce qui constitue précisément la mesure et la preuve de 
sa plus complexe différenciation organique, c'est, après 
avoir parcouru toutes les étapes qui réalisent progressive- 
ment la forme chez les autres Arthropodes, de n'être 
encore qu'un germe alors qu'ils sont adultes, de se con- 
tracter en nymphe, de renfermer sa substance accrue 
grâce à des mues successives au sein d'un second œuf, 
où évolue, par un travail intime d'organisation qui con- 
tinue la primordiale segmentation embryonnaire, un être 
nouveau. Car l'image adulte, sortie du sommeil de la 
nymphose est, bien un être nouveau, avec ses quatre ailes 
implantées par paires sur les deux derniers segments 
thoraciques. Et, pour que l'Insecte puisse être ainsi dans 
son jeune âge un Crustacé ou un Myriopode et épanouir 
ensuite toutes ses facultés vitales dans une forme plus 
noble, que ne connaissent ni les Crustacés ni les Myrio- 
podes, il faut que celui-là ait été créé après ceux-ci, il 
faut qu'il en procède et qu'il soit plus parfait qu'eux. -D'où 
l'on peut conclure que les divers types des Arthropodes 
correspondent à un même développement embryonnaire, 
interrompu à des stades différents, et qu'ils doivent leurs 
caractères à l'époque variable où s'est trouvée arrêtée, 
par l'apparition des aptitudes sexuelles, leur évolution. 

A. Acloque. 



GENERA ILLUSTRÉ 



COLÉOPTÈRES DE FRANCE 



ERRATUM 

Les lecteurs du Naturaliste savent évidemment com- 
bien est difficile la composition typographique d'un ou- 
. rage tel que le Gênera illustré des Coléoptères de France. 

Les nombreuses erreurs qu'ils ont pu remarquer dans 
le dernier numéro doivent être rectifiés ainsi qu'il suit : 
P. 23 . — Tableau des Sections, la lettre F a été oubliée ; 

elle correspond au dessin supérieur. 
Même page.— La séparation des groupes de la 1" section 

n'a pas été indiquée entre les diagnoses 4 et i (2 9 co- 



lonne). Il faut rapporter en ce lieu la première ligne 

de la page 25. 
P. 24. — La figure donnée pour le groupe des Gyrinides 

n'est pas celle qui convient ; il ne faut aucunement en 

tenir compte. 
P. 24. — Les figures 7 et 8 doivent être transposées et 

remises en face de leur diagnoses respectives. 
P. 24. — La figure 13 doit être rapportée en face de la 

7 e diagnose. 
Enfin, p. 25. — Chaque paragraphe du texte devrait être 

suivi du tableau analytique qui lui correspond. 

Nous espérons que nos lecteurs rétabliront facilement 
ces erreurs de composition qui seront d'ailleurs soigneu- 
sement corrigées dans l'édition définitive. 

N. D. L. R. 



OISEAUX ACRIDOPHAGES 

Suite 



INDEX DES LAMPROTORNID^E 
HEUGL1N 

Ornith. Ost-Afrika's. 

Lamprotornis .enea, trouvé sur le Nil blanc 

Synonymes:jMîdaa??ieaLAYARD Sennaar et Kordofan. 

— Lamprotornis lon- 

gicauda, Swainson. 

— Merle vert-doré de 

Levaillant, 



Lamprotornis porphyroptera 
Lamprocolius chlor opter us, 

— chalcurus, 

— chalybus, 



T. II, p. 146, t. 87, trouvé 

à Bongo. — Abyssinie. 
Gambie. — Casamance. — Ga- 
bon. 
Somalie. — Abyssinie. — Gam» 

bie. — Gabon. 
Bongo. — Abyssinie. — Gam- 
bie. — Gabon. 
Abyssinie. — Kordofan. — Sé- 
négal. 
auratus orienta- Bahar el Ghazal. 

lis, 
sycobius Hart., Tété. 
decoratus , 
ignitus, 
splendidus, cry- 

sonetis, Swainson. Afr. Occ. 
Lessoni, Fernando-Po. 

auratus, ptilo- 

nochryelus, Swainson fig. Lev. pi. 90. 
phœnicopterus, Swainson. S. Afa. f. pi. 89. 
bispecularis, Damaraland. 
nitens, Angola. 

melanogaster, Sud-Est et Sud-Afrique. 
Gabon. 
Afrique occidentale. 



Zambèze. 
Sud-Afrique. 
Gabon. — Angola. 



purpureiceps, 
cupreocauda, 



Lamprocolius Notauyes Chrysogasler. — Lamp. Juida Layard. 

Brehm, III, p. 308. 
Notauges, Lamprotornis, Juida superba. Brehm, III, p. 308. — 

Somalie, montagnes du Choa. — Bahar el Abiad. — Djour. 

— Afr. Occ. 

Notauges albicupillus . — Somalie, suit les troupeaux de 

bétail. 
I'holidauges leucogaster. — Sud- Afrique. — Damara. — Natal. 

— Mozambique. 

Amydrus Tristram, Lamprotornis morio, existe dans la 
Judée, la Palestine ; c'est le parent du Nabirop. Lev. pi. 91 
Spreo f'ulvipennis. 
Dans la « Syrie d'aujourd'hui » du D r Lortet, on trouvera 

des détails très intéressants sur cet oiseau. 



LE NATURALISTE 



61 



HARTLAUB 

Système de Ornith. West Afrika's. Bremen, 1887. 

Lamprotornis seneus, le vert doré de Lev. — Sénégal. — 

Gambie. — Casamance. — Ile du Prince. 
Onychorgnatus, Hart. — San-Thomé. 
Spreo morio, niger, le Roupenne de Lev. — Aguapim. — Kor- 

dofan. — Fazoglo. — Abyssinie. 
Spreo amydrus, fulvipennis le Nabourop de Lev. — An- 
gola. — Damaraland. 
Lnmprocolius ignitus, Sénégal. — San-Thomé. — 

Gabon. — Angola. 

— auratus, Sénégal. — San-Thomé. — 

Gabon. — Angola. 

— splendidus, Gambie. — Casamance. — Fer- 

nando-Po. — Gabon. — Congo. 

— nitens, Angola. 

— chalcurus, Gambie. — Casamance. 

— chloropterus, Afrique occidentale. — Gabon. 
melanogaster, Sénégal. 

— cupreocauda, Sierra-Leone. — Gabon. — 

Aguapim. 

— purpureiceps, Gabon. 

— rufiventris, Casamance. — Bissâos. 

— pholidanges leu' Gambie.— Casamance. — Agua- 

cogaster, pim. — Natal. — Abyss. — 

Arabie. 
LAYARD 
Birds South-Africa. 
Lamprocolius acuticaudus, Sharp, tailed. Glossy Trush. 

— melanogaster. blak bellied — starling. 

— nitens, Angola — — 

— phœnicopterus, Redshouldered — — 

— sycobius, Peter's — — 
australis, Burchell's — — 

— mevesi, Meves — — 

— purpureus, Bocage's — — 
Plwlidauges Verrauxii, Juida leucogaster. 

— Verrauxii, Glossy Trush. 
Spreo bicolor, pi. 88. Lev. Ois. 

d'Afr. Common spreo. 

Amydrus Cafer, pi. 91. Lev. 

Ois. d'Afr. Pale winged glossy starling. 

Juida fulvipennis, 

Amydrus morio. P. 173... Cape. 

Juida morio. 

Les deux espèces de Spreo du Sud de l'Afrique viennent 
jusqu'en Guinée. Des dix Lamprocolius des régions de l'ouest, 
neuf sont locales seulement. Le Rufiventris est plutôt un 
oiseau du Nord-Est. 

HOLUB 
Beitràge zur Ornith. Sud-Afrika's. 
Lamprotornis Mewesii (Wahe), Mewes Glanz Vôgel. 

— Burchelli (Smith), Burchell's Glanz Vogel. 
Lamprocolius sycobius (Peters), Peters Glanz Vogel. 

— phœnicopterus 

(Swains), Violettfleckiger Glanz Vogel. 

Spreo bicolor (Gmed), Zweifarbiger. — Staarglanz 

Vogel. 
Amydrus morio (Linné), Mohrenglanz Vogel. 

I. VERREAUX 
Bévue et Magasin de Zoologie, 1855. 
Observations dans la Casamance. 
Lamprotornis seneus. 

— splendidus. 

— chalcurus. 

— rufiventris. 
Pholidauges Verrauxii. Pel, 

dans le pays Ashanti, trouva : 

Lamprocolius purpureiceps. 

— sycobius. 

— nitens. 

— nigriceps. 

— scutatus. Rus, 
à Aguapim, trouva : 

Lamprocolius cupreocauda. 

— auratus. 

(A suivre.) j. Forest. 



LEÇONS ÉLÉMENTAIRES DE BOTANIQUE 

Faites pendant l'année scolaire 1894-1895, en vue de la prépa- 
ration au Certificat d'études physiques, chimiques et natu- 
relles, par M. Daguillon, chargé de cours à la Faculté des 
Sciences de Paris (1). 

Voici un peu plus d'un an qu'un changement important a 
été introduit dans notre enseignement médical. La première 
année d'études n'est plus faite dans les Ecoles de Médecine, 
mais dans les Facultés des Sciences. Il en est résulté un en- 
seignement un peu différent de ce qu'il était. 

Un enseignement nouveau fait nécessairement éclore des 
livres nouveaux. Que les lecteurs du Naturaliste nous permet- 
tent de leur présenter un ouvrage qui nous semble particuliè- 
rement bien adapté aux besoins des étudiants auxquels il est 
destiné. C'est la reproduction des Leçons de Botanique faites 
par M. Daguillon à la Sorbonne, aux futurs étudiants en méde- 
cine, pendant l'année scolaire 1894-1895. 

Un cours est toujours fait dans un but plus spécial qu'un 
traité. Aussi, les reproductions de cours sont fort goû- 
tées des étudiants, qui y trouvent les diverses questions scien- 
tifiques exposées d'une façon plus conforme au résultat qu'ils 
se proposent d'atteindre. Un traité doit avoir des contours 
plus arrêtés, une allure plus sévère, un ordre plus rigoureux. 
Dans un cours, on peut se donner plus d'aisance des coudes, 
plus de liberté d'allures dans le degré do développement des 
diverses questions. Un traité, c'est un arbre vu en hiver, dont 
on observe le squelette solide et vigoureux, dont on admire 
la puissante ramure. Un cours, c'est un arbre vu en été, qui 
charme par ses contours plus ondoyants, par la grâce et la 
légèreté de ses feuilles. 

D'ailleurs, dans l'ouvrage de M. Daguillon, le charme est 
loin de nuire à la solidité ; car ses « Leçons », qui embrassent 
l'ensemble de la Botanique, nous tiennent, pour chaque ques- 
tion, exactement au courant de l'état actuel de la science. 
Citons, par exemple, les chapitres relatifs à la division cellu- 
laire, à la respiration végétale, etc. 

La Bactériologie est une science qui se développe chaque 
jour, et de futurs médecins doivent en connaître les éléments. 
M. Daguillon expose les points principaux de la technique 
bactériologique ; il donne avec détails l'histoire de plusieurs 
types de Bactéries et, parmi les microbes pathogènes, il a eu 
l'heureuse idée de choisir celui dont on parle le plus en ce 
moment : nous voulons parler du Bacille de la diphtérie, et il 
a montré, avec non moins de précision que d'impartialité, le 
rôle des divers savants qui ont contribué à trouver le moyen 
de guérir le croup. 

Le résumé de tous ces travaux, loin d'être aride, est, au 
contraire, présenté d'une façon extrêmement frappante. Par- 
fois même certaines questions sont exposées avec un intérêt 
vraiment dramatique. Lisons, par exemple, le chapitre relatif 
à la question des générations spontanées. 11 s'agit d'une des 
luttes scientifiques les plus importantes, tant par l'intérêt ca- 
pital de la question elle-même que par le nom des champions 
engagés. Eh bien ! grâce au style coloré de l'auteur, il semble 
que l'on assiste à la lutte. Au xvm e siècle, nous voyons aux 
prises Needham et Spallanzani.Plus tard, entrent dans la mêlée 
Schwann, Schulze, etc. Enfin, voici les derniers lutteurs, 
glorieux vaincus et vainqueurs de cette grande guerre, Pou- 
chet, Tyndall, Pasteur. 

Il est généralement d'usage de commencer l'étude de la Bo- 
tanique par les végétaux supérieurs. Dans son ouvrage 
M. Daguillon a cru devoir faire l'inverse. Nous pensons qu'il 
a eu raison ; car, après l'étude générale de la cellule.il est pré- 
férable de commencer par les êtres les plus simples. Puis, la 
variété de l'appareil végétatif, des appareils reproducteurs 
des Champignons, des Algues nous paraît très propre à beau- 
coup intéresser le lecteur. 

Ensuite est étudié l'appareil végétatif des plantes vascu- 
laires, racine, tige et feuille, puis une portion de la physiologie 
végétale. 

Dans une seconde partie qui paraîtra prochainement, l'au- 
teur étudiera le reste de la physiologie, puis les Cryptogames 
vasculaires, la fleur des Phanérogames, et terminera par 
des notions de Géographie botanique et de Paléontologie 
végétale. 
Notons encore que son premier volume fait entrer dans 

(1) Librairie Belin frères, Paris, rue de Vaugirard, 52. 



02 



LE NATURALISTE 



l'enseignement les résultats acquis depuis peu relativement 
à l'influence du milieu sur les plantes. Il est d'un intérêt à la 
l'ois pratique et philosophique de savoir quels sont les carac- 
tères des végétaux, susceptibles de changer sous l'action du 
milieu extérieur, de connaître les modifications qui se produisent 
quand une plante ou une portion de plante croit dans la terre, 
dans l'air ou dans l'eau, à une lumière plus ou moins intense, 
dans un air ou un sol plus ou moins humide, etc. Aucun 
traité de Botanique n'a encore exposé dans son ensemble 
cette question. Il faut féliciter M. Daguillon de ne pas l'avoir 
passée sous silence. 

En somme, l'ouvrage que nous analysons présente la science 
tics végétaux sans sécheresse, et même d'une façon attrayante. 
De plus, l'exposé des diverses questions y fait toujours con- 
naître les données les plus récemment acquises à la science. 
Nous ne pouvons que souhaiter à co livre le succès qu'il 
mérite. S'il est particulièrement utile aux futurs étudiants en 
médecine, bien des candidats à des examens plus difficiles 
que le Certificat d'études P. C. N. tireront un grand profit de 
son étude approfondie, et beaucoup de professeurs n'auront 
pas à regretter de le consulter. 

Léon Dufour. 



ACADÉMIE DES SCIENCES 



M. Maurice Meslans (1) d'une étude comparative sur l'influence 
de la nature chimique des corps sur leur transparence aux 
Rayons de Rôntgen conclut que les différences dans la cons- 
titution chimique des diverses matières qui forment les nerfs, 
le sang, etc., permettront sans doute aussi, d'en obtenir des 
images photographiques, grâce à leur inégale transparence, 
les éléments minéraux des spicules des éponges et du sque- 
lette des Echinodermes pouvant certainement donner des 
images vigoureuses, bien commodes pour une étude rapide. 
Les expériences de M. V. Chabaud (2) ont montré le peu de 
transparence du Plomb (et probablement de ses sels) pour les 
Rayons X; il en résultera un excellent moyen pour étudier la 
circulation grâce à des injections au chromate de Plomb, 
masse à injection comme on le sait si pénétrante, mais mal- 
heureusement si difficile à employer dans les organes à dissé- 
quer à cause des fuites inévitables. 

Dans le domaine de la Physiologie expérimentale, M. A. 
Chauveau (3) a pu, pour la première fois, donner une démons- 
tration de la loi de l'équivalence pour les travaux qui pren- 
nent leur source dans l'activité des tissus de l'organisme ani- 
mal. 

La belle et mémorable expérience de Hirn qui visait cette 
démonstration n'avait pas réussi à l'atteindre. M. A. Chauveau 
a pu vérifier expérimentalement cette loi, par la méthode do 
comparaison de la dépense énergétique (évaluée d'après les 
échanges respiratoires) qui est respectivement engagée dans le 
travail positif et le travail négatif qu'exécutent les muscles. 
M. Auguste Charpentier (4), en nous signalant une nouvelle 
forme de réaction négative sur la Rétine, a pu établir cette 
nouvelle loi intéressant la physiologie de l'œil, « que tout 
changement brusque et suffisamment grand de l'excitation lu- 
mineuse d'un point de la Rétine détermine une réaction néga- 
tive dont la forme oscillatoire peut être plus ou moins sen- 
sible. Nous ne citerons que pour mémoire les expériences faites 
à Agra par M. Haukin et à Saigon par M. Lépinay avec, le 
sérum antivenimeux de M. A. Galmctte (5) ; ses expériences 
permettent de recommander désormais l'usage du sérum anti- 
venimeux contre l'envenimation produite par les morsures des 
Reptiles. L'efficacité de ce sérum est certaine, s'il est employé 
dans un délai assez court après la morsure, et, dans tous les 
cas, son emploi n'entraîne aucun inconvénient. La Physiologie 
animale doit encore à M. J. D. IHeri (6) quelques observations 
sur la respiration des Poissons ; le type choisi par l'auteur de 
ces expériences est l'ammodytes tobianus; il a étudié ses mani- 



(1) 10 février. 

(2) li février, 
(.'{j 20 janvier. 

(4) 13 janvier. 

(5) 27 janvier. 
(K) 3 février. 



festations respiratoires dans une eau confinée plus ou moins 
aérée, dans une eau en contact avec une atmosphère plus ou 
moins chargée d'acide carbonique, enfin à l'air libre. 

L'Ostéologie comparée s'est enrichie de deux intéressantes 
études, la première de M. A. Perrin (7) sur le Carpe des 
Anoures, la seconde de M. A. Sabatier (8) sur la Morphologie 
des membres chez les Poissons osseux. Suivant les observations 
de M. Perrin, le squelette de la main des Anoures diffère du 
squelette de la main chez les Urodèles par l'absence d'un cen- 
tral libre et par la présence d'un doigt supplémentaire. C'est 
une particularité de même nature qui distinguo le squelette 
du pied dans les deux ordres de Batraciens. 

Les études approfondies de M. A. Sabatier lui ont permis 
d'établir d'une manière rationnelle que le squelette tout entier 
du membre des Vertébrés (ceinture et extrémité) a pour ori- 
gine la différenciation de deux demi-interépineux. 

M. Kowalcwsky (9), si connu par ses remarquables travaux 
vient d'appliquer sa méthode d'injection au carminate d'am- 
moniaque et au tournesol à quelques Hirudinées : il a pu 
ainsi déterminer les réactions des divers organes sécréteurs 
du canal intestinal, du cœlome, des cavités néphridiennes ; il a 
pu aussi, en ajoutant au tournesol des Bactéries ou des subs- 
tances colorantea, observer que les leucocytes absorbent les 
substances solides ou les Bactéries. 

L'étude de Tétraclita porosa, cirrhipède voisin des Balanes, 
a procuré à M. A. Gruvel (10) quelques points intéressants au 
point de vue anatomique et histologique, spécialement l'étude 
de la Branchie qui place ce genre au-dessus des Balanes pro- 
prement dites (11), tandis que l'étude du test calcaire le place 
entre le genre Clithausalus et le genre Balanus. 

M. A. Pizon a étudié au laboratoire maritime de Tatihou les 
membranes embryonnaires et les cellules de Rebut chez les 
Molgules (?). C'est au même Laboratoire que M. Nicolas Zo- 
graf, le savant professeur de Moscou (13), a poursuivi ses re- 
cherches sur le système nerveux embryonnaire des Nauplius 
et de quelques larves d'animaux marins; il a pu prouver ainsi 
le bien-fondé de l'opinion de Dohrn qui considère les nauplius 
des crustacés comme homologues des larves des trochosphères 
des vers annelés. M. de Zograf a pu observer aussi bien des 
fois l'anneau sous-vibratile chez les Véligers des Mollusques et 
constater ainsi la parenté de ces larves avec les trochosphères 
des annélides. 

Une note de M. Laboulbène (14) et une de M. Kunckel 
d'Herculais sur la Vésicule céphalique des insectes diptères 
de la famille des muscides termine cette énumération des tra- 
vaux de zoologie. 

La Botanique n'a fourni que le sujet de peu de notes dans 
les dernières séances de l'Académie des Sciences. 

M. G. Fabre (15) signale une nouvelle station du Pin Laricio 
en France dans le Gard. 

Enfin deux notes de M. Julien Ray (16) et de M. Paul Vuil- 
lemin (17) ont pour objet le Parasitisme d'un Trichoderma sur 
les champignons du genre Mucor. La géologie est au con- 
traire un peu plus riche. » 

M. G. Fabre (18) qui, dès 1873, avait signalé l'existence de 
dépôts glaciaires dans les départements de la Lozère et du 
Cantal, précise les faits et rapporte au pliocène ces dépôts 
qu'il a étudiés sur les plateaux d'Aubrac dans le Gévaudan. 

M. Lacroix (19) tire, de l'observation des tufs volcaniques de 
Ségalas (Ariège), des conclusions intéressantes au sujet de 
l'origine des Ophites. 

Un voyage au Transwaal a permis à M. L. de I.aunay (20) 
d'établir assez nettement les caractères géologiques des con- 
glomérats aurifères du Witwatersrand et de tenter d'expliquer 
leur formation. 



(7) 13 janvier. 

(8) 20 janvier. 

(9) 27 janvier. 

(10) 27 janvier. 

(11) 6 janvier. 

(12) 6 janvier. 

(13) 3 février. 

(14) 3 et 10 février. 

(15) 13 janvier. 

(16) 6 janvier et 10 février. 

(17) 3 février. 

(18) 13 janvier. 

(19) 20 janvier. 

(20) 3 et 10 février. 



LE NATURALISTE 



63 



Les Roches éruptives et métamorphiques du Bassin de La- 
val fournissent à M. Œlsler (21) le sujet d'une note intéressante 
et les Albitophyres du même bassin sont étudiés au point de 
vuepétrographiqueparM. Michel-Lévy (22). Enfin MM. Vasseur 
et E. Fournier (23) donnent des preuves de l'extension sous- 
marine au sud de Marseille du massif ancien des Maures et de 
l'Estérel. 

Deux notes de M. le D' Sauvage (24) sur un Ophidien des 
terrains crétacés du Portugal, et de M. Bleicher (25) sur la dé- 
couverte d'un gisement de terrain tertiaire terrestre fossilifère 
dans les environs de Liverdun (Meurthe-et-Moselle), doivent 
clore cette éoumération. 

Ajoutons que le fait le plus important, au point de vue de la 
géologie, est la nomination, comme membre de l'Institut, de 
M. Marcel Bertrand en remplacement de M. Pasteur; 47 suf- 
frages lui ont dès le premier tour de scrutin donné la majorité 
absolue. M. Michel-Lévy a obtenu 4 voix et M. de Lapparent3. 

E. Malard. 



CHRONIQUE 



Formation de» bassins houillers. — M. de 

Lapparent a signalé à la Société géologique de France 
une observation très intéressante qui vient d'être faite, 
dans une houillère de Liège, par un géologue belge, le 
R. P. Schmitz. En étudiant une série de troncs de Cala- 
mites, qui apparaissaient au toit d'une galerie, M. Schmitz 
s'est assuré non seulement que tous ces troncs étaient 
tranchés net à la rencontre de la couche de charbon, 
mais que deux d'entre eux portaient, adhérents à leur 
section ainsi coupée, de gros fragments aplatis d'écorces 
de Sigillaires. 

On ne saurait désirer une confirmation plus catégo- 
rique de la théorie de M. Fayol sur le mode de formation 
par flottage de tous les bassins houillers, même ceux du 
Nord. 

Propriété des feuilles de tomates. — Il 

paraît que ce n'est pas seulement par ses fruits que cette 
intéressante plante peut nous rendre de grands services. 
On annonce, en effet, que ses feuilles peuvent être em- 
ployées pour composer un excellent insecticide. On a 
trouvé que l'eau dans laquelle on avait fait macérer 
une certaine quantité de feuilles de tomates débarrassait 
complètement les pêchers, les orangers, etc., des nom- 
breux insectes de toute nature qui infestent ces arbres. 
Deux jours ont suffi pour donner un résultat complet. 

La recette est facile à appliquer, mais, ne l'ayant pas 
expérimentée nous-mêmes, nous faisons des réserves 
sur sa complète efficacité. (Le Petit Jardin.) 



OFFRES ET DEMANDES 



M. D. H., à Bordeaux, n° 67G. — Les diamants histo- 
riques sont au nombre de 14. Ce sont : le Régent (136 ca- 
rats), le Sancy (53 carats), l'Impératrice Eugénie (51 ca- 
rats), Kohinoor (186 carats, lors de l'ancienne taille, et 
actuellement 106 carats), le Piggot (82 carats), Nassak 
(78 carats), Schah de Perse (95 carats), Grand Mogol 

(21) 3 février. 

(22) 3 février. 

(23) 27 janvier. 

(24) 3 février. 

(25) 20 janvier. 



(793 carats), Orloff (194 carats), Hope bleu (44 carats), 
Toscan (913 carats), Etoile polaire (40 carats), Pacha 
d'Egypte (40 carats), Étoile du Sud (125 carats). 

Il existe de très belles imitations de ces diamants 
historiques en strass ou cristal de Bohême ; le prix de 
cette collection en écrin vaut 90 francs à la maison 
Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris. 

— M. E. Mory, H2, Austrasie, Bâles, offre en échange 
des papillons des Alpes. 

— M. M. C. 697, à Lyon. Les collections de Lépidop- 
tères, de Séricifères, de dégâts de feu Jules Fallou père 
ainsi que la collection d'Hémiptères européens et 
exotiques de M. Gustave Fallou fils, ont été donnés au- 
Muséum d'Histoire naturelle de Paris, par la famille de 
ces entomologistes, qui toujours, de leur vivant, avaient 
manifesté le ferme désir qu'après leur mort leurs collec- 
tions seraient données au Muséum de Paris. Les biblio- 
thèques de Fallou père et fils seront vendues prochai- 
nement aux enchères publiques sous la direction des 
experts-naturalistes, MM. les Fils d'Emile Deyrolle. 

M. D. E. 5432. — Les Fils d'Emile Deyrolle, natu- 
ralistes, 46, rue du Bac, Paris, nous prient d'informer 
les collectionneurs qu'ils tiennent à leur disposition de 
beaux et bons échantillons de minéraux provenant de 
leurs derniers arrivages. Des envois à choix peuvent 
être faits sur demande. 



Répertoire étymologique des noms français 

ET DES DÉNOMINATIONS VULGAIRES DES OISEAUX 



Mergule. — Traduction du mot latin Mergulus, nom donné 
par Vieillot à un genre de Palmipèdes brachyptères qui habi- 
tent le pôle arctique. Le Mergule nain (Mergulus aile) a été 
surnommé par les navigateurs du Groenland YOiseau de glace, 
parce que sa présence en bandes nombreuses indique ordinai- 
rement le voisinage de grandes masses de glace. 

Mcrion. — Nom mythologique donné à un genre de Passe- 
reaux (Malurus) qui habitent l'Australie. 

Merle. — L'étymologie de ce mot n'est pas exactement 
connue. Merle dériverait du latin Merula. « Varro, en son 
livre Lingua latina, rend la raison de son étymologie latine, 
voulant qu'on l'ait ainsi dit : Merula quasi mera, parce qu'il 
ne vole en compagnie, se trouvant ordinairement seulet. » 
(Belon.) « Isidore a écrit que l'on disait anciennement Medula, 
au lieu de Merula, parce que son chant offre des modula- 
tions. » (Aldrovande.) 

Merle «l'eau. — Surnom donné au Cincle (Cinclus aqua- 
ticus), parce qu'il a une certaine ressemblance avec le Merle 
et fréquente le bord des eaux. (Voyez le mot Aguassière.) 

Merle polyglotte. — (Voyez le mot Moqueur.) 

Mésangeai. — Ce nom, formé par la réunion des mots 
Mésange et Geai, est employé pour désigner des Garrulidés, 
qui grimpent aux branches des arbres comme les Mésanges. 
L'espèce la plus connue (Perisoreus infaustus), très commune 
dans certaines parties de la Russie et de la Sibérie, et qui a 
été surnommée par les Norvégiens Geai imitateur et Grim- 
pereau des lichens, est généralement appelée Mésangeai de 
malheur, à cause de son cri qui est rauque, miaulant et si 
lugubre qu'il ressemble à celui d'un homme appelant au se- 
cours. 

Mésange. — Ce nom, d'après Salernc, dériverait du grec 
inusité meios (petit) et aurait été donné aux Mésanges a 
cause de leur petitesse. Ménage fait dériver Mésange du nom 
allemand de ces oiseaux : Mesenke. La Mésange charbonnière 
(Parus major) a été ainsi nommée à cause de la coloration 
noire de sa tète et de sa gorge. Les Espagnols la désignent 
sous le même surnom : Carbonero. 

Messager. — Les premiers naturalistes qui ont connu ce 
Rapace (Gypogeranus reptilivorus) lui ont donné les noms de 



04 



LE NATURALISTE 



Messager et de Secrétaire. « Son exercice le plus ordinaire est 
de marcher à grands pas de côté et d'autre et longtemps, 
sans se ralentir ni s'arrêter, ce qui apparemment lui a fait 
donner le nom de Messager, comme il doit sans doute celui 
de Secrétaire à ce paquet de plumes qu'il porte au haut du 
cou, quoique M. Vosmaer veuille dériver ce dernier nom de 
celui de Sagittaire, qu'il lui applique d'après un jeu auquel 
on le voit s'égayer souvent, qui est de prendre du bec ou du 
pied une paille ou quelque autre brin et do le lancer en l'air 
à plusieuis reprises. » (Buffon.) Pour les ornithologistes mo- 
dernes, ce Rapace est le Serpentaire, ainsi nommé de son 
habitude de ne chasser et de ne manger que des Reptiles et 
principalement des serpents. 

Milan. — Nom donné à des Rapaces et tiré de leur nom 
latin Milvus. « Les Latins l'appelaient ainsi pour désigner un 
oiseau mou par sa nature et par son vol et qui, comme le dit 
Isidore : Nimirum molliler et immotis alis volât. » (Aldro- 
vande.) Le Milan royal (Milvus regalis) a été ainsi nommé, 
parce que les princes dressaient le Faucon à le chasser. 

Milouin. — L'étymologie de ce nom, donné par Brisson à 
un Canard (Fuligula ferina), n'est pas exactement connue. On 
admet que le mot Millouin ou Milouin ne serait qu'une altéra- 
tion du nom allemand de ces Palmipèdes : Miltelente. 

Miloninan. — Buffon a donné ce nom à un Canard (Fuli- 
gula marila), d'après certains rapports de distribution des 
nuances de son plumage, qui rappellent celles du Mi- 
louin. 

Ministre. — Surnom donné par les oiseliers à un petit 
Passereau de l'Amérique du Nord (Cyanospiza cyanea), que 
son plumage bleu a fait aussi surnommer Linotte bleue et que 
les Américains appellent Indigo-Bird. 

Mono. — Nom que les naturels des îles Sandwich donnent 
à cet oiseau (Moko niger) et qui lui a été conservé par les 
ornithologistes. 

Moineau. — Ce mot est un diminutif de moine, à cause du 
plumage brun de ces oiseaux. « Cestuy est nommé un Moi- 
neau, parce qu'il semble porter un froc de la couleur des en- 
fumez. » (Belon.) Pierre Borel le fait venir du mot grec 
monos (solitaire), d'où vient aussi, selon lui, le mot moine. 

Molothre. — Nom formé par Swainson des mots grecs 
môlos (tumulte) et throus (bruit) pour désigner des Sturnidés 
(Molothrus), à cause des cris discordants que font entendre 
ces oiseaux, plus connus sous le nom de Bruajitin. (Voyez ce 
mot.) 

Momot ou Motinot. — Brisson a conservé le nom donné 
par les indigènes de la Guyane à cet oiseau (Prionites mot- 
mota), par imitation de son cri. Buffon l'avait décrit sous le 
nom de Houtou. « Nous conservons à cet oiseau le nom de 
Houtou, que lui ont donné les naturels de la Guyane et qui 
lui convient parfaitement, parce qu'il est l'expression même 
de sa voix. Fernandez, qui, le premier, a parlé du Houtou, 
ne s'est pas aperçu qu'il l'indiquait sous deux noms diffé- 
rents, et cette méprise a été copiée par tous les nomencla- 
teurs, qui ont également fait deux oiseaux d'un seul. » 
(Buffon.) Schomburgk, qui a observé cet oiseau dans les fo- 
rêts de la Guyane, dit : « Avant le lever du soleil, on entend 
le cri plaintif et mélancolique houtou (cri que l'on peut 
rendre par molmot) s'élever de la forêt vierge et annoncer 
à la nature encore endormie le retour de l'aurore. » 

Monseigneur. — Surnom donné par les oiseliers à un 
Passereau d'Afrique (Euplectes oryx), très voisin de l'Ignico- 
lore. 

Moqueur. — Nom donné au Merle polyglotte (Mimus po- 
lyglottes), parce qu'il imite les chants des autres oiseaux. 
« Le Merle polyglotte répète fidèlement l'intonation et la me- 
sure de la chanson qu'il imite ; mais il l'exprime avec encore 
plus de grâce et de force. Dans les forêts de sa patrie, aucun 
oiseau ne peut rivaliser avec lui ; ses chants sont on ne peut 
plus variés ; souvent le voyageur croit avoir affaire à un 
grand nombre d'oiseaux, qui se sont réunis pour chanter au 
même endroit; les autres oiseaux eux-mêmes y sont souvent 
trompés. » (Wilson.) 

Morcllc. — Féminin du vieux mot français moreau (noir 
et luisant), qui dérive lui-même du grec maiiros (noirâtre). Ce 
nom a été donné dans certaines parties de la France à la 
Foulque (Fulica atra), à cause de son plumage noir. 

Morillon. — Surnom donné à un Canard [Fuligula cris- 
lata) et qui serait tiré de l'espagnol Morillo (petit Maure). 

Mormon. — (Voyez le mot Macareux.) 

Motteux. — Nom donné à un Traquet (Saxicola œnanlhe . 



« Cet oiseau, commun dans nos campagnes, se tient habituel- 
lement sur les mottes, dans les terres fraîchement labourées, 
et c'est do là qu'il est appelé Motteux. Lorsqu'on le fait 
partir, il ne s'élève pas, mais il rase la terre d'un vol court 
et rapide et découvre en fuyant la partie blanche du derrière 
de son corps, ce qui le fait distinguer en l'air de tous les 
autres oiseaux et lui a fait donner par les chasseurs le nom 
vulgaire de Cul-Blanc. » (Buffon.) 

Moucherolle. — Buffon avait donné ce nom à une sec- 
tion de la famille des Gobe-Mouches (Muscicapidés). « Pour 
mettre de l'ordre et de la clarté dans l'énumération des es- 
pèces du genre très nombreux des Gobe-Mouches, nous avons 
cru devoir les diviser en trois ordres, relativement à leur 
grandeur, et nous sommes convenus d'appeler Moucherolles 
ceux qui, étant plus grands que les Gobe-Mouches ordinaires, 
le sont moins que les Tyrans et forment entre ces deux fa- 
milles une famille intermédiaire. » (Buffon.) 

Moucbet. — Surnom donné en France à un Accenteur 
(Accenlor modularis), parce qu'il a le plumage moucheté. On 
désigne également cette espèce sous le nom vulgaire de Traîne- 
Buisson. (Voyez ce mot.) 

Mouette. — Diminutif de l'ancien mot français moue, qui 
dériverait lui-môme de l'allemand mouie, mewe, employé pour 
désigner des Palmipèdes (Larus). Une espèce, la Mouette 
rieuse (Larus ridibundus), a été ainsi nommée, parce que son 
cri a quelque ressemblance avec un éclat de rire. 

Moyen-Duc. — Nom donné au Hibou (Otus vulgaris), 
parce qu'il est intermédiaire entre le Grand-Duc (Bubo maxi- 
mus) et le Petit-Duc (Scops Europœus). 

Muscadivore. — Surnom donné à un genre de Pigeons 
(Carpophaga), parce qu'ils se nourrissent des noix muscades 
au temps de leur maturité. 

IV 

Nandou. — Les ornithologistes ont conservé à un genre 
d'Autruche (Rhea) le nom de Nandou que lui donnent les 
Brésiliens. « Le nom de Nandou, donné à cet oiseau par les 
Indiens, est une onomatopée du cri que pousse le mâle dans la 
saison des amours. » (Brehm.) Buffon a décrit le Nandou sous 
le nom de Touyou ou Autruche de Magellan. 

Nasican. — Nom donné par Le Vaillant à des Grimpe- 
reaux (Nasica), à cause de la longueur et de la forme de leur 
bec, qui est presque droit et légèrement recourbé seulement 
vers la pointe. 



BIBLIOGRAPHIE 



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Le Gérant: Paul GROULT. 

Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 11. 



14. 



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1?. 



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21. 



18 e ANNÉE 



2" SÉRIE — IM° « 1 y 



15 MARS 1896 



LE RAFFLESIA 



De tous les végétaux connus, le plus remarquable est, 
sans contredit, le Rafflesia. Il ne peut être comparé à 
aucun autre : sous son étrangeté de forme, de coloris, de 
végétation il est unique; comme dimensions florales il 
est encore unique. 

Le Raf/lesia, ou plutôt les espèces du genre Rafflesia, 
croît dans l'archipel Malais : c'est à Sumatra et à Java 
qu'il apparaît dans tout son éclat, au fond des forêts pro- 
fondes et toujours assombries de ce fantastique pays. 

C'est en 1818 que le D r Joseph Arnold, qui devait, peu 
de temps après, payer de sa vie son dévouement à la 
science, découvrit ce merveilleux végétal. Sir Rallies, 
gouverneur des possessions que la Compagnie des Indes 
possédait sur la côte malaise, recueillit les documents 



laissés par Arnold et adressa au célèbre Brown les pre- 
miers échantillons de Rafflesia. Le grand botaniste an- 
glais donna à la nouvelle plante le nom de Rafflesia Ar- 
noldi. 

Tous ceux qui ont eu occasion de voir sur place ce 
géant des fleurs, en sont restés émerveillés. C'est qu'on 
ne rencontre pas tous les jours une plante composée d'une 
seule fleur, charnue, sans feuilles, «ans tiges et même 
sans racines. On ne saurait mieux comparer cette fleur 
qu'à un gigantesque chou pommé de couleur brunâtre 
fixé par sa base sur les racines rampantes d'une autre 
plante. 

De la chlorophylle — la matière colorante verte des 
feuilles — il n'en est pas question ; quand la pomme s'en- 
tr'ouvre, on aperçoit à son centre une colonne colorée en 
rouge vif qui renferme les étamines et se termine à sa 
partie supérieure évasée par un rebord circulaire qui pro- 
tège les styles. Le périanthe entoure cette colonne cen- 




Rafïïesia Patma. 



traie : il forme à sa base un tube peu développé teinté 
en rouge-brun et son sommet est divisé en cinq lobes 
qui, après avoir été d'abord étalés, se réfléchissent défi- 
nitivement. La surface du périanthe présente un curieux 
aspect, on le croirait perforé par une multitude de petits 
pores qui ne sont autres que les macules blanches dont 
il est parcouru. La face inférieure est sillonnée et comme 
écailleuse. La fleur du Rafflesia est hermaphrodite, elle 
parait être quelquefois dioïque, mais par suite très pro- 
bablement d'avortement. 

Nous avons dit que les Rafflesia n'avaientpas de racines. 
Comment donc vivent-ils ?Blume et les autres botanistes, 
qui ont pu les étudier dans leur pays d'origine, les ont 
toujours trouvés croissant en parasites sur les racines 
des Cissus. Les indigènes, qui avaient dès longtemps ob- 
servé ce parasitisme dont ils ne se rendaient pas compte, 
regardaient les Rafflesia comme constituant la fleur du 



Cissus. Les racines de la plante nourricière sont couchées 
sur le sol, à nu ou à peine recouvertes d'un peu de terre 
ou de détritus organiques; de place en place on aperçoit 
à leur surface des protubérances qui sont l'indice du 
développement du Rafflesia. Comment les graines du Raf- 
flesia se sont-elles introduites sous l'écorce du Cissus? Par 
quel mécanisme la racine a-t-elle été entamée? C'est ce 
qu'on ne sait pas encore avec certitude. La germination 
se ferait peut-être sur l'écorce en même temps que, par 
un phénomène des plus fréquents, dans le cycle des actes 
vitaux, ii s'opérerait une véritable digestion des parties 
extérieures de l'écorce. Le suçoir s'introduirait alors faci- 
lement dans les tissus de la racine et la fixation serait as- 
surée. La germination aurait lieu alors de la même 
manière que chez le gui. On sait en effet que les graines 
du gui germent avec la plus grande facilité quand elles 
ont été introduites sous l'écorce des arbres nourriciers 



:^«05 




>Si MIS"^ 



(10 



LE NATURALISTE 



soit naturellement par la déchirure que produit le bec 
des grives ot de quelques autres oiseaux similaires, ou 
bien artificiellement par inoculation après entaille. 

On a pensé, dans le cas des Rafflesia, que les graines 
('(aient aussi portées par des insectes sous la couche cor- 
ticale des racines. 

La jeune plante se présente sous forme d'une masse 
globuleuse dont les parois sont constituées parles couches 
extérieures de la racine. Cette enveloppe se décbireplus 
tard et forme autour du jeune Rafflesiaune sorte découpe, 
qui laisse voir les bractées encore rapprochées, et qui ne 
s'écarterait que plus tard pour mettre à nule périanthe et 
les organes reproducteurs. On a pu comparer avec justesse 
la forme de la Heur parfaite à celle d'une amphore antique. 

La fécondation semble à première vue bien difficile en 
raison de la structure et de la position des anthères. Ces 
derniers organes sont en effet complètement cachés par 
un disque dont les lobes retombent sur eux et les 
soustraient ainsi à toutes les causes extérieures de dissé- 
mination. D'ailleurs au sein des forêts où croissent ces mer- 
veilleux végétaux régne le calme le plus complet : aucun 
souffle ne parvient jusqu'à eux et l'action des vents est 
par suite impossible. Il faut donc chercher ailleurs. La 
Heur répand une odeur infecte, qui se sent à distance, et 
qui attire des insectes spéciaux pressés de jouir de ce 
qui pour eux constitue le plus délicat des parfums. Ces 
necrophores, dans leurs allées et venues, tout en butinant , 
entraînent des grains de pollen qu'ils emportentavec eux 
et vont inconsciemmentdéposersurles organes femelles. 

Les détails que nous venons de donner sur les Rafflesia 
ne peuvent que bien incomplètement faire connaître 
l'histoire de ces plantes étranges au premier chef. Elles 
abondent dan s la Malaisie où elles sont, dit-on, l'emblème 
de la fécondité et de la richesse. Blume, qui a consacré 
presque toute son existence à l'exploration de la péninsule 
malaise et à l'étude de sa flore, décrit en ces termes en- 
thousiastes la découverte du Rafflesia Patina dans la petite 
île de Musa Kambangan située à peu de distance de Java : 
« ce fut vers le commencement d'octobre 1824 que ad- 
mirable spectacle de la plus merveilleuse des plantes 
vint réjouir mes regards. C'est le plus précieux des 
trésors, dit-il encore, que l'empire si vaste de Flore ait 
jamais fourni aux investigations hardies des botanistes.» 
Nul doute que l'enthousiasme du naturaliste hollandais 
ne fût partagé par tous ceux qui se trouvaient subite- 
ment en présence de pareille plante. Mais serait-il tou- 
jours nécessaire d'accomplir le voyage passablement 
lointain de Sumatra ou de Java pour aller se rendre 
compte sur place de l'effet produit? Ne pourrait-on pas 
cultiver le Rafflesia dans les serres de nos jardins bota- 
niques? L'horticulture est arrivée à des résultats telle- 
menl merveilleux, a accompli tant de prodiges qu'on se 
trouve en droit de tout attendre d'elle. On cultive actuel- 
lement avec la plus grande facilité les Orobanches et la 
Clandestine, plantes éminemment parasites. On a même 
proposé de faire de cette dernière une plante ornementale. 
Il est donc probable que nous verrons un jour des Raffle- 
sia vivants sans sortir de France. Il y a plus de trente 
ans d'ailleurs qu'au jardin de Buitenzorg, à Java, on a 
pu faire germer les graines du Rafflesia Arnoldi exacte- 
ment de la même manière que celles du gui. M. Teysman 
avait déposé desgraines dans une fente pratiquée à l'écorce 
d'uin' racine de Cissus. Au bout de quelque temps se 
sont montrés de jeunes Rafflesia qui ont épanoui leurs 
fleurs. P. IIakiot. 



L.^V MIELLEE 



« A certaines époques de l'année, au commencement 
de juillet surtout, si l'on se tient, par une journée chaude 
et par un beau soleil, sous un couvert de verdure, on 
peut remarquer dans les endroits correspondant à un 
rayon de soleil qui filtre à travers le feuillage, des mil- 
lions de petites gouttelettes brillantes, qui tombent sans 
interruption comme une pluie de la plus grande finesse. 

« Cette petite pluie de miellat explique pourquoi tous 
les objets qui se trouvaient sous le couvert de verdure, 
comme les bancs et les sièges de jardins, se couvrent de 
cette manne sucrée, et, si l'on reste soi-même quelque 
temps, on peut déjà en observer les traces évidentes au 
toucher, soit sur les mains, soit sur les babils. 

« Si la température est élevée et le temps très sec, les 
gouttelettes se concentrent déjà en tombant, et l'on peut 
alors, si l'on se tient immobile, si le temps est tout à 
fait calme, si l'on n'entend pas le moindre bruit, comme 
il arrive souvent à la campagne, et si les feuilles sont à 
portée, l'on peut percevoir un léger crépitement, bien 
faible il est vrai, mais perceptible, dû aux petites par- 
celles de miellat qui tombent. Si l'on examine alors 
les feuilles, surtout celles des arbrisseaux à feuilles 
lisses, on les trouve couvertes de petites gouttelettes 
limpides, que leur réunion rend de grosseurs diverses, 
quelquefois solides et opaques par les extrêmes chaleurs 
et ne s'attachant pas aux doigts. Mais, le plus souvent, 
la rosée du matin ou l'humidité de l'atmosphère les dis- 
sout, et l'on ne voit alors que l'enduit uniforme et siru- 
peux sous lequel le phénomène est ordinairement ob- 
servé. » 

Cette description du phénomène de la miellée, que 
nous avons empruntée à M.Boudier, est fort exacte; elle 
a de plus le mérite de le présenter comme plus général 
qu'on ne se l'imagine habituellement. En certaines an- 
nées, par exemple, en 1893, le phénomène prend de 
grandes proportions et attire forcément l'attention des 
profanes, qui croient à un fait pathologique, alors que ce 
n'est que l'exagération de l'état de chose habituel. 

A quoi est due la miellée ? Les opinions ont été long- 
temps partagées sur ce point. On avait maintes fois ob- 
servé que la miellée était le produit de sécrétion de 
pucerons vivant à la surface des feuilles. Ce liquide 
sucré s'étale sur les feuilles, puis, lorsqu'il devient plus 
abondant, s'écoule sous forme de gouttes sirupeuses. 
Cela, c'était un fait incontestable et d'ailleurs incontesté. 
Mais, à plusieurs reprises, des observateurs virent la 
miellée se produire sur les feuilles, alors même qu'il n'y 
avait pas trouvé de pucerons. Dès lors, les naturalistes se 
divisèrent en deux camps, les uns attribuant une origine 
exclusivement animale à la miellée, les autres lui attri- 
buant une origine exclusivement végétale. La vérité 
était entre les deux, car il y a deux sortes de miellées, 
l'une d'elles étant produite par le végétal lui-même. C'est 
sur cette dernière que M. Gaston Bonnier vient de pu- 
blier l'intéressant travail dont nous allons dire quelques 
mots. 

M. Bonnier établit d'abord nettement que la miellée 
sort bien de la plante, ce dont on peut s'assurer en re- 
gardant avec soin la face inférieure des feuilles. Le 
matin, il n'est pas difficile de suivre l'apparition des 



LE NATURALISTE 



67 



gouttelettes qui se renouvellent lorsqu'on a essuyé avec 
soin la surface de la feuille avec du papier buvard. En 
adoptant un dispositif spécial qui lui permettait d'exa- 
miner, par réflexion, au microscope, la surface d'une 
feuille sur un rameau encore attaché à l'arbre, M. Bon- 
nier a pu constater très bien que les fines gouttelettes 
sortent par l'ouverture des stomates. Il a pu observer 
cette exsudation par les premières journées chaudes du 
printemps, sur les feuilles de l'année précédente, des 
Epicéas, des Sapins argentés, des Pius sylvestres et Pins 
d'Autriche, et, aux mois de juin et de juillet, sur les 
feuilles adultes des Chênes, des Erables, des Trembles, 
des Peupliers, des Aunes, des Bouleaux et des Vignes. 
Les abeilles viennent récolter cette miellée quand elles 
n'ont pas de fleurs nectarifères à leur disposition. 

La miellée des végétaux, qu'on peut appeler « directe », 
pour la distinguer de celle des pucerons, se produit 
pendant la nuit et cesse ordinairement dans la journée ; 
son maximum de production est au lever du jour. 

M. Gaston Bonnier a, en outre, montré que les condi- 
tions ijui favorisent la production de la miellée végé- 
tale sont les nuits fraîches intercalées entre des journées 
chaudes et sèches. L'élévation de l'état hygrométrique et 
l'obscurité favorisent la production de la miellée, toutes 
les autres conditions restant égales. On peut d'ailleurs 
provoquer artificiellement la sortie du liquide sucré, par 
les stomates des feuilles pouvant produire de la miellée, 
en plongeant les branches dans l'eau et en les mettant 
à l'obscurité dans de l'air saturé. 

Henri Coupin. 



MINÉRAUX NOUVEAUX 



M. P. .1. Holmquist a trouvé à Alnon (Suède) un miné- 
ral très intéressant par les anomalies optiques qu'il pré- 
sente. Il l'a tiédi" à M. Knop, professeur de l'école tech- 
nique de Karlsruhe. La Knopite appartientau groupe de la 
perowskite, cristallise dans le système cubique comme ce 
dernier minéral et présente les mêmes anomalies opti- 
ques. Par conséquent la knopite n'est pas réellement 
cubique, mais elle appartient à un système de symétrie 
moindre que le cube (probablement au système ortho- 
rhombique). Elle offre donc un nouvel exemple de ces 
groupements cristallins qui présentent le plus grand 
intérêt depuis que Mallard a établi la théorie des anoma- 
lies optiques. 

Les cristaux de Knopite présentent deux types différents : 
tous sont des cubo-octaèdres, mais tantôt ce sont les faces 
de l'octaèdre qui prédominent, tantôt ce sont celles du 
cube. Les cristaux du premier type ont une densité de 
4,4, ceux du second sont un peu plus denses (4,21 à 4,30). 
La dureté est à peu près la même dans les deux cas, elle 
est comprise entre celle de l'apatite et celle du feldspath 
orthose. La Knopite est un titanate de fer, de chaux 
avec un peu decérite. Dans les cristaux du deuxième type 
(faces du cube dominantes), l'acide titanique est remplacé 
en partie par de la zircone. 

Ces deux formes de cristaux ne se trouvent pas exac- 
tement dans les mêmes conditions. Ceux dans lesquels 
les faces de l'octaèdre sont très développées se trouvent 



dans les calcaires cristallins, les autres dans ces derniers 
et dans les syénites qui ont modifié les calcaires. 

La Northupite a été rencontrée en Californie, au lac 
Borak, par M. Northup, et elle a été étudiée par W. M. 
Foote. Elle cristallise dans le système cubique et se pré- 
sente presque toujours en octaèdres réguliers. Le dia- 
mètre des cristaux ne dépasse jamais un centimètre, et 
généralement ils sont loin d'atteindre cette dimension. 
Ils ont beaucoup de ressemblance avec les cristaux de 
sénarmontite, lorsqu'ils sont faiblement colorés, mais 
souvent ils sont jaune pâle ou brun. Ils montrent un 
clivage imparfait et leur cassure est inégale. L'éclat est 
vitreux. La densité est comprise entre 3,5 et 4. 

La Northupite aune densité faible . Quand elle est réduite 
en poudre, elle répand une odeur fétide. Elle fond très 
facilement au chalumeau. Chauffée dans le tube fermé, 
elle dégage de l'eau et noircit. L'eau bouillante la décom- 
pose. L'acide carbonique l'attaque à froid, avec efferves- 
cence. 

La Northupite est un chlorocarbonate de soude et de 
magnésie, l'analyse quantitative n'a pas été faite. 

La Basiliite a été trouvée à Sjogrube (Orebro, Suède) 
par M. Igelstiôm à qui l'on doit les descriptions d'un 
grand nombre d'espèces suédoises nouvelles. Ce minéral 
a une couleur gris d'acier. L'analyse a donné les résul- 
tats suivants : 

Acide antimonique 13,09 

Sesquioxyde de manganèse 70,01 
Sesquioxyde de fer 1,91 

Eau 15 



Total 100,01 

La Roumanite est une résine fossile qui présente beau- 
coup de ressemblance avec l'ambre jaune. Elle est 
jaune brun ou brune, mais rarement jaune. Elle est 
transparente ou translucide et se présente en masses 
brillantes. Sa cassure est conchoïdale. Sa densité est de 
1,048 à 1,105 et sa dureté varie de 2,5 à 3. 

La Roumanite fond à 300°. Elle est inattaquable par 
l'acide azotique à froid. Elle est soluble dans l'alcool, 
l'éther, le chloroforme el la benzine. L'analyse a donné : 



Carbone 


81,04 


Hydrogène 


9,63 


Oxygène 


7,36 


Soufre 


1,15 


Total 


100 



La Roumanite a été trouvée sur les différents points 
de la Roumanie (district de Ruseo, de Bohosa, etc.), d'où 
son nom. 

La Chemawinite est une résine qui ne se trouve qu'en 
petits fragments. Les plus gros sont de la grosseur d'un 
pois. Elle forme les 5/100 d'un volume d'un banc de 
sable situé à Cedar Lake, près'de l'embouchure du Sas- 
katchervan(baie d'Hudson). 

La chemawinite a une couleur qui varie du jaune 
pâle au brun foncé. Sa cassure est conchoïdale. Sa den- 
sité est de 1,035 et sa dureté est à peu près égale à celle 
du gypse. Quand on la chauffe dans un tube fermé, elle 
commence à ramollir à 150°, à 300°, elle est tout à fait 
molle. Si on continue à chauffer, elle ne devient pas 
fluide, mais elle se décompose. 



(58 



LE NATURALISTE 



Celle résine se dissout dans l'alcool absolu, dans 
l'éther. Sa composition est la suivante : 

Carbone 89,9fi 

Hydrogène 10,46 
Oxveène 9,49 



Total '.19,91 

La chemawinite, décrite par M. P.J. Harrington, tire 
son nom do Chemahavvin ou Chemayin, mots indiens 
désignant la haie d'IIudson. 

P. Gaubert. 



J± PROPOS 



DE LA 



HOUBARA UNDULATA 



en 



Cet oiseau dont M. Forest a parlé dans son travail sur 
les oiseaux acridophages (Naturaliste, 1 er janvier 1895) 
nous paraît mériter une mention spéciale, et cela autant 
par sa valeur que par son extrême rareté qui, dans l'Al- 
gérie du moins, réduira bientôt cet intéressant animal à 
L'état de simple souvenir pour les naturalistes et les 
gourmets. 

En effet, au moment de la conquête de l'Algérie, la 
grande outarde algérienne, nommé h'bara par les indi- 
gènes, était assez commune dans la plaine de la Mitidja, 
surtout autour du lac llalloula : on l'y trouvait par 
couples, et exceptionnellement par bandes de trois ou 
quatre individus. La petite outarde ouCanepetière, appe- 
lée poule de Carthage par nos colons, y pullulait et y 
niellait. Actuellement, l'extension déplus en plus grande 
des cultures et l'animation croissante aussi du pays ont 
refoulé la première espèce, d'abord dans le Tell, puis 
dans le Sahara, où, par suite des poursuites des Arabes 
fort intéressés à vendre ce rare gibier aux Européens, 
elle est devenue presque introuvable, si ce n'est dans ses 
migrations d'octobre à juin. Mémo à ces époques, on ne 
les rencontre qu'accidentellement dans la plaine des 
Zahrez, ordinairement par couples. 

La Houbara aimebeaucoup à parcourir les plaines cou- 
vertes d'alfa, où elle trouve une nourriture abondante. 
Ce n'est .qu'au moment de ses migrations qu'on la voit 
sur les plateaux sablonneux et nus du Sud, où elle vit 
difficilement. Elle diffère beaucoup en cela comme 
mœurs de la Canepetière, qui affectionne au contraire les 
endroits arides et rocailleux. 

La taille de la Houbara undulata est fort variable. A 
CÔÇé d'individus dont la longueur du bec à l'extrémité de 
la queue est de Om. 90, on en trouve d'autres chez les- 
quels celle dimension se réduit à m. (i.ï. Le plumage 
est superbe, et en harmonie avec les pays de prédilec- 
tion de l'oiseau. La tête est gris clair en-dessous, plus 
foncée sur les joues et tournant au brun sale sur le des- 
sus : le cou, gris sale en avant, esl gris brun en arrière. La 
tête est ornée d'une aigrette verticalede plumes blanches, 
d'uni' longueur de 10 à 15 centimètres, el dont les barbes 



(1) Je dois la détermination de ces insectes et des suivants 
à l'extrême obligeancede M. Maurice Pic, 



sont fort écartées. De chaque côté du cou descend une 
bande de plumes identiques, mais dont l'extrémité est 
noire . La couleur de la poitrine est variable suivant les 
sujets. Les uns l'ont gris sale, cette couleur tourne au 
brun chez d'autres. Le ventre, les plumes des pattes et le 
dessous des ailes sont blancs. 

Le dessus du corps est brun roux chaud avec des 
bandes noires, simulant une sorte de filet sur le dos de 
l'oiseau. Les grandes rémiges sont blanches avec l'extré- 
mité noire. Les autres au contraire sont noires, et pro- 
tent parfois une tache blanche de petite dimension à leur 
extrémité. Les couvertures des ailes et de la queue sont 
semblables aux plumes du dos. La queue elle-même est 
grande, d'un brun roux clair avec quatre bandes noires 
transversales, piquetées de blanc, dont la première, sou- 
vent peu apparente, est cachée par les couvertures cau- 
dales. A l'extrémité se trouve une étroite, bande blan- 
châtre, piquetée de noir. Les plumes ont le duvet de 
leur base d'un rose tendre très curieux d'effet. 

Les pattes sont bleu ardoisé, avec trois doigts gros et 
courts fortement aplatis en dessous, et terminés par un 
ongle épais etémoussé. On ne saurait mieux la comparer 
qu'à une patte de phoque dont on aurait supprimé les 
premières phalanges et le pouce. 

La femelle est de même taille que le mâle, mais son 
plumage est moins beau, et manque des ornements 
curieux de la tête et du cou. 

La Houbara undulata est un oiseau très méfiant, et 
qui ne se laisse guère approcher. On la chasse à cheval : 
car elle s'envole avec peine, ou avec un piège à ressort, 
appelé Kemmech par les indigènes. Il est fort difficile de 
s'en procurer de vivantes, non mutilées. Cela pourrait 
pourtant se faire en employant des filets et en les y pous- 
sant peu à peu. 

C'est un oiseau essentiellement insectivore. Chaque 
fois que j'ai eu l'occasion de m'en procurer, soit mortes 
soit blessées, j'ai ouvert leur gésier. Je n'y ai jamais 
trouvé que des insectes soit coléoptères, soit orthoptères, 
toujours bien conservés et facilement reconnaissables. 
Parmi les plus nombreux, nous citerons des Opatrum, 
Sclerum, Sepidium Wagneri, beaucoup d'espèces d'A- 
phodius,des Pimelia, des Ilelophorus, des Ateuchus, des 
Copris et des Géotrupes. Il est à supposer que l'outarde 
retourne des pierres pour y trouver des insectes, car la 
présence dans son estomac des Opatrum parvulum, Akis 
Goryi et de différentes Pimelia qui ne sortent que la 
nuit de leurs retraites y serait inexplicable. Toutefois ce 
fait mériterait d'être contrôlé. Un insecte que l'on ren- 
contre constamment dans le gésier delà Houbara, c'est le 
Plaphyrus maurus, d'un beau bleu luisant, qui vil dans 
les fleurs de certaines composées. L'action des sucs gas- 
triques change sa couleur bleue en un vert brillant. On 
peut obtenir ce changement de coloration en plongeant 
des G. maurus dans de l'alcool. 

Un fait assez remarquable, c'est qu'on rencontre en 
compagnie des insectes nommés plus haut un grand 
nombre de Mylabriens. Etant donnée l'action vésicantede 
ces insectes parents de la cantbaride, on peul se deman- 
der si l'outarde est. à l'abri des accidents que causeraient 
des ingestions fréquentes de ces mylabres. 11 est démon- 
tré que le Hérisson et quelques autres privilégiés sont. 
dans ce cas. Faudrait-il ajouter la Houbara à la liste ? 
Pour ma part j'y ai trouvé des Mylabriens suivants : 
Zonabris brevicollis et Mylabris giloïpes, en grand nom- 
bre, et un exemplaire de Mylabris 18 maculata. 



LE NATURALISTE 



69 



Comme le fait observer très exactement M. Forest, si 
l'on ne prend des mesures énergiques pour protéger cet 
oiseau, ou en interdisant la chasse et la vente, il disparaî- 
tra à bref délai de la colonie. Ce serait déplorable : car, 
outre ses qualités comme insectivore et acridophage, la 
Houbara constitue un fin gibier fort recherché. 

Pourrait-on élever des outardes d'une façon régu- 
lière et pratique ? Nous allons tâcher d'examiner la chose 
en peu de lignes . 

D'abord, la Houbara est-elle, non pas domesticable, ce 
qui serait trop lui demander, mais seulement apte à 
vivre dans un espace de terrain relativement limité? Oui. 
A l'état sauvage, l'outarde ne s'écarte guère du gîte où 
elle passe la nuit. La chose est facile à constater. Il est 
donc probable qu'en lâchant des Houbara dans des en- 
clos assez spacieux, elles pourraient y vivre, à la condi- 
tion de les éjointer pour les empêcher de reprendre leur 
vol, et surtout à la condition de leur donner une nourri- 
riture animale appropriée. 

Dans le Sud algérien, où la propriété est indivise, la 
création de parcs à outardes serait facile. Le climat s'y 
prêterait à merveille. La mise de fonds ne serait pas très 
élevée. Un hectare suffirait pour deux couples de Hou- 
baraset le grillage à la machine, qui est fort bon marché, 
remplirait exactement les conditions voulues pour clore 
cette surface. De plus, en galvanisant ce grillage, on lui 
assurerait une conservation presque indéfinie. 

En plaçant de distance en distance des tas de fumier et 
de bouses, et en établissant des verminières en dehors 
des enclos, on aurait, en tout temps, la nourriture ani- 
male nécessaire et les captifs auraient la satisfaction de 
la chercher eux-mêmes. 

Il est probable que, dans ces conditions, la Houbara 
undulata se reproduirait volontiers, et de manière à 
de'dommager en peu de temps le propriétaire des parcs. 

Le peuplement des enclos se ferait au moyen d'outardes 
capturées soit au filet, soit au piège, de manière à ne pas 
les blesser. 

L'expérience apprendrait le reste à l'éleveur : la récolte 
des œufs, leur incubation, et les soins nécessaires aux 
jeunes. 

Il est permis de croire que le succès couronnerait cette 
entreprise et que la H. undulata, qui sans doute n'a pas 
plus mauvais caractère que l'Otis sarda d'Europe pourrait 
relativement se domestiquer, comme cette dernière. 

G. Lecomte. 



VENTE PUBLIQUE 

des Bibliothèques FALLOU 



Le mercredi 1 er avril et jeudi 2 avril prochain, aura 
lieu la vente aux enchères publiques des bibliothèques de 
Fallou père et fils, maison Sylvestre, 28, rue des Bons- 
Enfants, à Paris, salle n. 3. La vente est faite par le 
ministère de M e Maurice Delestre, commissaire priseur, 
assisté de Les Fils d'Emile Deyrolle experts, 46, rue du 
Bac, à Paris. Ces bibliothèques comportent nombre de 
bons ouvrages principalement sur les papillons et les 
hémiptères. Le catalogue de cette vente sera adressé 
gratis sur demande faite aux experts. 

Les Fils d'Emile Deyrolle se chargent de remplir les 
commissions des personnes qui ne pourraient assister à 
la vente. 



TRAITE DE PALEONTOLOGIE 



K. A. ZITTEL (1) 



Depuis les mémorables recherches de Cuvier sur les 
ossements fossiles, la Paléontologie, des Vertébrés sur- 
tout, a marché à pas de géants. Dans toutes les contrées 
où l'esprit scientifique est développé, on s'est passionné 
pour l'étude des êtres qui avaient habité notre planète, 
on a essayé de comparer ces êtres anciens à ceux qui 
vivent aujourd'hui; en un mot on a voulu connaître les 
liens unissant les mondes disparus au monde actuel. 

Cette recherche de la filiation des espèces a fait naître 
des travaux remarquables. L'un des- derniers, le Traité de 
Paléontologie de A. Zittel, l'éminent professeur de paléon- 
tologie à l'université de Munich, présente sous une 
forme didactique, mais où le point de vue philosophique 
est aussi largement représenté que possible dans un tra- 
vail de cette nature, la somme de nos connaissances sur 
les êtres anciens. 

L'édition allemande a été traduite avec un grand soin 
et un grand talent scientifique par le savant professeur 
de Lille, M. Ch. Barrois, si versé lui-même dans toutes les 
questions de paléontologie et par MM. Six et Quéva. 
Ce traité qui comprend 5 volumes de 800 à 900 pages 
chacun, est illustré de plus de 3,500 figures nouvelles ou 
empruntées à des travaux originaux. Elles rendent la 
compréhension du texte beaucoup plus facile et sont 
d'une reproduction irréprochable, ainsi qu'on pourra en 
juger par celles qui sont intercalées dans cet article. 

L'accueil favorable fait par le public scientifique aux 
quatre premiers volumes du traité dont un de Paléophy- 
thologie est un sûr garant de la faveur avec laquelle sera 
reçu le cinquième qui s'occupe de l'étude si attrayante 
des Mammifères. 

Le besoin d'un ouvrage de cette importance se faisait vi- 
vement sentir à cause du nombre toujours croissant des 
trouvailles qui augmentent, dans des proportions surpre- 
nantes, la quantité des genres et des espèces connus jusqu'à 
présent. Pour en donner une idée il suffira de rappeler qu'il 
y a environ vingt ans on ne connaissait guère que 800 es- 
pèces fossiles de Mammifères pour 2,300 espèces vivantes, 
tandis qu'aujourd'hui le nombre des premières dépasse 
le chiffre de 3000. 

L'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud, l'Inde ont 
fourni, dans ces derniers temps, aux paléontologues de 
ces pays : MM. Marsh, Cope, Osborn, Walcott, Ame- 
ghino, Falconner, Lydekker, le contingent le plus consi- 
dérable de Vertébrés, surtout de Reptiles et de Mammi- 
fères. MM. Gaudry, Filhol, Schosser, Kaup, Lydekker, 
Seely, etc., ont fait revivre les faunes qui avaient peuplé 
successivement notre vieille Europe. 

L'accroissement du nombre des formes de ce monde 
passé n'a pas eu simplement pour résultat de fournir de 
nouveaux et nombreux individus aux différents ordres, 
mais les lignes de démarcation, qui les séparaient et que 
Cuvier et ses successeurs avaient jadis si nettement 
tracées, se sont effacées, menaçant en beaucoup de cas de 

(1) Traité de Paléontologie, par Karl A. Zittel, professeur à 
l'Université de Munich. Traduit par le D r Ch. Barrois, 
4 vol. 



70 



LE NATURALISTE 



les faire passer les uns aux autres. Des genres très dis- 
tants; dans la classification zoologique sont réunis par 




Fig. 1. — Diprotodon Australie. Crâne-Pleistocènc. Australie 1/10 gr. nat 

(d'après Owen). 

des intermédiaires fossiles et les divers groupes systéma- 
tiques ne se présentent plus seulement comme des unités 
morphologiques, mais comme 
des unités phylétiqUes. 

Entre divers ordres en ap- 
parence très différents, se sont 
révélés des rapports inattendus 
qui ont forcé à les réunir en 
groupes plus étendus et con- 
sanguins. Ainsi, par exemple, 
les Carnivores, les Primates, 
les Ongulés {Condylarthra), les 
Insectivores et les Rongeurs 
du Tertiaire inférieur mon- 
trent une ressemblance sur- 
prenante qui prouve que ces 
ordres ne représentent que des 
ramifications d'une seule et 
même branche. Dans aucune 

parlie du règne animal, la paléontologie ne rencontre 
des matériaux aussi abondants et aussi satisfaisants pour 



établir des séries phylétiques de formes que chez les 

Mammifères. 

Le dernier volume de A. Zittel, qui s'oc- 
cupe précisément des Mammifères permettra 
de se rendre compte de l'état actuel de nos 
connaissances sur cette classe d'animaux. 
Ainsi quejles précédents, il est conçu dans un 
large esprit. 

Après des notions assez étendues sur le 
squelette des Mammifères, l'auteur fait l'his- 
torique des diverses classifications proposées 
pour ce groupe supérieur des Vertébrés, en 
faisant ressortir l'influence prépondérante de 
deux grands savants dont s'honore la science 
française, Cuvier et de Blainville. La classi- 
fication adoptée par Zittel se rapproche de 
celle proposée par Flower et Lydekker. Les 
différents ordres, familles, genres, espèces 
sont ensuite étudiés séparément et dans leur 
ensemble. 

Les nouveaux ordres créés dans ces der- 
nières années grâce aux découvertes faites surtout en 
Amérique, les Amblypodes et les Condylarthra pour les 




Fig. 2. 




Fig. ■'!• — Typolherium cristatum. Buenos-Ayrcs. Crâne; 1/4 
gr. nat. (il après Servais). 



Glyptodonte [Panochtus tuberculatus), squelette restauré sous la carapace. 
République Argentine. 1/220 gr. nat. (d'après Burmeister). 

Ongulés, les Tillodont.es pour les Onguiculés, les Alloteria 
ou Multiluberculala pour les Aplacentaires. prennent place, 
avec l'importance qui leur convient, à côté des autres 
ordres de Mammifères. 

Des tableaux phylétiques, géologiques et géographiques 
ajoutent un très grand intérêt à la partie descriptive du 
traité. 

L'ouvrage se termine dans un dernier chapitre par des 
considérations générales des plus intéressantes sur la 
descendance et la répartition des Mammifères tertiaires 
dans le monde entier. L'auteur s'est efforcé de mettre en 
lumière les relations des diverses faunes successives 
entre elles et avec les faunes actuelles. Dans la finale de 
cette oeuvre, qui a coûté près de vingt années de recher- 
ches à son auteur, on suit pas à pas la route prise par 
les Mammifères au cours de leur développement géolo- 
gique. 

A la suite de Wallace, d'Huxley, de Zittel on est amené 
à penser qu'à partir de l'époque tertiaire il y eut trois 
grands centres, trois grands foyers d'où irradièrent tous 
les Mammifères. 

o Le premier, le plus ancien et le plus curieux par le 
cachet archaïque de sa faune, se trouve en Australie avec 
la terre voisine de la Tasmanie, il constitue un royaume 






LE NATURALISTE 



71 



séparé des autres de très bonne heure, aussi est-il resté 
jusqu'à ce jour très nettement distinct au point de vue 
zoologique. Il renferme à lui seul toutes les espèces 
actuelles de Monotrèmes et de Marsupiaux (fig. i), à 
l'exception des Didelphyides, qui vivent aujourd'hui en 
Amérique. Outre les Monotrèmes et 
les Marsupiaux, on ne connaît dans 
ce royaume australien, que quel- 
ques types probablement importés 
plus tard, tels que de souris, des 
chauves-souris et une variété de 
chien domestique : le Dingo. 

Le second royaume zoologique, 
jadis aussi nettement délimité que 
l'Australie, est celui du sud de l'A- 
mérique ou Austro-Colombie. Ce 
royaume ne contient jusqu'à la fin 
des temps crétacés que des Edentés 
(fig. 2), quelques Périssodactyles 
différenciés d'une façon très spé- 
ciale, Ongulés singuliers, appelés 
Typothaia (fig. 3) des singes platyrhi- 
niens et des Marsupiaux, bien dis- 
tincts toutefois de ceux de l'Austra- 
lie. 

Le troisième royaume zoologique 
qui est le plus vaste, comprend 



L'Amérique du Nord fut isolée la première et, à la fin 
de l'époque tertiaire au moment de la période glaciaire, 
un certain nombre d'espèces ne pouvant vivre que sous 
un climat chaud, émigrèrent vers le midi de l'Asie et de 
l'Afrique peuplant ainsi une province qui s'étendait de la 




Fig. 4. — Squelette restauré de Titânotherium robustum. Miocène Inf. Dakota. 
1/40 gr. nat. (d'après Marsh). 




Fig. 5. — Pogonodon platycopsis. Miocène sup. Crâne avec mâchoire inf. 2/5 gr. nat. 

(d'après Cope). 



l'Europe, l'Asie, l'Afrique et aussi l'Amérique du Nord. 
Ce que l'on connaît actuellement des faunes tertiaires 





Fig. 6. — Mesopithecûs Pentelicus. Miocène super, de Pikcr- 
mi, près d'Athènes. Crâne d'un individu mâle vu de face et 
de profil; 2/5 gr. nat. (d'après Alb. Gandry). 

d'Europe et des États-Unis (fig. 4. o. 6.) suffit ample- 
ment à expliquer l'origine et la descendance de tous les 
mammifères actuels de ces régions. 



côte occidentale d'Afrique à la mer de Chine et peut-être 
jusqu'aux rivages méditerranéens. 

On ne peut encore fixer scientifiquement dans quelle 
région, l'homme, dernière forme parue dans le monde 
animal, a fait son apparition sur la ferre ». 

Ph. Glangeaud. 



LES APPAEELLS STRIDÏÏLATOIEES 

CHEZ LES ARAIGNÉES 



On croit généralement que les araignées sont capables 
de percevoir les sons et môme qu'elles éprouvent un cer- 
tain plaisir à entendre la musique. Ce l'ail est indiqué par 
plusieurs musiciens n'est nullement certain. Il est très 
difficile de savoir si les araignées peuvent percevoir les 
ondes sonores, et à plus forte raison est-il impossible d'ob- 
server si elles peuvent s'intéresser à un air musical. 



LE NATURALISTE 



Si les araignées perçoivent les bruits, ce qui est pro- 
bable, possèdent-elles des organes produisant des sons? 
Quelques espèces d'araignées jouissent de cet avantage et 
comme le l'ait est fort peu connu, dans cet article on étu- 
diera quelques-uns de ces organes. 

Les organes stridulatoires des araignées sont formés 
par des plaques chitineuses, armées de dents ou do 
lamelles produisant un son en frottant l'une contre 
l'autre. Le célèbre arachnologue Westring les découvrit 
en 1846 sur les espèces suivantes : Asagena phalerata, 
Panz., Thiridion hamatum,G. Koch, Steatoda bipunctata, 
Linn., S. Castanea, Clerck., S. albo-maculata, De Geer, 
et S. gutlata, Wider. 

Cet appareil, d'après Weshinget Wood-Mason consiste 
chez ces espèces en un anneau dentelé, situé à la hase 
de l'abdomen, contre lequel frotte la partie inférieure et 
dure du thorax. Mais tandis que Westring admet que 
cet appareil existe chez les deux sexes, Wood-Mason ne 
l'a observé que chez le mâle; chez la femelle il ferait tota- 
lement défaut. 

M. Campbell a repris, en 1880, l'étude de ces organes 
stridulatoires et il les a observés chez le Steatoda (theri- 
dion) guttata. Il a constaté que l'anneau existait chez le 
mâle et chez la femelle; chez le premier un épaississe- 
ment cuticulaire se trouve sur les cotés externes qui sont 
dentelés. 

Celui de la femelle est divisé en deux parties, et la supé- 
rieure est plus profonde que l'inférieure comme chez le 
mâle. Il n'existe pas de dents dans l'appareil de la femelle, 
mais des ondulations plus ou moins anguleuses de la 
cuticule. 

La proéminence cuticulaire du thorax présente à sa 
surface, chez le mâle, des stries très fines et parallèles. 
Ces stries manquent chez la femelle. 

Ces différences dans les deux appareils expliquent les 
divergences qui existent entre les observations de Wes- 
tring et celles de Wood-Mason qui nie l'appareil stridu- 
latoire chez la femelle. 

Chez le Steatoda bipunctata, le mâle seul est pourvu de 
l'organe. 

Wood-Mason a observé que l'appareil produisant les 
sous existe dans certaines espèces d'araignées dipneu- 
mones. Il a constaté sa présence chez Mygale slridulans. 
Ce qui est particulièrement intéressant, c'est qu'il n'a 
pas la même position et qu'il n'est pas constitué de la 
même façon que chez les araignées précédentes. Il se 
trouve ici sur la face interne de l'article basilaire des 
pattes mâchoires et sur le premier article des chélicères, 
Comme précédemment, ce sont les deux membres qui 
produisent des sons en frottant l'un contre l'autre. Puis- 
que les Mygales ne se trouvent pas dans nos régions nous 
laisserons leur appareil de coté pour décrire celui des 
Liniphes, qui est placé au même endroit et qui a été 
découvert par Campbell. 

Sur Le Côté externe de l'article basilaire des chélicères 
se trouve une bande portant une vingtaine de bandes chi- 
tineuses transversales et parallèles. Sur ces bandes vient 
s'appliquer le premier article du palpe qui porte des 
épines et des épaississeineiits de la cuticule. On com- 
prend facilement que le frottement de deux corps cuti- 
culaires, organisé comme il vient d'être dit, puisse pro- 
duire nu son. Cet appareil existe chez Liniphia tenébri- 
ecola, Wider, et on le trouve dans les deux sexes et tous 
les âges, excepté cependant sur les premiers téguments. 

M. E. Simon a aussi décrit des appareils stridulatoires 



sur des araignées qu'il a trouvées pendant, son voyage au 
Transvaal en 1892. 

Elles appartiennent au genre Sicarius, Walkenaer. Les 
chélicères de ces araignées, dit M. Simon, offrent du côté 
externe une plaque longitudinale ovale et glabre très 
finement striée en travers, tandis que le fémur de leur 
patte-mâchoire est armé du côté externe d'une série de 
petits tubercules. 

Les araignées du genre Sicarius sont des animaux très 
lents, et ne fuient pas quand on veut s'en emparer. Pour 
se défendre, ils cherchent à effrayer l'ennemi en produi- 
sant un bourdonnement comparable à celui des abeilles. 
Pour cela ils agitent violemment leurs pattes-mâchoires 
de haut en bas, et produisent le frottement de leur article 
basilaire muni de tubercules contre les stries des chéli- 
cères décrites plus haut. 

Tout récemment M. R. I. Pocock a décrit dans les 
Ann. of. Nat. History, août 189o, l'appareil stridulatoire 
de Tegeneria antipodina. Cet appareil n'est pas placé sur 
sur les pattes comme chez les espèces qui viennent d'être 
décrites en dernier lieu, mais sur la partie antérieure de 
l'abdomen et à la partie postérieure du thorax. 

Jusqu'ici on a donc observé des appareils stridulatoires 
sur quelques espèces d'araignées. Ils sont toujours cons- 
titués par deux plaques frottant l'une contre l'autre, et ils 
se trouvent placés soit sur le thorax et l'abdomen, soit 
sur les chélicères et les palpes, Il est fort probable que ces 
organes sont assez répandus et que le nombre d'espèces 
qui en est pourvu s'accroîtra encore. Comme ce sont des 
appareils tout à fait accessoires, leur position n'est pas 
fixe et peut-être en trouvera-t-on ayant une position dif- 
férente de celles qui sont connues. 



CONSIDERATIONS 
Sur la Faune de Nyanza 



La faune malacologique duBahr-el-Gazal et de ses affluents, 
le Rek et le Tondi, a été étudiée par le D r Ed. von Martens, 
d'après les échantillons recueillis par le célèbre explorateur 
de cette région, le D r G. Schwcinfurth, dont les recherches se 
sont étendues jusque vers l'Equateur, dans le pays du Niam- 
niam. Voici le relevé des espèces rapportées par cet intrépide 
voyageur, d'après la liste qu'en a donnée le D r Ed. von Mar- 
tens (Malak. Blatt., Band XXI, 1873) : 

1. Troclionaiiina (1) Mozambicensis, Pfciffcr (Hélix) var. 
elalior, Martens (Malak. Bl. XIII, 1866, p. 91). — Pays des 
Niam-niam. — D'après un exemplaire récolté par M. de Heu- 
glin dans le pays des Bongos, et qui m'a été adressé par le 
D p Ed. von Martens sous le nom de variété elalior, cette 
forme serait bien différente de la vraie Mozambicensis par sa 
coloration, son ombilic, l'obliquité de sou ouverture et surtout 
parles costulations obliques, arquées et lamellcuses de sa sur- 
face supérieure. Elle ressemble bien davantage à la Livinrjsto- 
niana, Ancey, de Mozambique, et à la Spekeana, des contrées 
avoisinant le lac Victoria-Nyanza. Mon exemplaire étant jeune, 
je ne puis l'identifier avec certitude avec l'une ou l'autre de 
ces espèces. 

On a réuni à tort, sous le nom de Mozambicensis, des for- 
mes très disparates ; une revision des Martensia serait indis- 
pensable et, possédantla plus grande suite qui existe pour les es- 
pèces de cette série (2), puisque j'ai environ 10,000 individus de 

(1) Cette espèce appartient au genre llurtoa, Bourg. Le g. 
Livin/tacia, de Crosse, n'en diffère aucunement. 

(2) Cette série africaine a été distinguée par le D r Semper, 
sous le vocable de Martensia. 






LE NATURALISTE 



73 



ce groupe, je crois être à même de mener ce travail à bonne 
fin. Il existe de remarquables variations pour la couleur, mais 
la sculpture est constante dans chacune des formes que j'ai 
sous les yeux et parait être un excellent caractère pour les 
distinguer. 

Le genre s'étend, au Sud, jusqu'aux approches du Zambèze 
et, au Nord, jusqu'à la portion septentrionale du Zanguebar : 
sa présence a été constatée aux environs des lacs Albert et 
Victoria-Nyanza, dans le pays des Bongos, des Niam-niam 
et aux alentours du Nyassa, ainsi que du Tanganika. C'est 
dans le Mozambique et le Sud du Zanguebar que ce genre 
parait atteindre son plus grand développement. 

2. Limicolaria Nilolica, Pfeiffer(i). — Région du Djour et 
du Reck. 

3. Limicolaria turris, Pfeiffer. — Même habitat. Le genre 
Limicolaria, si riche dans l'Ouest de l'Afrique, parait manquer 
nu être, du moins, très faiblement représenté sur le littoral 
de l'océan Indien. 

4. Limicolaria Sennariensis, Parr. — Djour. 

5. Limicolaria Heuglini, Martens, — Bahr-el-Gazal, pays des 
Djour et des Niam-niam. 

6. Àchatina Schweinfurthi, v. Mart. — Mont Baginse, dans 
le pays des Niam-niam (5 e degré de latitude septentrionale). 

"î. Succinea AEgyptiaca, Ehr. — Nil blanc. 

8. Planorbis Sudanicus, Mart. — Ce Planorbe, qui appar- 
tient au groupe du Salinarum, existe aussi dans le Tanganika. 

— Bahr-el-Ghazal. 

9. Planorbis cornu, Ehr. — Bahr-el-Ghazal. 

10. — sp. 710V. (?). — — — 

11. Segmentina angusta, Jick. — Bahrcl-Ghazal, Nil blanc. 
Cette espèce existe en Egypte. 

12. Isidora contorta, Michaud. — Nil blanc, près du mont 
Njt'inati. 

13. Physopsis Africana, Krauss, var. gigantea, Ane. (22mill. 
de long sur 13 de largeur). — Pays des Niam-niam. Nabum- 
bisso (5° de lat. septentrionale). Cette coquille est bien proba- 
blement, une espèce différente espèce de l' Africana. 

14. Limnœa Nalalensis, Krauss. — Avec l'espèce précédente. 
Comme le D r E. von Martens a réuni sous le nom de Nata- 
le7isis des formes qui en sont distinctes, il est bien possible 
que les exemplaires des Niam-niam ne soient pas des Nata- 
lensis. 

la. Ampullaria Wernei, Phil. — Région du Bahr-el-Ghazal 
(haut. 101 mill. ; larg. 94 mill.) ; Jaschodu, dans le pays des 
Schillouks (1) ; région du Djour (petits exemplaires) ; Nabum- 
bisso, dans le pays des Niam-niam. De cette dernière station, 
le D r Schweinfurth a rapporté deux formes : l'une écourtée, 
avec des bandes étroites, la seconde plus élancée et unicolore. 

— D'après ces données, je suis porté à croire que deux espèces 
ont été confondues par E. von Martens sous l'appellation com- 
mune de Wernei. 

16. Ampullaria Kordoana, Parr. — Nabumbisso (pays des 
Niam-niam) ; Djour. 

17. Lanistes catinatus, 01. — Bahr-el-Ghazal (rare; petits 
exemplaires) ; Djour ; Nil blanc. 

18. Lanistes lybicus, Morelet. — Nabumbisso (pays des 
Niam-niam'i. 

Sous cette appellation, le D r E. von Martens pourrait bien 
avoir désigné une coquille ressemblant beaucoup par ses con- 
tours à l'espèce de Morelet, mais en différant par la surface de 
son test sans costulations spirales et très finement déçusse. 
J'ai désigné sous le nom de Schweinfurthi cette coquille que 
j'ai reçue du lac Victoria-Nyanza. 

19. Cleopatra bulimoides, Oliv. — Nil blanc, près du mont 
Njemati. 

20. Cleopatra Verreauxiana ? Bourg. — Même localité. 

21. Bythinia Sennariensis, Parr. — Région du Bahr-el- 
Ghazal. 

22. Hydrobia Schweinfurthi, Jick. — Nil blanc. 

23. Melania tuberculata, Miill. — En compagnie de la Cleo- 
patra bulimoides. 

24. Limosina ferruginea, Krauss. — Bahr-el-Ghazal. 

25. Spatha Caillaudi, Martens. — Nil blanc. 

26. Spatha Hartmanni, Mart. — Nil blanc. 

27. JJnio Sennaariensis, Ktist. — Région du Bahr-el-Ghazal 
(long. : 34 mill.) 

28. Unio Schweinfurthi, Ane. (= U. Sennaariensis, var. 



(1) Le R. P. Vinc. Gredler a décrit de cette région une 
coquille du groupe du Ruliminus cœnopiclus, sous le nom de 
B. Fabianus, 



Schweinfurthi, Mart.). — D'après les caractères indiqués par 
von Martens, je n'hésite pas à distinguer spécifiquement cet 
Unio du Sennaaiiensis. — Tondi. 

29. Unio Caillaudi, Fér. — Région du Bahr-el-Ghazal. 

Ainsi qu'on peut le voir, les coquilles fiuviatiles de ces pays 
sont Nilotiques, et plusieurs d'entre elles remontent, beaucoup 
plus au Nord ; les espèces terrestres sont de type franchement 
africain et appartiennent à la faune tropicale. Je ferai les 
mêmes remarques pour les espèces du Victoria Nyanza et des 
contrées voisines ; seulement les espèces fiuviatiles particu- 
lières semblent y être beaucoup plus nombreuses, ce qui n'a 
rien d'étonnant puisque les mollusques fiuviatiles ramassés 
par le D r Schweinfurth ont été recueillis dans diverses bran- 
ches du Nil même. 



Les coquilles de l'Oukéréwé, dans l'état actuel de la science, 
sont les suivantes. Il est à remarquer que le capitaine Speke 
en avait recueilli quelques-unes dont je n'ai point fait men- 
tion (comme la Cleopatra bulimoides), parce que, sous ces dé- 
signations du D r H. Dohrn, se cachent probablement des for- 
mes diflérentes. 

1. Achatina Spekei, Dohrn. 

2. Trochonanina Spekeana, Ancey (Le NaL, 1887). 

3. Rochebrunia Delmaresi, Ancey (1). 

4. — I^etourneuxi, Ancey (2). 

5. Limnea Vebaizei, Bourg, (probablement confondue anté- 
rieurement avec la Natalensis, qui en est bien différente !). — 
Egalement rencontrée à Bagamoyo. 

6. Planorbis clioanomplialus, Martens. 

7. Vivipara rubicunda (Paludina rubicunda, Martens). 

8. Vivipara abyssinica, Jick. 1874 (Paludina abyssinica, 
Martens, 1866). — Egalement connue d'Abyssinie. 

9. Cleopatra Guillemeti, Bourg. 1885. 

10. Lanistes sp. (voisin du Lanistes affini s, Smith, du Nyassa). 
Un sujet jeune, faisant partie do ma collection. 

H. Lanistes Schweinfurthi, Ancey (voir plus haut). 

12. Melania tuberculata, Bourg. 1853 (Nerita tuberculata, 
Miill. 177i). — Espèce cosmopolite. 

13. Unio Grandidieri, Bourg. 1883. 

14. — Hauttecœuri, Bourg. 1883. — Cette espèce parait 
assez variable. 

15. Unio Duponli, Bourg. 1885. 

16. — Ruellani, — — 

17. — — var. Spekei, Ane. — Coquilles pourvues 
de rugosités s'étendant beaucoup plus sur la surface des val- 
ves, jusque vers leur tiers antérieur où elles finissent par 
s'effacer. 

18. Unio Edwardsianus, Bourg. 1885. 

19. — sp. nov. (La valve unique est trop détériorée pour 
servir de base à une description). ' . 

20. — Grantianus, Bourg. 1885. 

21. — Lourdeli, — 1887. 

22. — Munceti, — 1885. 

23. Mutela subdiaphana, Bourg. 1875. 

2i. — (Mutelina) Bourguignali, Ancey, 1885. 
25. Spathella Bourg uignati (Spatlui), Ane. 1885 (3). 



Telles sont les espèces actuellement connues comme habi- 
tant authentiquement le lac Victoria Nyanza et ses rives. On 
ne doit pas oublier que cette région est à peine effleurée et 

(1) Cette espèce, ou, du moins, une variété de cette espèce, 
a été trouvée à Kengeni, dans l'Ouzaramo. 

(2) Cette Rochebrunia est également connue de Kondoa, 
dans l'Ousagara. Elle a été considérée depuis par Bourguignat 
comme un Cyclostoma. 

(3) 11 convient d'ajouter à ces espèces les suivantes, men- 
tionnées par M. E. A. Smith (Ann. de Mag. of. Nat. Hist. 
1892, p. 121 et suiv., et ibid.. p. 380 et suiv): Physa trigona, 
v. Mart. ; Vivipara capiilata, Franenf. '?; V. Victoria*. Smith; 
V. Jucunda, Smith, V. Cepoides, Smith; Corbicula radiata, 
Parr. ; Bythini Stanleyi, Smith var humerosa, v. Marth. ; 
Limosina parasitica, Parr. ; Unis Bakeri, H. Ad. ? : U. acu- 
minatus, H. Ad. ?; Spatha rubens, Lam. ; Limnea Nyansie, 
Mart. ; Vivipara phtinotropis, v. Mart. ; V. Trochlearis, v. Mart.; 
V. Costulata, v. Mart. ; Ampullaria Nyanzre, Smith ; A. Gordoni, 
Smith ; Planorbis Victorire, Smith ; Sphœrium Nyanzre, 
Smith. 



LE NATURALISTE 



fournir.!, sans aucun doute, par la suite, de nombreuses espe- 
ces à ajouter à cette liste (t). 



Les lacs Bangouéolo et Moero sont l'un inexploré, l'autre 
encore peu connu, au point de vue scientifique, et l'on ne 
peut encore rien présumer sur les affinités de leurs faunes (2). 
Quant au lac Nyassa-, sa faune esl complètement différente de 
celles des lacs Tanganika et Oukéréwé, mais elle est loin d'être 
aussi originale que celle du premier, qui, selon l'expression de 
M. J. Bourguignat, mon regretté collègue et ami, est bien le 
lac des merveilles malacologiques. Elle se rapproche beau- 
coup de celle du Zambèze. 



On sait que le lac Tchad renferme quelques coquilles appar- 
tenant aux genres Mutela, Aithoria, Vhysa et Planorbis, mais 
ce lac est encore si peu connu sous le rapport malaeologique, 
que l'on ne peut encore rien dire sur l'ensemble de sa 
faune, d'après le peu de données qui se trouvent actuellement 
acquises à son sujet. 



A PROPOS DE L'INCENDIE DE LISBONNE 



On a encore présente à l'esprit la navrante catastrophe 
qui termina d'une façon si cruelle lajournéedu mardi gras, 
à Lisbonne, en plongeant dans le deuil tant de familles : 
plus de quarante personnes avaient trouvé la mort dans 
un incendie qui avait éclaté au milieu d'un bal, dévorant 
en un instant, avec les tentures, les toilettes légères des 
femmes. Nous croyons bon de rappeler à ce propos les 
recberches qui. ont été faites il y a quelques années sur 
les ignifuges. Nous nous ne saurions trop recommander 
tout particulièrement aux naturalistes, qui manient des 
matières si inflammables, de conserver cesmatières dans 
des boîtes ou de les recouvrir, pendant la nuit, d'étoffes 
trempées dans une solution ignifuge. Les magasins du 
Louvre recouvrent ainsi toutes leurs marchandises. Nous 
ne donnerons pas ici }es nombreuses formules indiquées, 
et ne rappellerons que celles de M.Abel Martin, dont les 
travaux furent si remarqués en 1879. 



Etoffes légères 

Eau 1000 

Sulfate d'ammonium. . . 80 
Carbonate d'ammo- 
nium 25 

Acide borique 30 

Borax 20 

Dextrine 4 



Bois 

Eau 1000 

Chlorure d'ammonium. 150 

Acide borique 50 

Colle de peau 15 

Carbonate de chaux... q. s. 



l'es étoiles trempées dans cette solution furent ex- 
posées au Palais-Royal pendant plusieursmois au-dessus 
d'une herse. Elles ne subirent aucune altération. Tous les 
matériaux entrant dans la constitution d'un lit, étoffes, 
paille de mais, laine, bois, etc., furent placés dans une 
des étuves du Laboratoire de M. Pasteur, à l'Ecole nor- 
male, et maintenus pendant sept mois à une tempéra- 
ture de :io à 37", dans un courant d'air. Au bout de ce 
temps, les matériaux étaient restés absolument ininflam- 



(1) Une autre espèce a été décrite de cette région : la Burtoa 
antea Limicolaria Bourguignati, Grandidier. 

(2) Cependant on sait qu'il existe dans le lac Moéro (Mwéru 
des Anglais), un remarquable Unis rappelant le delphinus, un 
Neslliauma et diverses espèces moins remarquables d'ailleurs, 
appartenant aux genres Cleopalra et Melania. 



înables. On put alors appliquer le procédé nouveau à 
tous les usages dans les théâtres ; décors, boiseries, ten- 
tures, jupes légères des danseuses, etc. Mais ces sages 
mesures ont cessé en fait d'être appliquées. Nous regret- 
tons que les théâtres, par une économie mesquine, se 
dérobent à l'ordonnance de la Préfecture de police qui 
les oblige à tremper décors et tissus dans l'ignifuge, et 
que cette dernière, pour des raisons d'administration in- 
térieure, se croie en droit de fermer les yeux. Les natu- 
ralistes ne sont pas des administrateurs, mais des gens 
instruits, partant des gens soucieux de toutes choses 
utiles et pratiques ; avis leur est donné, nous espérons 
qu'ils pourront en tirer profit. 

P. Jacob. 



Notice sur le Mâle 

DU 

PARNASSIUS TARTARUS, austaut 



Je n'ai fondé cette forme nouvelle de Parnassius que d'a- 
près trois seules femelles qui m'avaient été cédées comme ve- 
nant de la Tartarie chinoise, car, lors de la rédaction de l'ar- 
ticle descriptif qui la concerne et qui a paru dans le N° du 
Naturaliste du l" 1 ' Février 1895, je n'en connaissais pas encore 
l'autre sexe. Je viens d'obtenir deux autres exemplaires de 
cette nouveauté (un mâle et une femelle) ; et cette circonstance 
me permet de compléter la caractéristique du Parnassius Tar- 
tarus et d'assigner à cette forme la place qui lui convient 
parmi ses congénères. L'un des deux sjjécimens dont il s'agit, 
la femelle est entièrement semblable, sauf la taille qui est un 
peu plus grande, à ceux que j'avais primitivement sous les 
yeux. Elle est remarquable par l'élargissement des dessins de 
ses ailes supérieures et par l'accentuation des nervures qui 
traversent le disque, ce qui provient d'un semis écailleux assez 
dense qui les accompagne. Le mâle, au contraire, se distingue 
au premier abord par l'amoindrissement de ses taches et par 
la teinte générale claire, d'un blanc mat, de ses ailes. Il s'é- 
carte de celui de Stubbcndorfii, que je prendrai comme terme 
de comparaison, par les caractères suivants : Il est plus petit 
que celui de cette dernière espèce, avec l'apex plus arrondi et 
d'un blanc mat, ainsi que je viens de le dire. Les nervures 
noires des quatre ailes sont très fines, sans ombres noires, à 
peu près comme chez notre Mnemosyne. La tache discoïdale 
inférieure des premières ailes est absente ; et l'autre, celle qui 
ferme la cellule, consiste en un simple trait noirâtre. La base 
de l'aile, à l'intersection du thorax, est occupée par une tache 
noire bien marquée. Tout le bord externe est couvert d'une 
sorte de bande grisâtre, très vague, peu arrêtée, dans laquelle 
on distingue, vers son côté intérieur, une suite de quatre pe- 
tites taches noirâtres, peu perceptibles, allongées dans le sens 
des nervures, s'arrétant au premier tiers de l'aile ; et vers 
l'apex une trace de -marginale, avec de petits espaces inter- 
nervuraux à peine visibles. On sait que cette partie de l'aile 
de Stubbendorfii est autrement marquée; elle offre, en effet, 
une bande prémarginale continue et une marginale qui couvre 
une partie du bord externe. Les secondes ailes de Tartarus 
mâle sont uniformément blanches, avec les nervures noires, 
non ombrées, et une tache basilairc noire beaucoup plus ré- 
duite que celle de l'espèce sibérienne. Il est à noter, en outre, 
que le dessous de l'abdomen de ce nouveau Parnassien est 
abondamment garni de longs poils d'un blanc pur qui rappel- 
lent par leur groupement ceux de Glacialis. En résumé, Tar- 
tarus, sous ses deux formes sexuelles, constitue un type bien 
individuel qui me parait relier à certains égards Glacialis du 
Japon à Stubbendorfii de la Sibérie orientale. Les deux exem- 
plaires qui font l'objet de cette notice complémentaire ont été 
recueillis sur les hautes Alpes de la province de Koukou-Noor 
qui est située à l'ouest de la Chine et au nord du Thibet. 

Austaut. 



LE NATURALISTE 



to 



RECHERCHES A FAIRE SUR LA FIXITÉ 



VARIABILITÉ DES ESPÈCES 



ACADÉMIE DES SCIENCES 



Le Naturaliste est un journal qui prend chaque année plus 
d'importance, parce qu'il est devenu une arène où chacun 
expose le résultat de ses recherches ou de ses idées person- 
nelles. Les travaux si intéressants de ses rédacteurs, sur les 
espèces appartenant à un même genre, pourraient être com- 
plétés utilement par l'expérimentation, afin de savoir positi- 
vement si quelques-unes de ces espèces ne sont pas simple- 
ment des variétés. Pour cela, il conviendrait d'accoupler 
ensemble des individus de sexe et d'espèces critiques diffé- 
rents, et de voir quel serait le résultat de cet accouplement. 
Serait-il fécond? Alors on aurait des métis qui seraient oui ou 
non féconds entre eux; ce qui démontrerait qu'il s'agit de 
variétés simplement ou de véritables espèces. 

Prenons, par exemple, le genre Lucanus : si un Lucanus 
mâle peut féconder un pseudolucanus femelle et donner des 
métis féconds entre eux indéfiniment, c'est que ces deux 
genres, bien loin de différer entre eux, ne forment réellement 
qu'une seule et même espèce. Si, au contraire, les métis, ob- 
tenus par le croisement de ces deux genres, sont inféconds, 
c'est qu'il s'agit bien de deux espèces différentes effectivement. 
On voit combien ce genre d'expérimentation serait intéressant. 
Cela permettrait, non seulement de mettre dans la catégorie 
des simples variétés plusieurs espèces admises à tort aujour- 
d'hui, mais encore de découvrir que certaines prétendues va- 
riétés sont bien réellement des espèces. 11 suffirait pour cela 
que le résultat de leur accouplement fût toujours négatif. La 
définition des espèces par M. de Quatrefages est toujours 
exacte. La fécondation est le critérium auquel on reconnaît 
sûrement s'il s'agit d'espèces différentes ou de variétés d'une 
même espèce. Ce genre de travail serait d'autant plus intéres- 
sant qu'il est très vraisemblable d'admettre ceci : les variétés 
que nous présente une espèce donnée ne sont très probable- 
ment que des efforts tentés par la nature dans le but de créer 
de nouvelles espèces, dans la suite des siècles, pour rem- 
placer progressivement celles que nous voyons s'éteindre en si 
grand nombre de nos jours ou dans les siècles passés. 

D r Bougon. 



DESCRIPTION D'ÏÏI PAPILLON NOUVEAU 



Aatomeris Oweni n. sp. 

Taille et port d'Automeris Banus Bdv. (Biologia Cents. Am. 
Heterocera o* pi. 17 fig. 1 Ç pi. 16 fig. 8). Ailes supérieures 
gris jaunâtre avec les deux lignes et la tache discoïdal bien 
marquées. Inférieures d'un beau jaune, bordées le long du 
bord abdominal d'une forte villosité de même nuance. L'œil 
discoïdal est très gros, rond mais un peu aplati, cerclé do noir 
et gris à l'intérieur. Sur ce fond gris ressortent deux taches 
noires semées d'atomes blanc d'inégale grosseur, la plus grosse 
traversée d'une part par une strie blanche, de l'autre par une 
nervure grise, la seconde toute petite située en dessous de la 
première. En arrière de l'œil une raie noire, ondulée, suivie 
d'une seconde raie grise peu distincte et se perdant dans le bord 
extérieur gris. Dessous des quatre ailes jaunâtres, inférieures 
marquées dans leur centre d'un point blanc ; supérieures 
avec un œil noir à centre gris et pupille de blanc. 

Antennes jaunâtres. Tête et thorax couverts de poils brun 
foncé, le reste du corps, dessus et dessous, d'un beau jaune 
comme les ailes inférieures. 

Deux O* de Zamora 1885 et 1887. 

DOGNIN. 



L'étude des rayons de Rontgen continue encore à remplir 
une grande partie des séances de l'Académie des Sciences. Ces 
rayons comme la lumière noire elle-même, semblent agir sur 
les plaques photographiques, par suite de phénomènes de 
fluorescence. 

Tous les corps qui émettent des radiations fluorescentes de 
couleur jaune verdâtre peuvent impressionner la glace photogra- 
phique à travers les corps opaques et suivant M. d'Arsonval (1), 
il semble bien probable que le rôle des rayons cathodiques 
dans les expériences de Rontgen, doive se borner à exciter 
la fluorescence du verre spécial composant l'ampoule de 
Crookes. Quoi qu'il en soit de la nature problématique de la 
lumière noire et du rôle véritable des rayons X dans l'impres- 
sion des plaques photographiques, il n'en résulte pas moins 
un nouveau procédé d'investigation anatomique, certainement 
plein d'avenir. Je n'en citerai comme nouvelle preuve que les 
épreuves présentées à l'Académie des Sciences par M. Londe (2). 
Ces épreuves obtenues par la méthode de M. Rontgen repré- 
sentent un rat, un pigeon et un lapin de garenne; on y dis- 
tingue parfaitement le squelette : les différentes vertèbres se 
distinguent avec une entière netteté, et les animaux semblent 
complètement disséqués. 

En résumé, la plume et le poil ne sont pas un obstacle pour 
reproduire, à l'aide des rayons X, l'ossature d'un animal quel- 
conque. 

M. A. Chauveau, en continuant ses recherches sur le tra- 
vail musculaire, montre qu'il n'emprunte rien de l'énergie 
qu'il dépense aux matières albuminoïdes des humeurs et des 
éléments anatomiques de l'organisme (3). Les recherches qu'il a 
entreprises avec M. Contejean (4), montrent que le travail mus- 
culaire n'emprunte pas plus aux albuminoïdes ingérés qu'aux 
albuminoïdes déjà incorporés l'énergie immédiatement et direc- 
tement consacrée à l'exécution de ce travail. Il n'est donc pas 
dans la destination immédiate des aliments azotés de jouer le 
rôle de potentiel énergétique directement consommé par et 
pour le travail musculaire. 

M. de Lacaze-Duthiers (5), dans une note sur les coralliaires 
du golfe du Lion, montre à l'Académie par un nouvel exemple 
l'utilité incontestable des laboratoires maritimes pour l'étude 
de la zoologie. Les travaux méthodiques, qui seuls peuvent 
conduire à des résultats certains, peuvent être entrepris seule- 
ment dans des laboratoires maritimes, stations fixes et usant 
i de puissants moyens de recherches, dont ce sera toujours pour 
ce savant le plus beau titre de gloire d'avoir le premier doté 
la France. Pour finir l'énumération des recherches de physio- 
logie et de zoologie, signalons une note de M. Valéry Mayet(6) 
sur une nouvelle fonction des tubes de Malpighi qui, chez les 
Capricornes, sécrètent une sorte d'opercule formé de carbo- 
nate de chaux aux loges qu'ils creusent dans le bois, à l'é- 
poque de la nymphose, et une note de M. Armand Viré sur 
quelques modifications apportées aux organes de relation et 
de nutrition chez quelques arthropodes, par leur séjour dans 
les cavernes (7). 

Le travail le plus intéressant de botanique est incontestable- 
ment celui de M. Paul Vuillemin (8) présenté par M. Guignard 
sur une nouvelle famille de champignons parasites, les Hypo- 
stomacés qui constitueront dans l'ordre des Ustilaginés, la fa- 
mille qui trahit le plus nettement ses affinités avec les Asco- 
mycôtes. 

En géologie, M. A. Nicklès (9) nous donne quelques rensei- 
gnements sur la répartition des terrains secondaires dans les 
provinces de Murcie, Alméria, Grenade et Alicantc en Espagne 



(1) 2 mars 1896. 

(2) Id. 

(3) Séance du 24 février. 

(4) Séance du 2 mars. 

(5) Séance du 24 février. 

(6) 2 mars. 

(7) 24 février. 

(8) Séance du 2 mars. 

(9) Séance du 2 mars. 



76 



LE NATURALISTE 



et M. E. Fichem (1) nous décrit le renversement des plis sur 
les deux versants de l'Atlas de Blida (Algérie). 

Enfin, M. Charles Dépêret (2) signale à Madagascar l'exis- 
tence de Dinosauriens sauropodes et Théropoies dans le cré- 
tacé supérieur, analogues à ceux décrits dans l'Inde par 
M. Lydehker (Paleontologia Indica). Cette communauté d'as- 
sociation des genres de Dinosauriens est un argument de plus 
à ajouter à ceux qui ont déjà été invoqués en faveur d'une 
jonction, à l'époque secondaire, entre la grande ile de Mada- 
gascar et le continent Indien. 

A.-E. Malard. 



OFFRES ET DEMANDES 



— M. R. D. à Lyon. — Le prix d'un tube de Crookes, 
pour les expériences de Rœntgen, est de 40 francs; le 
prix de 25 francs que nous avons indiqué dans, un préçé 7 
dent numéro est une erreur. Une bobine d'induction 
donnant une étincelle de 8 centimètres est suffisante. 

— M. Charles ]!. 637. — Nous annonçons dans le 
corps du journal la vente publique des bibliothèques 
Fallou père et lils. Les experts « Les Fils d'Emile Dey- 
rolle » se feront un plaisir d'exécuter vos ordres d'achat. 
Vous trouverez dans cette vente un exemplaire complet 
de l'ouvrage de Millière, ainsi qu'un exemplaire du 
Godart et Duponchel. 

— M. E. A. Brackenbury, Cranleigh School, Guild- 
ford, Angleterre, offre des chenilles de Lighiperda, en 
échange d'autres chenilles ou papillons. 

— M. B. 4699. — La Danlia palustris {Isnardia palus- 
tris L.) est une des raretés de la flore parisienne. C'est 
une petite herbe vivace, à branches nageantes ou cou- 
chées radicantes, des marais et tourbières des environs 
de Nemours, sur les bords du Loing, de Buzency près 
Vernon, de Saint-Léger, etc. (Bâillon.) 

— 3636. Bordeaux. — Le café est certainement un des 
produits les plus falsifiés. On a même fabriqué des 
grains de café avec des marcs, de l'argile, îles farines 
avariées, légèrement torréfiées. La masse moulée était 
ensuite enduite d'un colorant, souvent d'un vernis à la 
gomme laque, pour donner au produit l'apparence du 
café brûlé (Dubois). C'est surtout dans les cafés moulus 
que la falsification se donne un large champ. 



BIBLIOGRAPHIE 



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Annals of Botany IX. 1895, pp. 609-652. 



Le Gérant: Paul GROULT. 

Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



18 e ANNÉE 



2 e Série — rV «18 



1" AVRIL 1896 



DÉBOISEMENT ET DÉCADENCE 



Au début, le déboisement fut œuvre civilisatrice, car 
pour travailler la terre, il fallait détruire la forêt. Au lieu 
d'abattre les arbres, travail trop considérable, on les brû- 
lait ou l'on enlevait circulairement l'écorce (Amérique du 
Nord). A la place de l'antique ombrage, jaunissaient les 
riches moissons, et l'agriculture, nourrice de millions 
d'hommes, se substituait à la chasse, pratiquée encore par 
quelques rares nomades. 

Primitivement, la civilisation exigea donc la destruc- 
tion des forêts, destruction qui aujourd'hui, poussée à 
l'excès, menace la civilisation elle-même. 

L'arbre joue, en effet, un rôle important dans la météo- 
rologie d'une contrée. Il tamise l'eau des pluies et la 
restitue lentement au ruisseau et à l'atmosphère. Par ses 
feuilles, par ses racines, il s'oppose à un écoulement 
rapide. La moyenne annuelle d'humidité de l'air des forêts 
est d'environ 3,5 % plus élevée que celle de l'air des 
endroits nus. L'humidité est d'autant mieux conservée, 
que les espèces d'arbres sont à feuillage plus dense. D'où 
la sécheresse des bois de pins et des forêts d'eucalyptus 
en Australie. 

L'arbre non seulement retient l'eau, mais l'attire. Sous 
le feuillage, le sol reste frais pendant les étés ardents. 
Dans le Wurtemberg, la différence entre le maximum de 
température du sol en forêt et celui de la terre en rase 
campagne peut atteindre 8° C. Par suite, si un courant 
d'air venant des parties nues du voisinage rentre sous 
bois, sa température, initiale s'abaisse, l'humidité se con- 
centre, la rosée se forme. 

Pour une raison semblable, le nuage qui passe au- 
dessus d'une forêt laisse tomber la pluie. Mais il reste 
intact au-dessus d'un sol qui réfléchit les rayons ardents 
du soleil. 

La constatation en a été maintes fois faite. Un champ 
situé en milieu découvert manque souvent de pluie, alors 
qu'il pleut presque toute l'année dans les bois. A Malte 
la pluie peut se faire désirer trois ans, depuis qu'on a fait 
disparaître les arbres pour la culture du coton. A l'op- 
posé, à l'île Sainte-Hélène, le reboisement a augmenté la 
quantité de pluie, aujourd'hui double de celle du temps 
de Napoléon. De même en Egypte, les plantations ré- 
centes ont amené des pluies inconnues jusqu'alors. 

Quand le déboisement n'affecte que les plaines, ce 
n'est que demi-mal. Des monts boisés coulent encore les 
rivières; grâce aux canalisations, les vallées assoiffées 
s'abreuvent. Ainsi le Pô, ainsi le Gange qui nourrit des 
millions d'hommes, viennent de montagnes boisées. Sans 
doute alors le climat devient plus variable. Ainsi les 
orangers ont disparu du Languedoc et de Provence où 
ils vivaient autrefois. Mais, somme toute, les récoltes 
continuent abondantes, grâce aux eaux qui viennent des 
monts. 

Seules les plaines argileuses, où l'écoulement des eaux 
se fait mal, souffrent de la déforestation. L'eau, que 
n'aspire plus la végétation, stagne en marais. Les fièvres 
apparaissent, la population se clairsemé : tels les marais 
Pontins et chez nous, les Dombes et la Sologne. Les 
Dombes s'encombrèrent d'étangs à partir du xv e siècle. 
De vastes églises, où pourraient aujourd'hui loger à 
l'aise tous les habitants, subsistent en témoignage de rr^U) Histoire des antiquités de la ville et du duché d'Orléans. 



l'ancien surpeuplement. Au dire de François Lemaire (1) 
la Sologne fut autrefois boisée et. très prospère. 

Mais, quand la montagne est déboisée, tout périt. Les 
pluies moins fréquentes tombent torrentielles et s'écou- 
lent rapides sur un sol dénudé. Elles entraînent la terre 
végétale et la roche se fragmente en cailloux. La mon- 
tagne offre une blessure, cône d'érosion par où dévale sa 
substance. Les roches schisteuses et marneuses se ravi- 
nent d'abord, mais aucune ne reste intacte. Une herbe rare 
pousse où croissait l'épaisse forêt ; tant mieux pour le 
pâtre qui y mène ses brebis et ses chèvres. Celles-ci 
achèvent la ruine, arrachent l'herbe au lieu de la couper, 
dévorent les jeunes pousses, entament le sol avec leurs 
ongles pointus et le rendent plus attaquable par les eaux. 

Cette montagne stérile, aux flancs caillouteux, aux 
crêtes pelées, il faudrait des siècles pour la guérir, pour 
que la maigre végétation revienne sur ses pentes, ramène 
la terre qui permettra les arbres robustes. Les hautes 
terres ruinées, que devient la plaine? 

La rivière s'est transformée en un torrent qui se gonfle 
à la pluie et se précipite impétueux, entraînant les terres, 
se jouant des arbres et des rochers. Grossi outre mesure, 
il déborde dans la plaine, c'est la brusque inondation qui 
enlève les maisons, charrie les troupeaux et les hommes, 
rase les villes. 

Et quand le flot s'est écoulé, sur les champs tout à 
l'heure jaunis par une belle moisson, plus qu'une mer 
de cailloux! 

Maintenant le ciel est pur, la nuée ne fond plus sur la 
montagne, qui n'a plus rien à donner, aux vallées. Plus 
d'eau, car en une fois elle l'a laissée s'écouler toute. 
Maintenant c'est la sécheresse et la famine. Irriguer est 
inutile, il n'y a plus d'eau dans les rivières. On voit leurs 
lits de pierre, on peut y cheminer jusqu'à ce qu'une nou- 
velle ondée les gonfle brusquement. Tel fleuve qui por- 
tait des navires ne peut même fournir d'eau les canaux 
d'irrigation. Les riverains altérés se la disputent à coups 
de fusil. 

Après la montagne, meurt la plaine. Ces faits sont 
connus de beaucoup, et depuis longtemps cités. Démo- 
crite, Théophraste et Sénèque les avaient mentionnés. 
Plus près de nous, Colomb, Léonard de Vinci, Bernard 
de Palissy, les ont signalés. Puis Buffon a éloquemment 
écrit sur ce sujet. Boussingault a poussé un cri d'alarme, 
Bernardin de Saint-Pierre a pleuré sur l'île de France 
qui, en perdant ses forêts, a perdu ses ruisseaux. 

Dans notre siècle, les écrits se muitiplièrent. Ce sont : 
Valori, Carrière, Baudrillart,Clavé, Elisée Reclus, Jean- 
nel, etc., etc. Mais on ne les écoute pas plus qu'on n'a 
écouté Sénèque ou Léonard de Vinci. On continue à 
déboiser. 

De grandes nations sont mortes pour n'avoir point res- 
pecté les forêts. Si les destinées d'Israël, d'Assur, de 
Grèce et de Carthage, de Rome elle-même se sont ac- 
complies, la guerre n'a pu y suffire. Les désastres les 
plus effroyables n'ont pu anéantir les peuples. Le germe 
de mort est en eux. Quand les moissons ne poussent 
plus, quand les déserts succèdent aux champs, les hommes 
s'en vont et la nation meurt d'elle-même. 

Ainsi disparurent les grandes nations dont l'histoire 
nous émerveille encore. 

Moïse a dit de la Palestine que c'était un pays de 
sources et de ruisseaux, de bois, de vallées et de mon- 




2< . 



78 



LE NATURALISTE 



tagnes, un pays de froment, d'orge, de vignes, de figues... 
où l'homme n'a que faire d'entasser des provisions pour 
se mettre à l'abri du besoin. Au temps de la prospérité 
d'Israël, sur ce coin de terre vivaient des multitudes pres- 
sées. Quand David lit le dénombrement de ses sujets, il 
trouva en Israël 1.100.000 adultes, sans compter les 
femmes, et 470.000 dans Juda, encore Lévi et Benjamin 
ne furent-ils pas recensés. 

Qu'est devenue la verte Palestine et son vaillant 
peuple'.'' Montagnes sans ombre, vallées sans eau, terre 
sans verdure, dit Lamartine. Les arbres s'en sont allés 
et les hommes aussi. 

Passons en Arabie: il fut un temps où elle s'appelait 
heureuse. Les populations s'y pressaient. Sur les ins- 
criptions, l'assyriologue lit des descriptions d'États floris- 
sants : Kindana et Subi sur la rive droite de l'Euphrate ; 
il regarde sur sa carte, il n'y a plus que des déserts où 
le nomade plante sa tente. 

Assurbanipal a conquis de vastes cités dans le Nedjd 
et l'Hedjaz, elles ont fait place au désert. Marciab et 
Sabota ont laissé dans le Yémen des ruines gigantesques. 
Le nomade qui y campe, ne peut croire que ces édifices 
aient été bâtis par des mains humaines. Avec les arbres, 
sont mortes les villes. 

Aux environs de Ninive étaient d'épaisses forêts. 
Thouthmès III y chassa l'éléphant, nous, révèlent les 
égyptologues. L'éléphant a disparu avec les forêts. En 
Algérie, les savants ont découvert des blocs où le Libyen 
avait gravé, avec son écriture, l'éléphant, la girafe, le 
rhinocéros bicorne. Les Carthaginois utilisaient ces pro- 
boscides. Hannon les avait d'ailleurs vus au cap Spar- 
tel, Hérodote à l'ouest de la petite Syrte, Elien entre 
l'Atlas et la Gétulie. Au m c siècle de notre ère, Solin les 
mentionne encore. L'éléphant depuis s'en est allé avec 
les arbres. 

La richesse est partie aussi. Telle jl'ancienne Byzacène 
ou plaine de Sfax qui n'offre plus qu'un sol rougeâtre et 
sec. Mais on y voit les ruines de Thysdrus, avec son cirque 
et son grand temple colossaux, ville déplus de 100.000 ha- 
bitants, Suffetula pouvait en contenir 20 à 25.000 ; Ci- 
lium, 12 à 15.000, Thelepte 50 à 60.000, et de gros bourgs 
comme Bararus, Masclianye, Cilma, Nara, Menegere, 
Menegesem, Aloncanum comptaient eux-mêmes plusieurs 
milliers d'habitants. Entre ces villes et ces bourgs, 
nombre de villages et fermes isolées, dont on rencontre 
les restes à chaque pas. C'était un immense verger 
d'arbres fruitiers et d'oliviers. Les Arabes ont coupé les 
arbres, et ainsi tué les villes. 

De toutes, la plus prospère et la plus brillante, la Grèce 
est aujourd'hui pauvre et dépeuplée. Autrefois elle avait 
des forêts et des fleuves. Avec Schliemann étudions la 
plaine d'Argos. Le mont Eubea, par son nom même, 
semble indiquer qu'il abondait en pâturages; il] est au- 
jourd'hui absolument nu. Dans la plaine, deux cours 
d'eau, l'Eleuthérion et l'Astérion : dans l'un on puisait 
l'eau sacrée pour le temple, l'autre nourrissait les plantes 
de même nom consacrées à liera. Aujourd'hui ils sont à 
sec, sauf par les temps de forte pluie. Toute la plaine 
d'Argos était renommée pour ses chevaux. Homère, dans 
l'Iliade, fait sept fois l'éloge de ses magnifiques pâturages 
qui sont \mz66ozoi. La terre est aujourd'hui si sèche qu'on 
ne récolte du vin et du coton que dans les parties basses 
et fertiles de la plaine. D'ailleurs en Grèce, les noms 
empruntés à des arbres sont extrêmement nombreux. 
Carya est la ville des noyers, Valanidia, celle des chênes 



à vallonée, Kyparissi, celle des cyprès, Platanos, celle 
des platanes. Mais les arbres ont disparu, les monts n'of- 
frent qu'un roc dénudé. Les rivières se sont taries comme 
celles d'Algérie et d'Espagne. Le Céphise et l'Ilissos de 
l'Attique ne sont plus que de faibles ruisseaux. 

Çà et là persistent quelques bouquets d'arbres : pins, 
sapins, chênes verts, témoignages de l'antique splendeur. 
Samos, autrefois couverte de forêts, possède encore 
quelques bosquets. Les îles Ioniennes ont gardé leur 
verdure, aussi Zante a-t-elle 102 habitants par kilomètre 
carré, alors que la Grèce n'en a que 30. La dépopulation 
a commencé à l'époque de la décadence, les auteurs latins 
nous l'ont signalée. « Les oracles ont cessé, dit Plutarque, 
parce que les lieux où ils parlaient sont détruits ; à peine 
trouverait-on aujourd'hui dans la Grèce trois mille 
hommes de guerre. » — « Je ne décrirai point, dit Strabon, 
l'Epire et les lieux circonvoisins parce que ces pays sont 
entièrement déserts. Cette dépopulation, qui a commencé 
depuis longtemps, continue tous les jours, de sorte que 
les soldats romains ont leurs camps dans les maisons 
abandonnées. » 

Mais l'Italie elle-même a souffert du même mal. « On me 
demandera, dit Tite-Live, où les Volsques ont pu trouver 
assez de soldats pour faire la guerre, après avoir été si 
souvent vaincus. Il fallait qu'il y eût un peuple infini dans 
ses contrées, qui aujourd'hui ne seraient qu'un désert, 
sans quelques soldats et quelques esclaves romains. » 

En Italie, comme en Grèce, on retrouve des noms 
d'arbres. Dans la campagne de Rome, des montagnes du 
nom de Viminalis, Fagutalis, sont aujourd'hui pelées. 

La Sardaigne, si dépeuplée, si sauvage, si malsaine, 
était, après trois siècles de domination carthaginoise, 
quand les Romains s'en emparèrent, couverte d'habi- 
tants et de villes, admirablement cultivée, riche et flo- 
rissante. 

Plus près de nous, mêmes désastres, restés indifférents 
aux historiens, uniquement occupés d'anecdotes et de 
batailles. C'est la Dalmatie, autrefois couverte de forêts 
et qui comptait deux millions d'habitants. Les Vénitiens 
ruinèrent forêts et pays. 

Mais c'est surtout l'Espagne. Elle a détruit ses forêts 
et tari ses eaux, et du même coup toute sa puissance. 
L'Ebre, navigable sous gVespasien d'après Pline, depuis 
Varia jusqu'à Logrono, ne l'était plus au temps des Maures 
que sur une étendue de 15 milles et au commencement 
du xvn* siècle que jusqu'à Tortose. Le Guadalquivir 
l'était encore sous Pierre le Cruel, jusqu'à Cordoue. A 
Saragosse on construisait un grand nombre de navires. 
LeManzanerès était encore, au xvi e siècle, navigable près 
de Madrid. Aujourd'hui, en temps ordinaire, on ne trouve 
plus un verre d'eau dans son lit. 

Les forêts ont disparu, et l'incurie des habitants a ac- 
céléré la ruine. Les moutons transhumants parcouraient 
les plus belles provinces, ravageant tout. Aussi le plateau 
de Castil'le est réduit à un tel état de nudité que, suivant 
le proverbe, l'alouette traversant les Castilles doit em- 
porter son grain. L'eau manque en plusieurs régions du 
plateau. Nombre de villes ou de villages alimentés par 
l'eau de source proclament joyeusement par leurs noms 
mêmes la possession de ce riche trésor. 

En Aragon, pour faire du mortier, on mélange le vin 
au sable plutôt que d'employer de l'eau. Les masures sont 
formées de pierres cimentées avec du mortier rouge. 
Quant à se servir de l'eau de la fontaine qui s'échappe 
en fines gouttelettes, ce serait un sacrilège auquel per- 



LE NATURALISTE 



79 



sonne ne peut penser. Aussi, voyez les cartes de l'Es- 
pagne ; sauf la côte où, grâce à la mer, les hommes peu- 
vent encore vivre, la densité de la population correspond 
exactement à la carte hydrographique. 

La déforestation frappa l'État au cœur dans ces pro- 
vinces du centre, si fertiles, si prospères. La décadence 
fut brusque au xvir 3 siècle. La capitale, Madrid, de 
400.000 âmes, tombe à 200.000 au commencement du 
xvm e siècle. Dans la province de Castille tout était ruiné, 
Burgos n'avait plus que son nom, Ségovie était appauvrie. 

Durant la dernière moitié du xvn e siècle, les choses 
devinrent pires, la pauvreté et la misère dépassèrent 
toute description. Des villages entiers furent dépeuplés. 
Les habitants de Madrid étaient affamés, les gens mou- 
raient de faim dans les rues. Et cet état de famine ne fut 
pas passager. Il dura pendant toute la moitié du xvn e 
siècle, probablement jusqu'à ce que la population clairse- 
mée ne fût plus trop abondante pour les vivres. 

Ces provinces du centre où était la vie intense, le lien 
qui solidarisait les efforts périphériques, devinrent un 
désert . On comprend les conséquences incalculables. 
Alors que les provinces littorales étaient moins atteintes, 
la tète du pays était frappée. C'est comme si en France, 
le bassin de la Seine s'appauvrissait au point de ne plus 
être utilisable que comme terre de pâture. 

La dépopulation dérive de là, l'appauvrissement aussi, 
et par suite, la décadence intellectuelle. Un pays sans 
richesses agricoles, où l'homme ne peut manger facile- 
ment, et ce dans les provinces centrales qui sont chargées 
de recueillir et centraliser toutes les pensées de la péri- 
phérie, tombe dans une déchéance intellectuelle profonde. 

De nos jours la décadence menace les peuples qui dé- 
boisent. Si on calcule la surface boisée dans chaque État 
européen, on voit que les États les plus boisés sont ceux 
qui s'accroissent le plus rapidement en population et en 
puissance. Tandis que nous possédons à peine en France 
huit millions et demi d'hectares de forêts, l'Autriche en 
aurait dix-huit millions et l'Allemagne onze millions 
admirablement administrés. La silviculture a une grande 
importance chez nos voisins, et ils conservent une vive 
reconnaissance au Grand Frédéric pour le soin qu'il a 
pris à cette administration. 
{A suivre.) 

D r FÉLIX Regnault. 



LA VIOLETTE 



MALADIES ET PARASITES (1) 

A [vrai dire, les Violettes, comme toutes les plantes du 
reste, ne possèdent que des Parasites, car leurs maladies 
ne sont que la conséquence de ceux-ci : que ce soient des 
cryptogames qui, en se développant sur les diverses 
parties de la plante, y produisent des gonflements, bour- 
souflures, taches, etc., ou que ce soient des insectes qui, 
pour assurer un abri et une nourriture à leurs jeunes 
larves, déterminent, par leurs piqûres, des galles ou des 
agglomérations de feuilles. 



(1) Préparant, sur les affections et parasites des Violettes, 
une étude accompagnée de figures, qui donnera avec détails 
les descriptions, les mœurs et les dégâts, ce n'est qu'un abrégé 
de ce travail — qui sera publié ultérieurement — que nous 
donnons ici. — E. B. 



Nous examinerons, néanmoins, séparément les mala- 
dies et les Parasites. 

Maladies. — Elles peuvent être divisées en deux 
groupes, suivant qu'elles sont le produit d'un végétal 
d'ordre inférieur, ou celui d'un insecte. 

Parmi les champignons nous citerons : 

Puccinia violse, qui détermine, sur V. canina et V. odorata 
des taches produisant des déformations des tiges et des 
feuilles, se présentant sous forme de courbures et gonfle 
ments couverts de verrucosités. Ces taches sont oranges 
ou noires. Les spores sont fixées sur un pédoncule assez 
long. 

Puccinia segra, qui se rencontre sur les Violettes cul- 
tivées, se présente sous forme de taches noirâtres. Les 
spores sont bi-cellulaires et portées sur un pédoncule. 

Puccinia Fergussoni, sur V. palustris, se distingue des 
précédents par ses taches rondes, jaunâtres. Les spores 
sont également bi-cellulaires, mais portées sur un 
pédoncule court et lisse. 

Vrocystis violse se trouve sur V. odorata où il produit 
des gonflements et déformations de la plante. Il consiste 
en spores de deux sortes : les unes grosses et rondes, 
les autres plus petites, fortement arquées. Les premières 
sont brun foncé et les deuxièmes .d'un brun plus pâle. 

Peronospora violse paraît, sur T. tricolor, sous forme 
de taches un peu épaisses, violet pâle, à conidies vio- 
lettes et supports courts, les dernières ramifications 
courbées. 

Parmi les Insectes : 

Cecidomyia affinis, petit diptère quiproduit, vers les mois 
de mai et juin, un enroulement des feuilles de V. hirta, 
V. sylvestris, enroulement qui est presque toujours 
accompagné d'une hypertrophie. La Cécidie est d'une 
teinte bleu verdâtre, ou jaunâtre pouvant aller jusqu'à 
l'orangé. Souvent cette Cécidie consiste non pas en une 
feuille, mais en une agglomération de feuilles; dans les 
deux cas, elle est toujours glabre. C'est dans cette galle 
que vivent les larves de la Cécidomyie, ces larves qui 
s'y trouvent en grand nombre sont blanchâtres dans leur 
jeunesse, plus tard elles deviennent de couleur orange. 

Cecidomyia violse. Cette Cécidomyie produit sur V. tri- 
color une agglomération de fleurs, feuilles, stipules plus 
ou moins roulés et atrophiés, comme le .précédent, 
mais alors avec accompagnement de pubescence anor- 
male. Comme pour C. affinis, ces larves de C. violse 
vivent et subissent leurs métamorphoses dans la Cécidie. 

On trouve également, sur diverses Viola, des Cécidies 
produites par un petit acarien se rapprochant de celles 
de C. affinis, mais plus serrées, moins épaisses et recou- 
vertes d'une légère pubescence. 

Parasites. — Les parasites du genre Viola appar- 
tiennent presque tous à l'ordre des Lépidoptères ; cepen- 
dant on cite parmi les Coléoptères YOrobitis cyaneus Lin., 
petit charançon de 2,5 millimètres de long, d'un noir 
violacé, avec l'extrême sommet des élytres rougeâtre ; 
le dessous du corps et les pattes sont couvertes de squa- 
mules blanches, serrées. Il vit dans toute l'Europe tem- 
pérée. D'après James Hardy, sa larve ronge les fruits 
de V. canina, le D r Pluton l'a signalé sur V. palustris et 
M. Bedel, dans son intéressante Faune des Coléoptères du 
bassin de la Seine, dit l'avoir trouvé en quantité dans 
les carrières de sable à Fontenay-aux-Roses, où l'on 
cultive la Violette sur une grande échelle. 

Parmi les Lépidoptères, c'est le genre Argynnis .qui 
fournit le plus grand nombre d'ennemis. Les chenilles de 



80 



LE NATURALISTE 



presque toutes les espèces d'Argynnes vivent plus ou 
moins aux dépens de cette plante. 

Les Papillons de ce genre sont bien connus sous le 
nom de nacrés. Leurs antennes sont plus longues que 
le corps et terminées par une large massue ovale, creusée 
en dessous en forme de cuiller. Les ailes sont arrondies, 
légèrement dentelées, de couleur fauve en dessus et plus 
ou moins ornées de taches d'un brun foncé; le dessous, 
dans le plus grand nombre des espèces, est parsemé de 
taches blanches ou argentées. 

Les Chenilles ont le corps couvert d'épines ra- 
meuses, dont deux seulement sur le premier anneau, 
celles-ci ordinairement plus longues et toujours inclinées 
vers la tête. Elles se rencontrent la plupart du temps sur 
les plantes de Violettes ; ces chenilles sont nocturnes et 
se cachent si bien pendant le jour qu'il est très difficile 
de les rencontrer. 

Les Chrysalides sont anguleuses, fortement cambrées 
et portent sur le dos deux rangées de tubercules aigus. 
Elles sont ornées de taches métalliques très brillantes. 

Argynnis Aphirape Hb. — Le papillon vole fin juin et 
juillet. D'après Wilde, la chenille se rencontre en mai- 
juin sur V. palustris. 

Argxjnnis Selene Fab. — L'insecte parfait est commun 
dans les grands bois ; on le rencontre deux fois par an, 
en mai et en août. Hùbner cite la chenille en avril sur 
V. canina ; Meigen dit qu'elle vit aussi sur V. tricolor 
et M. Berce la mentionne en avril et septembre sur 
diverses violettes. 

Argynnis Euphrosine Lin. — Cette belle espèce paraît 
aussi deux fois par an, fin mai et fin juillet. La chenille 
hiberne et se rencontre, d'après Kaltenbach, en. avril- 
mai, sur V. canina ; M. Berce la cite sur diverses Vio- 
lettes en juin et septembre. 

Argynnis Pales Fab. — Cette Argynne, qui se trouve 
dans les Alpes et les Pyrénées, se rencontre de juin à 
août. Schiffermùller a trouvé la chenille sur V. mon- 
tana en avril. 

Argynnis Dia Ilb. — On rencontre le papillon commu- 
nément, de préférence dans les clairières des bois secs ; 
il paraît en avril-mai et juillet-août. La chenille se nour- 
rit sur plusieurs espèces de violettes et plus particuliè- 
ment sur V. odorata en juillet et en septembre. 

Argynnis Daphne Fab. — Espèce habitant les régions 
sous-alpines, vole ordinairement de juin à août. Wilde 
indique la chenille comme se trouvant sur plusieurs es- 
pèces de violettes. 

Argynnis Lathonia Lin. — On rencontre cette espèce 
qui n'est pas rare aux environs de Paris, de juin à sep- 
tembre dans les bois, les- prairies; Kaltenbach la men- 
tionne en mai. Ochsenheimer dit que la chenille se trouve 
sur V. arvensis de juillet à septembre; M. Berce la note 
sur plusieurs Viola en mai et juillet; on la rencontre 
aussi sur V. tricolor. 

Argynnis Aglaia Lin. — L'insecte parfait parait de 
fin juin à fin août, on le rencontre communément dans 
la faune parisienne, sur les lisières et dans les clairières 
des bois. La chenille, d'après Treitschke, se nourrit sur 
V. canina en mai-juin. 

Argynnis Niobe Lin. — Très commun dans le midi de 
là France, on trouve le papillon aux environs de Toulon, 
dans les Pyrénées, les Alpes, vers fin juillet commence- 
ment d'août. La chenille vit en avril-mai sur V. odorata 
ei V. tricolor. 

Argynnis Adippe Esp. — Cette espèce est assez com- 



mune dans toute la France, elle vole sur la lisière des 
bois et sur les bois découverts; d'après Oschsenheimer et 
Koch, la chenille croît en mai et juin sur V. odorata et 
V. tricolor. 

Argynnis Paphia Lin. — Le papillon, un des plus com- 
muns parmi tous ceux de ce genre, se trouve souvent en 
grand nombre dans les bois de presque toute l'Europe. 
Treitschke cite la chenille sur V. canina en mai-juin. 

Argynnis Pandora Esp. — Le papillon vole en juin- 
juillet et août, principalement dans le midi et l'ouest de 
la France, où il est commun. D'après Wilde, la chenille 
se trouve sur plusieurs espèces de violettes. 

Melitse Cinxia Lin. — Espèce très commune dans les 
bois. Le M. Cinxia paraît deux fois l'an, en mai et en 
août, son vol est rapide et très bas. Le dessus des ailes 
estbrun noir avec une multitude de taches fauves. La che- 
nille, qui se rencontre en avril et septembre sur les 
feuilles de violettes, où elle s'y nourrit, est garnie de 
tubercules charnus, cunéiformes et couverts de poils 
courts et roides. La chrysalide, sans taches métalliques, 
porte sur le dos six rangées de points verruqueux. 

Emydia cribrumhin. — On rencontre communément dans 
toute l'Europe ce papillon qui recherche de préférence les 
lieux secs. La chenille, garnie de tubercules surmontés 
d'aigrettes de poils courts, avec une ligne double plus 
claire que le fond, vit sur V. canina et se transforme dans 
une coque à tissu lâche, entourée de mousse. La chrysa- 
lide, de forme ovoïde, est courte et plus grande chez la 
femelle que chez le mâle. 

Spilosoma merthasti Fab. — Le papillon que l'on trouve 
dans toute l'Europe boréale est commun en France, pen- 
dant les mois de mai et juin. Les chenilles du genre Spilo- 
soma sont garnies de poils plus ou moins longs, implantés 
en faisceaux divergents sur de petites élévations d'une 
teinte moins foncée que la couleur générale. Lanymphose 
s'effectue dans des cocons un peu spacieux, construits en 
un tissu peu serré. Les chrysalides sont conico-cylin- 
driques avec l'extrémité anale bilobée et garnie de petites 
épines. La chenille du S. menthastri se rencontre d'août 
à octobre sur quelques violettes, elle se chrysalide sous 
terre. 

Spilosoma lubricipeda Fab. — Espèce également com- 
mune dans toute la France, vole pendant les mois de mai 
et juin. La chenille vit d'août à octobre sur plusieurs 
viola. 

Spilosoma urticœ Hb. — La chenille de cette espèce a 
été trouvée quelquefois sur différentes violettes. 

Agrotis prsccox Hb. — L'insecte parfait vole en juillet. 
La chenille a été trouvée, en automne, sur quelques vio- 
lettes, elle se transforme dans u:i cocon, vers le commen- 
cement do juin, elle est nocturne, le jour elle reste cachée 
sous terre. 

Tryphœna pronuba Lin. — Le papillon est très commun 
dans toute l'Europe. La chenille, glabre, de couleur terre 
à l'aspect graisseux, avec une plaque écailleuse sur le 
dessus de la tête, est citée dans Kaltenbach comme se 
rencontrant sur diverses violettes. La chrysalide luisante 
de forme conique, s'enterre plus ou moins profondé- 
ment dans nu léger cocon. 

Cerastis vaccinii Hb. — Papillon commun en octobre- 
novembre, il hiberne et reparaît en mars-avril. Les che- 
nilles du genre Cerastis sont cylindriques, allongées, de 
couleur brune ou rougeâtre ; elles se cachent pendant le 
jour. Celles de C. vaccinii se rencontrent en mai-juin sur 
quelques violettes. 



LE NATURALISTE 



81 



Cer astis silène Hb. — Le papillon de cette espèce est 
moins commun que le précédent, on le rencontre en sep- 
tembre et octobre. La chenille vit sur différentes violettes 
en avril-mai. 

Habrynthis scita Hb. ■ — L'insecte parfait apparaît fin 
juin. La chenille se rencontre en mai sur V. odorata. 

Hadena typica Lin. — On rencontre l'insecte parfait 
un peu partout en juillet et août. Koch cite la chenille 
sur laplupart des plantes basses; d'après Speyer elle 
vit en avril et septembre, et d'après Kaltenbach fin mai 
commencement de juin, sur diverses Viola. 

D'autres insectes se rencontrent encore, plus oumoins, 
sur cette plante et seraient à citer; mais les dégâts qu'ils 
occasionnent étant peu appréciables et cet article ne 
devant pas s'étendre davantage, nous arrêtons ici cette 
nomenclature. 

Bibliographie. 

Acloque : Flore de France; Paris, Baillière, 1894. 

Comptes-Rendus Académie des Sciences; Paris, 23 oc- 
tobre 1893. 

Constantin (Paul) : le Mondes des Plantes ; Paris, 
Baillière, 1894. 

Géneaude Lamarlière: Tableaux des Péronosporées, 
Ustilaginées et Urédinées; File des J. Nat.; Paris, 
1893-94. 

Hieronymus : Beitrage zur Kenntniss der Europaïs- 
chen Zoocecidien und der Verbreitung derselben. 

Hoefer; Dict.de botanique; Paris, Firmin-Didot, 1860. 

Illustration horticole; Bruxelles, 15 juillet 1895. 

Kaltenbach : Die Pflanzeinfeinde aus der Klasse der 
insekten; Stuttgart, 1874. 

Kieffer : Les Diptérocécidies, Acarocécidies, Myco- 
cécidies de Lorraine; File des J. Nat. ; Paris, 1890-91-92. 

Lucas: Hist. Nat. des Lépidoptères d'Europe; Paris, 
Savy. 1864. 

Marx-Lepelletier : Rosiers, Violettes, Pensées ; 
Paris, Ed. maison rustique. 

D'Orbigny : Dict. d'Hist. Nat., t. XIII; Paris, Mas- 
son, 1849. 

Piesse : Histoire des parfums; Paris, Baillière, 1890. 

Wurtz : Dict. de Chimie, t. III, Paris, Hachette, 
1873. 

Eug. Benderitter fils, 



Le Monstera cLelioiosa 



On rencontre fréquemment dans les serres une curieuse 
aroïdée qui est connue sous les noms de Philodendron 
pertusum de Tornelia fragrans et plus correctement de 
Monstera deliciosa. Elle se plaît au bord des aquariums 
qu'elle contribue puissamment à décorer, grâce aux 
amples dimensions de son feuillage, à ses racines 
aériennes qui naissent en grand nombre tout le long de 
sa tige irrégulièrement contournée et peuvent atteindre 
une longueur de plusieurs mètres. 

Les feuilles sont entières dans leur jeune âge, puis, à 
mesure qu'elles se développent on voit, en certains points, 



apparaître des perforations d'abord petites qui gagnent en 
diamètre et finalement peuvent arriver jusqu'aux bords- 
A cette période la feuille, d'abord entière, prend l'appa. 
rence d'une feuille pinnatifide. Ces perforations sont 
ovales ou allongées avec leur grand axe dirigé oblique- 
ment par rapport à la côte et présentent généralement 
deux à quatre centimètres de longueur. 

Comment se développent-elles? On a cru longtemps 
que le parenchyme foliaire manquait originairement aux 
points où elles apparaissent. Mais l'observation suivie a 
montré que là, comme partout ailleurs, le limbe était 
d'abord parfaitement continu. Ce n'est que plus tard que 
se forme une petite lacune, en même temps que les cel- 
lules environnantes subissent un phénomène de décolo- 
ration. Dans le vide formé s'accumulent des gaz qui 
crèvent l'épiderme inférieur en le boursouflant, puis 
l'épiderme supérieur. A ce moment la perforation est 
complétée et elle s'accroît tant que la feuille n'a pas 
acquis ses dimensions définitives. 

Cette particularité foliaire se rencontre d'ailleurs dans 
quelques aroïdées voisines. 

Le fruit n'est pas moins remarquable. Il provient d'une 
inflorescence composée de fleurs hermaphrodites à l'ex- 
ception de celles de la base qui sont stériles. La spathe, 
portée par un pédoncule verruqueux, est ovale, concave, 
de consistance coriace, teintée de jaune pâle; le spadice 
est cylindrique, légèrement dépassé par la spathe, de 
forme cylindrique, jaunâtre. Les baies sont nombreuses, 
en forme de pyramides renversées, à six faces vertes 
d'abord et deviennent jaune verdâtre à la maturité ; 
elles sont charnues et très parfumées. 

Nous avons parlé plus haut des qualités éminemment 
ornementales que possèdent le feuillage du Monstera 
deliciosa; mais, à côté de l'agréable, il ne faut pas dé- 
daigner — quand faire se peut — de joindre l'utile. C'est 
ici le cas. Le fruit du Monstera, qui peut atteindre au 
moins 20 centimètres, formé de baies charnues et suc- 
culentes est en effet excellent au goût, et bien difficile 
serait celui qui pourrait y trouver quelque défaut. Dès 
qu'il commence à jaunir, ou plutôt, dès qu'il n'est plus 
d'un beau vert, on peut le cueillir et le placer en un lieu 
sec où la maturité se fait rapidement en même temps 
que l'arôme se développe et revêt une intensité remar- 
quable. C'est à la fois l'odeur de l'ananas et du coing 
combinée, ou plutôt un parfum spécial qu'il est assez 
difficile de préciser exactement. Les portions extérieures 
devenues spongieuses se détachent naturellement sous 
forme de petits écussons diversement conformés il ne 
reste que la portion pulpeuse qui peut être dégustée. Le 
goût, qu'il n'est pas non plus facile de comparer à celui 
d'autres fruits, tient cependant de l'ananas et de la 
fraise. 

Il faudrait bien se garder de mordre directement au 
fruit du Monstera, car les écussons qui le recouvrent sont 
littéralement farcis de petits cristaux en aiguilles 
(raphides), qui s'introduisent dans les lèvres et dans la 
langue où ils produisent une cuisson intolérable. 

Il est étonnant que la valeur de ce fruit soit aussi peu 
connue, car, au point de vue de la finesse, il en est peu 
qui puissent lutter avec lui. Mais le Monstera exige la 
culture en serre, et il ne donnera jamais qu'un régal 
d'amateur. 

Au Mexique d'où il est originaire, il est, paraît-il, fré- 
quemment cultivé dans les jardins où, en raison de la 
forme du fruit, il est connu sous le nom de Pina Anana. 



82 



LE NATURALISTE 






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86 



LE NATURALISTE 



Le Pithecanthropus ereetus 



Haeckel, en 1868, a admisl'existcnced'une forme hypo- 
thétique, présentant la station droite, douée d'une intelli- 
gence beaucoup plus grande que celle des singes anthro- 
poïdes (gorille, chimpanzé, orang-outan), mais dépourvu 
cependant du langage articulé. Le savant allemand créa 
même pour cette forme un genre qu'il appela Pithecan- 
thropus. La forme hypothétique de Hœckel, ou du moins 
une forme très voisine vient d'être décrite par un méde- 
cin militaire hollandais, le D r Eug. Dubois. Cette 
découverte du plus haut intérêt au point de vue anthro- 
pologique a été faite près du Trinil, district de Ngawi, 
province de Madium, dans le centre de Java.- Les restes 
de ce singe consistent en un crâne, un fémur étune dent. 
Ils proviennent des couches tertiaires récentes et sont 
implantés dans un tuf volcanique. 

Le crâne est remarquable par sa capacité qui est beau- 
coup plus grande que celle des singes anthropomophes et 
presque égale aux deux tiers de celle de l'homme. La den- 
tition se rapproche un peu de celle du singe. Le fémur, 
qui a les dimensionsde celui de l'homme, appartientàun 
animal ayant la station verticale pendant la marche. 
Cette forme, trouvée par le D r Dubois se rapproche donc 
de la forme hypothétique de Haeckel. Aussi c'est à juste 
titre que le nom de genre créé par ce dernier lui a été 
donné. M. Dubois a pensé créer pour cet animal la famille 
des Pithecanthropidee. 



LE DARL1NGT0MA CAUFOMIA 



Bien singulière est l'ascidie des Sarracenia, dont nous 
aurons à parler plus tard, mais la complication foliaire est 
encore plus remarquable dans la plante qui fait le sujet de 
cette note. 

Le Darlingtonia est également une plante américaine , 
limitée à un très petit nombre de points de la vaste 
étendue des Etats-Unis; comme les Sarracenia, il re- 
cherche les lieux marécageux, mais on n'en connaît 
qu'une seule espèce. 

Cette plante à ascidie a été découverte en 1842 par le 
botaniste américain Brackenridge, au cours du voyage 
d'exploration dirigé par le capitaine Wilkes. D'après 
Torrey, qui décrivit le premier le Darlingtonia, elle fut 
trouvée « dans un marais appartenant aune petite colonie 
du Ifaut-Sacramento. Comme on se trouvait dans l'ar- 
rière-saiBon, les fleurs avaient disparu; on ne vit nulle 
pari de capsules à graines mais seulement des feuilles. 
Les feuilles étaient si extraordinaires qu'il n'y avait plus 
le moindre doute que cette plante n'appartînt aux Sarra- 
céniacée.s, qu'elle ne fûl on un Sarracenia ou d'un genre 
voisin ». Pendant plusieurs années encore Torrey dut 
rester dans le doute au sujet de la trouvaille végétale qui 
l'avait tant intrigué, et c'est en 1851 seulement que le 
D r Hulse, de la Nouvelle-Orléans, trouva la plante en 
fleurs dans le lieu même, selon toutes probabilités, où 



elle avait été découverte. Il n'y avait plus le moindre 
doute qu'on ne se trouvât en présence d'un genre abso- 
lument nouveau qui fut dédié au botaniste américain 
W. Darlington. 

Comme chez les Sarracenia c'est le feuillage qui fait la 
particularité de cette plante. 

D'un rhizome épais et court naissent des feuilles qui 
peuvent atteindre jusqu'à cinquante centimètres de hau- 
teur; les pétioles sont creux et forment ascidie, rétrécis 
vers le bas et tordus sur leur axe d'une manière sensible, 
fortement nerviés à nervures réunies entre elles par des 
veines qui forment un réseau élégant et serré. Jusqu'ici 
c'est, à peu de chose près, la structure du Sarracenia. Mais 
l'urne, formée par le pétiole creusé à son sommet voûté, 
forme un sac à la base duquel se trouve une ouverture 
qui regarde la cavité de l'ascidie. 

L'opercule est encore plus étrange ; il est étroit à sa 
naissance et se divise presque de suite en deux lobes 




Darlingtonia California. 



allongés et divergents, quelquefois déjetés en arrière. La 
face interne du sac est revêtue de poils coniques, dis- 
posés à rebours; il en est de même à la base de l'ascidie. 
Tout le reste de la surface interne est absolument glabre. 
La disposition de ces poils empêche les insectes qui 
sont entrés dans l'ascidie d'en sortir, et ces petits êtres y 



LE NATURALISTE 



87 



trouvent leur tombeau. La manière dont l'ouverture est 
placée, c'est-à-dire au-dessous du sommet du capuchon, 
empêche l'urne de recevoir l'eau des pluies oudelarosée- 
Brackenridge a dit cependant, sans être trop affirmatif, 
qu'il avait trouvé des urnes remplies de liquide, et Torrey 
s'est demandé, tout en restant fortement incrédule, si 
cette eau ne serait pas sécrétée par les poils qui garnissent 
certaines parties de l'ascidie. 

Quant à la fleur elle présente également des caractères 
qui permettent de la distinguer de celle des Sarracenia. 
Les hampes florifères sont en effet pourvues de bractées 
amplexicaules d'un jaune de paille, d'autant plus rappro- 
chées l'une de l'autre qu'elles sont situées près delafleur. 
Le calice est également coloré en jaune et ne présente 
pas de calicule. Les pétales sont pourpre pâle, parcourus 
par des veines en réseau plus foncées; les étamines 
varient de 10 à 15. L'ovaire est turbiné, fortement dilaté 
au sommet de façon à abriter plus ou moins les étamines ; 
le style est court et lobé au sommet, mais ne présente 
pas l'appendice en forme d'ombrelle ou de parapluie qui 
caractérise d'une façon si remarquable le genre Sarra- 
cenia. 

Pour en terminer avec les Sarraceniées il faudrait encore 
citer VHeliamphora, de la Guyane anglaise, dont les urnes 
sont pourvues d'un orifice largement ouvert, avec une 
lame peu développée et deux ailes qui donnent à l'as- 
cidie une conformation toute spéciale. 

P. Hariot. 



LEÇONS DE GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

Par A. de LAPPARENT (1) 



Qu'est-ce que la géographie physique? « C'est la des- 
cription du globe terrestre exclusivement basée sur les 
caractères naturels que présente la surface de notre 
planète. » 

La géographie telle qu'elle était enseignée il y a une 
dizaine d'années était une science purement descriptive. 
Orune science constituée uniquement par des faits, pour 
si intéressants et si nombreux qu'ils soient, ne tarde pas 
à devenir ennuyeuse, si ces faits ne sont pas com- 
mentés, discutés, expliqués. 

Nous avons tous appris l'énumération sèche, aride, des 
montagnes et des rivières des diverses régions du globe. 
Nos professeurs ne nous faisaient pas grâce du moindre 
cours d'eau, du plus petit chaînon montagneux; mais 
rares étaient ceux qui songeaient à nous faire connaître 
les causes donnant à une contrée sa physionomie, et pour- 
quoi cette physionomie était différente de celle d'une 
contrée voisine. 

La géographie, réduite à des faits, manquait d'une 
sanction philosophique. La géologie lui fournit aujour- 



(1) A. de Lapparent. Leçons de géographie physique. En vente 
aux bureaux du journal. 



d'hui cette sanction qui est le critérium d'une vraie 
science. En tant que science la géographie physique 
doit donc rechercher les causes ayant produit le relief, 
le modelé actuel de la surface de notre planète, et tenir 
compte de ce fait, que la structure interne commande 
la structure externe. 

« L'état présent du globe n'est, en effet, que la résul- 
tante d'une superposition compliquée de phénomènes 
ayant agi successivement, tantôt dans le même sens, 
tantôt en sens contraire, de telle façon que les structures 
et les formes actuelles ont une histoire qui les rend 
pleinement intelligibles. « Le géologue fera connaître 
au géographe les diverses étapes de cette histoire ; il lui 
montrera que la longue et lente évolution de notre 
planète continue de nos jours et que la phase dans 
laquelle nous nous trouvons actuellement n'est com- 
préhensible qu'autant que l'on connaîtra les phases 
antérieures. Logiquement, la vraie méthode géographique 
sera donc « l'étude du présent, à la lumière du passé ». 

Que résultera-t-il d'un accord, entrela géologie et la 
géographie? Il ne pourra être que fécond en résultats. 
M. de Lapparent, avec son grand talent, nous rend compte, 
dans son ouvrage Leçons de géographie, des résultats déjà 
obtenus. 

En France, des esprits vraiment scientifiques, MM. Vidal 
de Lablache, Vélain, de la Noë, de Margerie, naturelle- 
ment l'auteur du livre que nous analysons, mènent la 
campagne en faveur de cette rénovation de l'enseigne- 
ment géographique ; mais, combien mal ils sont secondés 
jusqu'à présent. C'est en effet au moment où la science 
du globe a réalisé des progrès gigantesques, au moment 
où, cessant d'être presque exclusivement analytique, 
elle est devenue synthétique, que l'on supprime en grande 
partie son enseignement et qu'elle n'apparaît plus dans 
les programmes formant la sanction des études clas- 
siques secondaires. Etrange et inexplicable contradic- 
tion ! 

Pendant ce temps, les Américains qui n'ont pas à sup- 
porter, comme nous, le poids de la routine et de la tra- 
dition, fondent un enseignement géographique rattaché à 
la géologie ; ils construisent des laboratoires où la science 
nouvelle appelée par eux gèomorphogénie est étudiée, 
avec pour base la genèse des formes terrestres. Ils sont 
suivis dans cette voie parl'Allemagne, l'Angleterre, l'Au- 
triche, où des travaux remarquables de géographie rai- 
sonnée ont déjà vu le jour. Il faut, en effet, rappeler l'in- 
fluence exercée dans ce nouvel ordre de connaissances 
par MM. Suess, de Richthofen, Ramsay, Geikie, etc. Nous 
ne devons pas laisser dans l'oubli les noms des Français 
qui ont également ouvert ou suivi la même voie : Elie de 
Beaumont, Belgrand, Reclus, etc. 

L'ouvrage de M. de Lapparent a pour but de faire con- 
naître la raison d'être de toutes les formes géographiques. 
Il est divisé en 25 leçons, on pourrait dire 25 chapitres : 
Dans les quinze premiers sont exposées des considéra- 
tions générales sur le relief terrestre et les causes diverses 
ayant modifié ce relief. 

L'auteur nous montre le rôle considérable joué par 
l'eau dans le modelé terrestre. Par l'érosion continuelle 
qu'elle produit sur le continent, l'eau tend de plus en plus 
à niveler la surface de la planète, car elle constitue un 
agent d'une grande puissance pour le transport au loin 
des matériaux solides qu'elle a arrachés aux parties les 
plus élevées. 



88 



LE NATURALISTE 



Il convient d'ajouter à cette action de l'eau celle de la 
chaleur, du vent et celle aussi, plus limitée, des volcans. 
Il faut également tenir compte, dans une large mesure, 
de la nature du sol, des dislocations, des mouvements 
variés qui ont brisé et plissé les couches terrestres, sou- 
vent à un degré tel que les plus hautes cimes sont cons- 
tituées par des roches d'origine marine. Cette ascension 
verticale de roches sédimentaires pendant plusieurs mil- 
liers de mètres a profondément modifié le 
modelé terrestre. 

Grâce à cet ensemble de connais- 
sances variées où la géologie tient une 
place prépondérante, le géographe pourra 
comprendre la genèse etYanatomie du globe 
terrestre et suivre pas à pas son évolution. 

M. deLapparent, dans une esquisse ra- 
pideet en un langage clair etimagé, fait 
revivre ce passé delà terre. Il nous mon- 
tre, dans des aperçus très généraux, les 
changements considérables survenus dans 
la distribution des terres et des mers de- 
puis les temps archéens jusqu'à nos jours 
et nous fait assister à la formation des 
divers systèmes de montagnes qui ont 
produit le principal relief de notre planète. La formation 
de ces rides continentales s'est effectuée en général et 
successivement du pôle vers l'équateur. 



continus, formés par les Pyrénées, les Alpes, les Car- 
pathes, le Caucase, les chaînes iraniennes et l'Himalaya, 
lambeaux dans lesquels on peut étudier l'effort gigan- 
tesque de la pression qui a soulevé à plusieurs milliers 
de mètres des couches situées jadis au-dessous du niveau 
de la mer. 

Dans cette revue du passé, l'auteur montre qu'un cer- 
tain nombre de caractères semblent avoir persisté à i a 





Les Terrasses de l'ancien lac Bonneville (Etats-Unis) 
(d'après Gilbert) 



surface de la terre durant une grande partie des temps 
géologiques. « L'océan Pacifique a constitué depuis les 
temps primaires une unité homogène dont le caractère 
est accusé par le bourrelet continu qui l'enserre, à l'est 
sous la forme des Cordillères américaines, à l'ouest dans 
la longue chaîne d'îles, si bien alignées, qui vont de la 
Sibérie à l'Australie. » 

L'océan Atlantique, par contre, n'a pris sa forme ac- 
tuelle que très tardivement et grâce à l'écroulement des 
barrages unissant à l'époque secondaire le nord de l'Eu- 
rope au nord de l'Amérique et l'Afrique équatoriale au 
Brésil. 

En possession de ces données, pour la plupart d'ordre 
géologique, si bien mises en lumière par,M. de Lapparent, 
mais qu'il est impossible d'exposer ici, même d'une 
façon très sommaire, le géographe aura une base sur 
laquelle il pourra asseoir ses observations. 

Dans les dix dernières leçons de son ouvrage, et en 
suivant la méthode que je viens d'indiquer, M. de Lap- 
parent souligne en traits vigoureux les caractères naturels 
des diverses régions du globe. C'est avec le plus vif plaisir 
qu'on le suit dans sa marche à travers le monde, dont il 
raconte l'histoire et auquel il semble donner une véri- 
table vie. 

Les Leçons de géographie sont éditées avec beaucoup 
de soin. Elles renferment d'assez nombreuses illustra- 
tions qui rendent compte des principales formes décrites 
(fig. 1 et 2). Il n'est pas douteux que ce livre ne reçoive 
un excellent accueil de tous les esprits cultivés aimant 
les études géographiques. 



Ph. Glangeaud. 



Roches moutonnées polies par un ancien glacier ou lac 
d'Estom-Soubiren (Pyrénées) 

Des chaînes anciennes, il ne reste plus que des tronçons 
rabotés par l'érosion; la plus récente, qui constitue la 
chaîne alpine, comprend les énormes lambeaux, jadis 



Le Gérant: Paul GROULT. 



Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, il. 



18 e ANNÉE 



2 e SÉRIE — IV S19 



15 AVRIL 1896 



PHOTOGRAPHIE 

Les Rayons X et la lumière noire 



Divers savants ont institué des expériences établissant 
que l'ampoule de Crookes, de Puluy (Pouloui), etc., 
n'émet pas des rayons X par la cathode seulement, mais 
que cette propriété appartient aussi à l'anode. Il fallait, 
d'ailleurs, s'y attendre. Nous citerons, à ce sujet, une 
note de M. George Meslin, présentée à l'Académie des 
sciences par M. Mascart, dans la séance du 24 février 
dernier, et dans laquelle il est dit : 

« Les rayons actifs n'émanent pas directement de 

la cathode; ils semblent provenir de la partie du verre 
rendue phosphorescente sous l'influence de l'électrode. 
On produit, en effet, l'impression photographique en 
mettant la plaque sur le côté du tube, de façon qu'elle re- 
çoive le rayonnement de la calotte de verre et en inter- 
posant un mur de brique sur le trajet des rayons qui pour- 
raient venir directement de Vélectrode. 

« J'ai obtenu des photographies très énergiques 

avec des poses de moins d'une minute ; un des clichés a 
été obtenu à travers cinq épaisseurs de papier noir, avec 
une pose de quatre secondes... » — Nous sommes loin, on 
le voit, des poses de trente à quarante minutes. 

« Il faut, pour cela, surveiller la marche de la bo- 
bine, agir constamment sur le trembleur pour maintenir 
la fluorescence à son plus haut degré, et se guider 
aussi pour cela sur la lumière violacée pâle qui apparaît 
par moments dans la longueur du tube. » 

D'un autre côté, dans un autre rapport lu dans la même 
séance, M. II. Dufour citait de nombreuses expériences 
faites par lui dans divers buts et disait : « Nous avons 
constaté que les phénomènes de fluorescence se pro- 
duisent, non-seulement devant la face du verre opposée 
à la cathode, mais aussi devant l'anode, et plus ou moins 
sur toute la surface du verre. » 

Mais, avant d'aller plus loin, donnons ici quelques dé- 
tails indispensables sur la manipulation de la bobine 
Ruhmkorff, et la marche des courants, comme aussi sur 
le condensateur que Fizeau y introduisit. Ce condensa- 
teur se compose d'une pièce de taffetas gommé recou- 
verte sur ses deux faces avec des feuilles d'étain, et des- 
tinée à recevoir l'extra-courant qui se produit dans le fil 
principal de la bobine (gros fil) au moment de la rupture 
du courant par l'oscillation supérieure du trembleur. Cet 
extra-courant, ou contre-courant, étant de sens contraire 
à celui de la pile, affaiblit, au moment de la rupture, 
l'action du courant direct, et, partant, le courant induit 
du fil fin est d'autant moindre. 

La figure théorique ci-dessous donne l'économie de 
l'appareil complet. 

Soit K la feuille de taffetas, m et n les deux feuilles 
d'étain. L'une de ces dernières est en communication 
avec l'un des bouts du gros fil, l'autre avec le deuxième 
bout, au moyen des bornes de cuivre E et G. 

Le trembleur, ou marteau F, s'appuie, au repos, sur la 
borne E; a et b sont les deux extrémités du gros fil de la 
holiine B ; le courant entre en a pour sortir par b. Au mo- 
ment précis où le courant est fermé, le trembleur F est 
attiré par le noyau de fer doux et quitte son support E ; 
et comme c'est précisément par cette borne que passe le 
courant pour aller en G et en a, l'interruption a lieu aus- 



sitôt. Instantanément le contre-courant de sens inverse 
se produit, et arrive suivant aGm et byn, pour s'accu- 
muler sur les deux faces du condensateur K, en m et en 
n; de cette façon, le contre-courant n'a pas lieu dans le 
gros fil ab, qui conserve son énergie primitive à ce mo- 
ment même de la rupture, et, par conséquent, maintient 
celle du fil induit cd. 

Au moment où le trembleur F retombe, le courant de 
la pile se rétablit dans le gros fil ab ; mais, en même temps, 
l'accumulateur se décharge comme une bouteille de 
Leyde dans ce même fil ab, augmentant ainsi, dans de 
fortes proportions, l'intensité du courant de la pile. 

Cet accumulateur, plusieurs fois replié sur lui-même, 
est dissimulé dans le socle de la bobine de Ruhmkorff. 

Passons maintenant au courant d'induction. 

Les extrémités du fil fin cd sont fixées à deux bornes. 




A et B, montées sur deux tiges de verre vernies à la 
gomme laque, de façon à être bien isolées; à ces deux 
bornes, munies de pinces ou de vis de pression, on fixe 
d'autres fils conducteurs qui doivent porter le courant 
dans divers appareils. 

On sait qu'il se produit dans le fil fin un courant de 
sens contraire a celui du gros fil, au moment de la 
fermeture du courant principal, et un courant de même 
sens, de sens direct, au moment de la rupture. Le 
trembleur occasionne donc dans le fil induit, à chacune 
de ses oscillations, deux courants de sens différents. 

Mais le courant direct, celui qui se produit à la 
rupture, est bien plus intense que le courant de sens con- 
traire ; c'est celuidà qui produit les formidables étincelles 
de 50 centimètres de longueur ; et, comme un courant 
quelconque a toujours deux pôles, un positif et un né- 
gatif, les deux bornes A et B sont alternativement posi- 
tives et négatives, selon que le courant est inverse ou 







90 



LE NATURALISTE 



Si donc — à distance, c'est-à-dire sans contact — Fou 
reçoit sur un électroscope l'étincelle du pôle A, par 
exemple, l'électroscope se chargera d'une seule élcc- 
tricité : do celle (positive ou négative) qui a fourni l'étin- 
celle ; effectivement, deux étincelles de noms contraires 
ne peuvent pas jaillir à la fois du môme pôle, Si, au con- 
traire, on mettait l'électroscope en contact directement 
avec le pôle A, l'instrument ne se chargerait d'aucune 
des deux, électricités, attendu que ce pôle, comme, d'ail- 
leurs, le pôle B, est cent fois par seconde alternative- 
ment positif et négatif. 

Par conséquent, c'est toujours le même pôle A ou B qui 
est positif pour le courant induit direct, et négatif pour le 
courant de sens contraire à celui du gros fil. Ce pôle étant 
connu, et il l'est immédiatement par sa propriété de 
donner, seul, de violentes étincelles, c'est à lui qu'on 
s'adresse pour expérimenter, et on lui donne le nom de 

POLE POSITIF DU FIL INDUIT DE LA BOBINE.. 

Mais voici maintenant que l'on nie l'existence des 
rayons X et des rayons de lumière noire du docteur Le Bon. 
Dans une lettre adressée au secrétaire perpétuel de l'Aca- 
démie des sciences, le professeur Ch.-V. Zeuger dé- 
clare : 

« Ce qui me paraît intéressant, c'est que M. Do- 

malip, dans les expériences faites par nous deux au labo- 
ratoire de l'Ecole polytechnique slave de Prague, du 11 
au 22 janvier dernier, a obtenu des images électriques 
sur la plaque sensible, au moyen de plaques intermé- 
diaires de cuivre jaune et rouge, de zinc, de plomb et 
d'acier. C'est la preuve, selon moi, qu'il n'y a là qu'un 
phénomène d'induction électrique, produisant la phos- 
phorescence de la gélatine, et en même temps la dé- 
charge électrique dans la gélatine; enfin, la fluo- 
rescence de l'air ambiant, comme dans le cas de la 
décharge en aigrettes (décharge sombre) de l'électricité. 

« A mon sens, ce sont ces trois agents qui déterminent 
la décomposition des sels d'argent dans la couche sen- 
sible ; il n'y a pas de rayonnement spécial, de rayons X, 
ou de lumière noire, etc. 

« Au surplus, on obtient une action plus rapide avec 
des plaques orthochromatiques à l'éosine, ou avec des 
plaques lavées avec une solution de sulfate de quinine ; 
toutes ces substances, qui peuvent transformer le mou- 
vement électrique en mouvement ondulatoire, c'est-à- 
dire produire la fluorescence et la phosphorescence, 
contribuent beaucoup à la production des images. » 

Quant à la lumière noire, MM. Auguste et Louis Lu- 
mière, fabricants d'appareils et de produits photogra- 
phiques, la nient complètement; et, à la suite de nom- 
breuses expériences négatives comme résultats, quoique 
faites, disent-ils, conformément aux prescriptions du 
docteur Le Bon, ils déclarent que « les sources lumineuses 
diverses, soleil, arc électrique, bec Aucr, lampe à pé- 
trole, etc., n'émettent pas des radiations traversant des 
feuilles métalliques, et susceptibles d'agir d'une façon 
appréciable sur les préparations photographiques. » En 
conséquence, ils croient pouvoir conclure que la lumière 
dont il a été plusieurs fois question dans les comptes 
rendus de l'Académie des sciences ne serait que de la 
lumière blanche, « à l'abri île laquelle on ne se serait pas 
placé d'une façon suffisamment rigoureuse ». 

Naturellement, le docteur G. Le Bon répond à cette 
critique, non seulement à l'Académie, mais dans ht Revue 
scientifique du 7 mars courant. Il fait justement observer 



que, même en admettant les hypothèses de MM. Lumière 
(un nom prédestiné), on se trouverait toujours en pré- 
sence de la lumière noire. Car de la lumière jouissant de 
la propriété — après s'être réfléchie trois fois successi- 
vement à 90° sur des surfaces non réfléchissantes — de 
pouvoir passer entre des lames de verre et de métal 
comprimées l'une contre l'autre par une pression de plu- 
sieurs kilogrammes, est de la lumière totalement invisible 
pour l'œil, c'est-à-dire précisément ce que M. Le Bon 
appelle de la lumière noire. Au pis aller, la lumière blanche 
de MM. Lumière, « à l'abri de laquelle on ne se serait 
pas placé d'une façon suffisamment rigoureuse », serait 
devenue de la lumière noire ? mais alors la lumière noire 
existe, et c'était justement C. Q. F. D. 

Après avoir repris la démonstration de ses expériences 
anciennes et récentes, M. Le Bon prouve enfin d'une 
façon irréfutable l'existence de cette lumière, en citant 
les expériences faites — et réussies — d'après ses propres 
données, par M. Gaston Braùn, élève du professeur Eder, 
à Vienne, et fils du photographe parisien bien connu. Ces 
expériences ont été publiées récemment. Il cite ensuite 
une lettre écrite à lui-même par M. Braùn en réponse 
aux objections faites contre la lumière noire, et dont 
j'extrais ces passages : 

« Pas de lumière blanche emmagasinée, puisque, en 

laissant séjourner le châssis douze heures dans l'obscu- 
rité (1), on n'obtient aucune image. 

« Pas de lumière latérale dans les châssis, puisque 
deux glaces étaient à côté l'une de l'autre dans le même 
châssis, et que la glace servant de témoin n'a présenté 
aucune fusée ni voile lumineux. La lame de cuivre avait 
exactement, d'ailleurs, les dimensions du châssis, et y 
entrait avec peine. 

« Pas d'influence de pression de l'objet sur la couche 
sensible, puisqu'on obtenait les mêmes résultats en re- 
tournant la plaque sensible, c'est-à-dire en plaçant l'objet 
en contact avec le côté du verre. » 

Les discussions, comme on voit, deviennent de plus en 
plus vives autour de la science nouveau-née. 

E. Santini de Riols. 



DÉBOISEMENT ET DÉCADENCE 



(Suite et fin) 



La Russie, cette fourmilière d'hommes qui grossit 
d'année en année, n'aurait encore que le tiers de son 
territoire déboisé. Opposez-la à la Perse dont la ving- 
tième partie seule est aujourd'hui forestière. 

Considérons la France qui nous intéresse spécialement. 
Sous l'ancien régime, les forêts étaient l'objet d'une 
rigoureuse surveillance. Sully, Henri IV, Louis XIV se 
préoccupèrent avec succès de leur conservation. Mais, sous 
la Révolution, les paysans profitèrent de l'anarchie pour 
se ruer sur les arbres. La France perdit alors, et depuis, 
la moitié de ses forêts; car Mirabeau, dans sa théorie de 
l'impôt, les évalue à dix-sept millions d'hectares, alors 
qu'elles ne présentent plus aujourd'hui que huit mil- 
lions et demi. 

(1) C'est-à-dire sans l'éclairer au moyen d'une lampe à pé- 
trole, de la lumière du jour, de l'arc voltaïque, etc. 



LE NATURALISTE 



91 



Elles se sont d'autant plus éclaircies qu'on avance vers 
le sud-est d'où est venue la civilisation. Chez nous, comme 
dans les autres pays, les provinces les plus déboisées 
sont les plus anciennement civilisées. 

Nulle part les effets du déboisement ne se sont mieux 
fait sentir que dans les départements des Basses et Hautes 
Alpes. 

Autrefois les forêts y étaient protégées. Au xm e siècle, 
nous apprend J. Roman, les citoyens de Briançon inter- 
disent par ordonnance l'exploitation de la forêt de la 
Pinée dont la disparition doit amener celle de plu- 
sieurs villages. Vers la même époque, Humbert II, dans 
le Dauphiné, interdit également par ordonnance de 
couper les bois qui longent les routes : On s'était aperçu 
que chemins et forêts étaient solidaires. Au xv e siècle, 
la ville d'Embrun protesta, mais en vain, contre les 
défrichements. Depuis ils ont toujours continué. Aussi la 
forêt du Gapençais a aujourd'hui presque entièrement 
disparu; le Dévoluy est absolument dénudé; il n'existe 
plus de forêts d'arbres feuillus dans l'Embrunais et le 
Briançonnais. Des lieux cultivés au xvi e siècle ont dû 
être abandonnés à cause de la rigueur croissante de la 
température. La vigne a perdu du terrain. Des routes 
en certains endroits ont dû être changées plusieurs fois 
inutilement de place. La Durance, qui était navigable du 
temps des Romains, n'a plus en été assez d'eau pour les 
canaux d'irrigation. 

Lesforêts communales, comprenant 1.900.000 hectares, 
sont dans un piteux état. Elles disparaissent insensible- 
ment. Elles s'en vont notamment par trois débouchés qui 
s'élargissent chaque jour de plus en plus : le pâturage, 
l'enlèvement des feuilles et les coupes extraordinaires. 
Jusqu'à présent, nous dit M. Tassy (1), aucun gouver- 
nement n'a été assez fort pour mettre un frein à l'avidité 
des communes relativement aux coupes extraordinaires 
et aux feuilles mortes, pour renfermer le parcours des 
bestiaux dans des limites raisonnables, imposer d'office 
les dépenses indispensables à l'exécution des aménage- 
ments et des travaux les plus urgents. Aucun gouver- 
nement n'a été assez fort, même pour assurer aux gardes 
un traitement suffisant. Il aurait fallu braver le mécon- 
tentement des électeurs, aucun gouvernement ne l'a osé ! 
Que de fois n'a-t-on pas vu des conservateurs désavoués, 
presque disgraciés, parce que, indignés du mal qui se 
développait sous leurs yeux, ils avaient fait quelque ten- 
tative pour y porter remède ! 

Quant aux propriétaires, eux aussi coupent les arbres. 
Ils ont détruit dans les cinquante dernières années plus 
de 400.000 hectares. Et pourtant dans le monde politique 
les questions forestières sont regardées comme ne pré- 
sentant qu'un intérêt très secondaire. Bien plus, nos 
législateurs, par la loi du 4 avril 1882 sur la restauration 
des terrains en montagne, ont tenu compte du concours 
que les communes et les particuliers pouvaient apporter 
à cette œuvre et réduit presque à rien, on peut l'affirmer, 
les moyens d'action du service chargé de la mener à 
bonne fin. 

En dix ans, de 1842 à 1852, l'étendue des terres cultivées 
dans les Basses-Alpes a passé de 99.000 hectares à 74.000. 
Et les deux départements des Alpes qui possédaient, 
avant 1790, 400.000 âmes, n'en ont plus aujourd'hui 
que 280.000. 



(1) L. Tassy, Aménagement des forêts. Octave Doin, 1887, 
Paris. 



Même fait pour la Lozère, qui, sous Louis XIV, avait 
150.000 âmes, et n'en a plus aujourd'hui que 144.000. 

Les travaux de M. Jeannel mettent hors de doute que 
la dépopulation de la France provient en grande partie du 
déboisement. Sans doute il faut tenir compte du bien- 
être qui pousse à restreindre le nombre des enfants. Mais 
cette cause n'est pas à beaucoup près aussi grave que la 
première. Car où il y a un pain, vient un homme. S'il 
est étranger, il se francisera, et aimera sa patrie d'adop- 
tion. Mais où le pain manque, l'homme s'en va. 

Or, actuellement en France, le développement des 
richesses n'est plus en rapport avec les progrès agricoles. 
Les pains n'augmentent plus de nombre, bientôt ils 
diminueront. De même notre population. Jeannel a 
montré que le taux de la population diminue surtout 
dans les départements déboisés, c'est-à-dire dans ceux 
où l'État a pris à ses frais la restauration et la conser- 
vation des terrains en montagne, Dans ces départements, 
de 1871 à 1891, l'augmentation de la population, qui 
aurait dû être d'environ 33 0/0 était d'abord à peine 
de 16 0/0, jusqu'à se transformer enfin, dans la dernière 
période quinquennale, en une diminution de 89.682 habi- 
tants, tandis que les autres départements fournissaient 
encore une augmentation de 213.921 habitants. Pendant 
l'année 1891, il y a eu pour toute la France un excédent 
de décès de 10.505. Or, les départements déboisés ont 
donné un excédent de décès de 11.885, c'est-à-dire qu'ils 
ont déterminé le déficit entier subi par l'ensemble des 
départements et de plus 1.380 décès au delà de ce chiffre. 

Pour l'année 1892, l'excédent total des décès pour toute 
la France a été de 20.041. Or, les départements déboisés 
ont contribué à cet excédent pour un total de 16.028, c'est- 
à-dire dans une proportion bien supérieure à celle des 
autres départements. 

Maintenant, si l'on prend la population totale des divers 
départements, on voit qu'elle est en moyenne de 
324.666 habitants pour ceux qui sont déboisés, tandis 
que les autres ont une population moyenne de 501.805. 
Dans les premiers, la perte d'habitants a atteint la pro- 
portion 1,64 pour 1000, tandis qu'elle n'était que de 
0,18 pour 1000 dans les autres. La perte proportionnelle 
à la population aurait donc été neuf fois plus forte dans 
les 30 départements déboisés que dans les 57 autres. 

Or Jeannel n'a pas songé que le déboisement des monts 
retentissait sur les vallées. Par suite les départements 
qui y sont compris sont solidaires de ceux des mon- 
tagnes. Si Avignonnais et Arlésiens se disputent à coups 
de fusil l'eau de la Durance pendant les chaleurs de l'été, 
si leurs champs sont desséchés, ils le doivent au déboi- 
sement des Alpes. 

Mais, dira-t-on, nous avons toute une administration 
des forêts, et de sages lois pour le reboisement, voire 
même des crédits. Il faut lire les traités d'économie 
forestière pour être édifié. On sera effrayé du délabre- 
ment dans lequel est tombé, dans notre pays, un élément 
sans lequel il n'y a pas de civilisation possible. 

Le peu que reboise l'administration forestière est lar- 
gement compensé par les dégâts qui se font de tous côtés. 
Depuis 1825, date de notre régime forestier, la surface 
boisée aurait diminué de 750.000 hectares. Tout au plus 
pourrait-on signaler, comme un facteur heureux, le re- 
boisement en Vaucluse dû à l'exploitation du chêne truf- 
fier. L'appât du gain a poussé les propriétaires à reboiser 
60.000 hectares de terrain. 



92 



LE NATURALISTE 



Pour notre compte, nous croyons que l'appui de l'Etat 
et même l'appât du gain sont ici insuffisants. Il faut que 
la vérité se répande, que les Français deviennent amis 
îles arbres. Alors on aura des associations puissantes 
comme l'Arborday américain qui, fondé en 1872, a planté 
dans le seul territoire de la Nébraska 35o millions d'arbres 
fruitiers et forestiers. Quand tous seront pénétrés de 
l'utilité du reboisement, les lois pourront s'appuyer sur 
un assentiment unanime, et nos législateurs seront 
puissants. 

C'est dans le but de propager ces vérités capitales que 
j'ai écrit ces quelques lignes. 

D r Félix Regnault. 



LA PRÉHISTOIRE DANS LE PAS-DE-CALAIS 

Station préhistorique de Lumbres 



Quoi de plus intéressant, a dit John Lubbock, que le 
spectacle d'un peuple antique et depuis longtemps oublié, 
se levant pour ainsi dire de son tombeau pour venir 
reprendre dans l'histoire de l'espèce humaine la place qui 
lui appartient ! 

On a divisé la préhistoire en deux périodes : celle de la 
pierre taillée ou paléolithique, et celle de la pierre polie 
ou néolithique. L'âge préhistorique est lui-même partagé 
en quatre époques : Le chelléen, caractérisé par ses 
haches, amygdaloïdes, grossièrement taillées, auxquelles 
on a donné le nom de coups de poing ; le moustérien avec 
ses racloirs et ses pointes retaillées d'un seul côté ; le 
solutréen avec ses flèches en feuilles de lauriers ; enfin le 
magdalénien dont les instruments en os, les poinçons et 
les harpons s'associent à la pierre, et qui est caractérisé 
par l'apparition de l'art. Avec le néolithique apparaît un 
travail plus perfectionné, le silex est encore taillé, mais 
poli ensuite : c'est l'époque des palafittes. 

Les stations préhistoriques, sans être aussi nombreuses 
dans le Nord de la France que dans le Midi, n'y font 
cependant pas défaut. On a signalé dans le Pas-de-Calais 
diverses stations de la pierre : à Vaudricourt (canton de 
Houdain), où l'on trouve l'instrument chelléen Hesdi- 
gneul prèsSaint-Pol-sur-Thernoise, delaméme époque; 
liinxent, où l'on a recueilli dans la grotte de la Grande- 
Chambre, la pointe moustérienne et le grattoir; les 
Noires-Mottes, près de Calais, où l'on rencontre les restes 
de l'industrie du Moustier et de la pierre polie ; enfin 
Mont-Saint-Floi près d'Arras, et le cap d'Alpreck qui 
appartiennent, au néolithique. 

En 1894, j'ai communiqué à la Société géologique du 
Nord une étude sur la station de Lauverdal près de 
Lumbres, où mon ami M. Rebergue et moi avons trouvé 
des silex taillés, suffisants pour établir que l'homme de 
Chelles et du Moustier y ont passé, sinon séjourné. Le 
grattoir moustérien domine à Lauverdal où l'onaYecueilli 
des coups de poing dont .l'extrémité, terminée en pointe 
au lieu d'être quadrangulaire, semble indiquer une tran- 
sition entre le chelléen et le moustérien. On trouve géné- 
ralement des silex taillés, un peu partout, sur le terri- 



toire de Lumbres ; mais c'est surtout sur le plateau qui 
s'étend au sommet de la montagne qu'ils sont le plus 
abondants. Eclats et grattoirs qui portent tous le con- 
choïde et l'esquillement de percussion, ébauches de hache, 
percuteurs, couteaux et poinçons sont tous revêtus d'une 
belle patine blanche due à la transformation du silex en 
silicate de chaux, par suite du long séjour de ces objets 
dans un terrain calcaire appartenant au turonien et au 
sénonien. Quelques racloirs qui font partie de ma col- 
lection sont finement retouchés et délicatement travaillés. 
Parmi ces grattoirs qui affectent d'ailleurs des formes 
très diverses, il s'en trouve d'absolument semblables à 
ceux de la station de Mérigaude (Dordogne) ; ils sont 
seulement plus petits. 

Le plateau du mont de Lumbres situé à une altitude 
de 124 mètres est abondant en silex pyromaques qui se 
prêtent bien à la taille et se rencontrent dans les zones 
à M. Bréviporus et à M. Cor-testudinarium, dont on 
peut voir une coupe près de l'endroit où les silex taillés 
sont recueillis. Il n'est donc pas étonnant que l'homme 
préhistorique ait établi un atelier en cet endroit, domi- 
nant une vallée peu profonde où il pouvait trouver de 
l'eau et un abri contre la rigueur de la température. D'un 
autre côté le crétacé de Lumbres, surmonté d'une couche 
dejplaquettes, à Inoceramus Involutus, pouvait facilement 
être creusée et fournir des réduits spacieux aux habitants 
de la région. Ce ne sont pas seulement les débris des 
industries chelléenne et moustérienne que l'on trouve 
dans la contrée, on y a rencontré plusieux silex pouvant 
être rattachés au magdalénien, et des objets provenant 
de l'époque néolithique. Des haches polies ont été re- 
cueillies à Renty-Dohem, Thiembronne, Audinethurs et 
Lumbres, sur les bords de l'Aa ou sur les plateaux qui 
dominent la vallée. On a trouvé à Thiembronne une petite 
agate polie, très finement ouvrée : cette pièce, qui est 
percée d'un trou pour la suspension, fait partie de la 
collection de M. le D r Joly de Fauquembergues. Est-ce un 
objet d'ornement? Est-ce une amulette? plutôt, car ces 
silex, appelés pierres de foudre par l'antiquité grecque et 
romaine, ont dû être chez les préhistoriques l'objet d'un 
culte. Les peuples primitifs ont toujours attribué par une 
propension instinctive, une foule de propriétés merveil- 
leuses aux objets dont ils ont fait usage. De nos jours 
les haches en silex ne sont-elles pas encore dans nos 
campagnes, regardées par les gens superstitieux, comme 
un préservatif certain contre la foudre et les épidémies? 
Les faits qui précèdent démontrent que le Nord de la 
France a été peuplé dès une haute antiquité, puisqu'on y 
rencontre des stations préhistoriques aussi bien que dans 
le Sud, où cependant les restes des premières industries 
humaines sont en général plus nombreux et plus perfec- 
tionnés, sans doute parce que les contrées méridionales 
offraient à nos ancêtres un habitat plus favorable et par 
suite plus recherché. 

M. PONTIEZ, 

Membre de la Société géologique 
du Nord de la France. 



LE NATURALISTE 



93 



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LE NATURALISTE 



97 



LES OISEAUX DE PASSAGE 

(Extrait d'une lettre de M. Magaud d'Aubusson) 



« Je vous adresse par la poste deux Otocoris alpestre. Ils 
faisaient partie d'une Lande d'une douzaine d'individus 
que j'ai rencontrée hier en chassant les échassiers de pas- 
sage actuellement en baie de Somme. 

« Dans l'article publié par le Naturaliste le 15 décembre 
dernier, je disais que l'on voyait reparaître ces oiseaux 
au mois d'avril et quelquefois dès le milieu de mars. Les 
exemplaires que je vous envoie témoignent de l'exactitude 
de l'époque que j'avais indiquée. Ce renseignement peut 
être utile aux ornithologistes désireux d'observer l'Oto- 
coris alpestre sur nos côtes. 

« La température exceptionnellement douce dont nous 
jouissons en cette fin d'hiver, a avancé le passage de 
retour, non seulement de l'Otocoris, mais aussi de plu- 
sieurs espèces d'échassiers qui remontent ordinairement 
un peu plus tard vers le nord. Nous voyons déjà une 
assez grande quantité de Courlis cendrés, de Chevaliers 
à pieds rouges, de Barges égocéphales, de Combattants, 
de Pluviers à collier, de Bécasseaux brunettes, et, dans 
nos marais, de Bécassines. 

« La Spatule, qui passe dans nos parages en petit 
nombre et habituellement au mois d'avril, s'est montrée 
cette année dès le commencement de mars. Le 2, j'ai 
tiré sur une bande de dix individus, et avant-hier un 
chasseur du pays m'a apporté un vieux mâle en livrée 
complète de printemps. 

« Si le vent qui, depuis deux jours, se trouve fran- 
chement dans la partie de l'est, continue à s'y maintenir 
et surtout se fixe au sud -est, le passage des échassiers 
se fera cette année plus tôt que d'habitude, probablement 
pour toutes les espèces. 

« La clémence de la saison a aussi une influence sur 
le passage des palmipèdes. Depuis le commencement du 
mois on voit des troupes considérables d'oies cendrées 
se diriger vers le nord, et nos huttiers tuent en grand 
nombre des Canards sauvages, des Marèques pénélopes 
ou Canards siffleurs, des Pilets acuticaudes, des Sou- 
chets. » 



Magaud d'Aubusson. 



14 Mars 1896. 



CONDITIONS DE LA VIE VÉGÉTALE 

A la surface de la Lune 



11 y a quinze ans, dans l'Annuaire du Bureau des longitudes 
pour 1881, page 669, on pouvait lire cette étrange assertion : 

« La lune n'a ni eau, ni air, ni gaz, ni liquides : donc elle est 
impropre a la vie. Elle a toujours été ainsi, elle n'a jamais eu 
de mers. Jamais la vie n'y a pris pied ; jamais rien n'a modi- 
fié le spectacle qu'elle nous offre, etc. » 

Véritablement ou croit rêver quand on voit proclamer des 
affirmations de ce genre, sous la signature d'un homme illustre 
comme Faye. dans un ouvrage d'une valeur universellement 
apprécié, publiée sous les auspices du gouvernement français, 
à une époque aussi récente ! 

Il suffit de regarder dans une lunette, pour voir le pourtour 



caractéristique des rivages des anciennes mers. On y voit 
même des cratères, dont les bords ont été érodés par leurs 
flots éoumeux. Aussi, tandis que la surface continentale de 
la lune est criblée de cratères, qui empiètent les uns sur les 
autres, la surface des plaines, résultant des affouillements des 
mers anciennes, n'en présente que quelques-uns seulement : 
les autres ayant été détruits par l'action des eaux. Ces cra- 
tères, ainsi disséminés, sont probablement de formation 
récente. Ils auront apparu, pour la plnpart, après que ces 
mers avaient été desséchées. Les grandes vallées d'érosion, 
qui ont remplacé les mers anciennes, peuvent être considérées 
comme des marécages couverts d'une luxuriante végétation. 
Cela est d'autant plus vraisemblable, que la teinte de ces an- 
ciennes mers varie de ton ; aussi y a-t-il lieu de penser que 
la lune conserve encore une faible couche d'atmosphère, plus 
ou moins condensée à la surface, qui entretient, dans ces bas- 
fonds, une végétation variable avec les saisons. 

En 28 jours, la lune passe par 14 jours de soleil continu et 
14 jours de nuit intense. Or, le soleil ne donne pas seulement 
de la lumière, à la surface de la lune ; il lui donne encore de 
la chaleur. Il en résulte que ces 14 jours de soleil constituent 
pour la lune une sorte de saison d'été, qui se renouvelle 
13 fois dans le cours d'une année, et qui est interrompue éga- 
lement 13 fois par an par une sorte de saison d'hiver obscur, 
d'une égale durée. On comprend que, dans ces conditions, la 
végétation de la lune doit différer autant de la nôtre que celle 
des pays tempérés diffère de celle des pays tropicaux sur notre 
globe terrestre. 

Si l'on examine la plaine immense contenue à l'intérieur du 
cratère si vaste de Platon, on voit sa coloration s'accentuer 
de plus en plus, pendant la durée de ces étés de 14 jours. On 
est donc en droit de conclure qu'il y a là une végétation spé- 
ciale, qui se développe dans l'espace de 2 semaines, pour 
périr ensuite pendant la saison obscure suivante. Il serai 
donc possible que des êtres intelligents cultivent, tous les 
28 jours, des plantes à leur usage, dans le cirque de Platon, 
à développement rapide ; exactement comme nos maraîchers 
savent tirer d'un même champ une culture différente de 
légumes à chaque saison, 3 ou 4 fois par an. Ce n'est qu'une 
simple hypothèse, basée sur un fait réel : le changement de 
teinte du cirque de Platon, dans l'espace de 28 jours. 

Bien loin d'admettre que la lune soit une terre morte, sans 
atmosphère, sans eau et sans êtres vivants, tout nous porte 
au contraire à admettre que c'est une terre analogue à la 
nôtre; bien qu'elle offre une quantité de différences appré- 
ciables, tant au point de vue de l'état géologique de son sol, 
qu'au point de vue de son atmosphère raréfiée et de l'absence 
des mers et des grands fleuves. 

Qu'il y ait des petites rivières dans la lune, c'est chose très 
possible, admise par quelques-uns des observateurs comme 
un fait évident. On rencontre, en effet, à la surface de la lune, 
à l'aide des instruments puissants, des lignes sinueusts, ra- 
mifiées toutes spéciales, qui ressemblent à une rivière, avec 
de nombreux affluents, qui se jetterait dans un petit lac. Ce 
peut être aussi un fait absolument certaiD. L'avenir se char- 
gera d'élucider la question. 

Mais ce que l'on remarque avec une certitude absolue, à la 
surface de la lune, ce sont des crevasses de trois catégories 
différentes. Les plus larges sont de grandes brèches à travers 
les montagnes, garnies de chaque côté de falaises à pic de 
plusieurs milliers de mètres de hauteur, formant un défilé 
comme la vallée du Yosémiti en Californie : Exemple, le défilé 
des Alpes lunaires. 

D'autres crevasses, affectant une forme polygonale caracté- 
ristique, sont des fractures par retrait de l'écorce solide pri- 
mitive de la lune ; alors que sa masse centrale était encore à 
l'état liquide, à l'état de roches primitives en fusion. 

Quant aux vrais crevasses proprement dites, telles que celles 
qui s'étendent au pied de la chaîne lunaire des Apennins, ce 
sont des crevasses analogues à celles que l'on observe à la 
suite des tremblements de terre, ou dans les pays volcaniques. 
Elles peuvent avoir cent kilomètres d'éteudue, dans quelques 
circonstances, et se réduire à quelques kilomètres seulement. 
Leur largeur varie de cent à deux mille mètres, et leur pro- 
fondeur est incalculable. On peut l'évaluer en moyenne à 
quelques kilomètres, si l'on veut s'en faire une idée approchée. 

Il est à croire que jadis la lune était, comme la terre, cou- 
verte d'eau à la surface et entourée d'une atmosphère. La 
plupart de ces liquides et de ces gaz ont pénétré dans le sol, 
par voie d'imbibition; exactement comme nous voyons nos 



98 



LE NATURALISTE 



roches imbibées d'eau, à quelque profondeur qu'on les extraie 
sur la terre. Cette lente imbibition progressive a considéra- 
blement réduit l'atmosphère et les eaux de la lune. Mais de 
la à dire qu'il n'y en a pas, c'est partir d'un fait exact pour 
souteuir une erreur évidente. Quant à dire qu'il n'y en a ja- 
mais eu, c'est, nier les mers de la lune, dont nous voyons 
encore aujourd'hui les anciens rivages! 

D r Bougon. 



LA PUISSANCE DYNAMIQUE DES MACHOIRES 



De curieuses expériences viennent d'être faites en 
Amérique, par le D r Black, dentiste à Jacksonville : cet 
hulule expérimentateur, au moyen d'un dynamomètre 
approprié, mesura, chez 150 sujets de tous âges, sexes, 
constitutions, la force développée par les mâchoires 
humaines, dans l'acte de la mastication. 

Voici les principaux résultats obtenus : 



— Force minima : fillette de sept ans 



incisives 13 k ,6 



molaires 30 k 



— Force maximum : un médecin de trente-cinq ans, 
qui, sans aucun effort apparent, a pu amener l'instrument 
au bout de sa course, soit 122 k , sans que l'on ait, par 
conséquent, pu déterminer le maximum de la force 
exercée. 

Il est donc possible d'établir les moyennes suivantes : 
molaires 45 k . 
incisives 90 k . 

Ces expériences ont, en outre, montré que l'effort est 
surtout fonction des membranes péridentales et non pas 
du développement musculaire de l'individu, qui ne parait 
jouer qu'un rôle fort secondaire. 

Il esta remarquer en outre, toujours d'après le D r Black 
et le Scientific american, que nous exerçons, en masti- 
quant nos aliments quotidiens, des efforts bien supérieurs 
à ceux que nécessite cette fonction. 

P. Jacob. 



NOTICE SUR LE BRAHMJ1A LTOULATA 
Bremer 

ET SUR 

UNE VARIÉTÉ NOUVELLE DE CETTE ESPÈCE 

( Br. Lunulata Bremer, variété Tancrei, Austaut ) 



Lus Brahmsea sont des Bombyx qui appartiennent à la tribu 
des Saturnides, c'est-à-dire à un groupe de Lépidoptères noc- 
turnes, remarquables par l'ampleur de leurs ailes et par la 
livrée brillante que la nature leur a généreusement départie, 
et on est obligé de reconnaître qu'ils constituent en quelque 
sorte l'élite de cette belle tribu, en raison de la riches%? des 
dessins de leur parure, qui est tellement extraordinaire, j'al- 
lais dire tellement fantastique, qu'elle dépasse de beaucoup 
tout ce que l'on observe chez les autres Saturnides, même les 
plus brillants. 

L'espèce la plus anciennement connue est celle qui a été 
figurée pour la première fois, sous le nom de Lunulata, par 
Bremer, dans l'ouvrage qui a pour titre : Beilrage zur Schmet. 
terlings-Fauna des Nordlichen China, et puis par Ménétriés, 
dans son livre : Enumeratio Corporum animalium Musei Pe- 
tropolitani (pi. Vô, flg. 5), d'après quelques exemplaires qui 



avaient été recueillis, il y a près d'un demi-siècle, dans les ré- 
gions qu'arrose le fleuve Amour, au sud-est de la Sibérie. A 
cette forme typique, sont venus s'ajouter successivement le 
Brahmsea Japonica du Japon et de la Corée, ainsi que le 
Brahmsea Ledereri de l'Asie-Mineure. Lunulata était resté, 
depuis l'époque de sa découverte, en 1851, jusqu'à nos jours, 
une des plus grandes raretés entomologiques, lorsque d'heu- 
reuses circonstances ont permis de retrouver ce superbe in- 
secte, l'année dernière, dans sa patrie primitive. J'ai sous les 
yeux, en écrivant cet article, trois mâles de Lunulata prove- 
nant de deux sources différentes, mais capturés cependant dans 
la même région sibérienne, mentionnée plus haut. L'un de ces 
exemplaires est bien typique et ressemble assez exactement à 
la forme de Bremer et à celle de Ménétriés ; c'est-à-dire qu'il 
est caractérisé par deux grandes taches jaunâtres ovalaires, 
bien écrites, qui interrompent chez cette espèce la bande brune 
médiane des premières ailes, vers son tiers supérieur, bien que 
cependant la teinte générale de ce sujet soit plus fauve, plus 
rougeâtre, et, par conséquent, plus brillante que celle des spé- 
cimens figurés. Les deux autres exemplaires sont, au contraire, 
bien différents de cette forme typique; et je pense qu'ils ap- 
partiennent à une variété spéciale, peut-être à une race géo- 
graphique qu'il est utile de faire connaître et que je dési- 
gnerai sous le nom de Tancrei, comme témoignage de grati- 
tude envers l'aimable et savant lépidoptériste, M. Rudolf 
Tancré, qui a bien voulu enrichir ma collection de ces deux 
précieux sujets. 

Voici, par conséquent, l'ensemble des principaux caractères 
différentiels que présente cette nouvelle forme de Brahmsea, 
comparée à l'ancienne : Ses ailes sont d'abord proportionnel- 
lement plus allongées, avec la côte des antérieures moins con- 
vexe et le sommet moins arrondi; leur teinte générale est d'un 
brun plus foncé, tirant un peu sur le violâtre. Puis, en ce qui 
concerne les ailes supérieures, la partie de la bande brune 
médiane, qui, chez Lunulata, est marquée si vivement des 
deux taches jaunâtres que j'ai déjà indiquées plus haut, n'est 
marquée que d'un semis atomique, plus clair que le fond, 
formant simplement des éclaircies dans l'entourage brun 
foncé. La plus externe des lignes fulgurées, dont l'ensemble 
couvre la base de l'aile, affecte une forme purement sinueuse 
dans sa moitié inférieure, tandis que le dessin équivalent de 
l'espèce typique présente quatre dents très saillantes, séparées 
les unes des autres par des sinus profonds, et dont les pointes 
rejoignent presque les bords de la zone ondulée opposée, in- 
terrompant ainsi partiellement la bande brune médiane; enfin, 
le premier arc noir de la série lunulaire, qui précède la marge, 
à partir de la côte, est beaucoup plus court et plus concave 
chez cette nouvelle variété que celui qu'on observe chez Lunu- 
lata. Quant aux ailes postérieures, toute la partie basilaire est 
d'un noir presque profond et uniforme, sans offrir d'éclaircies 
sensibles ni à la base proprement dite, ni vers le bord anté- 
rieur; et la ligne blanchâtre, qui la sépare do la zone ondulée, 
offre un mouvement plus sinueux aux approches du bord abdo- 
minal. La comparaison du dessous fait ressortir également des 
différences notables, qui éloignent la variété dont il s'agit du 
type ancien. Celui-ci, en effet, montre à la base des ailes supé- 
rieures un système de lignes fulgurées obliques, jaunâtres, qui 
sont la reproduction de celles du dessus. Un pareil système, 
mais plus réduit, s'observe également à la base des ailes pos- 
térieures. Chez Tancrei, au contraire, la partio basilairo des 
quatre ailes, depuis le thorax jusqu'à la zone ondulée submar- 
ginale, est d'un noir foncé uniforme, sans présonter même la 
trace d'aucun dessin. Il faut ajouter, enfin, que l'examen du 
corps fait ressortir d'autres caractères importants, qui vien- 
nent s'ajouter à ceux qui précèdent. Le corps de Lunulata 
est brun, avec le collier, les ptérygodes et les incisions abdo- 
minales en dessus bordés de jaunâtre. L'abdomen de Tancrei, 
au contraire, est d'un noir uniforme en dessus, et la bordure 
claire du collier et des ptérygodes est à peine marquée. Il ré- 
sulte, par conséquent, de toutes ces dissemblances, qui sont 
constantes, car il existe d'autres exemplaires que ceux que j'ai 
sous les yeux, que l'aspect du rare et magnifique Brahmsea 
dont il s'agit est bien tranché de celui de la forme typique 
sibérienne; et cette circonstance m'a paru justifier en sa fa- 
veur la création d'un nom nouveau. 

J. L. Austaut. 



LE NATURALISTE 



99 



ESSAI MONOGRAPHIQUE 



SUR 



les Coléoptères des Genres Pseudolucane et Lucane 

[Suite) 



LUCANUS CERVUS VAR. TURCICUS STURM 
Syn. LUCANUS TURCICUS Sturm 

Sturm. Catalog. des Kaefer Samml., von Jacob Sturm. 
Nùnrberg, 1843, p. 346-347; table V, fig. 1. — Burmeis- 
ter. L. barbarossa var. maxima, Handb. 349. — Jacq. Duval. 
Essai monog. sur les Luc. d'Eur., loc. cit. — Kraatz. Uber 



barrassées si on leur présentait mêlés ensemble et sans 
indication de lieu d'origine, un certain nombre de L. tur- 
cicus et de L. cervus dont on aurait mutilé les antennes. 

Il n'est pas sans intérêt de signaler que Sturm, tout en 
constatant cette grande affinité des deux insectes, et tout 
en appelant l'attention sur les modifications qu'une même 
forme peut éprouver par suite d'un changement de climat, 
en avait néanmoins conclu que le L. cervus et le L. tur- 
cicus constituent deux espèces propres : 

« Une structure aussi peu aberrante, dit-il, pourrait de 
« nouveau servir d'exemple, comme nous avons déjà eu 
« plusieurs fois l'occasion de le montrer, que la nature 
« répète et maintient d'une façon constante la même 
« forme dans d'autres endroits et sous d'autres climats 
« en lui faisant subir les quelques modifications que né- 
« cessite l'emplacement qu'elle lui destine. Ceci dit, je 





Fig. 1 et S. — L. Cervus var. turcicus o* Sturm. 
Exemplaires provenant de Syrie, et figurant dans la collection du Muséum. 



europ. Hirschkafer, p. 71-73, fig. 3. — Fairm. Ann. 
Soc. Entom., 1866, p. 254. 

« Cet insecte, dit Jacquelin Duval, en parlant du 
« L. turcicus, rappelle tout à fait le L. cervus dont le sé- 
« pare sa massue antennaire. » Comme nous le verrons 
ci-après et comme le signale d'ailleurs le savant auteur, 
il existe également quelques autres différences ; mais ces 
différences sont à la vérité secondaires, et il n'en demeure 
pas moins constant que le L. turcicus a tant d'affinités 
avec le L. cervus, dont il a d'ailleurs la coloration et dont 
il reproduit la forme à tous ses degrés de développement, 
que bien des personnes, même habituées à l'observation 
des insectes, se trouveraient, je crois, fort souvent em- 



« n'hésite pas à admettre ce cerf- volant de Turquie comme 
« une espèce à part... » 

Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, il est certain, et telle est. 
je crois, l'opinion généralement admise actuellement, 
qu'il est impossible de considérer leL. turcicus autrement 
que comme une simple variété duL. cervus, variété même 
plus voisine que ne l'est le véritable L. pentaphyllus de 
Reiche, puisque ce dernier insecte présente, à première 
vue, dans son ensemble, des modifications bien plus 
profondes. 

C'est cette dernière considération qui m'a engagé ;i 
placer dans ce travail le L. turcicus avant le L. penta- 
phyllus, quoique ce dernier, dans les régions qui lui 



100 



LE NATURALISTE 



sont propres, se rencontre assez fréquemment mêlé au 
L. cervus commun. 

Au reste, je crois que la manière la plus exacte d'en- 
visager les choses est, comme je l'ai dit ci-dessus, de 
regarder le L. turcicus comme une variété orientale et le 
L. pentaphyllus comme une variété de montagne, se rat- 
tachant l'un et l'autre au L. cervus type par les individus 
à massue antennaire penta ou hexaphylle, lesquels sem- 
blent d'autant plus communs que l'on avance dans le Midi 
ou vers l'Orient de l'Europe. 

Ceci dit, voici les caractères grâce auxquels on peut 
distinguer le L. turcicus du L. cervus. 

1° Massue antennaire composée de six feuillets au 
lieu de quatre. (Le premier de ces six feuillets est quel- 
quefois peu développé.) 

2° Troisième et quatrième articles de la tige antennaire 
un peu plus longs et, par conséquent, mieux détachés des 
autres que cela n'a lieu chez le L. cervus. Cette structure 
est très apparente chez les exemplaires d'un assez grand 
développement . 

3° Ponctuation générale des téguments plus serrée, plus 
dense et plus uniforme que chez le L. cervus. Il s'ensuit 
que la tête et le corselet paraissent un peu moins rugueux 




Fig. 3. — Exemple provenant de Constanti- 
nople et figurant dans la collectiou de 
, M. Fairmaire. 



et les élytres plus mates. De [dus l'ensemble du corps 
prend un aspect, plus soyeux (1). 

i- Cuisses et pattes assez souvent plus claires, même 
entièrement rougeàtres; il en est de même du labre et 
de l'épistome; épines des pattes antérieures générale- 
ment en plus grand nombre ou plus nettement marquées. 

5° Thorax proportionnellement un peu plus court chez 
les grands exemplaires et ayant, les angles de son bord 
postérieur moins arrondis. 

Il convient enfin de signaler qu'à taille égale, le L. tur- 
cicus ytaraît avoir dans son ensemble quelque chose de 
plus robuste que le L. cervus el qu'il présente (très rare- 

(1) Ce caractère et le nombre des feuillets de la massue an- 
tennaire rapprochent le L. turcicus du L. orientalis. 



ment, il est vrai) un développement tout au moins man- 
dibulaire et céphalique que ce dernier n'atteint jamais. 
Des quatre individus o* de cette espèce que j'ai figurés 
ici d'après nature, les numéros 1 et 2 méritent à ce sujet, 
une mention particulière. Ils proviennent tous les deux 
de Syrie et appartiennent l'un et l'autre à la collection 
du Muséum. 

Le numéro 2 n'a guère de très particulier que la gra- 
cilité de ses mandibules et la grandeur de leurs dents 
médiane et terminales, mais le numéro 1, qui est de 
beaucoup le plus remarquable, possède un développe- 
ment des plus curieux. Avec des élytres à peine aussi 
grandes que celles du L. cervus que j'ai figuré précédem- 
ment, et qui peut être considéré comme la taille maximum 
que cette espèce est susceptible d'atteindre, il présente 
une tête et des mandibules bien autrement développées. 
Les dents terminales et la médiane sont énormes et la 
courbure de la seconde partie des mandibules est très 
accentuée. 

La tête proportionnée à de pareils ornements est non 
seulement fort large, mais présente en outre une grande 
exagération de ses carènes dont les postérieures se re- 
joignent aux latérales par un angle très saillant, comme 
cela se voit chez la L. Cantori. 

De plus le labre, au lieu d'être 
simplement échancré en demi-lune, 
se relève à droite et à gauche en 
pointes assez aiguës, analogues 
comme forme à celles qui se remar- 
quent sur le Lucane pentaphylle ' 
provenant d'Italie, que j'ai figuré 
précédemment. 

Le thorax est également très dé- 
veloppé ainsi que les antennes, 
les pattes et les palpes . Enfin, ce 
qui frappe le plus dans cet insecte, 
est peut-être moins encore son 
grand développement que la netteté 
avec laquelle tous ses caractères se 
trouvent mis en relief. 

Cet exemplaire est, je crois, 
considéré comme unique, et j'ai 
entendu dire que le comte de Mnis- 
zeck en aurait donné tel prix qui 
aurait été demandé, si le Muséum 
avait voulu le lui céder (1). 

Les deux autres L. turcicus ligures 
ici n'ont rien de très spécial et, 
comme on peut le voir, ils rappel- 
lent au plus haut point les formes ' 
que l'on a l'habitude d'observer 
chez le L. cervus commun. Le plus grand (fig. 3) provient] 
de Constantinople et m'a été obligeamment communiqué 
par notre président honoraire, M. Fairmaire, et le plus j 
petit (fig. 4) fait partie de ma collection. 

Louis Planet. 
(A suivre.) 



(1) Je tiens cependant de mon excellent collègue, M. Poujade, 
que M. de Mniszeck possédait les mandibules et la tète d'un 
L. turcicus de même taille. 




Fig. 4. — Exempl. provenant de Cons 
tantinople (ma collection). 



Le Gérant: Paul GROULT. 



Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 47. 



18 e \NNÉE 



2 e SÉRIE — IV ««O 



1 er MAI 1896 



HERBORISATIONS PRATIQUES 



Il n'est pas un botaniste herborisant qui, malgré les 
conseils émanés des plumes les plus autorisées, malgré 
les manuels les mieux rédigés, n'ait éprouvé des mé- 
comptes dans la récolte et la préparation des plantes, et 
ne se soit ingénié à perfectionner son outillage et à en 
simplifier l'emploi. On m'excusera de venir, après tant 
d'autres, exposer les résultats d'une expérience déjà 
vieille de plus d'un quart de siècle, et qui m'a permis de 
modifier certains détails de technique d'une façon utile 
et pratique, au moins pour mon usage, et peut-être pour 
celui de mes collègues. 

Cartable-sac, modèle Gillot 

Depuis longtemps, j'ai complètement renoncé à la 
boite classique d'herborisation, quelque perfectionnée 
soit-elle, et l'ai remplacée par le cartable dont les 
avantages sont en partie connus depuis longtemps 
(Voyez : B. Vertot, Guide du botaniste 
herborisant, 2 e édition, 1879, p. 42). 
Le contenu d'une boite est forcément 
restreint et insuffisant dans les gran- 
des herborisations; les plantes au 
feuillage délicat s'y froissent d'une 
façon déplorable; les organes fuga- 
ces, sépales, pétales, etc., s'y perdent 
absolument ; les espèces aquatiques, 
humides ou visqueuses, s'y déforment 
ou abîment leurs voisines ; les récoltes 
de plusieurs jours ou de localités diffé- 
rentes s'y entassent pêle-mêle et s'y 
mélangent sans ordre; enfin la ré- 
colte entière s'altère, se tache ou 
moisit rapidement, si la préparation 
n'eu a pas lieu dans un bref délai. 
Tous ces inconvénients sont évités 
par le cartable, et je crois en avoir réa- 
lisé un type qui échappe aux objec- 
tions qui lui ont été faites, d'être en- 
combrant, gênant pour la marche el 
difficile à ouvrir, d'où perte de temps 
considérable dans les excursions. 

Le cartable-sac que je me suis confectionné et que « Les 
Fils d'Emile Deyrolle », 46, rue du Bac, à Paris, ont 
bien voulu reproduire pour leur nombreuse clientèle, se 
compose de deux lames de fort carton de m. 46 de 
longueur sur m. MO de hauteur, entièrement recouvertes 
d'une toile résistante qui forme entre les deux parois du 
cartable un large dos de m. 30; et c'est ce dos qui 
constitue un des principaux mérites de l'ustensile. En 
effet, sur sa face intérieure, sont solidement attachées 
aux deux extrémités, de cinq en cinq centimètres, des 
cordelettes sous lesquelles on passe de petits cahiers des- 
tinés à recevoir les plantes. Le dos doit être plissé en 
autant de plis que de cordelettes, en ayant soin que 
celles-ci se trouvent dans les angles rentrants des plis. 
Au fur et à mesure que les cahiers se remplissent de 

(i) Le Cartable-sac Gillot se fait en toile grise (prix 15 fr. 50 ; 
avec papier gris 16 fr. 50) et en toile brune ou noire (prix 
16 fr. à0; avec papier 17 fr. 50). En vente chez « Les Fils 
d'Emile Deyrolle, naturalistes, 46, rue du Bac, Paris. » 




Cartable-Sac Gillot. 



plantes, comme je l'expliquerai plus bas, le cartable 
s'écarte et se distend, comme dans les valises dites à 
soufflet, et finit par constituer un énorme ballot, dans 
lequel peuvent tenir à la fois plusieurs centuries de 
plantes. 

C'est alors, dira-t-on, que ce cartable, devenu trop 
pesant, doit être d'un port et d'un maniement difficiles. 
Pas le moins du monde ! En temps ordinaire ou au début 
d'une herborisation, le cartable peut se porter sur 
l'épaule ou en bandoulière, comme la boite en fer-blanc 
ou un carnier de chasse, à l'aide d'une bretelle retenue 
par des boucles. Mais, outre cette bretelle qui peut s'en- 
lever à volonté, j'ai fait adapter au cartable deux longues 
courroies d'un mètre lo centimètres, susceptibles de 
deux emplois différents. En voyage, avant l'herborisa- 
tion ou, au contraire, à la fin, quand le cartable est plein, 
ces courroies passées sous des passants-fixes, formées 
de languettes de cuir solidement cousues sur les faces 
externes du cartable et à une petite distance des angles, 
servent à fermer le cartable et à en garantir le contenu. 
Mais, au cours des excursions, on enlève ces courroies 
et on les passe sous d'autres passants- 
fixes obliquement disposés, les infé- 
rieurs non loin des angles, les supé- 
rieurs rapprochés à la partie médiane 
de la face de dessus du cartable, de 
manière qu'une fois bouclées, elles 
puissent être passées sous les aissel- 
les et de cette façon le cartable se 
porte tout à fait comme un sac mili- 
taire. Une troisième courroie de mê- 
me grandeur, 1 m. 15, également pas- 
sée, la boucle en dessus, sous d'autres 
passants-fixes en cuir disposés au 
milieu des deux faces extérieures du 
cartable, sert à le fermer et à l'ouvrir 
à volonté. La petite manœuvre que 
nécessite l'usage du cartable est très 
simple et, avec un peu d'habitude, 
ne demande guère plus de temps que 
pour ouvrir une boîte. Une fois la cour- 
roie de gauche bouclée à la longueur 
voulue, je ne la détache jamais. Je 
passe mon bras gauche dans cette 
courroie, je rejette mon cartable sur 
les épaules, et, saisissant l'extrémité libre de l'autre 
courroie, je la passe par-dessus l'épaule droite et la 
boucle très aisément et très rapidement. A mesure que 
je récolte de nouvelles plantes, je détache de nouveau 
cette courroie de droite, pose le cartable sur un mur, sur 
une pierre, sur le sol, etc., l'entr'ouvre, y dispose les 
fleurs et le remets sur le dos tout en marchant. 

Sur une de ses faces intérieures, le cartable porte une 
large pochette à soufflet dans laquelle on peut mettre une 
quantité d'objets utiles en voyage : papier, crayon, 
ficelles, cartes topographiques, etc., et, au besoin, de la 
menue lingerie : chaussettes, mouchoirs de poche, faux- 
cols, voire même une paire de chaussons ou de pantoufles 
minces et sans talons, qu'on trouve toujours avec plaisir 
le soir, en arrivant au gîte, pour soulager les pieds fati- 
gués d'une longue marche et du port des souliers ferrés. 
MM. Deyrolle y ont ajouté, comme perfectionnement, un 
petit tablier de toile qui protège le contenu de la poche 
contre la chute des objets et contre la pluie et peut 



il)2 



LE NATURALISTE 



mémo se rabattre sur le haut du cartable et en garantir 
le contenu tout entier de l'humidité. 

Ainsi disposé, mon cartable-sac a tous les avantages 
sous le rapport de la commodité, de l'abondance des ré- 
coltes, de la préparation des plantes et des nécessités 
d'un voyage. Je crois devoir insister sur chacun de ces 
points. 

Au début d'une herborisation, surtout en plaine, il 
suffit de porter le cartable en bandoulière et de débou- 
cler la courroie du milieu pour l'entr'ouvrir et glisser 
entre les feuilles de papier les plantes récoltées. Mais, en 
montagne, quand l'ascension devient longue et pénible, 
i[uand on doit surtout grimper sur les rochers ou franchir 
des passages difficiles, les boîtes ou cartables deviennent 
un véritable embarras et une source de danger. Cet 
inconvénient disparait avec mon cartable porté sur le 
dos comme un sac de soldat, sans risques de l'accrocher 
aux branches ou aux aspérités, et en laissant les deux 
mains entièrement libres. De même, quand la cueillette 
des simples devient abondante et lourde, le sac suspendu 
aux épaules permet de porter sans trop de fatigue un 
pesant ballot, et, comme je l'ai déjà dit, avec un peu 
d'habitude, rien n'est plus aisé et plus rapide que de dé- 
boucler la courroie de droite, de déposer un instant le 
cartable à terre, de l'entr'ouvrir, d'y arranger les plantes 
et de le recharger sur les épaules. 

La supériorité du cartable-sac, avec son large dos, est 
surtout précieuse pour la quantité d'échantillons qu'il peut 
admettre. En les superposant avec quelque précaution, 
grâce à la pression mesurée qu'on leur fait subir et à 
l'extension du dos en toile progressivement déplissé, ils 
s'entassent entre les feuilles de papier sans s'écraser ni 
se déformer, et l'on peut ainsi rapporter, dans une seule 
excursion, plusieurs centuries à la fois. Il m'est arrivé 
maintes fois, en récoltant en nombre des espèces desti- 
nées aux Exsiccata de la Société dauphinoise pour rechange 
des plantes, du Flora selecta exsiccata de M. Oh. Magnier, 
de l' Association rubologique fondée sous la direction de 
M. l'abbé Boulay, etc., de rapporter dans mon cartable 
jusqu'à trois ou quatre centuries des espèces les plus 
encombrantes, Rosa, Rubus, etc., dans le meilleur état de 
conservation. 

En effet, les échantillons subissent, dès leur mise en 
cartable, un commencement de préparation (Cf. B. Ver- 
tot, loc. cit.). Les espèces délicates, au feuillage tendre ou 
découpé, ombellifères, fougères, etc., ou à pétales très ■ 
caducs, pavots, cistacées, lins, roses, etc., sont disposées, 
séance tenante, dans des feuilles doubles et celles-ci, 
réunies en petits paquets, placées à la partie inférieure 
du cartable, de sorte qu'à l'arrivée, il suffit de mettre ces 
feuilles, sans les ouvrir, entre les coussins ou matelas à 
dessécher, et on peut être assuré de la conservation par- 
laite et intégrale des pétales. Les plantes humides, soit 
aquatiques au sortir de l'eau, soit cueillies par la pluie, 
soit lavées, sont disposées en petit nombre entre les 
feuilles de la partie inférieure du cartable pour permettre 
a l'eau de s'égoutter plus facilement et séparées des 
récoltes suivantes par plusieurs feuilles de papier ou une 
toile cirée ini erpusée. Les plantes d'une même espèce 
ou d'une même localité doivent être réunies, et une pe- 
tite étiquette glissée entre les Feuillets sert à les recon- 
naître. Du reste, en prenant le temps et le soin d'étaler 
du mieux possible les échantillons superposés sans les 
enchevêtrer, on peut en faire tenir une grande quantité 
dans la même Feuille de papier, et ils s'y conservent dans 



un état de fraîcheur étonnant, même pendant plusieurs 
jours, sous la seule condition de desserrer de temps en 
temps, pendant les haltes et pendant la nuit, le cartable, 
et de faire prendre l'air aux plantes, surtout quand elles 
ont été chauffées par le soleil. 

J'ai dit enfin que le cartable-sac rendait les plus grands 
services en voyage. Il peut, en effet, tenir lieu de presse. 
Si, à la fin de la journée, on a le temps de retirer les 
plantes du cartable et de les disposer définitivement 
entre des feuilles de papier à dessécher, on en fait des 
paquets qu'on remet entre les deux lames du cartable, 
et, avec les courroies, on exerce une pression très suffi- 
sante. 

Le cartable peut remplacer dans une certaine mesure 
un sac de voyage ; il m'est arrivé, dans les Alpes ou les 
Pyrénées, en Espagne, en Corse ou en Algérie, de faire 
des voyages de huit jours et plus, sans autre attirail que 
mon cartable-sac, grâce à ses dimensions et à son exten- 
sibilité. Chemise de rechange, paires de chaussettes, 
mouchoirs de poche, etc., ficelés dans une toile cirée ou 
un grand journal, peuvent facilement tenir dans le car- 
table, sans nuire aux récoltes botaniques. Il en est de 
même d'un manteau en caoutchouc ou d'un pardessus 
léger plié d'après les dimensions du cartable et qui 
peuvent y être portés sans gêner son fonctionnement. 

Tous les petits détails techniques, quelque minutieux 
qu'ils paraissent, ayant leur utilité sanctionnée par l'ex- 
périence, il me reste à traiter quelques points accessoires. 

La nature du papier destiné aux récoltes n'est pas 
indifférente. Le papier à dessécher, papier non collé 
ou papier paille plus ou moins spongieux, ne vaut rien; 
il se déchire facilement et conserve trop longtemps l'hu- 
midité. Le meilleur de tous est le papier-bulle à herbier, 
d'une demi-force et Collé, puis le papier gris également 
résistant et non buvard, ou tout simplement du bon 
papier de journal, facile à remplacer. Les cahiers, d'un 
centimètre plus courts que le cartable, ne doivent pas 
être composés de plus de cinq à six feuilles doubles cou- 
sues ensemble par le dos; on les passera simplement sous 
les cordelettes du cartable, sans les y fixer autrement. 
On fera bien de réserver à la partie inférieure du car- 
table un cahier de papier plus fort et plus résistant poul- 
ies plantes ligneuses, épaisses ou épineuses, ou pour les 
plantes grasses, visqueuses ou humides, qui demandent 
à être isolées des autres. 

Une bonne précaution est d'adjoindre au cartable une 
toile cirée d'un mètre carré environ, souple, solide. De 
bonne qualité, qui puisse se replier facilement sans se 
couper et ne pas être trop lourde. Cette toile cirée peut 
servir à séparer les plantes mouillées des plantes sèches, 
en l'interposant entre deux cahiers de papier; en cas de 
mauvais temps, on la place pliée en deux ou en quatre 
sur la partie supérieure du cartable-sac dont elle protège 
les tranches des cahiers et le contenu contre la pluie, 
sans compter qu'en l'absence de parapluie ou de capu- 
chon on sera quelquefois heureux de s'en couvrir la tête 
et les épaules, précaution à laquelle j'ai eu plus d'une fois 
recours. Enfin, cette toile cirée peut être encore utilisée 
soit à recevoir des espèces peu délicates, quand le car- 
table est trop plein, soit à envelopper les petits arbustes, 
racines ou bulbes des végétaux destinés à être replantés, 
et souvent arrachés avec leurs mottes de terre. II suffit 
de les rouler dans la toile cirée, repliée à la longueur du 
cartable, de ficeler le paquet, et de le placer à la partie 
supérieure du cartable sous la ou les courroies, pour 



LE NATURALISTE 



103 



emporter avec soi, et sans autre embarras, ce surcroit de 
charge. 

A la fin d'une excursion, on enlève les courroies for- 
mant bretelles, on les glisse sous les passants-fixes laté- 
raux du cartable et dans les boucles ; on arrange dans le 
cartable distendu les paquets de plantes préparées, les 
vêtements dont on n'a plus besoin, etc., et on fait du 
tout un ballot très solide, qu'on peut, en toute sécurité, 
mettre au chemin de fer comme bagage. 

La toile qui recouvre le cartable-sac doit être très forte 
et imperméable, toile à voiles, toile à tente, etc., le plus 
ordinairement grise, couleur moins salissante aux taches 
de boue, avec les courroies en cuir jaune; mais il est 
facile d'employer de la toile noire et des courroies noires, 
ce qui met l'appareil plus à la convenance des ecclésias- 
tiques, parmi lesquels on compte tant d'ardents et de 
savants botanistes. 

Les détails qui précèdent et qui s'appliquent surtout à 
la récolte des plantes phanérogames démontrent que mon 
cartable-sac rendra les mêmes services aux bryologistes, 
aux lichénologistes, et même aux micro-mycologistes, 
dont les récoltes, pourvu qu'il ne s'agisse pas d'espèces 
charnues et faciles à écraser, auquel cas la boîte en 
métal ou le sac en toile sont indispensables, ont intérêt 
à être bien séparées et étiquetées sans confusion. 



(A 



D'' X. GlLLOT. 



L'HOME ET IES SIMES 



L'homme ressemble au physique tellement au singe, 
par son squelette et par sa conformation extérieure, qu'on 
peut se demander si l'ancêtre des Singes, un Prosimien 
quelconque, n'aurait pas été, en même temps que le 
grand-père de la famille des Quadrumanes, l'aïeul réel 
de l'homme bimane. Ce dernier ne serait alors que le 
représentant le plus avancé delà tribu tout entière; 
l'âme lui donnant une place à part. Actuellement, ce 
Prosimien hypothétique est encore à découvrir, dans les 
fossiles des Indes anglaises et néerlandaises. Il serait 
surtout intéressant de trouver le père des singes anthro- 
pomorphes, dont l'homme ne serait alors que l'enfant le 
plus parfait, le seul qui fût doué de la raison. Si le trans- 
formisme est une théorie exacte, l'homme était jadis un 
sous-officier d'avenir dans l'armée des singes, suivant la 
pittoresque expression de M. Edmond About. 

Quand on examine attentivement la figure des enfants 
d'une nombreuse famille, on leur trouve des traits de 
ressemblance, non seulement avec le père et la mère, 
mais encore avec les oncles et tantes, cousins et cou- 
sines ; et même avec les grands-parents eux-mêmes. 
C'est précisément au point de vue de la ressemblance du 
visage, que nous étudierons les singes. 

Tous les genres de la grande famille des Singes offrent 
des espèces, dont la physionomie est très analogue à 
celle d'une infinité de personnes de notre connaissance. 
Non seulement bien des hommes ont une figure de 
singe, mais encore on pourrait dire que toutes les es- 
pèces de singes renferment des représentants, qui ont 
les traits conformés comme ceux d'une quantité innom- 



brable d'hommes et de femmes, d'enfants, d'adultes et 
de vieillards. Cette ressemblance est d'autant plus frap- 
pante, que certains genres de singes portent de longs 
poils autour de la figure, analogues à ce que l'on appelle 
chez l'homme les favoris. 

C'est à se demander si véritablement il n'y aurait pas 
une parenté réelle entre l'homme et les singes ; d'autant 
plus que la conformation de leur corps rappelle tout à 
fait celle de l'homme, dans son ensemble et ses détails. 
La seule différence essentielle, c'est que l'homme est bi- 
mane, tandis que les singes sont quadrumanes. Si beau- 
coup d'espèces de singes ont une queue, il y en a aussi 
bien d'autres qni n'en ont pas. Or la queue joue un rôle 
peut-être encore plus important que la conformation des 
pieds; car ce n'est pas seulement un organe préhensible 
chez les singes du Nouveau Monde, exactement comme 
celle des serpents, mais c'est encore un appendice formé 
d'une longue suite de vertèbres. Il y aurait donc encore 
moins de différence entre les bimanes et les quadru- 
manes qu'entre les singes qui ont une queue et ceux qui 
n'en ont pas. D'ailleurs, quand on dit que l'homme n'a 
pas de queue, on sait bien que c'est une manière de par- 
ler, car son coccyx est réellement une queue rentrée 
dans les chairs, dont toutes les vertèbres sont soudées 
entre elles. Il ne la montre pas, mais il n'en a pas moins 
une, très appréciable avec les rayons X. Et puis, que 
l'homme soit bimane et les singes quadrumanes, c'est 
une simple question de plus ou de moins, sans aucune 
espèce d'importance. Cela tient surtout à ce que les singes 
passent la plus grande partie de leur vie sur les branches 
d'arbres, et qu'ils ne portent pas de chaussures. Aussi, 
les sauvages, et même, nos enfants nouveau-nés, ont 
les gros orteils beaucoup plus mobiles et préhensibles 
que les nôtres, assez analogues au pied préhensible du 
singe, sous ce rapport. Si nous ne portions pas de chaus- 
sures, et si nous vivions au milieu des branches d'arbres, 
au lieu de marcher sur le sol et de poser le pied à plat, 
sans faire usage de nos orteils, nos pieds deviendraient 
plus ou moins préhensibles, exactement comme ceux des 
singes, nos petits-cousins issus de germains. 

L'homme a une âme, et- les singes n'en ont pas. Or il 
est bien curieux de remarquer que ce ne sont pas tou- 
jours les hommes les plus dégradés au moral, qui res- 
semblent le plus aux singes. Ainsi certaines tribus infé- 
rieures d'Australiens, d'une laideur repoussante, ressem- 
blent bien moins aux singes que certaines peuplades de 
l'Afrique, plus civilisées, qui ressemblent aux singes 
anthropomorphes. Et puis, bien des hommes intelligents 
ont une figure de singe. Il suffit de citer M. Grévy, 
M. Littré et le professeur Hardy, parmi les hommes de 
la génération précédente. Pour ma part, j'ai connu des 
concierges à figure d'Hamadryas, des charcutiers à 
figure de Guenon, des vieillards à figure de Chimpanzé, 
des dames âgées à figure d'Ouistiti, des épiciers à figure 
de Colobe, des couturières à figure de Sapajou, des pro- 
fesseurs de mathématiques à figure de Mycticèbe, de 
jolies jeunes femmes à figure de Macaque, des douaniers 
à figure de Semnopithèque, etc., etc. Certains nègres 
des Etats-Unis, et surtout leurs femmes et leurs enfants, 
ont des figures de Gorille tout à fait typiques, avec le 
rictus caractéristique, ce qu'on appelle en anatomie le 
sillon naso-génien, largement développé. M. Grévy res- 
semblait à des hommes qui avaient une figure de Chim- 
panzé, Littré a une figure de Gibbon et Hardy avait une 
tête d'Orang-Outan. Du reste, il suffit, de regarder une 



104 



LE NATURALISTE 



planche gravée, représentant toutes les espèces de sin- 
ges, pour que chacun de nous y découvre avec satisfac- 
tion la caricature d'une infinité de personnes de sa con- 
naissance, de tout sexe et de tout âge, à barbe ou sans 
barbe, à pèlerine on à calotte sur la tête. Le singe a 
même sur nous l'avantage d'être couvert d'une toison 
naturelle : de sorte qu'il n'a pas besoin de vêtements. A 
part ses mœurs un peu trop actives, il n'a pas les défauts 
de l'homme. 11 est gourmand et peut se donner des in- 
digestions, mais il ne s'enivre jamais et ne s'occupe pas 
de politique. On prétend que certains singes savent éclai- 
rer avec des torches allumées leurs expéditions noc- 
turnes : ce serait à vérifier. En tout cas, ils savent fort 
bien se défendre avec de gros fruits qu'ils lancent du 
haut des arbres, comme des boulets, sur la tête des 
hommes qui les attaquent, avec une singulière adresse. 
M. le marquis de Compiègne, dont la véracité n'est cer- 
tainement pas suspecte à cet égard, en a donné une cu- 
rieuse relation, dans son ouvrage intitulé : voyages, 
chasses et guerres. 

Comme le disent si bien les nègres de l'Afrique, pour 
ressembler à l'homme, il ne manque aux Gorilles que la 
parole. Mais ils sont très malins, ajoutent-ils en riant, et 
ils ont bien soin de ne pas parler, de peur qu'on ne les 
oblige à travailler comme des esclaves. Contrairement à 
l'homme, les singes ne mangent guère de viande, ils 
sont essentiellement frugivores ; ce qui ne les empêche 
pas de manger des œufs, du miel, etc. Mais ils préfèrent 
les fruits, les graines. On les nourrit aussi de pain, de 
riz, de mais, de manioc, de pommes de terre, etc. Leur 
force, colossale chez les grandes espèces, leur sert moins 
à attaquer les autres animaux qu'à se défendre contre la 
voracité des tigres, des lions et des serpents. Les grands 
Pythons de l'Afrique centrale dévorent une quantité des 
Hamadryas. qui pullulent dans ces parages. 

Le singe ne marche pas généralement comme nous; 
mais il trottine, en sautant à pieds joints, quand il est à 
terre. Il ne met un pas devant l'autre que sur les bran- 
ches d'arbres ; et encore il marche alors plutôt comme 
les chiens, c'est-à-dire à quatre pattes, que sur ses deux 
pieds. 

Le singe se rapproche encore de l'homme par son ca- 
ractère profondément rusé et espiègle. A l'état de do- 
mesticité, il casse les verres et les assiettes avec bon- 
heur, exactement comme un enfant malicieux et turbu- 
lent, pour le plaisir de faire du bruit, et de s'amuser. Il 
sait très bien qu'il fait mal, car on le fouette quand il a 
commis quelque méfait de ce genre. Aussi a-t-il bien 
soin d'attendre qu'on soit parti, pour ouvrir les armoires 
et commettre ces dégâts en l'absence de ses maîtres. 

D r Bougon. 



DESCRIPTION DE MICROLÉPIDOPTÈRES 

NOUVEAUX DE FRANCE ET D'ALGÉRIE 



1° Ancylolomia anargyrella n. sp. 

Appartient au groupe de Pectinatella Z. et Inornata 
Si^r. Voisine de cette dernière mais bien plus petite, 
car elle mesure à peine 21 millimètres. 

Antennes très recourbées, largement pectinées jus- 
qu'aux deux tiers. Ailes antérieures gris jaunâtre, plus 
foncé à la région costale, parsemées d'atomes hruns, ac- 



centuant surtout les nervures et les plis internervuraux 
qui aboutissent au bord externe où ils se terminent par 
une strie noirâtre ; ces atomes forment également une 
ligne horizontale brune allant de la base de l'aile au bout 
de la cellule discoïdale qui est traversée ainsi dans toute 
sa longueur. Le milieu de l'aile porte un empâtement de 
ces atomes bruns au-dessous de la nervure médiane et 
un autre plus petit à l'extrémité de cette nervure. Frange 
concolore et sans ligne. 

Ailes inférieures avec leur frange, d'un blanc pur. 

Dessous des supérieures et de la partie antérieure des 
ailes inférieures d'un gris jaunâtre clair, le reste des in- 
férieures blanc ; une ligne blanche très fine à la base de 
la frange des supérieures. 

Antennes, tête, palpes, thorax et pattes, d'un gris jau- 
nâtre clair; abdomen blanc. 

Plusieurs exemplaires provenant d'Algérie où ils ont 
été capturés par M. Olivier. 

2° Depressaria campestrella n. sp. 

Voisine à'absinthivora, 19 millimètres. Ailes supérieures 
de couleur variable, brun jaunâtre avec légère teinte 
violacée ou brun pourpré ; quelques écailles noirâtres 
accentuent les nervures ; la région costale de la base est 
toujours plus claire, tandis qu'à la partie inférieure de la 
base, il y a une tache noirâtre; au centre de l'aile, sur le 
disque une grande liture longitudinale noire interrompue 
à son extrémité externe par un point clair et surmontée 
à son extrémité interne par une petite ligne brisée noi- 
râtre ; bande marginale brun foncé. 

Ailes inférieures, gris soyeux plus clair dans la partie 
abdominale ainsi que la frange. 

Dessous des ailes gris clair soyeux et violacé ; antennes, 
tête, palpes et thorax gris violacé ; dernier article des 
palpes avec un anneau noir au milieu ; abdomen et pattes ' 
gris clair soyeux. 

Chenille subcylindrique, vert pâle ; tête et écusson du 
premier segment noir luisant ; pattes écailleuses noires, 
marquées de vert clair intérieurement. Verruqueux petits 
mais nettement marqués, noirs, poils noirs ; clapet et 
pattes membraneuses de la couleur du corps, crochets 
roux. 

Vit en juillet en petite société sur YEryngium campestre. 
Trouvée au Vernet (Pyrénées-Orientales) par M. R. 
Oberthûr. 

Eclosion du papillon en août suivant. 

La chenille diffère de la Depr. cnicella par sa forme 
moins allongée, sa couleur vert clair, ses verruqueux 
plus gros et noirs et par son premier segment qui est de 
la couleur du fond, tandis qu'il est brun rougeâtre chez 
Cnicella. Elle diffère, en outre, de la Depr. eryngiella Mill. 
par sa tête et son écusson noirs, tandis que YEryngiella 
selon Millière, les a d'un testacé jaunâtre. 

3° Symmoca muricella n. sp. 

Voisine de Sym.œnophila Stgr. — 15 millimètres. Ailes 
supérieures d'un gris clair, légèrement teinté de violacé ; 
quatre taches brun-roux à la côte : la première à la base, 
la deuxième avant le milieu de l'aile, la troisième après 
le milieu, la quatrième à l'angle apical. La troisième 
donne naissance à une sorte d'ombre médiane mal défi- 
nie, traversant l'aile et descendant au bord interne, près 
de l'angle interne; la quatrième à une bande marginale. 
! Quatre points bruns forment au milieu de l'aile une 
I sorte de trapèze irrégulier; les points externes presque 
[ en ligne droite sont situés sur la nervure transverse, les 



LE NATURALISTE 



105 



internes placés très obliquement, le supérieur plus près 
de la base, ce [dernier est le mieux marqué ; frange plus 
claire à la base et à l'extrémité. 

Ailes inférieures gris soyeux violacé, frange plus 
claire à l'extrémité et jaunâtre à la base. 

Dessous entièrement de la couleur des ailes infé- 
rieures. Tête et palpes blanchâtres ; antennes très 
épaisses brun foncé, thorax, abdomen, pattes, gris clair 
et violacé. 

Vole au Vernet, en juillet. 

4° Stagmatophora rutilella n. sp. 

Voisine àlsabellella Costa. — 10 à il millimètres. 
Ailes supérieures brun rougeâtre doré avec marques 
blanches, fines, allongées sur la côte, ornées de bandes et 
taches formées d'écaillés dorées, relevées en touffes. 

Les premières taches et bande remplacent la basilaire 
et l'extrabasilaire, l'ombre médiane est figurée par deux 
grosses taches, l'une à la côte, l'autre au bord interne, 
une petite tache figure l'orbiculaire ; d'autres taches à la 
côte et au bord interne représentent la coudée. 

Ailes inférieures grises, franges brunes. 

Dessous gris foncé. Antennes annelées de gris et de 
noirâtre, tête grise, thorax rougeâtre, pattes et abdomen 
gris. 

Algérie. 

5 # Cosmopteryx crassicervicella n. sp. 

Ressemble à la C. scribaiella, dont elle a la couleur 
noire, les stries argentées et la bande orangée ; mais en 
diffère par l'extrémité des antennes qui est noirâtre, tan- 
dis qu'elle est blanche dans scribaiella, par la côte blan- 
châtre presque tout le long dans crassicervicella et seule- 
ment près de la bande orangée dans scribaiella, par la 
troisième strie longitudinale mieux indiquée, par la bande 
orangée plus large, par l'abdomen jaunâtre et par la tête 
bien plus grosse, d'où son nom. Enfin la taille de crassi- 
cervicella (8 millimètres) est sensiblement plus petite 
que celle de scribaiella. 

Plusieurs exemplaires pris en Algérie par M. Olivier. 

P. Chrétien. 



PRINCIPES GÉNÉRAUX DE DISSECTION 



Nous sommes bien loin du temps où les zoologistes dé- 
butants étaient obligés d'apprendre les notions générales 
plus ou moins restreintes du règne animal dans des livres 
assez imparfaits, sans figures pour la plupart. 

Les laboratoires à peine formés ne permettaient que de 
très rares dissections : il fallait croire l'auteur du livre où 
l'on étudiait, sur parole, puisque l'on n'avait à sa disposi- 
tion aucun moyen facile de contrôle. 

L'étude des sciences naturelles, de la zoologie en par- 
ticulier, qui ne se comprend guère aujourd'hui sans dissec- 
tions, était loin d'atteindre la facilité qu'elle offre en ce 
moment aux étudiants. 

On ne saurait trop rendre justice aux hommes qui, en 
introduisant dans leur enseignement la partie pratique 
destinée à contrôler ou à perfectionner l'étude théorique 
des êtres, ont fait faire à la science zoologique un puissant 
pas en avant. 

Certes, la pratique n'est pas tout, et 11 ne faudrait pas 



tomber dans l'excès ; mais il est une chose certaine : c'est 
qu'il est impossible de faire de la théorie, encore moins 
des théories sans avoir des connaissances pratiques très 
étendues. 

D'une façon générale, on ne peut pas dire qu'il existe 
une méthode de dissection. Il est évident que les maîtres 
sont bien autorisés à dire aux élèves : « Si vous voulez 
« obtenir un bon résultat dans la dissection de telle ou 
« telle espèce animale, vous devez vous y prendre de 
« telle ou telle façon de préférence à telle ou telle autre, 
« et cela pour telles ou telles raisons» ; oui, certainement, 
on nous a dit cela et nous le répétons journellement, mais 
il n'en est pas moins évident que pour quelqu'un qui sait 
un peu manier la pince et le scapel, il est juste de dire 
que chacun a sa méthode particulière, chacun donne à la 
formule générale qu'on lui a enseignée, une entorse plus 
ou moins considérable, chacun en somme lui imprime 
son caractère personnel. On peut arriver aux mêmes ré- 
sultats par des procédés bien différents. 

Il semble donc très difficile au premier abord de 
donner des principes généraux de dissection ; mais comme 
ceux que l'on nous demande sont précisément ces notions 
vagues dont nous parlions tout à l'heure, cette formule 
générale éminemment élastique et se pliant à la volonté 
de chacun, les difficultés s'aplanissent d'elles-mêmes et 
la question devient, par cela même, beaucoup plus simple 
à traiter. 

Il n'existe pas aujourd'hui en France ni à l'étranger, 
croyons-nous, d'enseignement théorique des sciences 
zoologiques qui ne possède comme complément indis- 
pensable un enseignement pratique important, et cela 
pour le plus grand bien de l'étude des sciences natu- 
relles en général. 

Les principes généraux de dissection sont, il faut le 
dire, bien insuffisants; il faudrait plutôt des principes... 
particuliers à chaque genre, pour ne pas dire à chaque 
espèce, mais cependant ils peuvent guider le débutant et, 
pour peu qu'on lui indique ensuite les quelques particu- 
larités de dissection relatives à chaque type, cela sera, 
croyons-nous, largement suffisant pour lui permettre 
d'obtenir à bref délai une préparation présentable pour 
peu que l'on ne sorte pas trop des espèces dites clas- 
siques. 

Pour obtenir une bonne préparation, il existe des condi- 
tions essentielles, qui sont immuables, où que l'on se trouve 
et quel que soit le sujet ; ce sont : de la patience, une bonne 
lumière et de bons instruments. 

A côté de ces conditions essentielles il en est d'autres 
que l'on peut qualifier de secondaires, qui certainement 
peuvent aider beaucoup, mais ne sont pas indispensables : 
il faudrait même, dirons-nous, habituer un tant soit peu 
les jeunes gens à savoir s'en passer à l'occasion. 

Nos maîtres ne trouvaient certainement pas pour toutes 
leurs recherches les laboratoires perfectionnés que l'on offre 
aujourd'hui à profusion aux jeunes zoologistes et cela ne 
les empêchait pas cependant de faire, avec des installations 
défectueuses, de remarquables travaux : ils ajoutaient 
simplement à leur bagage une bonne dose de patience. 

L'installation est chose secondaire, mais cela ne veut 
pas dire que, lorsqu'on le peut, elle doive être négligée. 
Elle est du reste assez rudimentaire lorsqu'on ne désire 
pas s'occuper d'histologie, etune table solide, une cuvette 
à dissection et de l'eau propre suffisent. Si l'on a à sa 
disposition de l'eau de mer, il est quelquefois bon de s'en 



106 



LE NATURALISTE 



servir pour la dissection «les animaux qui y vivent et que 
l'eau douce tue trop promptement. 

La lumière doit de préférence venir du nord, car le. 
soleil est très gênant lorsqu'il s'agit d'une dissection fine 
— bien davantage encore s'il s'agit du microscope. 

Les instruments nécessaires sont relativement, peu 
nombreux; la condition essentielle, c'est qu'ils soient bons 



A B CD E 

Fig. 1. — Instruments de dissection. 
A. Aiguille droite ; B. Aiguille coupante, dite aiguille de Cusco. 
C. Scalpel; D.pinceà injecteurs; E. pince fine de dissection. 

Pour toutes lespréparations courantes, un scalpel moyen 
droit, un scalpel fin, deux aiguilles montées dont une 
coupante, une paire de ciseaux forts, une paire de ciseaux 




00 



Fig. 2. — Ciseaux de dissection forts et fins. 
lins, une pince à dissection à mors dentés et une pince 
ordinaire fine suffisent largement. 



En général, tous ces instruments sont réunis dans une 
trousse et l'on y ajoute le plus souvent un tranchoir indis- 
pensable pour les travaux de botanique. 

La trousse mise en vente par la maison Deyrolle est 
certainement excellente. Elle renferme, outre les instru- 
ments cités plus haut, un paquet d'épingles, des lames et 
une hoite de lamelles ; un seul reproche à lui faire : il 
est relatif à la pince fine qui, telle qu'elle est, n'est nulle- 
ment commode. Il est du reste question de la remplacer 
par une, pince brucelles fine, ce qui rendra l'ensemble 
parfait. 

Avant de commencer toute dissection, avant depratiquer 
sur un animal une incision quelconque, il est indispen- 
sable de l'orienter au préalable. 

S'il est, en effet, des êtres dont l'orientation saute aux 
yeux, il en est d'autres qui, pour des débutants, peuvent 
être plus embarrassants, et pour ceux-là il ne faudrait pas 
s'acharner à chercher dans la tête les organes qui sont 
dans la queue et réciproquement. 

Une fois orienté, l'animal doit être bien fixé sur le fond 
de liège de la cuvette à dissection avec des épingles plus 
ou moins fines selon la taille du sujet. 

Toutes les fois qu'on le peut, et c'est la majorité des 
cas, la dissection doit être faite sous l'eau, et l'im- 
mersion doit être complète. De cette façon les organes, 
perdant une partie de leur poids, se soulèvent légèrement 
et prennent ainsi à peu près la position qu'ils occupent 
réellement dans le corps de l'être vivant. La saillie des 
organes rend leur découverte plus facile et il devient dès 
lors plus commode d'enlever les parties inutiles pour ne 
conserver que celles sur lesquelles doit porter la pré- 
paration. 

La dissection des principaux types classiques peut, en 
général, se faire sans l'intervention de la loupe; mais, 
quand il s'agit par exemple de la découverte d'un sys- 
tème nerveux délicat, comme celui d'un insecte, l'aide 
d'une loupe à pied avec tige articulée devient néces- 
saire. 

Pour ces dissections difficiles, la pince fine et l'aiguille 
coupante sont d'une grande utilité et peuvent même servir 
exclusivement. 

Il est bon aussi d'avoir à sa disposition une pipette 
compte-gouttes, au moyen de laquelleuncourantd'eausuf- 
fisamment fort peut être lancé sur la préparation pour la 
débarrasser des débris d'organes qui en peuvent masquer 
la plus grande partie. Ce procédé de nettoyage est bien 
plus commode que celui qui consiste à enlever ces débris 
avec les pinces fines, car d'abord il est moins long et, de 
cette façon, on ne court pas le risque d'enlever une partie 
essentielle en voulant se débarrasser d'une saleté. 

De plus l'eau de la cuvette doit être souvent renouvelée 
en ayant soin de ne pas faire couler l'eau du robinet, sur 
la préparation, comme cela arrive trop souvent aux élèves, 
mais à côté. 

La dissection terminée et bien nettoyée, il est indispen- 
sable de la dessiner aussi bien que possible, car c'est par 
le dessin seul que les différents détails se gravent dans 
l'esprit et qu'il est ensuite facile, au moment d'un examen 
par exemple, de revoir d'un coup d'oeil rapide l'anatomie 
d'un animal que l'on a bien disséqué. 

Le dessin ne s'apprend pas en huit jours, et combien 
voit-on déjeunes gens arriver dans les Facultés, qui n'ont 
jamais touché un crayon ! On ne saurait trop insister, à 
notre humble avis, pour forcer, pendant les études dulycée, 



LE NATUHALISTE 



107 



tous les jeunes élèves à suivre d'une façon sérieuse les 
cours de dessin. Tout le monde, on ne le sait que trop, ne 
peut pas devenir artiste ; mais tous pourraient cependant 
acquérir des notions suffisantes pour leur permettre de re- 
présenter un animal d'une façon assez convenable pour 
que l'on puisse savoir à quelle espèce l'on a affaire, sans 
être obligé de faire écrire le nom au-dessous ! 

Pour la facilité de la compréhension, il est bon pour des 
élèves d'avoir des crayons de couleurs, et de colorer les 
divers organes avec des teintes conventionnelles tou- 
jours les mêmes. L'anatomie saute aux yeux, dans ces 
conditions, et ce n'est pas là un des moindres avantages du 
dessin. La mémoire des yeux est, en effet, d'un puissant 
secours pour l'étude des sciences naturelles. 

Que reste-t-il, dans l'esprit des élèves, d'une préparation 
très bien faite, mais qu'ils n'ont pas dessinée? On peut 
répondre sans crainte : Rien ou à peu près rien. 

A. Gruvel. 



NOS PLATANES 



Qui n'a pas éprouvé une certaine surprise à voir périr 
les uns après les autres la plupart des platanes de nos 
avenues et de nos jardins, malgré tous les efforts tentés? 
Beaucoup pensent qu'un microbe dévore leur organisme, 
comme tant d'autres qui menacent ou ruinent notre 
corps. Les causes du mal sont moins mystérieuses et les 
remèdes à y apporter ne présentent pas de grandes diffi- 
cultés. Écoutons plutôt ce que nous dit à ce sujet 
M. Opoix, jardinier en chef du Luxembourg. 

Le platane, avant tout, veut de l'air, beaucoup d'air. 
Là est la principale cause pour laquelle, au bout de deux 
ou trois ans, périt presque toujours le jeune arbre qui a 
été planté pour remplacer un platane mort dans une 
avenue. Tant que ses branches ne se développent pas sur 
un large espace, il vient bien; mais à mesure qu'il prend 
de la force, ses voisins le gênent, l'air lui manque, et il 
ne tarde pas à mourir. C'est pour la même raison que le 
platane ne peut pas être planté en quinconces, et ne peut 
atteindre à son complet développement que dans de larges 
avenues, ou isolé. Même en bordure de quinconces 
formés d'arbres d'autres essences, les branches du pla- 
tane tournées vers l'espace libre seront seules belles : 
les autres sont, on peut dire, atrophiées. C'est ce que 
tout le monde a pu remarquer au carré des jeux, au 
Luxembourg. Un des arbres qui réussissent le mieux, 
malgré l'insuffisance d'air, lorsqu'il s'agit de remplacer le 
platane dans une avenue ancienne, est le sycomore. C'est 
lui que la Ville de Paris substitue aux platanes dégénérés 
dans la superbe avenue qui monte derrière l'Église 
Saint-Augustin (boulevard de Courcelles). 

Ailleurs, ce n'est plus le manque d'air qui entraîne la 
mort du platane, comme dans l'avenue intérieure du 
Luxembourg, qui va de la rue dite du Luxembourg à 
l'École des mines. Là, lorsque cette avenue fut plantée, 
le travail fut exécuté par la Ville de Paris, pour le 
compte du Sénat. Le sol était très mauvais, caillouteux, 
et renfermait des murs entiers de soutènement ayant 
servi à d'anciennes constructions. On creusa des fosses 
de i mètre de profondeur environ, sur 2 mètres 



de large; on apporta de bonnes terres, et on planta. Beau- 
coup d'arbres périrent. Voici pourquoi. Tant que les 
arbres n'ont que quelques années et [que leurs radicelles 
restent comprises à l'intérieur de la fosse creusée, l'arbre 
se développe à merveille et semble devoir devenir très 
beau. Mais un jour, sans cause apparente, on le voit se 
flétrir et mourir rapidement ; c'est le jour où, les 
racines sortant de l'espace qui leur avait été réservé, ne 
trouvent plus au milieu des pierres la nourriture néces- 
saire. Toutes les fois que dans un tel terrain on voudra 
pouvoir élever de beaux platanes, il faudra, non plus 
creuser des fosses distantes de o ou 6 mètres, mais ou- 
vrir une tranchée de 1 m. 50 de profondeur et de 4 mètres 
de large, et remblayer ensuite toute cette tranchée de 
bonne terre. Un exemple frappant fera comprendre toute 
l'importance qu'il y a à avoir un large terrain de bonne 
qualité sous le platane. La superbe allée qui borde la 
Fontaine Médicis au Luxembourg, avait été plantée sous 
la régence de Marie de Médicis, alors que le bassin n'exis- 
tait pas encore. Lorsqu'on construisit ce bassin, on fit 
un mur souterrain à proximité des grands arbres, telle- 
ment proche même qu'une partie des racines fut coupée. 
On peut les voir péricliter d'année en année, et il est 
plus que probable que d'ici une dizaine d'années, tous 
auront péri. Il est à remarquer toutefois que celui qui 
fait l'angle de l'avenue ne semble pas en souffrir, un sec- 
teur de -J5 seulement de la superficie totale de ses ra- 
cines ayant été attaqué par la construction. 

Ce n'est pas tout. Le platane veut, pendant la frondai- 
son, énormément d'eau. Aussi, le mode d'irrigation qui 
consiste à creuser des sortes de cuvettes au pied de 
chaque arbre, à faire communiquer entre elles ces 
cuvettes par une rigole légèrement inclinée, est-il totale- 
ment insuffisant, la partie des racines qui rayonne sous 
la cuvette étant seule irriguée par ce système. De 
plus, pendant les pluies d'orage qui seraient si bonnes au 
développement de l'arbre, les eaux viennent se rassembler 
dans cette cuvette, ne peuvent pas pénétrer dans le sol 
en dehors de cet espace, et l'on n'a, encore une fois, 
qu'une très faible portion [des racines irriguée. Une des 
conditions les plus favorables, toutes les fois qu'on vou- 
dra avoir de beaux platanes, sera donc de les planter 
isolés, au milieu de pelouses de gazon. Le gazon retient 
l'humidité et ne contribue pas pour peu à la distribution 
uniforme des eaux, ce qui régularise considérablement 
l'infiltration. On peut se rendre encore aisément compte 
des résultats, en comparant les platanes des jardins 
anglais du Luxembourg avec ceux de l'avenue de l'Ob- 
servatoire. Dans une propriété particulière, où l'on vou- 
dra avoir une belle avenue de platanes, on pourra donc, 
et le coup d'œil ne peut qu'y gagner, les relier entre eux 
par une sorte de trottoir gazonné. 

Là curiosité publique est quelquefois aussi éveillée par 
le travail qu'on voit accomplir au printemps sur les pla- 
tanes de nos boulevards, et qui consiste à les élaguer 
considérablement, souvent même à les étêter. En voici 
la raison. Les nécessités des travaux parisiens ont sou- 
vent obligé l'Administration, après avoir coupé ou en- 
levé des arbres de pleine venue, à remplacer aussi facile- 
ment que possible, les travaux étant teminés, les arbres 
abattus par d'autres déjà développés. C'est ce qu'on a vu 
au boulevard Saint-Michel, devant l'École des Mines, 
après l'établissement du chemin de fer de Sceaux. On 
transporte alors l'arbra qu'il s'agit de planter avec une 



108 



LE NATURALISTE 



motte de terre, de 1 m. 50 de diamètre à peine. Toutes 
les racines qui sortent sont coupées pour la facilité du 
transport. La plante, privée ainsi d'une partie de ses 
organes, ne peut plus recevoir l'alimentation nécessaire, 
Et c'est alors qu'on est obligé d'élaguer les fortes 
branches, pour permettre à la sève de s'élever jusqu'au 
sommet. On n'y parvient pas toujours. Il faut alors étêter 
l'arbre. Ce traitement même peut rester inefficace. C'est 
ainsi qu'au boulevard Saint-Michel, depuis trois ans, on a 
déjà dû remplacer plus de vingt arbres sur soixante, 
c'est-à-dire plus d'un tiers. 

Avant de quitter M. Opoix, nous lui demandons son 
opinion sur l'action destructive du sel jeté en hiver au 
pied des arbres, fait signalé par lui l'an passé, et publié 
dans V Éclair, d'une interwiew de M. Mangin. Selon l'émi- 
nent arboriculteur, l'effet du sel sur nos arbres parisiens 
est des plus funestes. C'est ainsi qu'il nous cite de cu- 
rieux phénomènes observés l'an passé sur les platanes du 
boulevard de Port-Royal, à la suite des neiges. On avait 
jeté de grandes quantités de sel pour faire fondre les 
neiges. Or, aux croisements de rues surtout, là où 
elles avaient été amoncelées, les arbres ont présenté cette 
particularité que certaines branches étaient complètement 
vertes, tandis que d'autres avaient absolument péri. Il y 
a là un champ d'études fort intéressant pour les cher- 
cheurs, et ceux qui contribueront même pour la plus 
faible part à préserver nos belles plantations parisiennes 
auront droit à la reconnaissance du public. 

Paul. Jacob. 



LA RÉUnOIT DES NATURALISTES 

DU MUSÉUM DE PARIS 



Séance du 24 décembre 1895. 

M. J.-D. Parteur, correspondant du Muséum, à Java, annonce 
de Batavia l'envoi de deux mâles adultes de Pithecher mela- 
nurus, d'un Pleronnys nitidus, d'un grand Muride et de quel- 
ques Locustides rares. Ces phénomènes proviennent du mont 
Gedeb, à 1,300 mètres d'altitude. 

— M. le docteur Maclaud a envoyé une collection de crânes 
humains et divers objets provenant de Conakry (Guinée fran- 
çaise.) 

— M. le docteur E. Coup, du 1 er escadron de spahis souda- 
nais à Yélimané, se met à la disposition des professeurs du 
Muséum pour étudier l'histoire naturelle du pays situé entre 
Bakel et Tombouctou. 

— M. A. Lacroix dépose sur le bureau le premier exemplaire 
d'un guide catalogue de la collection de minéralogie. 

— M. Hamy donne de nouveaux renseignements pour l'his- 
toire des archives du Muséum, relativement au dessinateur 
Jean-Baptiste Hilaire. 

— M. Bouvier présente une collection d'insectes offerte par 
MM. Fallou, les petits-fils du consciencieux et savant entomo- 
logiste, leur grand-père. 

— M. F.-J. Cloisel, administrateur des Colonies, rend compte 
de son voyage d'exploration dans la haute Sangha et les ré- 
gions avoisinantes. Divers objets de collection ont été rap- 
portés de ce voyage, et parmi ces objets des pièces squelet- 
tiques d'une femme Babinga. Les Babingas sont les repré- 
sentants de ces nains des forets qui sont dans l'Afrique 
tropicale depuis le cap Lopez sur la côte ouest jusque dan3 la 
rallée du Nil Blanc. 

Des crânes de Bayas du clan des Bougandons ont aussi été 
rapportés. Ces Bayas sont des hommes de taille moyenne, mais 
forts et bien musclés. La peau est tantôt noire, tantôt d'un 
rouge cuivre, surtout chez les individus appartenant aux 
classes supérieures. Au point de vue intellectuel les Bayas sont 
plus perfectionnés que les tribus voisines. Ils admettent la 



polygamie, sont anthropophages, mais, d'après M. Clozel et 
d'autres voyageurs, l'anthropophagie s'allie très bien à une 
culture et à une moralité estimables. 

Ces peuplades habitent des hameaux de quelques cases. Les 
cases sont rondes avec un toit conique en chaume qui sur- 
monte une muraille d'argile haute d'un mètre. La porte est 
basse et les habitants rentrent chez eux à quatre pattes. Le 
mobilier se compose d'un foyer formé de trois pierres, de deux 
lits de bambous et d'un certain nombre de cruches en terre, 
élégantes et ornées de dessins. Ces cruches servent aux usages 
les plus variés. 

Plusieurs hameaux obéissent à uu même chef, et ces chefs 
obéissent eux-mêmes à un gouverneur ou chef de clan. 

Le prince Albert de Monaco rend compte du dernier voyage 
d'exploration qu'il fit à bord de la Princesse Alice et donne 
des détails sur la capture d'un cachalot. Une baleinière montée 
par des indigènes des Açores s'approcha, en vue de la Prin- 
cesse Alice, d'une troupe de cachalots signalée par des vigies. 
A l'avant un homme lança le harpon, et l'animal frappé en- 
traîna l'embarcation sur un long parcours; à la fin le harpon- 
neur, retirant la ligne, s'approcha assez pour frapper le ca- 
chalot d'un coup de lance et l'achever. 

Les cachalots harponnés sont quelquefois redoutables, et 
suivant S. A. le prince de Monaco, de nombreuses baleinières 
ont été broyées parleurs mâchoires; plusieurs navires baleiniers 
ont été coulés par leurs coups répétés. Le cachalot frappé par 
leharponneur vint passer sous la quille de la P?'i?icesse Alice, 
heureusement sans produire de choc, mais en vomissant des 
Céphalopodes qui furent recueillis avec soin. L'animal fut 
ensuite remorqué jusqu'à la crique du Nigrito, et dépecé pour 
la transformation de son cadavre en quarante barriques 
d'huile. Au point de vue zoologique l'étude des Céphalopodes 
recueillis fut surtout intéressante: elle fut confiée à M. le pro- 
fesseur Joubin. 

— M. Mocquard présente une note relative à quelques reptiles 
du cap Blanc recueillis par M. de Dalmas. Ces reptiles appar- 
tiennent les uns à la famille des Lacertidés (Acanthodactylus 
scutellatus), les autres au genre nouveau Geckonia. de la 
famille des Geckonidés. 

— M. Dybowski rend compte de quelques recherches bota- 
niques faites pendant son récent voyage dans le Bas-Ogooué. 

— M. Henri Hua donne sur les plantes rapportées de cette 
exploration de nouveaux détails, et signale les plus rares. 

— M. le D 1 ' Weber fait une communication relative aux 
Cactées de la Péninsule californienne (collection Léon Diguet 
et Cumenge), et montre les photographies de plusieurs Cereus. 
11 signale le Cereus Thurben appelé par les indigènes Pitaga 
dulce, dont le fruit rouge, gros comme une orange, est très 
recherché pour sa saveur exquise. Plusieurs autres espèces de 
Cereus fournissent des fruits comestibles ; le Cereus pecten 
arborigenum est remarquable par se3 fruits ressemblants à 
d'énormes châtaignes hérissées de crins flexibles jaunes. Les 
indigènes les emploient comme brosses à cheveux. 

— M. Edouard Blanc parle de l'arbre à prières de Goumboum , 
le fameux arbre qui croît dans un monastère boudhiste, au 
nord du Thibet, et qui produit des prières et autres formules 
généralement religieuses tracées sur son écorce et sur ses 
feuilles. Plusieurs hypothèses avaient été faites pour expliquer 
ce phénomène. On avait cru d'abord à la production acciden- 
telle de lettres par les granulations pigmentaires, puis à l'in- 
tervention à't larves ou de chenilles traçant par hasard des 
caractères lisibles, enfin, à la supercherie des bonzes qui 
tirent grand profit de l'exploitation de ce miracle. Cette sup- 
position est, en effet, la plus exacte comme M. E. Blanc a pu 
le reconnaître. Des caractères en métal fortement chauffés 
doivent être approchés de l'écorce des branches encore vertes 
et maintenus quelque temps dans son voisinage ; il n'y 
a pas contact et pas de brûlure apparente, mais il y a gonfle- 
ment des sucs très abondants qui existent dans les couches 
internes du liber et des décollements s'y produisent, la partie 
des feuillets libériens qui correspond aux caractères se décolle, 
■meurt et devient transparente, le reste gardant son aspect 
naturel. 

— M. Bernard Renault, poursuivant ses recherches sur les 
bactéries fossiles, signale les microcoques de la cuticule de 
Bothrodendron. Ces restes végétaux proviennent des mines 
de Tovarkovo et de Molovka dans le gouvernement de Tola 
en Russie. 

B. S. L. 



LE NATURALISTE 



109 



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LE NATURALISTE 



111 



MINÉRAUX NOUVEAUX 



La darapskite se trouve en grandes masses dans la 
Pampa del Toro au Chili. Elle est remarquable par sa 
composition : c'est en effet un sel hydraté de soude qui 
contient de l'acide sulfurique et de l'acide azotique. Elle est 
le premier minéral que l'on connaisse constitué par un 
azotate et un sulfate. 

La darapskite se présente souvent en cristaux ayant la 
forme de tables aplaties suivant h { (le minéral est mono- 
clinique) qui est aussi la face d'association dans les cris- 
taux maclés. Il existe un clivage facile suivante .La den- 
sité est de 2,2 et la dureté es<t comprise entre celle du 
gypse et celle de la calcite. La darapskite a une couleur 
rougeâtre qui est due à des impuretés.] 

La lautarite se trouve dans la même région que le pré- 
cédent, elle est aussi monoclinique et se présente en cris- 
taux prismatiques allongés suivant l'axe vertical. Sa den- 
sité est beaucoup plus considérable que celle de la 
darapskite, elle est de 4,59. La dureté est intermédiaire 
entre celle de la calcite et celle de la fluorine. 

La lautarite est un iodate de calcium. Elle est un peu 
soluble dans l'eau, elle s'altère très facilement au contact 
de la lumière et de l'air. 

On la trouve dans le Pampa del Pique III et dans le 
Pampa Grove. 

La dietzeite, dédiée au minéralogiste allemand Dietze, 
qui a découvert l'espèce, ainsi que la darapskite et la lau- 
tarite, se rencontre aussi au Chili, et est un iodochromate 
de calcium. Elle est monoclinique et se présente en petits 
cristaux ayant la forme de tables aplaties suivant h 1 . 

La hoeferiteest un minéral, se présentant sous la forme 
d'une masse terreuse. Il a été trouvé à Kritz près de Ra- 
konitz (Bohême), par M. F. Katzer. Sa couleur est verte, 
sa densité est de 2,34. Comme le minéral n'est pas cris- 
tallisé, son état d'agrégation est très différent suivant les 
échantillons; aussi la dureté varie-t-elle entre celledutalc 
et celle de la calcite. 

C'est un silicate hydraté de fer renfermant un peu 
d'alumine. L'analyse a donné les résultats suivants : 
silice 36,14; sesquioxyde de fer 45,26; alumine 1,11; 
eau 18,15. 

La crossite est une amphibole sodique qu'on trouve en 
petits cristaux aciculaires bleus, ayant des formes simples, 
dans une roche cristalline schisteuse de Berkeley (Cali- 
fornie). Toutes ses propriétés sont celles de l'amphibole. 
Elle renferme 7,62 0/0 de soude. 

La kamarezite tire son nom de la localité de Kamareza 
(Attique) où elle a été trouvée. Elle est en masses cris- 
tallines montrant des fissures dans lesquelles se trouvent 
des cristaux orthorhombiques du même minéral. La ka- 
marezite, qui est un sulfate de cuivre hydraté insoluble 
dans l'eau, a une couleur vert, d'herbe, une densité qui est 
presque égale à 4 et une dureté aussi forte que celle de la 
calcite. Les cristaux montrent un clivage parfait suivant 
h'. 

La kamarezite se dissout dans les acides et dans l'am- 
moniaque. Chauffée, elle commence à perdre de l'eau à 
220°. L'analyse de l'échantillon étudié, qui ligure depuis 



longtemps dans les collections minéralogiques à l'uni- 
versité de Bonn, a donné les résultats suivants : 

Oxyde de cuivre 51,50 

Protoxyde de fer 0,69 

Acide sulfurique 17,52 

Eau 30,29 

La tilasite est un arséniate de chaux et de magnésie 
renfermant du fluor. La présence de ce dernier corps la 
distingue de l'adélite qui a été décrite dans le Naturaliste. 
La tilasite n'est pas cristallisée. On ne la trouve qu'en 
masses granulaires ayant un éclat résineux et une cou- 
leur grise. La densité est 3,28. Elle a été trouvée par 
M. H. Sjogren, qui a décrit l'espèce, à Langbanen Suède. 

Cent parties du minéral contiennent 50,91 0/0 d'acide 
arsénique, 25,32 de chaux, 18,22 de magnésie et 8,24 de 
fluor. 

P. Gaubert. 



LIVRES NOUVEAUX 



Histoire naturelle de la France, 17 e partie, Cœlentérés, 
Echinodermes, Protozoaires, avec 187 figures dans le texte, 
par Albert Granger. 1 volume broché, 3 fr. 50, franco 3,90 ; 
cartonné toile anglaise 4 fr. 2o, franco 4,70. 

Nous rendrons compte dans le prochain numéro de cet ou- 
vrage qui paraît au moment où nous mettons sous presse. 

Leçons élémentaires de botanique, par M. Daguillon, profes- 
seur à la Sorbonne, 2 e volume. 

Dans le numéro du Naturaliste du 1 er mars nous avons ap- 
précié les Leçons élémentaires de botanique de M. Daguillon. 
Nous avons eu l'occasion de dire que la seconde partie de 
l'ouvrage paraîtrait prochainement. Nous nous bornons 
aujourd'hui à signaler l'apparition de cette seconde partie. 
L'ouvrage est toujours aussi clairement rédigé et toujours 
aussi bien tenu au courant des plus récents travaux. Qu'on 
nous permette de signaler en particulier le passage relatif aux 
phénomènes intimes de la fécondation chez les végétaux et 
au rôle des sphères directrices et celui relatif à l'assimilation 
de l'azote par les légumineuses. 

L'ensemble des deux volumes donne un tableau fidèle de 
l'état actuel de la science botanique. 

L. D. 



ACADEMIE DES SCIENCES 



Les séances de l'Académie des sciences continuent toujours 
à être presque uniquement remplies par des communications 
relatives aux rayons X, l'attention même des naturalistes 
semble avoir été un moment captivée par l'inattendu de la 
découverte du professeur Rùntgen. C'est ainsi que dans les 
dernières séances nous trouvons non seulement une note 
sur l'action des rayons de Rùntgen sur les milieux transpa- 
rents de l'œil, mais même une autre note sur leur action 
sur un Phycomyces (le Phycomyces niteus qui se courbe 
quand il subit l'influence asymétrique de beaucoup d'agents 
extérieurs). D'une part comme de l'autre, les résultats sem- 
blent être négatifs : les milieux de l'œil semblent être très 
peu transparents pour les rayons X et le Phycomyces niteus 
ne parait nullement subir l'influence de ces rayons. 

Cette abondance de communications sur les Rayons X est 
par contre accompagné d'un petit nombre de communications 



112 



LE NATURALISTE 



relatives à la zoologie, à la botanique et à la géologie. Une 
note très intéressante de M. Lortet (1) sur l'allongement des 
membres postérieurs dû à la castration et une autre de 
M. Quinton sur les températures animales dans les problèmes 
de l'évolution représentent à peu près le bilan des découvertes 
physiologiques signalées à l'Académie. Pour être complet, il 
est cependant intéressant de signaler une note de M. Charles 
Jauet <2) sur les rapports des Lepismides myrmécophiles avec 
les Fourmis. Trop longtemps les faitssi intéressants touchant 
a l'étiologie et aux rapports des animaux invertébrés entre 
eux ont été laissés de côté depuis les découvertes du siècle 
dernier et les observations si consciencieuses des Réaumur 
et des Huber, pour que nous ne souhaitions le retour de 
ceux qui comme Fabre et Giard pensent qu'il y a autre chose 
d'intéressant dans un animal que son anatomie, la pousserait- 
on aux dernières limites de l'étude histologique. L'anatomie 
générale est certainement un des moyens d'investigation qui 
ont le plus contribué aux progrès des sciences naturelles dans 
ces derniers temps. Et nous en voyons chaque jour des 
exemples. M. Ranvier (3) dans une note très intéressante sur 
l'aberration et la régression des lymphatiques en voie de 
développement nous en donne un nouvel exemple. La végé- 
tation des lymphatiques et leur prodigieux développement 
dans le corps suivi dans certains organes d'une régression 
provenant par exemple de l'atrophie des parties intermé- 
diaires amenant l'isolement d'une certaine portion d'un 
réseau inutilement développé dans certains organes est 
certainement un fait des plus intéressants. Dans le domaine 
de l'histologie, citons encore une note de M. Johannes 
Chatin (4) sur les Macroblastes des huîtres, leur origine et leur 
localisation qu'il a étudiées. M. Chatin pense pouvoir tirer la 
conclusion que ces cellules ont une origine conjonctive. 

Dans le domaine de la Botanique M. 0. Liguier nous 
montre tout le parti qu'un observateur intelligent sait tirer de 
l'étude anatomique au moyen de coupes successives pour 
retrouver les rapports anatomiques qui lient entre elles 
toutes les feuilles florales et par là nous montre les services 
importants que l'Anatomie peut rendre dans la lecture de la 
fleur. Son travail porte à la fois sur l'anatomie des Fumariées 
et sur celle des Crucifères (3). 

En Géologie je citerai seulement une note de MM. J. Vallet 
et Duparc sur un syndinal schisteux ancien formant le cœur 
du massif du Mont-Blanc et une note de M. Duparc (6) sur 
les Roches éruplives de la chaîne de Belledeve. Enfin une 
note de M. A. Lodin sur le mode de formation des conglo- 
mérats aurifères. 

M. H. Douvillé (7) a étudié la constitution géologique des 
environs d'Héraclée et M. L. Gentil (8), le bassin tertiaire de 
la vallée inférieure de la Tafna. 

A. E. Malard. 



OFFRES ET DEMANDES 



— M. V. A..., à Alger. Pour répéter les expériences 
de Rôntgen sur la photographie à travers les corps 
opaques, il faut : une bobine de Ruhmkorfl donnant une 
étincelle de 80 à 100 m/m, une batterie de six piles, un 
tube de Crookes. Le prix de fout ce matériel est de 400 fr, 
avec des plaques 18 X*24 et produit pour développer. 
Les iils d'Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris, vous 
fouxnironl tout ce matériel. 

(1) Séance du 7 avril. 

(2) Séance du 30 mars. 

(3) Séance du 9 mars. 

(4) Séance du 30 mars. 

(5) Séances des 9 et 10 mars. 

(6) Séance du 9 mars. 
(7; Séance du 16 mars. 
(8) Séance du 30 mars. 



— Pour cause de départ. 

A vendre : mobilier Louis XVI accaj ou et bronze doré. 

2 bibliothèques 2 corps 2 m. 80 X 1 m. 50 X 50 c. 

2 meubles d'appui 1 m. 10 X 1 m. 

1 table ovale l m. 90 X 1 m. 

Prix 20,000 francs. 

S'adresser, 15, rue Marsollier. M. Forest. 



50 X 48 c. 
30 X 78 c. 



— Offre coquilles d'Algérie marines, en échange de co- 
quilles marines exotiques. M. Darbois, commis principal 
des Télégraphes, à Oran (Algérie). 

— M. S. II..., n° 439. Un tableau ardoisé noir, en 
bois, de 1 mètre carré, vaut 13 fr. 50 ; un tableau de 1 m. 
sur 1 m. 50, vaudrait 20 fr. 25. Un globe terrestre de 
66 centimètres de diamètre, monté sur pied droit, coûte 
90 francs. (Les fils d'Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, 
Paris.) 

— M. Raoul D..., à Lyon, n° 1233. Le papillon com- 
muniqué est le Leucania pallens. C'est le moment de faire 
la vérification de votre collection ; essayez les boules de 
naphtaline concentrée montées sur épingles : on a obtenu 
d'excellents résultats à leur usage. Prenez les épingles 
nickel; elles existent en 39 et 42 millimètres de longueur. 

— M. le D r C..., n° 1949. Nous publions à partir de ce 
jour une série d'articles sur les dissections de zoologie ; 
il n'existe, en effet, pas d'ouvrage pratique sur ce sujet, 
très intéressant pour quiconque s'occupe d'histoire na- 
turelle. Le volume des Cœlentérés, Échinodermes, de 
l'Histoire naturelle de la France, vient de paraître. 

— On demande, d'occasion, des objectifs photogra- 
phiques des marques Hermagis et Schaeffer; s'adresser 
aux bureaux du journal, en faisant offres avec prix. 

— M. Stanislas Meunier, professeur, a commencé le 
mardi 14 avril 1896, à 5 heures, dans l'amphithéâtre de 
la galerie de Géologie du Muséum d'histoire naturelle 
(Jardin des Plantes), un cours public sur l'histoire des 
phénomènes mécaniques qui ont contribué à V édification de 
récorce terrestre, et insistera sur la production des grands 
traits géographiques tels que les chaînes de montagnes. 
Le cours continuera les samedis et mardis suivants, à la 
même heure. 

— M. Poisson, à Bouzareah (Alger), offre en échange 
les ouvrages suivants : 

Boreau, Flore du centre de la France, 2 vol. reliés en 
un seul, complet, en très bon état. Dernière édition de 
1859. 

— Deshayes, Cours élémentaire de conchyliologie, tomel, 
l rc partie complet; t. I, 2 e partie complet; t. II, p. 1 à 
352, non broché; explications des planches, p. 1 à 48. 

Atlas de 124 pi. noires, manque pi. 60 bis et 85 à 103 
inclus. 

— D'Ohbigny, Cours élémentaire de paléontologie et de 
géologie slratigraphique, 3 vol. en bon état. 



Le Gérant: Paul GROULT. 

Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



18* ANNÉE 



2° Série — M» «SI 



15 MAI 1896 



DES MÉTHODES D'INJECTIONS 



avec sa cauule, une pince à murs et les instruments de 
dissection ordinaire. 

La seringue que l'on emploie généralement est en 
cuivre avec deux canules pouvant s'y adapter, l'une 
d'un calibre fin, l'autre d'un calibre un peu plus gros. 



Il est souvent difficile, parfois même impossible d'étu- 
dier les trajets divers de l'appareil circulatoire artériel 
ou veineux d'un animal sans préparation préalable ! 

A la rigueur, on pourrait encore y parvenir chez la 
plupart des mammifères ; car chez eux les vaisseaux 
artériels se distinguent assez facilement des vaisseaux 
veineux par leur couleur et leur aspect. 

Mais si l'on s'adresse même à des Vertébrés inférieurs, 
les choses se compliquent singulièrement, et il en est 
bien autrement encore lorsqu'on étudie un Invertébré 
quelconque. 

Pour les Vertébrés, le système circulatoire étant rem- 
pli de sang rouge plus ou moins foncé, tranche par sa 
couleur sur le reste des tissus ; il est alors facile de se 
guider, mais pour les Invertébrés dont le sang est le 
plus généralement incolore, ou tout au moins très légè- 
rement coloré, il est impossible ou à peu près de distin- 
guer les vaisseaux d'avec les autres tissus. C'est donc 
surtout pour eux que la pratique des injections artérielles 
ou veineuses s'impose. 

Je disais qu'il est fort difficile d'indiquer une méthode 
générale de dissection ! Que dire alors des méthodes 
d'injections ? C'est là que la formule générale est facile- 
ment malléable et que chaque opérateur lui donne une 
tournure variable suivant les besoins qui s'imposent, ou 
les organes que l'on se propose d'atteindre ! 

Les injections des vaisseaux sont destinées à remplir 
ces canaux d'une masse colorée, qui chasse devant elle 
le liquide sanguin qu'ils renferment, et vient le rem- 
placer jusque dans les profondeurs des tissus. 

Lamasse colorée est destinée naturellement à distendre 
1rs vaisseaux et à leur donner une couleur rouge, 
bleue ou jaune, etc., qui tranchant très fortement surle 
reste des tissus, permet à l'opérateur de suivre d'une 
façon très précise les trajets des canaux sanguins. 

Quand on pousse la masse dans les vaisseaux, ceux-ci 
sont en grande partie remplis par le liquide sanguin ; il 
est donc évident que, si la poussée extérieure est trop 
forte, le sang n'aura pas le temps de s'échapper suffisam- 
ment vite et que dans ces conditions, la pression allant 
en croissant sans cesse, il arrivera fatalement un mo- 
ment où la paroi des vaisseaux n'aura pas la résistance 
suffisante et devra éclater. Dans ces conditions, toute la 
masse à injection qui aura pénétré par cet artériole ou 
veinule s'échappera par la solution de continuité ainsi 
produite, et l'opération sera manquée. 

Il est donc de toute nécessité de pousser l'injection le 
plus doucement possible, si l'on veut obtenir un bon 
résultat. 

Pour pratiquer l'injection, l'animal que l'on veut étu- 
dier doit être autant que possible vivant : car dans ces 
conditions, les tissus sont plus élastiques et se prêtent 
beaucoup mieux à la pénétration des liquides. 

Les instruments, la masse à injection, ainsi que tous 
les accessoires doivent être prêts avant de toucher au 
sujet. 

Les instruments indispensables sont : une seringue 
Le Naturaliste, 16, rue du Bac, Paris. 






Fig. 1. — Seringue à injection. 



Il est bon quelquefois de se servir d'une canule à 
robinet. 

Girod recommande une pince à mors dont la partie 
interne des extrémités libres est revêtue d'amadou, de 
façon à ce que la pression de la pince sur la canule ne 
coupe pas le vaisseau que l'on veut injecter. 

Lesmasses à injection peuvent être de plusieurs sortes, 
suivant que l'on veut opérer à chaud ou à froid. 

La méthode à froid n'a que peu d'avantages. Elle per- 
met de pouvoir opérer sans cuisine préalable, et à tous 
moments pour ainsi dire ; de plus, elle irait peut-être un 
peu plus profondément dans les organes suivant quelques 
auteurs. Tout le monde n'est pas du même avis sur ce 
sujet du reste, et elle a le grand inconvénient de couler 
des vaisseaux injectés, avec une facilité remarquable. Il 
est très difficile de pouvoir conserver une préparation 
injectée à froid pendant quelque temps. 

La méthode à froid que nous venons surtout de viser 
est celle dont la masse est formée de chromate de plomb. 

Pour la préparer on verse dans un verre une certaine 
quantité d'acide chromique à 3 0/0, puis on laissej tomber 
goutte à goutte dans ce liquide une solution de sous- 
acétate de plomb à 5 0/0 environ. Il se forme un beau 
précipité jaune de chromate de plomb. On a soin d'agi- 
ter constamment le mélange, au fur et à mesure que l'on 
laisse tomber le sous-acétate de façon à réduire à une 
très grande ténuité les particules jaunes du précipité. 

On peut encore utiliser une masse à injection faite 
avec du plâtre à mouler, ou bien avec du bitume dis- 
sous dans l'éther. Ces masses ont l'avantage de se soli- 
difier dans les canaux et de les mouler pour ainsi dire. 

A moins d'avoir des raisons particulières pour les em- 
ployer, nous préférons de beaucoup les méthodes à chaud 
pour toutes les préparations courantes. 

Elles sont peut-être un peu plus longues à préparer, 
mais on est bien récompensé par les résultats qu'elles 
procurent ! 

L'une des plus anciennes et non des meilleures, a pour 
base une masse au suif. 

Lorsque l'on veut faire une masse à injection écono- 
mique, pour un grand nombre d'élèves, par exemple, on 
peut employer seulement du suif et de la cire jaune, 
mettant environ le double de suif que de cire. On fait 
fondre au bain-marie et on ajoute une matière colorante 
bleue ou rouge, etc., jusqu'à ce que la masse ait une 
teinte suffisamment intense. 

Mais cette masse se coagule trop rapidement, et lors- 
qu'on veut lui donner une fluidité plus durable, ce qui 
permet au liquide de pénétrer plus avant dans les 
vaisseaux, on y ajoute une petite quantité de térébenthine 
de Venise. 




11 ï 



LE NATURALISTE 



Cette masse a un désagrément: c'est celui de graisser 
considérablement l'eau de la cuvette, «le sorte que quand 
on dissèque, on a toujours à la surface de l'eau une 
pellicule plus ou moins étendue el épaisse de matière 
graisseuse. Cela oblige à renouveler constamment l'eau, 
el encore cria grue passablement pour la dissection. 

Nous préférons de beaucoup employer la masse à la 
gélatine. 

Pour la préparer on fait chauffer de l'eau au bain- 
marie, el quand elle est chaude; on y plonge des lames de 
gélatine que L'on trouve facilement dans le commerce. 
On ajoute les lames une à une, eu ayant, bien soin de 
remuer constamment le mélange avec un agitateur de 
verre, afin de rendre la solution le plus homogène pos- 
sible. On cesse de mettredela gélatine quand lemélange 
a atteint une consistance presque sirupeuse. On broie 
alors dans un mortier du carmin à. 40° que l'on réduit en 
poudre extrêmement fine. On verse la poudre' petit à 
petit en agitant constamment jusqu'à ce que l'on ait 
obtenu nue coloration rouge foncé. 

Il faut alors avoir un tamis fin que l'on chaude dans 
l'eau bouillante et à travers lequel on passe le mélange, 
pour débarrasser la dissolution d'une sorte d'écume pro- 
venant de la gélatine et qui s'accumule à la surface du 
liquide. 

Le mélange ainsi préparé peut se conserver quelques 
jours: mais si on veut en faire une certaine quantité que 
l'on puisse conserver plusieurs mois, on n'a qu'à ajouter 
quelques gouttes d'acide phénique pur. Les moisissures 
ne s'y développent plus alors que très difficilement. 

Si on veut faire une masse de couleur bleue, on ajoute 
du bleu soluble à la place du carmin. 

Quand on veut se servir de celte masse, il ne reste 
plus qu'à la faire chauffer au bain-marie jusqu'à ce 
qu'elle ait repris sa fluidité parfaite. 

Procédés d'injections. — Les procédés d'injections 
varient selon que l'on emploie les méthodes à froid et à 
chaud, et aussi selon l'espèce d'étude que l'on désire 
faire. 

Nous ne pourrons donc ici qu'indiquer ce qu'il y a de 
plus général. 

Pour opérer à froid après avoir" ouvert l'animal, et 
mis à nu le cœur ou le vaisseau que l'on désire injecter, 
il est bon d'opérer à sec. c'est-à-dire sans immerger 
le sujet. 

Dans les méthodes à chaud, la complication est un 
peu plus grande. Pour donner une notion exacte de la 
chose, nous prendrons un exemple et nous supposerons, 
si l'on veut, qu'il s'agisse de pratiquer l'injection du 
système artériel de l'Ecrevisse. 

On doit prendre un animal parfaitement vivant, 
puis avec trois coups de ciseaux on fait sauter la portion 
médiane dorsale du céphalothorax (nous nep ou vqns entrer 
ins les détails anatomiques). 

Dans c» ditions, le cœur est mis à nu entouré de 

son péricarde. On peut très bien alors observer les bat- 
tements de cet organe. 

Ainsi préparée, l'Ecrevisse est placée dans une cuvette 
a fond de liège sur laquelle on la. fixe rapidement. 

On doit alors avoir de l'eau bouillante et de l'eau 
froide a sa disposition. On verse dans la cuvette de 
l'eau froide d'abord, puis un peu d'eau bouillante et on 
arrive ainsi à constituer un mélange dont la tempéra- 
ture doil pouvoir être facilement supportée par la main, 
et la masse liquide doil totalement recouvrir l'Ecrevisse 



de façon à ce que toutes ses parties prennent la tempé- 
rature ambiante. L'immersion doit être maintenue de 
trois a quatre minutes an plus, mais suffisamment peu 
pour que les mouvements du cœur ne soient, pas 
arrêtés. 

Il est en effet préférable de pratiquer l'injection pen- 
dant que le cœur bat, encore ! 

Pendant, ce temps, la masse à la gélatine préparée à 
l'avance est, tenue à une température d'environ 
45 à 50°. 

Il est, important, qu'elle ne soit pas trop chaude : car, 
s'il en était ainsi, en pénétrant dans les vaisseaux, elle, 
les détruirait. 

Une seringue est aussi tenue dans l'eau chaude. 

On remplit la seringue de masse à injection et on la 
purge de l'air qu'elle peut- contenir en mettant la canule 
en haut et chassant un peu du contenu. On est certain 
ainsi que tout l'air a été chassé. 

Alors on incise légèrement le péricarde, puis l'on in- 
troduit l'extrémité de la canule fine dans l'un des deux 
orifices que l'on aperçoit à la partie dorsale du cœur. 

A l'aide de la pince munie d'amadou, on presse les 
lèvres de l'orifice contre'la. canule de la seringue et l'on 
ebasse alors tout doucement la masse à injection par une 
légère compression du pouce sur l'anneau qui termine 
l'axe du piston de la seringue. 

Dès qu'on voit le liquide sortir ou qu'on sent une cer- 
taine résistance, on doit s'arrêter : l'injection est ter- 
minée. 

Aussitôt, on détache l'animal du fond de la cuvette et 
on le jette dans l'eau froide. Cette opération a pour but 
de faire solidifier la gélatine dans les vaisseaux. 

Une bonne dissection permet alors de découvrir le 
trajet des vaisseaux injectés. 

Bien que l'on prenne toutes les précautions voulues, 
une certaine partie de l'opération est laissée au hasard 
et à l'habileté de l'opérateur ! 

Ce n'est pas du premier coup que l'on devient habile, 
mais le temps et la patience triomphent facilement de 
toutes ces petites difficultés. 

A. GRUVEL. 



HERBORISATIONS PRATIQUES 

(Suite) 



Piochetle-marteau. 

La pioebette, dont je me sers à peu près exclusivement 
aujourd'hui n'est qu'une réduction du piochon-Cosson 
(Cf. B. Verlot, loc. cit., p. 2&), allégé de moitié, puisque 
celui-ci pèse près d'un kilogramme, tandis que le poids 
de ma pioehctle ne dépasse pas 500 grammes. La lon- 
gueur en est de m 18, dont, m 10 pour la partie plate ou 
panne, et ,u 04 pour le marteau, celui-ci carré avec seu- 
lement m 018 à m 02 d'épaisseur. La panne, légèrement 
incurvée, va en s'élargissant vers son extrémité qui ne 
dépasse pas Q'"0:i5de largeur et dont les angles sont légè- 
rement arrondis. Le manche, en bois de frêne, très soli- 
dement fixé avec deux attelles en fer, a seulement m 30 
de longueur, et est percé à son extrémité d'un trou de 
vrille qui permet, d'y passer une ficelle, soit pour le main- 
tenir au poignet, soit pour l'attacher au cartable. 

Ces dimensions restreintes de ma pioebette permettent 



LE NATURALISTE 



Ho 



de la porter facilement suspendue à une gaine qui en 
reçoit le manche et qui est elle-même passée dans une 
ceinture de cuir. On peut de cette façon la dissimuler 
sous la blouse ou le vêtement, et ses angles émoussés ne 
risquent pas d'en déchirer le tissu, inconvénient que pré- 
sente en particulier le piolet dauphinois, si pratique du 
reste dans les herborisations alpines. Ce petit outil rem- 
plit tous les usages des piochons ou piolets, soit pour 
arracher les plantes, soit pour déblayer les éboulis, soit 
pour prendre un point d'appui dans les ascensions en mon- 
tagne ou sur les rochers, soit pour casser des échantil- 
lons minéralogiques, soit pour éclater les pierres incrus- 
tées de lichens, sans compter les services qu'on peut lui 
demander en voyage comme ciseau à froid, levier ou 
marteau. Enfin en passant une très longue cordelette 
dans le trou percé à l'extrémité du manche, on peut lan- 
cer la piochette à une certaine distance dans un cours 
d'eau ou un étang, et ramener à soi les plantes aqua- 
tiques, potamots, characées, etc., qui s'y accrochent. 

Un petit sécateur, renfermé dans une gaine en cuir, et 
également suspendu avec la piochette à la même cein- 
ture, complète mon équipement avec un robuste bâton à 
crosse recourbée et à forte pique en fer, que je trouve 
bien supérieur aux alpenstokes trop longs et encom- 
brants, à moins que le botaniste, dépassant les zones de 
végétation les plus élevées, ne se transforme en alpi- 
niste et ne s'aventure sur les glaciers. 

Il est bon de se munir, en outre, d'un couteau à forte 
lame, à manche de corne troué à son extrémité pour 
recevoir une ficelle permettant de l'attacher à la bouton- 
nière. Ce couteau est indispensable pour fouiller les fis- 
sures des rochers, et en extraire les petites espèces à 
racines profondes, pour détacher les mousses et pour 
nettoyer les racines des plantes. 

Préparation des plantes. 

Il est impossible, au cours d'une excursion botanique, 
le plus souvent rapide, limitée et très occupée, de donner 
aux récoltes les soins nécessaires, et, si l'on veut en faire 
des centuries, il faut absolument, et presque chaque jour, 
en faire l'envoi à un préparateur qui les reçoive et les des- 
sèche. Rien n'est plus facile aujourd'hui, grâce aux che- 
mins de fer rapides et au système des colis-postaux, et il 
est presque toujours possible de se ménager l'assistance 
obligeante d'un ami ou d'un collaborateur sédentaire. 
Encore faut-il donner aux échantillons recueillis les pre- 
miers soins, surtout quand l'envoi ne peut se faire 
qu'avec un délai de plusieurs jours. 

Je recommande, en ce cas, le modus faciendi suivant que 
j'ai adopté d'après la pratique des membres grenoblois 
de la Société dauphinoise pour l'échange des plantes. 
Les plantes extraites du cartable sont étendues avec le 
plus de soin possible entre les feuilles doubles de papier 
absorbant, et réunies suivant l'épaisseur, l'état d'humi- 
dité ou la délicatesse des espèces en petits paquets de 
trois, cinq ou six feuilles. Chacun de ces petits paquets 
est lié en croix, par une mince ficelle bouclée de l m S0 
à 2 mètres, dont on prépare d'avance une petite provision 
que l'on emporte dans la poche du veston ou dans la 
pochette du cartable. Cette préparation des plantes et 
leur mise en petits paquets se fera quelquefois sur 
place, au moment même de la récolte, quand on en a 
le loisir ou que la course n'est pas trop longue, et on 



les rapporte toutes préparées dans le cartable-sac. Ces pa- 
quets sont alors séparés par des coussins ou matelas à 
dessécher et empilés sous une presse quelconque. Je 
trouve très pratique, en voyage, l'emploi, en guise de 
presse, des châssis bien connus en toile métallique serrés' 
par de robustes courroies; ou bien, je me sers tout sim- 
plement chaque soir du cartable-sac, préalablement vidé 
de son contenu et fortement serré avec ses courroies. Le 
lendemain, les paquets sont retirés de la presse et étalés, 
en les retournant, si possible, dans la journée, sur le 
parquet d'une chambre d'hôtel, sur le lit, dans un gre- 
nier, etc. ; ou mieux encore on les suspendra grâce à la 
ficelle qui les enserre et des petits crochets, sur des cordes 
ou des lacets tendus en travers d'une chambre, ce qui 
permet de les aérer et de les dessécher, par un procédé 
analogue à celui que mon excellent collègue et ami, 
M. Copineau, a préconisé pour la dessiccation des cous- 
sins (Copineau, De la dessiccation des plantes en voyage, in 
Bull. soc. bot. de France, XXXIII (1886), p. 122). En répé- 
tant cette double opération de presse et d'aération sur ces 
petits paquets, on arrive à dessécher d'une façon très 
convenable des récoltes importantes, auxquelles on don- 
nera un dernier arrangement à domicile, si le voyage ne 
se prolonge pas trop, ou si l'on peut, comme je l'ai dit, 
en faire l'envoi à un préparateur. 

Un petit moyen qui n'est pas à dédaigner consiste, 
chaque soir, à glisser les paquets entre le matelas et le 
sommier du lit. La couchette n'y gagne certes pas en 
moelleux confortable, mais la chaleur et le poids du corps 
font subir aux plantes une excellente préparation, à con- 
dition toutetois de les sortir et de les aérer au moment 
du lever. 

Quant à la pratique de porter les paquets de plantes 
dans un four de boulanger, après la cuisson du pain, elle 
ne peut s'employer que dans les gros villages, et encore 
faut-il surveiller de près l'opération sous peine d'avoir 
la déception de retirer du four des herbes entièrement 
cuites et noircies : j'en ai fait la triste expérience. Il faut 
que le four soit en grande partie refroidi, que les paquets 
ne soient pas trop épais et n'y séjournent pas trop long- 
temps. L'usage du four sera toutefois excellent pour faire 
sécher rapidement les matelas ou les feuilles vides qui 
ont déjà servi et qui sont humides. 

Si vous utilisez pour la préparation de vos plantes une 
remise ou un grenier d'auberge, défiez-vous des lapins ! 
Il m'est' arrivé une mésaventure de tous points semblable 
à celle qu'a déjà racontée M. J. Vallot (Bull. soc. bot. 
France, XXX (1883), p. 207), et qu'on me permettra de 
rapporter. Il y a quelques années, pendant une des 
excursions botaniques qui m'ont laissé les plus agréables 
souvenirs tant par la richesse des récoltes que par la 
science et l'amabilité de mes compagnons, par un temps 
splendide du mois d'août, nous nous étions installés pour 
quelques jours à l'hôtellerie de Lantaret. Nous avions 
passé une journée entière sur les hauteurs du Galibier, 
à centurier des espèces alpines pour la Société Dauphi- 
noise; Epilobium alsinifolium, Chrysanthenum alpinum, 
Pedicularis Barrelieri, etc. Nous les avions soigneuse- 
ment préparées en parts copieuses, divisées en petits 
paquets de cinq feuilles, et mis sous presse dans le gre- 
nier de l'auberge. Le lendemain, pour donner de l'air à 
nos plantes, nous ne trouvons rien de mieux que d'en 
étendre les paquets sur les rayons qui servent aux mon- 
tagnards à faire sécher leur provision de pain noir, qui, 



116 



LE NATURALISTE 



on le sait, doit être confectionnée en automne pour être 
gardée pendant tout l'hiver: quand, au matin, nous allons 
chercher nos paquets pour les mettre en presse, nous n'en 
trouvons plus d'autres traces que des débris de papier. 
Stupéfaits, nous fîmes des recherches qui aboutirent à 
nous faire découvrir dans un coin du grenier, alors vide 
do pain, toute une nichée de lapins élevés par l'hôtelier 
d'alors, le brave cantonnier Albert, pour alimenter le 
maigre menu de ses visiteurs. Les lapins affamés, et 
attirés par l'herbe fraîche, avaient entièrement dévoré 
nos récoltes. Il ne nous restait qu'une vengeance à tirer 
de ce méfait, c'était de manger les lapins ! Ainsi fut fait, 
et, riant de notre déconfiture, nous repartîmes gaiement 
recommencer nos centuries ! 

Il me parait oiseux d'insister sur l'arrangement défi- 
nitif et la dessiccation des plantes. On trouvera dans tous 
les manuels les indications les plus précises à ce sujet. 
On peut dire, en résumé, que, pour obtenir des spécimens 
bien desséchés, il faut se servir d'un papier à demi- 
buvard seulement; le papier gris spécial de la maison 
Deyrolle est excellent. Il faut, en outre, employer des 
pressions fortes mais progressives, des matelas interca- 
laires très secs, les changer souvent et aérer ainsi les 
plantes. Pour les espèces charnues dont les feuilles jau- 
nissent, pourrissent et se détachent si facilement, le 
meilleur moyen de les préparer est certainement leur 
courte immersion, jusqu'à la fleur exclusivement, dans 
l'eau bouillante, puis le fer chaud, le vinaigre, et surtout 
la benzine, qui a été recommandée avec raison, qu'on 
trouve à peu près partout et à bon marché, et avec 
laquelle on badigeonne les plantes grasses en les met- 
tant sous presse. Pour mieux faire pénétrer la benzine 
qui tue les cellules végétales et altère peu les couleurs, 
on se trouvera bien de piquer çà et là les bulbes, tiges, 
ovaires, etc., avant l'application de l'essence. C'est du 
reste affaire de temps, de soins et aussi d'expérience et 
d'un coup de main particulier ! 

D r X. Gillot. 



DE LA POSITION DES PATTES 

chez VOisePAi qui vole 



Dans bien des cas, il est difficile de distinguer sur un 
Oiseau qui vole la position des pattes. M. Holdsworth a 
cherché récemment à approfondir ce sujet et nous 
donne déjà plusieurs conclusions dans le journal Ibis (1). 
Ses observations ont été surtout faites sur les Oiseaux 
d'eau qui fréquentent les eûtes de Ceylan. 

Les Palmipèdes volent, en général, les pattes dirigées 
en arrière du corps. M. Holdsworth l'a constaté chez les 
Goélands et Mouettes, les Sternes, les Fous, les Phaé- 
tons, les Pélicans, les Anhingas, les Frégates, les Pin- 
gouins, les Lummes, les Macareux, les Grèbes et les 
Plongeons. Les Cygnes, les Oies et les Canards obéissenl 
à cette règle à laquelle ne semblent pas échapper non 
plus le groupe dçs Pétrels el l'ordre des Échassiers en 
général. 

M. Holdsworth a eu l'occasion d'observer, à ce point 
de vue, les Pluviers et Vanneaux, les Courvites, les Oe- 
dicnèmes.les Huitrierset les Toumepierres : les Échasses, 
les Bécasses, Bécassines, les Chevaliers,. les Barges et 

M, Numéro d'octobre 1895, p. 479. 



Courlis, les Hérons, les Cigognes, les Jabirus {Mycteria) 
et les Marabouts (Leptoptilos). 

Sans pouvoir jusqu'à présent l'affirmer de visu, les 
Grues et les Outardes rentreraient aussi dans cette caté- 
gorie; nous possédons tout au moins à l'appui de cette 
hypothèse une belle planche de Wolf qui représente la 
Grue de Mandchourie, au vol, les pattes en arrière. Les 
Becs-en-fourreau (Chionis) et les Palamédéidés (Chauna) 
doivent les porter probablement ainsi. Les Râles, quand 
ils émigrent, laissent souvent pendre leurs pattes ; à 
cause de leur longueur, ils ont néanmoins la tendance à 
les ramener en arrière pour être moins gênés pendant le 
vol. 

Le port des pattes en avant caractériserait au contraire 
la grande tribu des Passereaux ; les observations man- 
quent encore, elles offrent des difficultés, particulière- 
ment lorsqu'il s'agit de petites espèces. 

Quant aux Grimpeurs (Pics) et aux Oiseaux de proie, 
l'étude n'est guère plus avancée. M. Sclater men- 
tionne (1) cependant des Milans qu'il a observés le long 
du Nil ; ces Rapaces volaient les pattes étendues vers la 
queue. 

M. Holdsworth pense que. les Pigeons tiennent leurs 
pattes en avant. Il a reconnu cette même position chez 
les « Jungle-fowls » ou Coqs sauvages (Gallus Lafayetti), 
mais il a vu des Faisans et des Coqs de bruyère ou « Ca- 
percaillies » (Telrao urogallus) s'élever d'abord, les 
pattes dirigées en avant, puis les rejeter en arrière, quand 
ces Gallinacés avaient pris entièrement la volée. 

D'après cet observateur anglais, le port des pattes 
n'influerait nullement sur l'équilibre de l'Oiseau dans 
l'air, et leur longueur n'aurait aucun rapport avec leur 
position, puisqu'une Hirondelle de mer (Sterna) à pattes 
très courtes et une Échasse (Himanlopus) les portent 
exactement de la même façon. Il faudrait plutôt tenir 
compte du port de la tête chez l'Oiseau qui vole. 

Pour les Palmipèdes, la conformation des doigts dé- 
terminerait le port des pattes en arrière, celles-ci devant 
offrir ainsi une moins grande résistance à l'air; voici ce 
que M. Holdsworth nous dit : « Si l'on observe de près 
« un Canard ou quelque autre Palmipède lorsqu'il nage, 
« on remarquera que bien que ses doigts se replient 
« quand ils sont jetés en avant, ils ne se recourbent que 
« légèrement à partir de la, jointure métatarsale; quand 
« l'Oiseau les rejette en arrière, ils se redressent et 
« s'écartent sous l'action des muscles extenseurs jointe 
« à la pression de l'eau. Malgré l'élasticité de leurs tis- 
« sus, les' doigts des Palmipèdes ne semblent pas se con- 
« tracter aussi facilement (pic ceux des Oiseaux essen- 
« tiellement percheurs ». 

« Les Palmipèdes ont, pour la plupart, un vol rapide : 
« leur plumage est très serré, et tout contribue chez eux 
« à diminuer la pression de l'air. Si leurs doigts, en 
« partie contractés, étaient tenus en avant, le pied palmé 
« ne pourrait offrir aucune résistance appréciable au pas- 
« sage de l'Oiseau à travers l'espace, et il y aurait néceSr 
n sairemenl effort de la part des muscles fléchisseurs de 
<< la jambe et du pied pour conserver les pattes repliées 
« contre le corps. 11 est vrai que les Canards et d'autres 
« Oiseaux d'eau dorment, souvent sur une patte, eu 
« tenant l'autre repliée sous les plumes du côté; dans ce 
« cas, les plumes tombant naturellement, ils n'ont plus 
« à lutter eontre la pression de l'air. Un l'ait qui 

(1) Ibis 1895, p. 376. 



LE NATURALISTE 



117 



« prouve que cette position entraîne chez l'Oiseau un 
« certain effort, c'est que la première chose dont il a 
« soin quand il pose la patte à terre, c'est de l'étirer dans 
« toute sa longueur.' Le port de la patte en arriére, avec 
« les doigts étendus en ligne droite, parait donc remplir 
« les conditions nécessaires à l'équilibre des muscles, 
« tout en offrant la moindre résistance pendant un vol 
« prolongé ». Voilà pour les Palmipèdes. 

« Le même principe parait s'appliquer aux Echassiers, 
« si au lieu de pieds palmés, nous tenons compte de leurs 
« pattes relativement grandes et de leurs longs doigts 
« qui ne seraient guère dans une position naturelle ni 
« aisée, s'ils les repliaient contre le corps durant le vol. 
o Les Hérons, comme d'autres Echassiers, sont per- 
« cheurs, mais leurs pattes ne sont point spécialement 
« adaptées à cela. Rien qu'à les voir s'envoler des 
« arbres, on constate qu'ils ne se trouvent pas dans 
« leur milieu naturel ; quand ils perchent, on les voit 
« se balancer sans cesse, à moins que la branche ne soit 
« assez forte pour leur offrir une certaine sécurité sans 
« qu'ils soient obligés de recourber beaucoup les doigts. » 

Chez les Passereaux et les vrais percheurs, la jambe 
et le pied sont ordinairement de faible longueur; les 
doigts semblent se contracter naturellement. Tout fait 
donc supposer chez les représentants de ces groupes le 
port des pattes en avant. 

An moment de reproduire ces observations, nous en 
relevons d'autres qui viennent d'être recueillies par 
MM. de Chernel et C. Floericke et permettent de géné- 
raliser, notamment pour plusieurs genres de Rapaces : 
Vautour, Aigle, Balbuzard, Autour etBusardqui portent, 
comme le Milan, les pattes en arrière. Le Ramier les 
tiendirat en avant, et le Bruant des neiges semble voler 
avec les pattes généralement pendantes. 

F. de Schaeck. 



LES PETITS CRATERES DE LA LUNE 



On sait depuis longtemps que la lune renferme, sur la face 
qu'elle nous montre, 300 grands cirques et 35.000 cratères en- 
viron. Mais si on regarde attentivement à la loupe simple les 
magnifiques photographies de l'observatoire, notamment les 
photogravures contenues dans le Bulletin de la Société astro- 
nomique de France 189.'i, p. 97, 153, 155, on en voit encore une 
infinité d'autres plus petits, à raison d'un cratère par lieue 
carrée lunaire; et même on voit bien qu'il doit y en avoir 
encore beaucoup d'autres plus petits, qui ne sont pas très 
bien venus sur la gravure. En ne tenant compte que de ceux 
qui sont bien visibles à la loupe, on en distingue au moins un 
million pourla surface totale de la lune, si ce n'est davantage. 
Mais je le repète, il ne faut pas se servir d'une loupe trop 
forte, d'un doublet, qui ferait voir le grain du papier, c'est-à- 
Jire des petits points noirs plus ou moins larges, encadrés 
dans un losange de lignes blaucbes. En moyenne, il faut 
compter 20 grains du papier pour uu cratère de ce genre. 
Ces petits cratères sont identiquement pareils aux autres 
plus grands que tout le monde connaît. Leur dimension varie 
du simple au quadruple en diamètre, et ils ont chacun leur 
forme et leur individualité propre. Ainsi par exemple, il y en 
a une centaine au moins dans l'intérieur du cirque d'Hip-, 
parque, dontle contour est un peu effacé, parce qu'il n'est pas 
tus bienvenu sur le dessin. Cirques, montagnes, vallées 
remparts du cirque, surtout à l'extérieur, sont criblés de ces 
petits cratères. Je ne puis mieux les comparer qu'aux dépres- 
sions produites par une petite tête d'épingle sur une pâte 
molle, avec un petit rebord circulaire légèrement saillant, qui 
se traduit par une teinte blanchâtre. Le fond est marqué pat- 



une ligne sombre en forme de lunule, plutôt qu'en forme de 
disque; en raison de l'éclairage oblique de la lune par le so- 
leil, qui produit ce résultat dans tous les cratères, sur les 
petits comme sur les plus grands. Tout le monde peut vérifier 
comme moi l'existence de ces petits cratères lunaires, en exa- 
minant avec une loupe simple, grossissant trois fois en dia- 
mètre, les photographies et les photogravures provenant de 
l'Observatoire. 

D 1 ' BOLGON. 



LA NAISSANCE D'UN CHAMEAU 

Au Jardin des Plantes de Paris 



La naissance d'un chameau en plein cœur de Paris au 
moment où les voies ferrées cherchent àpénétrerle désert, 
est chose assez rare pour attirer l'attention du public. 
Aussi les Parisiens se sont-ils transportés en foule vers 
le Muséum pour y voir son nouveau pensionnaire, dont 
l'acte de naissance a été dressé le dimanche 12 avril 1890. 

Ce jeune animal, qui a l'air très intelligent, a voulu 
faire une entrée sensationnelle dans ce monde. Sa mère, 
bête superbe du genre Camelus bactrianus (Linné), ori- 
ginaire du Turkestan, avait été offerte, il y a un an, au 
Muséum, par M. Chaffaujon. Tout le monde ignorait et 
ignora jusqu'à la dernière heure qu'elle était pleine ; on 
la trouvait seulement plus maussade qu'à son ordinaire, 
depuis le commencement d'avril. Or, il arriva que le 
dimanche 12, vers trois heures, au moment où nourrices 
et fantassins lui donnaient à travers les grilles son goûter 
quotidien de petits pains de gruau, la malheureuse fut 
prise de douleurs plus vives, et vingt minutes plus tard, 
aux yeux ébahis des badauds, elle mettait bas un char- 
mant petit chameau, qui se leva aussitôt et suivit sa 
mère dans la Rotonde, à la stupéfaction générale des 
spectateurs de cette scène peu commune dans la capitale. 

Il mesurait alors l m 10 de hauteur. Quinze jours seule- 
ment après, il mesurait l m 25 et pesait 60 kilogrammes. 
Il commençait même déjà à se nourrir un peu de luzerne 
et de son, quoique le principal de son alimentation fût 
encore le lait de sa mère : tout le monde a pu voir en 
effet et peut voir encore avec quelle sollicitude celle-ci 
lui donne à téter. On est enclin à croire au Jardin des 
Plantes qu'elle a dû porter son petit environ dix-huit 
mois : la durée de la gestation étant en effet, comme 
on le sait, généralement proportionnelle à la longévité 
de l'espèce. 

Le jeune nourrisson a l'air très touché des câlineries 
de sa mère, qui, comme tous les ruminants, porte très 
haut l'amour maternel. Ceux-ci, en effet, sont polygames, 
et le père semble se désintéresser totalement de ses 
petits. La mère, en revanche, qui, à rencontre de la 
femelle des animaux monogames, a rarement une nom- 
breuse portée, s'attache profondément à chacun de ses 
petits, même quand il est en âge de se suffire, ce qui 
arrive rapidement chez les herbivores, qui sont en état 
de marcher dès leur naissance. 

On a tout lieu d'espérer que cet intéressant petit ani- 
mal s'élèvera bien dans sa case de la Rotonde, car l'ac- 
climatation du chameau sous notre climat semble assez 
facile. En effet, quoique naturel de.- paj s chauds, il craint 
plutôt les chaleurs excessives de la zone torride (son 
espèce finissant là où commence celle de l'éléphant) que 
la douceur des climats de notre zone tempérée. 



118 



LE NATURALISTE 



Le public serait souvent trop porté à ne considérer le 
chameau que comme une curiosité, une monstruosité de 
la nature, et à méconnaître ses sûres qualités et ses 
immenses services. On oublie que l'Arabe regarde le 
chameau comme un présent du ciel, un animal sacré. 
L'Arabe, en effet, se nourrit de sa chair, qui, à son 
goûl du moins, est excellente, celle des jeunes surtout; 
il se rafraîchit de son lait, se vêt, enfin, et se meuble 
avec son poil fin et moelleux, qui se renouvelle tous les 
ans par une mue complète. 

Sans le secours du chameau, l'Arabe ne pourrait ni 
subsister, ni commercer, ni voyager, et aujourd'hui que 
la pénétration du désert est pour les nations européennes 
l'objet des plus ardentes compétitions, dans cette Afrique 
où la France occupe déjà une si grande place, le même 
secours pourrait-il nous sembler indifférent? Car c'est 
encore le chameau, qui, de tous les animaux de trait ou 
de selle, détient le record de la vitesse. Il franchit en effet 
aisément 200 kilomètres de désert en un seul jour ! Quand 
il a été longuement et patiemment éduqué et entraîné, 
tant sous le rapport de la vitesse à la course et de la ré- 
sistance à la fatigue, que sous celui de la sobriété innée 
en lui, il peut marcher neuf ou dix jours de suite sans 
boire ni manger et franchit aisément douze à seize cents 
kilomètres dans ce laps de temps : alors, s'il passe à 
proximité d'une mare, il la flaire de loin, double de 
vitesse, boit pour le temps passé et à venir et reprend sa 
course à travers les déserts pour des semaines encore, ne 
prenant souvent qu'une heure de repos dans la journée. 

Tout le monde connaît, en effet, l'existence d'un cin- 
quième estomac chez le chameau, sorte de citerne à ro- 
binet de distribution automatique, mû par une simple 
contraction de l'œsophage, grâce auquel il détient encore 
un autre record, celui de l'abstinence sous le rapport de 
la boisson. 

Le chameau travaille presque autant que l'éléphant et 
dépense vingt fois moins. Buffon a fait à ce propos une 
série de comparaisons bien intéressantes: « Le chameau, 
dit-il, vaut non seulement mieux que l'éléphant, mais 
peut-être vaut-il autant que le cheval, l'âne et le bœuf, 
tous réunis ensemble ; il porte seul autant que deux 
mulets; il mange aussi peu que l'âne et se nourrit 
d'herbes aussi grossières ; la femelle fournit du lait pen- 
dant plus de temps que la vache; la chair des jeunes 
chameaux est bonne et saine, comme celle du veau, et 
leur poil est plus beau et plus recherché que la plus 
belle laine. » N'oublions pas que ses excréments même 
brûlent avec une flamme claire mieux que le bois sec, 
et que, desséchés et pulvérisés, ils lui font une excel- 
lente litière, bonne même pour les chevaux, là où 
manque la paille. 

Enfin, le chlorhydrate d'ammoniaque, AzII ! Cl (chlo- 
rure d'ammonium) ou sel ammoniac, dont Kunckel a 
isolé l'ammoniaque AzH 3 , en 1672, était autrefois uni- 
quement importé d'Egypte où on le préparait en subli- 
mant la fiente des chameaux ou des sables du désert : de 
là est tiré le nom d'ammoniaque, 5[a|ao; (ammos), en 
grec, signifiant « sable » (1). 

Souhaitons donc bonne chance au jeune représentant 
d'une race si généreuse et si utile à l'homme. 

Paul Jacob. 



(1) Artimon désignait aussi Jupiter qui avait un temple en 
Libje. 



OISEAUX ACRIDOPHAGES 

[Suite.) 



LES LANIIDES. 



LAN1I 



Cette famille a des représentants dans toutes les parties 
du monde. Les Laniers habitent de préférence les endroits 
boisés, les haies et les buissons. La plupart des espèces 
qui viennent en Europe sont des oiseaux d'été émigrant 
l'hiver jusque dans l'Afrique centrale. Les Laniidés ont 
des mœurs et des habitudes qui les rapprochent des ra- 
paces et des corbeaux. Malgré leur faible taille, leur 
courage leur fait attaquer des Vertébrés plus gros qu'eux ; 
ils ont aussi la singulière habitude de piquer leur proie 
sur des épines. Là où habitent des laniers, on trouvera 
certainement des insectes, des reptiles, des petits oiseaux 
embrochés de cette façon, dont généralement la cervelle 
aura été dévorée. 

1 La Pie-grièche grise. Lanius eœcubitor. — Cet oi- 
seau se trouve dans presque toute l'Europe, dans l'Amé- 
rique du Nord, dans une grande partie de l'Asie, il est, 
de passage dans l'Afrique septentrionale. Je l'ai trouvé 
assez fréquemment dans la plaine de l'Mabra en Algérie, 
au mois de mai-juin. 

2 La Pie-grièche méridionale. Lanius meridionalis. 
— Cette espèce se trouve dans le nord-est de l'Afrique et 
dans l'Europe méridionale. Crespon (Ornith. du Gard, 
Nîmes 1840 p. 87.)dit qu'elle est sédentaire dans le Lan- 
guedoc et qu'elle fait une grande destruction de petits 
oiseaux . 

3 La Pie-grièche a front noir. Lanius minor. — Elle 
est commune dans le Midi de la France, en Italie, quelques 
régions de l'Allemagne, le sud de la Russie, la Turquie. 
C'est un des derniers oiseaux qui arrivent au printemps, 
vers le commencement de mai, pour partir vers la fin 
d'août. En septembre, on le trouve dans les forêts du 
bassin supérieur du Nil, et probablement dans toute 
l'Afrique centrale (Brehm). 

4 La Pie-grièche écorcheur. Colluris ennectonus. — 
L'écorcheur est l'espèce des Laniidés, la plus répandue. Il 
habite presque toute l'Europe, depuis la Scandinavie et 
la Russie jusqu'au midi de la France et à la Grèce. Il 
est rare en Espagne. Lors des migrations, il traverse le 
nord-est de l'Afrique ; l'hiver il habite les forêts vierges 
du Haut-Nil. Ilolub dit qu'il est répandu sur une grande 
étendue du sud de l'Afrique centrale et que sa nourriture 
consiste en coléoptères, en termites, en sauterelles et en 
fourmis. 

5 L'écorcheur roux. Colluris rufus. — Cette Pie-grièche 
habite toute l'Europe tempérée et méridionale. Il est rare 
en Allemagne, très commun en Espagne, dans tout le 
midi de la France, en Grèce, en Italie. Il hiverne dans 
les forêts de l'Afrique centrale où il est très commun 
dans la saison de l'hivernage. 

6 La Pie-grièche enneoctone a masque. Colluris en- 
neoctonus personatus. — Se trouve en Grèce, elle est très 
répandue en Egypte et en Nubie où elle passe l'hiver ; mais 
ce ne sont que les individus qui habitent l'Europe qui 
émigrent dans l'intérieur de cette partie du globe; ceux 
qui sont nés en Egypte y demeurent toute l'année, dans 
les forêts de palmiers (Brehm). 

J. Forest. 

(A suivre.) 



LE NATURALISTE 



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122 



LE NATURALISTE 



LES CŒLENTÉRÉS, ECHINODERMES 
ET PROTOZOAIRES DE LA FRANCE (1) 



Au raoraiMit même où le précèdent numéro du Natu- 
raliste était mis sous presse, paraissait le volume si 
attendu de « l'Histoire naturelle de la France »: Coelen- 
térés, ECHINODERMES, PROTOZOAIRES. NOUS avons pu 
simplement l'annoncer; mais nous sommes heureux 
de pouvoir aujourd'hui présenter cet ouvrage aux lec- 
teurs du Naturaliste et de l'analyser rapidement en 
ses principales lignes. Un traité élémentaire sur ces 



animaux présentait de grandes difficultés, que l'auteur, 
M. Albert Granger, notre collaborateur, ne s'est certes 
pas dissimulées lorsqu'il en a entrepris l'histoire; mais on 
peut dire qu'il a pleinement réussi et qu'il est parvenu 
à faire un ouvrage réellement élémentaire, c'est-à-dire 
à la portée de tout le monde, sur des animaux qui, jus- 
qu'à ce jour, étaient restés dans le domaine des hautes 
études de zoologie. C'est un grand pas de plus fait dans 
le sens de la vulgarisation, et c'est toujours pour le plus 
grand profit de l'histoire naturelle en général, des col- 
lectionneurs et amateurs en particulier que des livres 
de cet esprit sont faits. 




Cidarite porc-épic (Cidaris papillata). 

Le volume des Cœlentérés, Echinodermes et Proto- 
zoaires forme la 17 e partie de « l'Histoire naturelle de la 
France ». 

L'ouvrage est donc divisé en 3 parties, chacune consa- 
créeà un groupe Echinodermes, Cœlentérés, Protozoaires. 
Chacun de ces groupes comporte d'abord l'étude suc- 
cincte de l'organisation des animaux qu'il renferme, de 
leur développement, de leurs métamorphoses, de leur 
distribution, etc. La recherche, la préparation et la con- 
servation des spécimens en collection font, pour chaque 
groupe, l'objet d'un ebapitre spécial, traité avec assez de 
développement. Une fois ces généralités établies, l'auteur 
entre dans l'étude des espèces qui composent la faune 

(1) « Hist. nat. de laFrance,» 17 e partie, Cœlentérés, Echino- 
dermes, Protozoaires, par Albert Granger, membre de la 
Société Hnéenne de Bordeaux, vol. de :t90 pages, avec 187 
figures dans le texte, prix broché 3,50, franco 3,90 ; cartonné 
toilo anglaise, i,2;>, franco 4,7;i. 



Pélagie noctiluque (Pelagia noctiluca). 

française. Ce n'est pas encore facile d'arriver à trouver 
des caractères bien saillants pour déterminer toutes ces 
espèces et surtout pour le faire d'une façon simple et 
précise. M. Albert Granger a atteint le but qu'il s'était 
proposé ; les descriptions sont claires, sans mots trop 
techniques, et, qualité énorme, elles sont très courtes. 
Joignons à cela que de nombreuses figures, dont nous 
reproduisons ci-contre deux épreuves, illustrent le texte, 
et on pourra juger ainsi de la valeur et de l'usage pra- 
tique de ce nouveau volume. 

Dans tout ouvrage on dit qu'il y a matière à cri- 
tique, nous avouons ne pas en avoir trouvé le sujet, eu 
égard au but poursuivi; quoique élémentaire, vulgarisa- 
teur, dirons-nous même, l'auteur est resté absolument 
scientifique. Que peut-on demander de mieux? Le savant 
et le spécialiste ne peuvent qu'applaudir; le collection- 
neur et l'amateur n'ont qu'à s'en réjouir. P. Fucus. 



LE NATURALISTE 



123 



LA 



LE LORIOT EUROPEEN 

(Oriolus Galbula Lin.) 



La conférence internationale, pour la protection des 
oiseaux utiles à l'agriculture, due à l'initiative de M. Mé- 
Kne, a terminé ses travaux. Tous les gouvernements 
d'Europe se sont fait représenter, tant par des hommes 
d'Etat que parties spécialistes entérites. 

Le principe [Misé parla conférence est celui-ci : Les 
oiseaux utiles, c'est-à-dire les oiseaux insectivores, joui- 
ronl d'une protection absolue, de façon qu'il soit inter- 
dit de les tuer en tout temps et de quelque manière que 
ce soit, d'en détruire les nids, œufs et couvées. Non seu- 
lement la destruction des oiseaux utiles à l'agriculture 
sera absolument interdite, mais l'emploi des pièges, 
filets, lacets, etc., ayant pour objet de faciliter la cap- 
ture de ces oiseaux sera également prohibé. Comme 
corollaire, le colportage, la mise en vente et la vente des 
nids, n'ufs et couvées de ces oiseaux, seront également 
interdits. 

Ces prohibitions s'appliquait à des espèces détermi- 
nées, il en a été dressé la liste. Sans être aussi complète 
qu'on aurait pu le désirer, c'est un immense progrès. 
C'est un minimum, chaque pays pouvant y faire pour, son 
territoire des additions par sa législation spéciale. 

Dans la liste des oiseaux utiles, nous ne voyons pas 
figurer le Loriot jaune (Oriolus galbula L.), que nos ob- 
vions répétées depuis plus de vingt années, nous 
oui fait connaître comme un des oiseaux les plus utiles à 
l'horticulture et à la sylviculture. De nombreux écrivains 
ornithologistes uni fait connaître les mœurs du Loriot; 
M. Albert Cretté de Palluel, dans un important article, 
qu'il intitule trop modestement Note sur le Loriot jaune. 
(Revue des Se. Nat. appliq. t. I, p. 734) a plaidé avec 
éloquence la cause du Loriot, et confirmé nos remarques 
sur les services que ce précieux oiseau rend aux agricul- 
teurs (1). 

Le Loriot jouit d'une notoriété presque légendaire, 
tout le monde connaît cet oiseau au. chant sonore et écla- 
tant, au plumage d'or, au nid suspendu ; pour le savant 
c'est l'Oriolus galbula Lin.; pour l'homme de la cam- 
pagne, c'est Je compère Loriot qui mange les cerises et laisse 
les noyaux. (Ce dicton est en partie la cause de tous les 
malheurs du pauvre oiseau.) Ce que chacun ne sait pas, 
c'est que ce superbe et intéressanl oiseau est un de nos 
auxiliaires les plus précieux pour la défense de nos arbres 
de haute futaie, des vergers et même des plantes pota- 
gères. Si le Loriot était mieux connu, peut-être l'épar- 
gnerait-on davantage, on ne saurai! donc trop meure en 
les immenses services qu'il nous rend. 

Le Loriot d'Europe (Oriolus galbula, Lin.), Merle d'or 
ou Merlejaune des Allemands, est connu en France sous 
différentes dénominations tirant toutes leur origine de 
L'espèce de cri qu'il fait entendre. Cet oiseau, par l'élé- 
gance de ses formes, par le brillant de ses couleurs, est 
sans contredit un des plus beaux oiseaux d'Europe, sa 
grosseur est à peu près celle du Merle, tout son plumage 
est d'un beau jaune à la tète, au dos, à la gorge, à la 
poitrine, au croupion, mais sur cette dernière partie le 
jaune est nuancé de verdàtre; l'abdomen est d'un vert 



jaunâtre. Les ailes et la queue sont noirâtres, tachetées 
de jaune, le liée est de couleur incarnate; l'iris de ses yeux 
est d'un rouge assez vif; les pieds sont d'un noirbleuâtre. 

La femelle a le dessus du corps d'un vert olivâtre, qui 
tire au jaune, le dessous d'un blanc sale varié de lignes 
longitudinales brunes. 

Le Loriot est un oiseau migrateur; il est répandu dans 
presque toute l'Europe et l'ancien continent, sans être 
fixé nulle part, il arrive sous le climat de Paris vers la 
fin d'avril ou le commencement de mai et repart à la fin 
d'août lorsque ses petits sont assez forts pour entrepren- 
dre le voyage (il ne fait généralement qu'une couvée), il se 
dirige à petites journées vers le midi de la France et 
gagne l'Archipel et l'Egypte pour y passer la saison d'hi- 
ver. Il en est tué une quantité considérable à son arrivée 
dans ces pays. Faisons observer que le Loriot séjourne 
en France pendant tout le temps où les insectes qui s'at- 
taquent auxparties extérieures des végétaux, fourmillent 
et causent les plus grands dégâts. 

Comme le dit avec raison, M. Cretté de Palluel, pour 
satisfaire son robuste appétit, il consomme une quantité 
prodigieuse d'insectes, et à cet effet déploie, c'est là le 
cas de le dire, une activité dévorante; depuis le lever jus- 
qu'au coucher du soleil il parcourt les bois, les avenues, 
les vergers, les jardins, sans trêve ni merci, visitant les 
arbres les plus élevés comme les buissons les plus près 
de terre, inspectant les branches, les feuilles en tout 
sens, tantôt il s'élance à la poursuite d'un papillon, tan- 
tôt il broie d'un coup de liée un hanneton ou gobe une 
chenille, tout lui est bon, les plus gros insectes comme 
les plus petits. Cependant le goût prédominant du Loriot 
est bien marqué pour les chenilles, et notamment poul- 
ies espèces les plus volumineuses, que ne peuvent pas 
attaquer les petits oiseaux insectivores. Parmi les che- 
nilles que j'ai trouvées contenues clans l'estomac de plu- 
sieurs Loriots tués aux environs de Paris et dans le 
département du Nord, je puis citer : le grand Paon de nuit 
(Saturnia pyri. Geoff.) et le petit Paon de nuit (Saturnin 
Carpini, Geoff.) Ces larves énormes de ces deux lépidop- 
tères dévorent indistinctement tous les arbres fruitiers 
ainsi que le charme, le saule, le prunellier; généralement 
elles ne sont pas nombreuses sur le même arbre, mais 
elles ne le quittent pas, et ne rongeant les feuilles qu'à 
demi ou au trois quarts, au bout de peu de temps, on est 
tout étonné de voir un arbre fruitier dans le plus pitoya- 
ble état. Certaines années, ces deux espèces sont assez 
nombreuses pour nuire notablement aux vergers. Les 
chenilles de Smerinthes sont presque de même gros- 
seur que celles du Saturnia Carpini, et comme elles choi- 
sissent pour leur nourriture les feuilles les plus tendres, 
celles qui garnissent les pousses de l'année, elles épui- 
sent considérablement les arbres auxquels elles s'atta- 
quent : Smerinthus populi (L.) que le. Loriot va prendre 
sur les peupliers, le tremble; Smerinthus tilhe (L.), sur le 
tilleul et l'orme; Smerinthus ocellata (L.) sur les saules 
et les arbres fruitiers : pommiers, pêchers, pruniers, etc. 
Lasiocampa populifolia (la feuille morte du peuplier, 
Engr:), qui mange les feuilles des jeunes pousses des 
peupliers et arrête ainsi la croissance de ces arbres. La- 
siocampa pruni (L.) (la feuille morte du prunier, Engr.) 
sur les prunus, les ormes, etc. Lasiocampa quercifolia (L.) 
(la feuille morte, Engr.) qui s'attaque a tous les arbres 
fruitiers et ne laisse pas d'être assez dangereuse à cause 
de sa grande taille et de sa voracité; Lasiocampa betuli- 
folia (Ochs.) (la feuille morte, Engr.) sur le chêne, le 



124 



LE NATURALISTE 



bouleau, le peuplier. Himera pennaria (Dup.) (Phalène 
emplumée) extrêmement nuisible aux chênes et quel- 
quefois aux arbres fruitiers; Baromia repandaria (L.) et 
B. Rhomboïdaria, qui s'attaquent aux chèvrefeuilles, aux 
prunelliers, etc.; Broarmia punctulata (S. V.) sur les 
ormes et les bouleaux; Pieris brassicœ (L.) qui infeste et 
détruit les plantations de choux et autres crucifères, 
Bombyx neustria (L.) (la livrée), une des chenilles les 
plus nuisibles tant pour les arbres fruitiers que pour les 
arbres forestiers et même pour l'homme. Cette chenille, 
à chaque mue qu'elle opère, abandonne sa peau couverte 
de poils qui vont s'attacher aux branches, aux feuilles et 
aux fruits des arbres. Il en résulte un véritable danger 
pour ceux qui consomment ces fruits ; car les poils de la 
livrée occasionnent une inflammation douloureuse des 
muqueuses de la bouche et de la gorge. Chaque année, 
les journaux signalent des accidents de ce genre arrivés 
à des personnes qui ont mangé des cerises cueillies sur 
des arbres infestés par Bombyx neustria. Quant au 
Loriot, il trouve cette chenille délicieuse, et s'il découvre 
un endroit où elle abonde, il y revient sans cesse, sur- 
tout si à ce moment il doit pourvoir sa nichée d'une 
nourriture saine et abondante. 

J'aiété témoin du fait suivant, dit M. Cretté de Palluel: 
«Le jardinier me prévint qu'un couple de Loriots ne 
quittait pas une plantation de cerisiers, au moment de- 
là maturité des fruits : Us vont tout dévorer, Monsieur, 
ils sont là à la journée, ils en mangent tant qu'ils peuvent 
et ils en emportent à plein bec à leurs petits je les ai vus, 
quand ils partent de là, je vois les queues de cerises qui 
leur sortent du bec ». Armé d'une longue-vue, je m'em- 
busquai de façon à voir à mon tour, et je constatai que 
ces Loriots se gavaient de chenilles, puis en emportaient 
à plein bec à leur nichée ; ce n'était pas des queues de 
cerises qui pendaient de chaque côté du bec, mais bien 
des chenilles de la livrée dont ces cerisiers étaient cou- 
verts. » 

Le Loriot ne se contente pas de détruire le Bombyx 
neustria à l'état de larve: il recherche sa chrysalide con- 
tenue dans un léger cocon blanc, garni de poils et sau- 
poudré d'une matière jaunâtre et pulvérulente. Nous 
avons vu d'autres oiseaux extraire la chrysalide de son 
cocon pour la manger. Le Loriot ne se donne pas cette 
peine, il avale le cocon tel quel avec satisfaction, paraît- 
il, j'en ai trouvé plusieurs fois dans sou estomac. 
M. Crettéde Palluela aussi constaté ce fait très souvent 
en ouvrant l'estomac dedivers Loriots. 

Le Loriot fait la chasse aux papillons, il sait les attra- 
per adroitement et les avale en entier, nous l'avons vu 
souvent, poursuivre, dans les jardins, le Pieris brassicœ. P. 
Hap;r et B. Napi, si nuisibles aux choux, navets, capu- 
cines et résédas, il a une prédilection pour le hanneton, 
dont il dévore des quantités prodigieuses, n'avalant que 
l'abdomen qu'il détache d'un coup de bec. Sous certains 
arbres le sol est quelquefois couvert de corselets et ély- 
tres de hannetons. Inutile d'insister pour faire ressor- 
tir le service qu'il nous rend en détruisant ce pernicieux 
Ooléoptère; tout le monde connaît les dégâts qu'il com- 
met soit à l'état de larve connut; sous le nom de ver 
lilanc, en rongeant les racines des végétaux, soit à l'état 
parfait, en dépouillant de leur verdure les arbres frui- 
tiers. Le Loriot ne dédaigne pas les petits coléoptères de 
la famille des Charançons, tout en fouillant les massifs et 
les arbres fruitiers pour y chercher des chenilles, il saisit 
et avale : Rhynchites eonicus (111.) ou coupe-bourgeons. 



R. auratus. (Scap.); phyllobius oblongus(L.), P. pyri (L. ) 
P. argentatus (L.) ; Peritelus griseus (01.) ; Oliorhynehus 
picipes (Fab.), qui rongent les feuilles et les bourgeons 
de ces arbres. A l'arrivée du Loriot les chenilles étant 
peu abondantes, nous avons constaté que cet oiseau ne 
faisait pas fi de YAnthonomus pomorum (L.) pour j se 
nourrir, non seulement il sait le découvrir dans les ver- 
gers, qu'il reste immobile sur un pommier ou qu'il le 
surprenne au vol, il en détruit des quantités. C'est une 
bonne fortune pour le Loriot de rencontrer des Coléop- 
tères par ce temps de disette. Si les premiers jours de 
leur arrivée le temps se montre rigoureux, ils en souf- 
frent beaucoup, et parfois ne peuvent résister à l'absti- 
nence, tant leur besoin de beaucoup manger est grand. 



(.4 suivre.) 



Decaux. 



OFFRES ET DEMANDES 



— M. J. L. n° 3455 à Alençon. 

1° Pour conserver en collection les cônes des Conifères 
sans que les écailles s'écartent et laissent échapper les 
grains, le moyen est des plus simples. On enveloppe les 
cônes d'un filet léger en fil ou en soie; suffisamment sérer 
pour maintenir les écailles comprimées. Ce procédé 
donne d'excellents résultats. 

2° Il est plus difficile d'empêcher les feuilles des Abiés 
de se désarticuler et de tomber. Bourgeau, dont l'habileté 
dans la préparation des plantes était véritablement mer- 
veilleuse, était arrivé à de bons résultats en desséchant 
les Conifères avec la plus grande rapidité, soit en chan- 
geant plusieurs fois par jour les échantillons, soit même 
en s'aidant de la chaleur d'un four. Je vais commencer 
d'essayer le procédé suivant qui peut-être donnera de 
bons résultats : tremper les rameaux que l'on veut dessé- 
cher dans de l'alcool fort (ou encore de l'alcool tenant en 
dissolution du bichlorure de mercure) pendant quelques 
minutes et procéder à la dessiccation dans les conditions 
habituelles. 

3° Il n'existe pas d'ouvrage spécial consacré à la flore 
forestière du Sénégal et des pays* voisins. P. IIahiot. 

« M. Duverger à Dax (Landes) offre o* et Ç de l'Ho- 
mœolytrus Duvergeri en échange d'hydrocanthares 
d'Europe. 

Envoyer liste d'Oblala. » 

— M. R. D. n° 5545. — Le Cartable-Gillot, pour ex- 
cursions botaniques, dont la description a paru dans un 
précédent numéro du Journal, vaut en toile grise 15 i'r. 50. 
avec papier 16 fr. 50 ; en toile brune ou noire 16 fr.50 el 
avec papier 17 fr.50. (En vente chez Les Fils D'Emile Dey- 
rolle, 16, rue du Bac, Paris). 



Le Gérant: Paul GROULT. 



Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



18 e \NNÉE 



2 e Série — IV» ««» 



l et JUIN 1896 



EXPÉRIENCES 

SUR LE ROLE GÉOLOGIQUE DE LA FORCE CENTRIFUGE 



La célèbre expérience de Plateau permettant, par la 
rotation d'une masse fluide sans pesanteur, d'imiter 
l'aplatissement polaire du globe terrestre, a justifié du 
même coup les tentatives qu'on pourra faire d'étudier 
expérimentalement le rôle géologique de la force centri- 
fuge. 

Il ne faut d'ailleurs rien moins que cette remarque 
pour encourager des essais dans une voie qui est hérissée 
de difficultés et dont les résultats ne peuvent être assi- 
milés avec les faits naturels que de la manière la plus 
timide. 

On voit, par la figure ci- 
jointe, le dispositif adopté 
dans une série d'essais qui 
donnent au moins un indice 
sur des phénomènes proba- 
bles de triage, différents de 
ceux qu'on admet d'ordinaire, 
dans la masse fluide où devait, 
se concréter la première écor- 
ee terrestre. Un ballon de verre 
est solidement maintenu dans 
une position verticale dans un 
châssis auquel, à l'aide d'une 
petite turbine, on peut imprimer 
un mouvement de rotation plus 
ou moins rapide autour de son 
axe. 

Si l'on place dans le ballon 
deux liquides non miscibles et 
msité différente, on cons- 
tate que la rotation a pour ré- 
sultat de rejeter le plus lourd 
à l'extérieur pendantque le plus 
léger se rapproche de l'axe de 
ion. 

Pour permettre nue élude plus complète du résultat, 
eut opérer à chaud avec une substance capable de se 
solidifier par refroidissement. Par exemple le ballon est 
rempli de stéarine pour une moitié de son volume et d'eau 
pour le reste. On le chauffe au bain-marie jusqu'à 
liquéfaction complète du corps gras, puis on le [place 
dans le support, et on le fait tourner avec une vitesse 
convenable jusqu'à complet refroidissement. On trouve 
alors que la stéarine constitue un cylindre axial, tandis 
<|ue l'eau est cantonnée dans la région équatoriale. 

Si l'on remplit le ballon de stéarine dans laquelle on a 
mélangé des grenailles de plomb ou de la limaille de fer 
ou quelque autre corps lourd et dur, on trouve, après 
l'expérience, que ces particules lourdes sont venues faire 
à l'équateur une ceinture rappelant la bande caracté- 
ristique de la planète Jupiter. 

Les expériences de ce genre, que j'ai variées beaucoup 
et que je me propose de reprendre, sont de nature à 
expliquer de longues séries de faits naturels qu'il suffira 
d'indiquer ici d'une façon très sommaire. 

Tout d'abord elles expliquent des particularités très 
notables de la physique du Soleil, où l'on voit se consti- 

Le Naturaliste, 46, rue du Bac, Paris. 



tuer la photosphère par la réunion de vrais grains de 
givre pierreux résultant de réactions gazeuses, semblables à 
celles que j'ai décrites antérieurement et qui ont procuré 
la synthèse artificielle de plusieurs silicates tels que le 
pyroxène, le péridot, l'amphigène et certains minéraux 
feldspathiques. Ces grains dégivre sont maintenus parla 
force centrifuge au-dessus du noyau central et gazeux de 
l'astre solaire, comme dans l'appareil figuré ci-contre, 
une solution de sulfate de soude, au l'on fait tomber 
goutte à goutte du chlorure de calcium, donne des petits 
cristaux de gypse qui viennent se réunir en une ceinture 
équatoriale. 

En second lieu l'histoire de la Terre a à bénéficier aussi 
du même ordre de considérations, car les faits abondent 
qui prouvent que, dans les profondeurs primitives, les 
masses rocheuses ne, sont pas toujours, à beaucoup près, 
superposées dans l'ordre décroissant de leur densité. II 




Appareil destiné à l'étude du rôle géologique de la force centrifuge 
1/7 de la grandeur naturelle. 

suffit de rappeler que les basaltes, dans le trajet qu'ils 
ont parcouru depuis le lieu d'origine jusqu'à la surface du 
sol, ont souvent arraché, pour les englober, des fragments 
de roches plus denses qu'eux-mêmes. Dans une longue 
série de localités on voit ainsi, dans la roche noire, des 
inclusions de pôridotite et de dolérite parfois très 
chargées de fer chromé et pesant plus que le basalte; et 
les dolérites d'Orifak et de Waigats ont apporté jus- 
qu'au jour de gros blocs de roches chargées de fer métal- 
lique dont la densité égale et dépasse 7. Il n'y a nul 
doute à. opposer qu'au-dessus de la zone où les dolérites 
ont pris naissance, il existe une coque de fer métallique, 
carburé et graphitifère,dont l'attaque par l'eau explique, 
comme on sait, les sources volcaniques d'hydrocarbure et 
d'acide carbonique. 

A ces différents égards l'étude du rôle géologique de 
la force centrifuge mérite d'être reprise en détail. 

Stanislas Meunier. 




12(> 



LE NATURALISTE 



PHOTOGRAPHIE 

Emploi dLix gaz Acétylène 
pour* l'éclairage 



Pour remplacer la lumière solaire dans les opérations 
photographiques, on s'est servi jusqu'ici de la lumière 
électrique, de l'oxy-bydrique, de l'oxy-éthérique, ou de 
celle que produit la combustion du magnésium réduit en 
poudre fine. Les appareils destinés à produire ces diverses 
sources de lumière sont déjà fort nombreux : lampes 
électriques ou électrophores divers, lampes ou pistolets 
au magnésium, chalumeau saturateur, chalumeau multi- 
saturateur-securitas, etc. Tous ces appareils, naturelle- 
ment, présentent des inconvénients dont le principal 
réside dans la cherté des substances et des instruments 
destinés à les mettre en action. Mais, depuis que le gaz 
acétylène est entré dans le domaine de la fabrication 
courante et économique, son emploi est tout indiqué pour 
remplacer les lumières factices dont on s'est servi 
jusqu'ici. 

Cet hydrocarbure (C 2 H 2 ) fut découvert par Ed. Davy, 
en 1836; M. Berthelot, qui l'a particulièrement étudié au 
point de vue de ses combinaisons, le produisit, en 1862, 
en chauffant à une haute température, dans un creuset, 
68 parties de calcaire et 38 de houille; mais l'expérience, 
parait-il, revint à un prix fort élevé, car, pour obtenir 
100 grammes de carbure de calcium qui, mis en présence 
de l'eau, dégage immédiatement l'hydrocarbure gazeux, 
il dut dépenser environ 20 francs ; alors qu'aujourd'hui, 
en Amérique, le kilogramme de cette substance se vend 
en gros fr. 25 centimes. M. Berthelot a, du reste, 
reconnu que l'acétylène, dans la nature, est d'une pro- 
duction très fréquente; il a même démontré que ce gaz 
apparaît presque toujours dans une combustion incom- 
plète quelconque. 

La densité de l'acétylène est de 0,92; c'est à peu près 
celle de l'air. Son odeur est forte, peu agréable, et sa 
présence est donc immédiatement décelée dans l'air 
ambiant, car, au lieu de s'élever rapidement dans la 
partie supérieure de l'enceinte où il se dégage par une 
fuite quelconque, il se répand lentement dans tous les 
sens et affecte aussitôt l'odorat. 

La lumière qu'il donne est vingt fois supérieure à 
celle du gaz d'éclairage; mais il forme avec l'air des mé- 
3 qui sont détonants dans toutes les proportions 
variant de une partie d'acétylène pour 1,2, 3, 4... 25 parties 
d'air. Sa manipulation exigera, par conséquent, des pré- 
cautions minutieuses; mais l'extrême facilité avec 
laquelle on peut le produire, son prix de revient qui sera 
incessamment à la portée des bourses les plus modestes, 
en vulgariseront promptement l'usage, et la photogra- 
phie y trouveraune source de lumière dont l'intensité, 
la régularité el la durée satisferont amplement les 
exigences de toutes les opérations, poses ou agrandisse- 
ments, reproductions micrographiques, etc. 

Il résulte des expériences de M. Violle que la flamme 
de ce gaz, produite par un bec qui s'étale en large lame 
mince, en papillon, est fixe, extrêmement blanche, et 
d'un éclat sensiblement uniforme sur une assez grande 
surface. Cette llamme entière correspond à 100 bougies 
sous uni; pression de m. 30 cent, d'eau. La dépense 
d'acétylène, brûlé dans un bec spécialement disposé, 



était de 58 litres à l'heure; son pouvoir éclairant est donc 
supérieur à 20 fois celui du gaz de houille brûlé dans un 
bec Bengel (qui donne 1 carcel, c'est-à-dire 9, 6 bougies 
par 105 litres), et au moins six fois celui du même gaz 
de bouille dans un bec Auer (donnant 1 carcel pour 
30 litres). 

Dans une note présentée à l'Académie des Sciences, le 
13 janvier dernier, par M. Mascart, M. Violle dit : « Le 
spectrophotomètre montre d'ailleurs que, dans toute 
l'étendue du spectre, depuis C jusqu'à F, la lumière de 
l'acétylène diffère peu de celle du platine en fusion, qui 
sert de définition à l'unité absolue, et à laquelle se 
rattache, comme on sait, la bougie, définie 1/20 de 
l'unité absolue. 

« Au delà de la raie F, la photographie, qui se prête 
beaucoup mieux que tout autre moyen à l'étude des 
rayons de faible longueur d'onde, révèle dans la flamme 
de l'acétylène une intensité actinique qui sera certainement 
d'un usage précieux. » 

Dans une note qu'il avait présentée à l'Académie, le 
30 décembre 1895, M. Le Chatelier avait fait connaître 
les réactions de combustion de l'acétylène, et les limites 
d'inflammabilité de ce gaz ; ces expériences ont été re- 
prises par M. Gréhant, au laboratoire de physiologie gé- 
nérale du Muséum d'histoire naturelle, et ont fait l'objet 
d'une note insérée aux Comptes rendus de l'Académie pour 
la séance du 13 avril dernier. Il y est dit notamment : 

« En répétant des expériences analogues à celles de 
M. Le Chatelier, j'ai fait composer, dans des tubes à 
essai, des mélanges d'un volume d'acétylène et de pro- 
portions croissantes d'air comprises entre 1 et 25 volumes; 
tous ces mélanges ont été enflammés par un fil de platine 
porté au rouge, et celui qui a produit la plus forte déto- 
nation est le mélange d'un volume d'acétylène et de 
9 volumes d'air. 

J'ai choisi un tube de verre à parois minces, ayant 
mill. 5 d'épaisseur, 26 centimètres de longueur et 
2 cent. 4 de diamètre, dans lequel j'ai introduit 8 cent. 8 
d'acétylène pur et 80 cent, cubes d'air, volume dont le 
rapport est 1/9. Ce tube à essai, fermé par un excitateur 
à fil de platine et fixé dans un support spécial, a été im- 
mergé dans un bocal de verre plein d'eau, recouvert d'une 
planche et d'un poids de 10 kilos. Le passage du courant 
a déterminé une explosion des plus violentes, qui a brisé 
le tube et soulevé la planche et le poids. 

« On doit donc, quand on veut faire usage de l'acé- 
tylène, éviter avec le plus grand soin les mélanges 
détonants qu'il donne avec l'air et qui pourraient occa- 
sionner des accidents désastreux. » 

Et l'on voit que les risques d'accident sont assez nom- 
breux. 

Néanmoins, comme, ainsi que je le dis plus haut, 
la densité de l'acétylène lui permet de se répandre immé- 
diatement dans toutes les directions, une fuite de ce gaz 
est signalée par l'odorat longtemps avant qu'il ne puisse 
constituer avec l'air de l'enceinte un mélange détonant. 

Il reste aujourd'hui à trouver un instrument commode 
et portatif au moyen duquel on puisse utiliser l'acétylène. 
Le carbure de calcium, la Carbide, comme l'appellent les 
Américains, est une pierre gris foncé, fort dure, cristal- 
line, que MM. Moissan et Bullier ont obtenue au four 
électrique porté à une température de 3000°, au moyen 
d'un mélange de chaux et de houille. Plongée dans l'eau, 
elle dégage immédiatement l'hydrocarbure gazeux ; il n'y 
a plusqu'à le recueillir et à l'enflammer. Le 9 février 1894, 



LE NATURALISTE 



127 



M. Bullier prenait son premier brevet pour cette fabri- 
cation en grand, et, le 26 décembre de la même année, 
l'américain Thomas Léopold Wilson en faisait autant 
dans son pays pour un procédé similaire. En Suisse, en 
Allemagne, en Autriche, en Italie, etc., les brevets se 
suivirent, en se ressemblant toujours. 

La première idée qui, naturellement, se présenta à 
l'esprit pour l'emploi de ce gaz à l'éclairage privé, fut 
d'utiliser le vieux briquet à hydrogène de Gay-Lussac, 
et c'est ce qu'a fait l'ingénieur-électricien bien connu, 
M. Trouvé. Mais malheureusement, la carbide déjà 
mouillée perd peu à peu ses qualités, quoique, au repos, 
le gaz ne s'écoulant plus, l'eau ne l'atteigne pas. Il en 
résulte que, lorsque, l'appareil ne fonctionnant plus 
depuis quelque temps, on le remet en activité en ouvrant 
le robinet d'écoulement, la carbide ne donne plus qu'une 
faillie quantité de gaz; M. Trouvé, chez qui j'ai vu un 
système de lampe très ingénieux, essaie d'obvier à cet 
inconvénient en divisant en couches minces, séparées 
par des plaques de verre, la carbide contenue dans un 
petit panier métallique; de cette façon, l'eau attaque 
simplement la couche avec laquelle l'écoulement du gaz 
la met successivement en contact, et, quand celui-ci 
cesse, l'interposition des plaques de verre empêche plus 
ou moins la capillarité d'amener le liquide aux couches 
supérieures de carbure. 

Mais tout cela est bien élémentaire encore, et il faudra, 
jusqu'à nouvel ordre, s'en tenir à un petit gazomètre, 
d'une construction facile d'ailleurs, et que l'on installera 
dans un coin de la pièce ou dans un local voisin; un tube 
de caoutchouc amènera le gaz dans une lampe ordinaire, 
et le photographe aura ainsi à sa disposition une lampe 
au pouvoir éclairant intense et d'une régularité parfaite, 
d'un maniement extrêmement facile, et qu'il réglera 
aussi aisément qu'un bec de gaz ordinaire. 

E. Santini de Riols. 



LA 



LE LORIOT EUROPÉEN 

(Oriolus Galbula Lin. 

{Suite et fin) 



On a bien exagéré les dégâts que les Loriots occa- 
sionnent en mangeant des fruits dans les vergers et les 
plantations de cerisiers de diverses espèces; c'est à tort 
qu'on leur attribue toutes les déprédations que l'on y 
constate et qui sont, en réalité, le fait d'une multitude 
d'autres oiseaux ; en effet, les Loriots ne sont nulle part 
assez nombreux pour qu'il soit possible de s'apercevoir 
de la quantité de fruits qu'ils peuvent consommer, mais 
ils ne sont pas seuls amateurs de cerises : les moineaux 
par bandes innombrables s'abattent sur les cerisiers, les 
merles, les grives, les pies, les geais, les becs-fins, les 
mésanges, etc., etc.: toute une bande affamée pille les 
Cerisiers et se moque des bons hommes de paille que le 
jardinier y place avec rage ; quant aux Loriots, d'un 
naturel extrêmement sauvage et méfiant, un rien les 
e lia rouche, il est donc bien facile de les éloigner des 
cerisiers. 



Quand le Loriot s'est bien régalé de chenilles et autres 
insectes, il prend un instant de repos et fait entendre son 
chant sonore et éclatant ; mais il ne tarde pas à re- 
prendre sa course et ses recherches, c'est pourquoi on 
l'entend tantôt d'un côté, tantôt d'un autre. 

La façon dont le Loriot construit son nid a de tout 
temps attiré l'attention : il ne le pose pas, comme font 
en général les autres oiseaux, à l'enfourchure des 
branches qui remontent verticalement, mais parmi celles 
qui divergent horizontalement en tous sens il en choisit 
une convenablement bifurqué, et c'est à cette bifurcation 
qu'il attache son nid, dont la charpente ou les fonde- 
ments consistent en longs brins d'herbes, de crins de 
chanvre, de morceaux d'étoffe ou de toutes autres ma- 
tières filamenteuses. Tous ces brins, croisés en divers 
sens, et convenablement fixés aux branches par leurs 
deux extrémités, sont pour ainsi dire le canevas sur 
lequel le Loriot brode son nid. Ce premier travail, qui 
sert d'enveloppe extérieure, est consolidé intérieurement 
par une quantité considérable d'autres matières ; de la 
mousse, des feuilles sèches, de la laine, un tissu de 
toile d'araignée, ou par la matière cotonneuse dont ces 
insectes enveloppent leurs œufs. Toute la partie interne 
du nid, qui sert de matelas, est formée par des tiges de 
graminées, du crin, de la laine, des plumes. Ainsi cons- 
truit, ce nid, dont les bords ne remontent jamais plus 
haut que les branches entre lesquelles il vient 
s'appuyer, ressemble à un vase suspendu ; d'où les au- 
teurs anciens tels que : Pline, Aldrovande, Willugbi, 
etc., ont désigné le Loriot sous le nom de Picus nidum 
suspendens, et si l'on remarque que la branche au bout de 
laquelle il est fixé est toujours assez longue et assez 
faible pour que le moindre poids la courbe et la fasse 
balancer, on concevra toute la justesse d'expression des 
anciens auteurs. Le plus généralement, ce nid a ses 
deux bords immédiatement accolés aux branches ; mais 
quelquefois les fils qui le suspendent sont assez longs 
pour qu'il en soit totalement détaché. Nous avons eu 
l'occasion de voir un nid construit de cette façon sur un 
plane (Acer platanoïdes L., au Bois de Boulogne. Ce 
qui le rendait fort curieux, c'est que les fils de suspension 
et presque tout le plancher du nid étaient formés avec 
des rognures et morceaux d'étoffe de laine d'un joli gris, 
provenant sans doute d'une robe de jeune fille que 
l'oiseau avait su se procurer. C'est ordinairement sur 
les grands arbres, tels que les chênes, les peupliers, les 
trembles, etc., que ce nid est établi. La femelle y pond 
quatre ou cinq œufs d'un blanc sale, irrégulièrement 
tachetés, vers leur gros bout, de quelques points d'un 
brun noirâtre. L'incubation dure vingt et un jours. On 
prétend que l'attachement de ces oiseaux pour leurs 
petits est tel qu'ils les défendent avec intrépidité, même 
contre l'homme. 

Moquin-Tandon (1) cite deux nids de Loriots dans les- 
quels on avait trouvé, dans l'un un ruban et une belle 
manchette de dentelles, dans l'autre une manchette bro- 
dée que l'oiseau avait prise dans un jardin sur un ar- 
buste où elle avait été mise à sécher. 

L'abbé Vincelot (2) cite le fait suivant : « Nous avons 
vu, ces jours derniers, dans une maison de Cholet, dit 
l'Intérêt public (7 juin 1870), un nid de Loriots qui avait 

(1) Notes ornilhologiques, par A. Moquin-Tandon. Revue et 
Magasin de zoologie n° 11, 1857, p. 100. 

(2) Les noms des oiseaux expliqués par leurs mœurs, par 
l'abbé Vincelot, t. I, p. 206. Paris-Angers, 1872. 



128 



LE NATURALISTE 



été enlevé par deux enfants dans un jardin do Saint- 
Melaine. Ce nid, tapissé extérieurement d'images colo- 
riées représentant des soldats, contient à l'intérieur, 
sous un réseau de crin, de fils d'herbes ténues, un bul- 
letin de vote oui. que le pauvre oiseau avait ramassé au 
moment du plébiscite et dont il avait tiré le meilleur 
parti possible. » 

CONCLUSION. — Nos observations personnelles sur 
les mœurs du Loriot, suivies pendant 20 à 2o ans, con- 
firment en les complétant les remarques faites par les 
savants auteurs qui se sont occupés de ce précieux oi- 
seau, depuis 30 ans. Il est bien démontré maintenant 
que le Loriot détruit, pour se nourrir, une quantité pro- 
digieuse d'insectes nuisibles à l'horticulture et à la syl- 
viculture. 

Nous appellerons tout particulièrement la bienveil- 
lante attention des associations pomologiques sur l'uti- 
lité du Loriol pour la destruction de YAnthonomus porno- 
rum, des Bhychites conicus et auralus et autres charan- 
çons des plus nuisibles aux pommiers et. autres arbres 
fruitiers. Nous Ferons remarquer qu'à l'arrivée du Lo- 
riot, au printemps, il fait une consommation considé- 
rable de ces charançons, pour assouvir son robuste ap- 
pétit. Nous insisterons ('gaiement sur sa prédilection 
pour les grosses chenilles, et tout particulièrement pour 
celles du Bombyx neustria (refusées par les autres oi- 
seaux insectivores, sauf le Coucou), qui causent de si 
grands dégâts aux arbres fruitiers et forestiers. 

Nous avons l'espoir que ces puissantes associations, 
convaincues des services que peut rendre le Loriot aux 
importantes cultures de pommiers de nos départements 
de l'< Miest et du Nord-Ouest, voudront bien faire les dé- 
marches nécessaires, avant le printemps, pour que le 
Loriot soit ajouté à la liste des oiseaux utiles à notre 
richesse agricole. 

Eu effet, nous remarquons qu'il a été décidé que les 
différents gouvernements prendraient les mesures néces- 
saires pour mettre, dans un délai de trois ans, leur 
législation en harmonie avec les décisions exposées au 
Congres. 

Quant au gouvernement français, qui a eu l'initiative 
• le la réunion, il lui appartient de donner immédiatement 
l'exemple pour l'application des mesures qu'il a suggé- 
«"*"■' ■ - . les agriculteurs, les horticulteurs et les amis de 
nos hôtes ailés lui en seront reconnaissants. 

I ) E C AUX. 



ESSAI MONOGRAPHIQUE 



SUR 



les Coléoptères des Genres Pseudolucane et Lucane 



| Suite 



Quant au très peut exemplaire figuré ici, il présente 
cette particularité d'avoir le labre conformé comme 
celui du plus grand spécimen représenté ci-dessus 
(figure i . 

Cette curieuse conformation du labre n'est d'ailleurs 
léciale à la variété turcicitS, puisque nous avons déjà 

eu l'occasion de la faire remarquer chez un L. cervus à 
massue pentaphylle ; mais elle semble, par contre, être 



toujours rare et particulière aux formes méridionales et 
orientales du L. cei'vus. 

Le petit Lucane en question provient, en effet de Grèce, 
et nous rappellerons que les deux autres exemplaires 
mentionnés ci-dessus viennent l'un d'Italie et l'autre de 
Syrie. 




Fig. 1. — Lucanus Turcicis c* (Grèce). Collection Fairmaire. 

La coloration duL. turcicus est, comme je l'ai dit plus 
haut, la même que celle du L. cervus, sauf quelques lé- 
gères différences dans les pattes et aux parties intérieures 
de la tête qui sont habituellement plus claires; cette co- 
loration semble cependant plus sujette à varier que chez 
le L. cervus. C'est ainsi que l'on rencontre fréquemment 
des L. turcicus dont le dessous du corps présente la 
même teinte rougeâtre que les pattes. D'autres, sans être 
aucunement immatures, ont les bords latéraux du tho- 
rax rougeâtres, le disque seul étant noir; tel est le cas, 
par exemple du petit Lucane de la figure. 

D'autres enfin, également matures, sont en entier assez, 
clairs, la tête et le corselet cessant d'être noirs et se rap- 
prochant, quoique plus foncés, de la teinte des élytres. 
Je citerai à ce sujet un spécimen de grande taille qui se 
trouve dans la collection de M. Fairmaire. 

Il n'est pas sans intérêt de constater l'existence chez le 
L. turcicus d'individus ainsi colorés : car le môme fait ne 
parait pas exister chez le L. cervus type et, d'autre part, 
le L. orientalis qui constitue une espèce à coup sûr plus 
voisine du L. turcicus que du L. cervus et vivant, à peu de 
chose près dans les mêmes régions, présente, lui aussi et 
plus fréquemment, deux sortes de colorations. 

Femelle. — La grande analogie que l'on observe entre 
les mâles du L. cervus et ceux du L. turcicus se retrouve 
chez les femelles. La structure est en effet la même chez 
les unes et les autres, et les différences, d'ailleurs peu 
importantes et sujettes à varier que l'on y remarque, 
sont en corrélation avec celles qui existent chez l'autre 
sexe. 

En effet l'antenne présente, sinon toujours, du moins 
le plus souvent, une massue aufennaire de G feuillets, la 
ponctuation est plus dense et plus uniforme et le thorax 
a son pourtour habituellement plus arrondi. 

Enfin la granulation de la tête semble être en général 
plus serrée, mais moins profonde que chez le L. cervus 
Ces différents caractères rapprochent évidemment la fe- 
melle du L. turcicus de celle du L. orientalis. 

D'autre part ils semblent assez sujets à varier. 



LE NATURALISTE 



129 



C'est ainsi que la femelle de grande taille que j'ai figu- 
rée ici (fig. 2) et qui m'a été communiquée par M. Fair- 
maire se distingue par sa massue antennaire de 6 feuillets 




Fi g. 2. — Lucanus Turcicus Ç (Constantinople). Collection 
Fairmaire. 



et par sa ponctuation uniforme, serrée et peu accentuée 
sur la tète tout autant que par sa couleur entièrement 
mate et noirâtre, mais ne présente dans sa structure gé- 
nérale rien qui l'éloigné sensiblement de la forme habi- 
tuelle des femelles du L. cervus. Le L. turcicus se trouve 
en Grèce, en Turquie et en Asie Mineure ; il parait abon- 
dant autour de Constantinople. 

Je n'ai pu avoir d'indication précise sur la date de son 
apparition ni sur sa manière de vivre ; mais il est très pro- 
bable que sa larve, comme celle de l'espèce type, le L. 
cervus, se trouve de préférence dans le chêne. 

Il est bon cependant de rappeler à ce sujet que, dans une 
note publiée en 1866, dans les Annales de la Société entomo- 
logique de France (p. 254), M. Fairmaire a cité le L. tur- 
cicus comme rencontré par M. Lédérer en 1865 sur les 
châtaigniers et les noyers autour du village de Bosz-Dagh 
îles femelles étant beaucoup plus rares que les mâles). 

Louis Planet. 
(A suivre.) 



CELLULES & TISSUS 



Le corps des animaux est formé d'un très grand 
nombre de petits éléments auxquels on a donné le nom 
de cellules, par analogie avec ce que l'on rencontre chez 
les plantes. 

Si, pour le règne végétal, le nom de cellule est parfai- 
tement justifié, le plus souvent il n'en est pas de même 
pour le règne animal, où, dans bien des cas, les cellules 
sont dépourvues de membrane développée. 

En zoologie, on doit définir la cellule : un amas de 
protoplasme, entourant une partie plus différenciée, 
appelée noyau. 

Un ensemble de cellules, adaptées à la même fonction, 
prend le nom de tissu. 

Sans entrer ici dans toutes les théories en cours sur 
l'histologie de la cellule et concernant les différentes 
structures qui ont été observées dans les parties qui la 



composent, il est essentiel de dire que la cellule en gé- 
néral se compose d'une masse protoplasmique à structure 
plus ou moins compliquée, enveloppée par une mem- 
brane hyaline, ou enveloppe cellulaire, qui n'est autre 
chose que du protoplasme différencié au point de vue de 
la protection de l'élément. Souvent, cette enveloppe 
manque. 

Vers le centre de la cellule se trouve une partie plus 
réfringente, plus colorable par certains réactifs : c'est le 
noyau, enveloppé lui aussi par une membrane et conte- 
nant du protoplasme différent de celui de la cellule avec 
un ou plusieurs points plus colorables encore que le 
protoplasme : ce sont les nucléoles, dont le nombre n'est 
pas fixe. 

Les cellules se présentent sous les aspects les plus 
divers, suivant les fonctions qu'elles sont destinées à 
remplir. Nous allons passer en revue celles que l'on 
peut étudier le plus facilement dans la pratique, en 
indiquant les organes où elles se trouvent le mieux 
représentées. 

Cellules épithéliales. — Les cellules épithéliales jouent 
un rôle protecteur ou sécréteur, suivant qu'elles forment 
par leur réunion des tissus épithéliaux ou glandulaires. 

Les cellules muqueuses et sanguines n'en sont que des 
modifications. 

On peut facilement étudier les cellules épithéliales 
dans la peau de la grenouille. Pour cela, on recueille 
dans l'eau où l'on conserve des grenouilles les pellicules 
minces que l'on voit flotter à la surface et qui ne sont 
rien autre chose que l'épithélium externe qui s'en dé- 
tache au moment de la mue. On en place une petite 
partie sur une lame propre, on colore très légèrement 
avec un peu de carmin à l'ammoniaque ou de picro- 
carmin, et, après quelques minutes, en recouvrant avec 
une lamelle et examinant la préparation au microscope, 
on voit que cet épithélium est formé de cellules poly- 
gonales régulières avec un joli noyau au centre (fig. 1). 





Fig. 1 . — Epithélium de 
la peau de la Gre- 
nouille. 



Fig. 2. — Cellules de la 
muqueuse buccale de 
l'Homme. 



Pour examiner des cellules muqueuses de la bouche, 
on n'a qu'à racler légèrement avec l'ongle la paroi 
interne des joues et à mettre la salive ainsi enlevée sur 
une lame. Traitée par les colorants, cette salive présente 
de nombreuses cellules aplaties, à bords irréguliers, à 
contenu granuleux et noyaux très nets (fig. 2). 

Souvent, certaines cellules épithéliales présentent sur 
leur côté libre une certaine quantité de fins prolonge- 
ments protoplasmiques appelés cife vibratites à cause de 
leurs mouvements, et fixés sur une sorte de plateau qui 
limite le bord libre de la cellule': c'est le plateau èpithè- 
lial. 

En raclant légèrement l'œsophage ouvert d'une gre- 
nouille avec un pinceau un peu raide, et plaçant les 



130 



LE NATURALISTE 



débris enlevés sur une lamelle, on obtient de jolies pré- 
parations de cellules ciliées (fig. 3). 

D'une façon générale, une cellule épithéliale est 
formée de trois parties : 1° le corps de la cellule propre- 
ment dit, 2° la membrane basale sur laquelle le corps s'ap- 
puie et 3" le plateau épithèlial qui limite la partie libre 
de la cellule (fig. 4). 

Les globules rouges du sang des Vertébrés ne sont 
autre chose que des cellules épitbéliales devenues libres 
et nageant dans un milieu liquide. 

Chez l'homme et les mammifères, ces globules sont 
circulaires avec une partie centrale plus épaissie. 

On ne trouve de noyaux qu'à l'état embryonnaire ou 
très jeune. 

Chez les Ovipares et chez les Camélidés, les globules 
rouges sont elliptiques; mais, chez les premiers, la partie 
centrale est déprimée, et on trouve des noyaux même 
chez les adultes, tandis que, chez les seconds, la partie 
centrale est comme chez les mammifères. 

















Fig. 3.— Cellules Fig. 4. — Cellule Fig. 5. — Globule 

ciliées de l'œso- épithéliale sché- rouge du sang de 

phage de laGre- matique. Grenouille, 
nouille. 



Les globules sanguins les plus faciles à étudier sont 
ceux de la grenouille. Pour les étudier facilement, on 
peut laisser tomber une goutte de liquide sanguin sur 
une lame et y ajouter un liquide formé d'une solution de 
sel marin à 0,75 0/0 dans l'eau distillée, à laquelle on 
ajoute une très petite quantité de violet de méthyle. Les 
éléments sanguins ne se déforment pas dans ce li- 
quide, et les noyaux se colorent énergiquement (fig. 5). 

On peut de la même façon étudier les leucocytes. 

Les cellules glandulaires lont assez difficiles à bien 
voir sans préparation préalable et sans employer la mé- 
thode des coupes. 

Cellules conjonctives. — Aucun élément ne se présente, 
peut-être, sous des aspects aussi différents que les cel- 
lules conjonctives, dont l'ensemble forme le tissu con- 
jonctif sous toutes ses formes, et cela parce que, chez 
l'adulte, les cellules conjonctives primordiales se trou- 
vent noyées au milieu d'une substance intermédiaire aux 
aspects les plus divers. 

On peut cependant assez facilement retrouver la cel- 
lule conjonctive primitive, en particulier dans l'ombrelle 
des méduses, en en dissociant une petite partie avec de 
fines aiguilles sur une lame et colorant au picro-carmin 
légèrement acidifié par l'acide acétique. On aperçoit 
alors des éléments à noyaux bien nets et à nombreux 
prolongements qui vont se souder et s'anastomoser dans 
tous les sens (fig. 6). 

Cellule* cartilagineuses. — Ces cellules sont très facile- 
ment visibles dans le cartilage hyalin des vertébrés. On 
fait une coupe assez mince au rasoir, on la frotte rapide- 
ment -m nue lame, on recouvre par une lamelle que 
l'on si l!' 1 è la paraffine, où on peut voir, à un faible gros- 
sissement dans la masse du cartilage, des sortes d'al- 



véoles remplis par une cellule à contour arrondi, plus 
ou moins régulier, avec un très beau noyau et un 
nucléole très visible (fig. 7). 





Fig. 6. — Cellules conjonctives. 



Fig. 7.— Cellules d'un 
cartilage hyalin. 



Cellules osseuses. — Ces éléments sont emprisonnés 
dans une matière intermédiaire calcifiée. Il faut donc, 
pour les étudier, prendre un fragment bien frais, le 
décalcifier dans un mélange d'acide chlorhydrique et 
d'eau à S 0/0. Puis, on fait des coupes minces au rasoir 
et l'on colore au carmin. On a alors des cellules qui 
ressemblent beaucoup aux cellules conjonctives, mais 
elles sont plus irrégulières dans leurs formes et leurs 
prolongements (fig. 8). 

Cellules musculaires. — Ces éléments sont faciles à 
étudier sous la forme de fibres musculaires lisses, car 
les fibres striées sont des cellules trop profondément mo- 
difiées. 

On peut facilement étudier les fibres lisses dans les 
muscles de l'escargot après macération dans l'acide 
chromique au 1/1000. On voit alors que ces éléments se 
présentent sous la forme de cellules allongées terminées 
en pointes aux deux extrémités avec un noyau central 
légèrement elliptique ou allongée clans le sens de la cel- 
lule (fig. 9). 




vôf?^ 




Fig. 8. — Cellules os- 
seuses. 



Fig. 9— Cellule 
musculaire 
lisse. 



Cellules nerveuses. — Les cellules nerveuses des Ver- 
tébrés sont assez difficiles à étudier par des préparations 
rapides; aussi est-il préférable, pour avoir une idée de la 
cellule nerveuse, de s'adresser à des Invertébrés. 

Rien n'sst plus facile que de mettre à nu le système 
nerveux de l'Escargot ; on a là de très grosses masses 
formées presque entièrement de cellules nerveuses. On 
place l'une de ces masses sur la lame de verre, on la 



LE NATURALISTE 



131 



dilacère légèrement avec des aiguilles, on colore, -et, 
après avoir recouvert, on examine à un faible grossis- 
sement. On découvre avec, très facilement, des cellules 
assez volumineuses à protoplasme granuleux et à prolon- 
gements plus ou moins nombreux. Le centre est presque 
entièrement rempli par un superbe noyau qui se colore 
très énergiquement et dans lequel on aperçoit un ou 
plusieurs nucléoles (fig. 10). 




Fig. 10. — Cellules nerveuses d'Invertébrés. 

Nous avons défini les tissus « des ensembles de cel- 
lules adaptées aux mêmes fonctions » ; si cette définition 
était complète, étudiant les diverses cellules, nous au- 
rions en même temps défini les tissus qu'elles forment, 
mais il y a autre chose. 

Dans les tissus, en effet, à côté des éléments cellu- 
laires fondamentaux et caractéristiques pour chacun 
d'eux, il existe des formations supplémentaires qui en 
forment pour ainsi dire la gangue, et qui donnent à cha- 
cune des espèces de tissus sa physionomie d'ensemble, 
suivant les rapports de position et de quantité qui peu- 
vent exister entre les divers éléments qui la composent. 

Seuls, les tissus épithéliaux répondent à la définition 
générale que nous avons donnée plus haut. Les tissus 
glandulaires ne sont que des modifications des tissus 
épithéliaux. 

Le sang peut être considéré comme un tissu conjonctif 
à substance intermédiaire liquide, qui n'est autre chose 
que le plasma. 

Quand la substance intermédiaire est solide, et qu'elle 
se différencie en fibrilles plus ou moins longues ou 
anastomosées, on a du tissu conjonctif, dont certaines 
cellules peuvent prendre un certain degré d'élasticité 
pour former des fibres élastiques. 

D'autres fois, la substance intermédiaire devient com- 
pacte et laisse des alvéoles où se logent les cellules pour 
former du tissu cartilagineux, ou bien cette substance 
intermédiaire s'encroûte de calcaire, limitant des alvéoles 
allongés en forme de canaux (canaux de Havers) d'où 
partent de fins prolongements (canalicules osseux) qui 
vont se terminer dans des alvéoles irréguliers (où se 
logent les cellules osseuses ou ostéoblastes) ; on a alors 
du tissu osseux. 

Dans le tissu musculaire, autour de l'élément contrac- 
tile ou fibre, se trouve un manchon protoplasmique pro- 
venant de la cellule initiale et qu'on appelle le sarco- 
lemme. L'ensemble des fibres forme le faisceau muscu- 
laire ou muscle proprement dit. 

Les muscles sont lisses lorsque l'élément contractile 
est simplement divisé en fibrilles longitudinales, et ils 
sont striés lorsque, outre cette division longitudinale, il 
existe encore une division transversale qui décompose la 
fibrille en petits disques alternativement clairs et obs- 
curs. 



Le tissu nerveux est formé à la fois de cellules et de 
fibres. 

Lorsque les cellules sont groupées et réunies en- 
semble par la substance intermédiaire plus ou moins 
différenciée, elles forment des masses appelées ganglions. 

Chaque cellule est prolongée par un axe protoplas- 
mique enveloppé par une gaine protectrice plus ou 
moins compliquée, et l'ensemble de ces prolongements 
ou fibres nerveuses forme les nerfs ou cordons nerveux, qui 
sont eux-mêmes enveloppés complètement par un tissu 
conjonctif appelé névrilemme. 

Ce court résumé étant essentiellement pratique, il 
nous est impossible d'entrer dans plus de détails sur 
l'histologie des tissus, sans empiéter sur les traités spé- 
ciaux, ce qui serait dépasser le but que nous nous 
sommes proposé. 

Pour plus de détails théoriques, nous sommes obligés 
de renvoyer aux ouvrages d'histologie pure, en général 
fort bien faits. 

A. Gruvel. 



ILLTJSTRATIOIES PIAUTARÏÏI 

EUROPE RARIORUM 
Auetore G. ROUY 



Diagnoses des plantes rares ou rarissimes de la flore 
Européenne accompagnées de planches représentant 
toutes les espèces décrites. Reproduction photographique 
des exemplaires existant dans les grandes collections 
botaniques et notamment dans l'Herbier Rouy. 

Fascicule III. — Huit pages de texte in-4° et 25 plan- 
ches photographiées 21 X 27. Prix 50 francs. Paris, chez 
Les Fils d'Emile Deyrolle, éditeurs, 46, rue du Bac. 



Le troisième fascicule de la belle Iconographie photo- 
graphique de M. Rouy a suivi de près le deuxième (1) et 
ne le cède en rien aux deux premiers comme intérêt et 
comme choix des plantes figurées. C'est toujours la flore 
de la Péninsule ibérique, Espagne et Portugal, depuis 
longtemps but de prédilection des voyages botaniques de 
M. Rouy et de ses travaux antérieurs, qui lui a fourni le 
contingent le plus important ; puis les contrées orien- 
tales de l'Europe, Balkans, Grèce, etc. Le bouquet est 
complété par quelques espèces rares des régions arc- 
tiques, et par une seule espèce française; encore est-elle 
d'origine corse, et c'est par elle que commence ce fasci- 
cule. 

IL Ranunculus Revelieri Bor., espèce spéciale à la 
Corse méridionale, Bonifacio, Porto-Vecchio, que Ny- 
man, Consp. flor. europ., p. 14, subordonne à R. pedun- 
culatus Lge. (R. dichotomiflorus Lag.), et qui « avec l'in- 
« florescence de R. ophioglossifolius, a tout le 'port de 
« R. nodi/lorus, mais avec descaractères bien tranchés ». 
P. Mabille, Rech.sur les pi. de la Corse, fasc. I (1867), p. 9, 
— LU. Silène Herminii Wehv., forme locale inédite de 
S. fœtida Link, spéciale à la Sierra d'Estrella (Portugal), 
et décrite d'après les exemplaires mêmes de Welwitsch 
et Daveau, conservés dans l'Herbier Rouy. — LUI. Lava- 
tera rotundata Lâz. et Tub., nouveauté rare de l' Es- 
pagne centrale et orientale, du groupe de L. triloba L. — 

(1) Voyez Naturaliste, 18 e année, 2° série, n a 213 (15 jan- 
vier 1896), p. 27. 



132 



LE NATURALISTE 



LIV. Ulex micrantHus Lange, voisin à'U. Willkommii 
Webb, qu'il semble remplacer en Portugal, comme, 
LV, le Genista decipiens Spach remplace dans la pénin- 
sule ibérique le G. Germanica L., avec lequel il a été au- 
trefois confondu, el avec lequel il partage vraisembla- 
blement une origine commune. — LVI. Trifolium Sa- 
ROZIENSE Hazsl., de Hongrie (comté de Saros) et de 
Roumanie. Cette plante décrite par Hazslinsky est calci- 
cole comme les T. alpestre L. et T. médium L., entre les- 
quels elle se liasse, mais surtout avec le port du second, 
comme en témoigne excellemment la photographie. — 
LVII. Astragalus hispanicus Coss., des coteaux, par- 
fois maritimes, de la province d'Alicante, mais qui s'élève, 
en Andalousie, jusqu'à près de 1800 mètres; espèce voi- 
sine de l'A. vesicarius. — LVIII. Rubus humulifolius 
C. A. Mey., petite Ronce herbacée des régions septen- 
trionales de la Russie.— LIX. POTENTILLA BUCCOANA 
Clem., du groupe du P. grandiflora L., dont il a le port, 
mais avec- les fleurs bien plus petites; découverte par 
Clementi en Asie-Mineure (mont Olympe de Bithynie) 
et représentée par lui, Serlulum orientale, 1855, pi. 8,fig. 2. 
M. Rouy, plus affirmatif que von Uechtritz et Nyman, 
l'identifie avec le P. montenegrina Pantocz., du Monté- 
négro, de la Serbie et de la Bosnie. — LX. Epilobium 
LATIFOLIUM L. qu'IIaussknecht, Monog. der gattung Epi- 
lobium, p. 190, a rangé parmi les espèces asiatiques, et 
qui n'appartient, en effet, à la flore d'Europe que par de 
rares localités d'Islande et de la Russie boréale. Aux 
icônes cités par llaussknecht, loc. cit., p. 194, il convient 
d'ajouter : Trelease, North American species of Epilobium 
(p. 81). pi. 2. qui est loin de donner une idée de la plante 
comme les quatre figures des Illuslrationes. — LXI. Saxi- 
FRAGA PANICULATA Cav., espèce de la sous-section des 
Ccralophyllw, à affinités multiples, et appartenant exclu- 
sivement à la flore espagnole. — LXII. Arnica alpina 
Olin, de l'extrême Nord : Laponie, Spitzberg, Nouvelle- 
Zemble, que Linné avait déjà caractérisé comme très 
différent d'A. montana, bien qu'il le rattachât à cette es- 
pèce comme variété : « A. montana p. alpina » L. Spec. 
<d. 2, p. 124.'i. — LXIII. Centaurea Balearica Rodri- 
guez, Centaurée au port d'une rigidité comme métal- 
lique, du groupe de C. spinosa L., et dont la seule loca- 
lité connue est celle des roches schisteuses de Pou d'en 
Caries, sur les territoires de Caprifort et de Mongofre 
(Cf. Mares et Yigineix, Cat.rais. pi. vascul. îles Baléares, 
p. 162i. — LIV. HlERACIUM PKTii.KiM Friv., petite 
Piioselle des Balkans turcs, très diil'érente d'H. pctrœum 
Heuffel, du Banat, à laquelle jHeuffel lui-même adonné 
postérieurement le nom d'H. Oreadcs pour la distinguer 
de la plante de Frivaldzky, et qui est devenue l'if. 
Heuffelii Janka (<;. Rouy, Illust., p. 21, en note). Elle est 
ire- voisine d'JT. alpicola Schl. dont Ncegeli et Peter, 
Monogr. PiloseL, p. 283. ainsi que Boissier, FI. or., III, 
p. 863, et Suppl., p. 327, en l'ont, une sous-espèce ou 
variété. Elle me parait effectivement devoir être consi- 
dérée comme une race régionale ou remplaçante d'H. 

alpicola, qu'elle remplace par le lait dans toute la région 

des Balkans, où elle parait assez répandue. La photo- 
graphie rend bien le port delà plante, mais elle est in- 
suffisante à faire ressortir les caractères distinctifs des 
poils sétiformes, delà villosité blanche des involucres, 
qu'indique d'ailleurs ires bien la diagnose qui l'accom- 
les Illuslrationes. Il existe encore un autre 
H. petrœum Heg., qui paraît synonyme d'il, oxyodon 
J'r., mais qui appartient à la section des Pulmonarix 



(Cf. Nyman, Consp. fl. europ., p. 195). — LXV. Campa- 
nula laciniata L., belle espèce de la section Médium, 
spéciale aux îles du Péloponèse, où elle a été rencontrée 
et, déjà figurée, dès l'année 1700, par Tournefort, dans 
sa Relation d'un voyage du Levant. Au roc de Cardiotissa 
(île de Pholegandros), qui est la station classique de 
Tournefort, il faut ajouter l'île de Karpathos où Pichler 
l'a retrouvée sur les rochers abruptes. — LXVI. Pri- 
mula frondosa Janka, élégante Primevère de la Thrace 
bulgare, où la vallée d'Akdere près Kalofer semble être 
jusqu'ici son unique localité. Elle appartient au groupe 
des P. farinosa L. (= P. farinosa var. turcica Frivaldzky 
ex Boiss.), mais en est très distincte notamment, par ses 
feuilles. — LXVII.Erythr.ea acutiflora Schott, forme 
méditerranéenne peu connue d'E. pulchella Fr . ,'simplement 
indiquée par Schott à Algesiras (prov. de Cadix, Espagne) 
et décrite pour la première fois par M. Rouy, d'après 
des exemplaires récoltés à la même localité par E. Re- 
verchon. M. Rouy, qui a retrouvé cette plante dans les 
récoltes de Letourneux en Egypte, la signale comme « à 
rechercher dans la région méditerranéenne » ; et il sera 
désormais facile de la reconnaître grâce aux excellentes 
photographies qu'il en donne. — LXVIII. Linaria Bro- 
teri Rouy, et LXIX, Linaria Lamarkii Rouy, confon- 
dus sous le nom de L. Lusitanica Link et, Iloffm., Fl. 
Port., p. 247, par tous les auteurs (Cf. RC, Prod. X, 
p. 280 ; Willk. et Lge., Prod. fl. Hisp., II, p. 573), et bien 
étudiés par M. Rouy dans ses Matériaux pour la revision 
de la flore portugaise publiés en 1882 dans le Naturaliste. 
Les descriptions reproduites dans le texte des Illustra- 
liones, p. 22, et les planches de l'Atlas permettent, par 
une facile comparaison, d'apprécier les différences de ces 
deux Linaires affines, différences plutôt quantitatives, et 
qui me paraissent devoir les faire rattacher comme sous- 
espèces au même type spécifique. — LXX. Stachys Iva 
Griseb. « Plante rarissime » de la Macédoine, dont Bois- 
sier déclarait n'avoir vu qu'un brin dans l'herbier de 
Grisehach, et dont M. Rouy nous présente deux beaux 
et complets exemplaires. — LXXI. Zizifora Taurica. 
M.-Bieb., petite Labiée, à odeur forte, mais agréable- 
ment aromatique, d'après Marshall de Bieberstein, dé- 
couverte en Tauride par Pallas, et qui paraît assez com'- 
mune dans tout l'Orient, depuis l'Asie-Mineure jusqu'en. 
Perse. Connaissant de longue date le soin méticuleux 
que M. G. Rouy apporte dans la rédaction de ses dia- 
gnoses, collationnées sur les meilleurs textes et revues 
d'après des exemplaires authentiques, et la consciencieuse 
précision qu'il met dans les moindres détails, j'ai été sur- 
pris de lui voir adopter l'orthographe Zizifora au lieu de 
la graphie linnéenne Ziziphora, généralement acceptée, 
quelquefois transformée en Zizyphora (Boissier, Fl. 
Orient., IV, p. 585, etc.), et dont aucune étymologie sa- 
tisfaisante ne peut rendre compte. J'ai soumis mes ob- 
servations critiques à M. Rouy, qui, avec sa compétence 
et son obligeance habituelles, a bien voulu m'indiquer les 
sources auxquelles il a puisé. Il en résulte que l'ortho- 
graphe Zizifora est la seule qui ait pour elle les droits de 
la priorité et de l'exactitude. Morison {Hist. plant., 1680, 
III,]). 374) et Plukenet (Almagestum bot., 169G) ont les 
premiers fait mention d'une Labiée, regardée par eux 
comme une espèce de Clinopodium, originaire de Syrie 
ou de Judée, et appelée Ziziforan, d'un mot arabe que 
les auteurs occidentaux ont latinisé en Ziziforum ou Zizi- 
fora, et que Linné, trompé par l'apparente étymologie 
grecque, a orthographié VÂziphora (Hortus Cliffortianus y 



LE NATURALISTE 



133 



1737, p. 305). C'est donc à tort que, s'attachant aux textes 
linnéens, comme à textes d'évangile, la plupart des au- 
teurs modernes ont suivi les errements du grand bota- 
niste suédois; et M. Rouy a grandement raison de réta- 
blir le mot Zizifora, à l'instar des auteurs italiens, dont 
il a compulsé les ouvrages, et dont je lui dois la commu- 
nication (Cf. Cesati, Passerini et Gibelli, Compend. délia 
fl. Ital., p. 309, {Zizifora), Parlatore et Caruel, FI. Ital., 
VI, p. 145 (Ziziforum). — LXXII. Salix pedicellata 
Desf., espèce de la section Capresc, répandue dans tout 
le bassin méditerranéen, mais sans le dépasser. Elle 
n'est signalée en Orient que dans le Liban. Boissier, 
Fl. Orient., IV, p. 1189, émet même des doutes sur les 
localités indiquées d'après des exemplaires incomplets, 
et semble presque disposé à accepter l'opinion de Moris, 
Fl. Sard., III, p. 529, n° 1129, qui n'y voit qu'une variété 
de Salix cinerea L. Il en diffère cependant par de nom- 
breux caractères morphologiques. — LXXIII. Narcissus 
etruscus Pari., gracieuse espèce de Toscane, qui n'a 
jamais encore été représentée et qui est bien distincte de 
tous les autres Narcisses de la section Tazettx par la déli- 
catesse de toutes ses parties, son inflorescence pauci- 
flore, la petitesse de ses fleurs et la forme de la cou- 
ronne (Cf. Parlât., Fl. Ital., III, p. 147). — LXXIV. 
Ltjzula GR/ECA Kunth., qu'il ne faut pas confondre avec 
L. Grseca Guss., de Sicile, ou L.Sicula Pari. Malgré leurs 
caractères différentiels, plus quantitatifs que qualificatifs 
d'après les diagnoses mêmes de Boissier, Fl. or., V, 
p. 348, je suis porté à considérer ces espèces très affines 
comme des sous-espèces ou races régionales de L. 
maxima DC, qu'elles remplacent, l'une en Sicile, l'autre 
dans la moitié orientale du bassin de la Méditerranée : 
Grèce, Crète, Algérie. Le L. Grseca a déjà été figuré par 
Bory de Saint-Vincent et Chaubard, et j'ai pu, en com- 
parant la figure de la Flore du Péloponèse, pi. XII, fig. 1. 
constater une fois de plus la supériorité de la photogra- 
phie pour rendre le port, les proportions, les caractères 
de l'anthèle, et même, dans le cas actuel, les détails du 
fruit. — LXXV. Spartina Townsendi H. J. Groves, 
d'Angleterre, où il croit dans la baie de Southampton, 
en compagnie de S. altemiflora Lois., dont il serait un 
hybride d'après M. Rouy (S. stricto-alterniflora) . Il serait 
donc possible de retrouver cette Graminée sur les côtes 
du sud-ouest de la France où croissent les S. stricta 
Roth., et S. altemiflora Lois., et où l'on a déjà signalé un 
hybride en sens inverse : X S. Neyrauti J. Foucaud (S. 
aUernifloro-strkta Rouy). La planche très bien venue, 
dans les Illustrationes, d'un échantillon très complet fa- 
cilitera singulièrement les recherches et la reconnais- 
sance de cette intéressante graminée. 

La plupart des planches sont, comme dans les deux 
premiers fascicules, irréprochables d'exécution. 

Je crois, toutefois, devoir engager M. Rouy à faire 
tirer, à l'avenir, les exemplaires des planches de ses 
Illustrationes sur un papier d'un rose moins foncé que 
celui du fascicule III que j'ai eu sous les yeux, papier 
que les photographes aiment bien à employer pour leurs 
clichés ordinaires, mais qui, pour des travaux tels que 
les Illustrationes, pourrait nuire à la finesse des détails. 
La chose est d'ailleurs facile et les planches seront alors, 
comme celles des deux premiers fascicules, agréables à 
l'œil et plus commodes à étudier (I). 

I 

(1) Note des éditeurs. — Comme le pense à juste titre M. le I 
C Gillot, le tirage des épreuves peut être fait sur papier [ 



Mon savant ami M. Rouy me pardonnera d'autant 
mieux cette légère critique que je sais combien il tra- 
vaille à rendre son œuvre de plus en plus parfaite, avec 
une persévérance et un talent au-dessus de tout éloge, 
et couronnés du reste par un succès bien mérité. 

D r X. Gillot. 



OISEAUX ACRIDOPHAGES 

(Suite.) m 



7 La Pie-grièche Fiscal. Lanius collaris. — Répandue 
dans toute la partie centrale du sud de l'Afrique jus- 
qu'au-delà du Zambèze. Une des plus belles espèces de 
la famille des Laniers sud-africains. Généralement elle 
poursuit sa proie à terre, rarement sur les arbres ou les 
buissons. Les coléoptères et les termites forment sa prin- 
cipale nourriture (II.). 

La pie-grièche à taches rouges, Lanius pyrrhostictus, se 
distingue de l'espèce précédente par des taches d'un 
rouge vif sur les flancs. Habite le Transvaal (IL). 

8 Pie-grièche a longue queue. Lanius cissoides. Uro- 
listes melanoleucus. — Est répandu par petites troupes sur 
la plus grande surface des parties centrales du sud afri- 
cain, dans l'est du Bamangerato, dans l'ouest du Maté- 
bélé et du Transvaal et dans le pays Banqua Ketsé. N'est 
que de passage dans les régions du fleuve Orange et à sa 
partie méridionale. La queue de cet oiseau atteint pres- 
que 30 à 40 centimètres de longueur. Holub dit que cet 
oiseau est un des plus caractéristiques de la faune orni- 
thologique sud-africaine, dans les forêts buissonnantes des 
pays Bechuana, alors que les Outardes et les Fourmiliers 
(Myrmecocichla formicivora) sont ceux des steppes des 
Hauts-Plateaux du sud. 

9 Nilaus brubru. Pie-grièche'du Cap. —Se trouve dans 
le Transvaal; se nourrit de papillons, diptères et saute- 
relles (H.). 

10 Prionops talacoma. La pie-grièche talacoma. — 
Trouvé par Holub, en troupes, dans la région sablonneuse 
du plateau marécageux de l'est du Bamangerato, à partir 
du fleuve Natal vers le nord, jusqu'au delà du Zambèze. 
Il habite les parties les plus boisées des forêts. C'est un 
des oiseaux les plus intéressants et des moins sauvages 
derAfriqueaustrale.Senoumtd'insectes,determites(II.). 

11 Eurocephalus anguitimeus. A les habitudes du 
Crateropus bicolor. Lui aussi vit en troupes et pratique 
la chasse aux insectes, par terre et sur les arbres. Les 
deux espèces sont reconnaissables par leurs cris assour- 
dissants. Se nourrit principalement de fourmis et de 
termites. Holub le trouva dans le pays Bechuana entre le 
Molapo et le Zambèze et dans le Transvaal. 

12 LANIARIUS ATROCOCCINEUS. — Se trouve irrégulière- 
ment dans le centre sud-africain du 20° latitude sud 
vers le nord, plus loin il sera assez commun. Se nourrit 
d'insectes, principalement de termites. 

J. Forest. 
{A suivre.) 

d'un blanc rosé ou lilacé, d'un rose clair ou d'un rose franc, 
selon le désir des souscripteurs; de même, le ton des épreuves 
peut être, au choix, clair ou plus soutenu ; il suffit de nous 
indiquer le genre d'épreuves que l'on préfère. 



134 



LE NATURALISTE 



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130 



LE NATURALISTE 



ACADÉMIE DES SCIENCES 



R. Monitz (1) a, dans les Comptes rendus de l'Académie des 
Sciences en mai 1889, signalé le parasitisme accidentel sur 
l'homme du Tyroglyphus farinœ. Ces Acariens, vivant dans 
les tas de blés importés de Russie à Lille, affamés par suite 
d'une grande sécheresse empêchant la fermentation des grains, 
et par conséquent leur alimentation ordinaire, s'étaient jetés 
sur l'homme. Tous ces Acariens peuvent résister à l'inanition 
pendant un temps considérable, et possèdent des pièces buc- 
cales qui sont tout à fait appropriées à percer la peau et à sucer 
des liquides; des faits analogues ont été plusieurs fois si- 
gnalés sur d'autres Acariens vivant également sur des blés 
d'origine européenne, certains fromages, des foins, des char- 
cuteries. 11 suffît de citer le vanillisme, produit par le Tyro- 
glyphus entomophagus, la gale des épiciers produite par le 
Tiïchodactylus anonymus, et les affections parasitaires pro- 
duites par le Pediculoides ventricosus, et le Tarsonemus. 
C'est encore un cas de parasitisme passager de ce genre que 
signale M. Edmond Perrier (2). Cette fois l'Acarien envahisseur 
»>st un Glyciphage (le Glyciphagus domesticus de Geer), Aca- 
rien commun en France, mais qui s'est développé avec une 
incroyable abondance dans deux maisons delà petite ville de 
Barfleur. Là, dans deux maisons de la plus exquise propreté, ces 
Acariens, habituellement libres, sont devenus accidentellement 
et momentanément parasites. Les effets de ce parasitisme 
étaient d'ailleurs bénius, ils se bornaient à des démangeaisons 
assez faibles et à une sensation de fourmillement. Grâce à 
nu traitement énergique des deux maisons par les vapeurs 
d'acide sulfureux, grâce aussi aux soins et à la propreté de 
leurs habitants et à l'invasion consécutive à la première de 
nombreux Chtonius, qui, comme on le sait, se nourrissent 
presque exclusivement d'Acariens, bientôt ces hôtes incom- 
modes disparurent avec la même rapidité qu'ils s'étaient déve- 
loppés. 

Les dragages effectués par le Caudan dans le courant 
d'avril LS9o ont permis de recueillir une assez grande quan- 
tité d'Annélides, appartenant à une cinquantaine d'espèces; 
sauf huit ou dix, tous ces types sont déjà connus d'après les 
résultats fournis par des investigations antérieures et accom- 
plies soit dans la même région, soit dans d'autres parties du 
globe; aussi l'originalité des récoltes de M. Roule (3) ne con- 
siste point tant dans la connaissance même des formes spéci- 
fiques que dans leur répartition suivant les profondeurs, sui- 
vant la nature des fonds, et dans leur distribution géogra- 
phique. Les notions ainsi données par les Annélides con- 
duisent à des conclusions semblables à celles que fournissent 
les études similaires, faites sur d'autres groupes d'animaux. 
Les régions côlières du golfe de Gascogne montrent, à côté 
d'espèces douées d'un habitat assez étendu, d'autres formes 
qui leur sont spéciales, et qui leur procurent, à l'égard de la 
faune une certaine originalité. Ce caractère s'atténue au sujet 
des zones plus profondes, dont les conditions de milieu sont 
moins variées et plus constantes ; les êtres qui les habitent 
ont, dans leur ensemble, une distribution zoologique plus vaste: 
c'est d'ailleurs une règle assez générale. 

Sans sortir du domaine de la zoologie, il reste encore à 
mentionner une note de M. Maurice Caullery (4) sur les Synas- 
cidies du genre Colella et le polymorphisme de leurs bour- 
geons, et une autre de M. D. N. Voinof (S) sur les Néphridies 
de la Branchiobdelle de l'Ecreviese (Branchiobdella varians) ; 
enfin nue étude de M. A. Fenard (0) sur les anuexes internes 
de l'appareil génital mâle des Orthoptères. 

Ou sait, d'après les récents travaux de M. Mangin, que la 
membrane des végétaux est plus complexe qu'on ne l'avait ad- 
mis. M. C. Sauvageau (7) a retrouvé, chez l'Ectocarpus fulves- 
cens et plusieurs autres algues brunes, une complexité ana- 
logue de la membrane, qui semble être de nature cellulosa 
pectique. 

.M. Camille Brunotle 8), à la suite d'une étude sur l'avor- 

r; 13 mai 1889. 

2 Séance du 20 avril. 
(3) Séance du 4 mai. 
(4i Séance du il mai. 

i8i iijce du 11 mai. 
6) Séance du 20 avril. 
7} Séance du 20 avril. 
8 ; Séance du 20 avril. 



tement de la racine principale chez une espèce de genre Im- 
patiens (I. Noli-tangere), croit devoir conclure qu'il est plus 
que probable que, chez un certain nombre de plantes, la racine 
principale peut ainsi avorter. Mais les racines latérales (ou 
même une seule racine latérale) naissant trè3 près du sommet, 
l'une de celles-ci paraît prendre la place de la vraie racine 
principale. 

M. E. Roze (1) pense que la cause première de la maladie 
delà pomme de terre dite Gale de la pomme de terre (Potato 
Scab) des Américains, doit être causée par des Micrococcus, 
les Mucédinées et les Bactéries venant ensuite seulement 
ajouter leur action nocive à celles des Micrococques. 

La Géologie de l'Algérie a fourni à M. L. Gentil (2) le sujet 
de deux notes intéressantes sur l'âge des Eruptions ophitiques 
qui semblent en Algérie être miocènes, c'est-à-dire tertiaire 
et non triasiques comme dans nos Pyrénées, et sur les Gypses 
métamorphiques de cette région qui, eux-mêmes, sont intime- 
ment liés à l'éruption des Ophites et par suite également 
tertiaires. A.-E. Malard. 



OFFRES ET DEMANDES 



— M. T., à Poitiers. N° 3,344. — LaCuscute arrivée à son 
entier développement n'a plus de racines vivantes, et tire 
exclusivement sa nourriture du végétal qui la supporte. 
On voit, par conséquent, que le simple enlèvement des par- 
ties contaminées suffit pour faire disparaître de la récolte 
tout entière le parasite; il faut avoir bien soin de faucher 
au-delà des taches pour être sûr d'avoir enlevé tous les 
filaments, et de répandre dans le cercle fauché une dis- 
solution minérale. Voici les principaux moyens que l'on 
peut recommander et que nous empruntons à M. G. Barré 
dans le Dictionnaire d' Agriculture pratique: 1° Arroser la 
place fauchée avec une dissolution de 10 kilogrammes de 
sulfate de fer dans 100 litres d'eau. 2° Faucher la plante 
attaquée avant la maturité de la Cuscute et la brûler en 
dehors des champs; cela fait, répandre à l'endroit fauché 
de la paille arrosée de pétrole et y mettre le feu. 3° Ré- 
pandre du tan de chêne sur la partie fauchée. 4 e Arroser 
les parties nettoyées avec un mélange de: sel marin deux, 
parties, chaux éteinte une partie, cendres lessivées une 
partie; i>° Piocher la partie malade et creuser un fossé 
d'une profondeur de bêche toutautour . Tous ces procédés 
sont bons, et la réussite de chacun d'eux n'est subor- 
donnée qu'à son mode d'application. 

— Les Fils D'Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris, 
viennenl de publier un important catalogue de Coquilles 
vivantes, a vendre à la pièce (adressé gratis sur demande). 
Ce catalogue esl classe en familles, genres, sous-genres. 
d'après Pœtel. — Signalons aussi, dans cette même Mai- 
son . un bel arrivage de Coquilles vivantes de l'île de 
Cuba, comprenant presque uniquement des espèces ter- 
restres, parmi les genres : Hélix, Strophia, Chondropoma, 
Choanopoma, Megalomastoma, Helicina, etc. 

— On demande en quantité des Calosoma sycophanta. 
(S'adresser aux bureaux du journal.) 

— M. P., à Lyon, 6007. ■ — Nous ne saurions trop vous 
recommander pour votre collection de Coléoptères et de 
tous insectes, les épingles nickel et les boules de naphta- 
line concentrée, montées sur épingle. — Les Silpha 
quadripunctata et les Calosoma inqui&itor sont très abon- 
dants, cette année, aux environs de Paris. 

(1) Séance du 10 mai. 

(2) Séances du 27 avril et du 4 mai. 

Le Gérant: Paul GROULT. 
Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



18« ANNÉE 



2 e Série — IV «»3 



15 JUIN 1896 



Le Gaz Acétylène 



Dans un dernier article sur l'acétylène, dont le pouvoir 
éclairant considérable sera certainement utilisé pour cer- 
tains travaux photographiques, j'ai parlé de M. Trouvé, 
l'ingénieur électricien bien connu, dont les nouveaux 
appareils ont fonctionné dernièrement à l'Académie des 
sciences pendant que M. Berthelot ouvrait la séance en 
analysant minutieusement un travail de notre construc- 
teur sur les propriétés de l'acétylène, travail que l'éminent 
secrétaire perpétuel demanda à voir inséré dans les 
comptes rendus officiels de l'Académie. 

C'est également au moyen des mêmes appareils, que 
l'on a illuminé les locaux où la Société de physique a tenu, 
il y a un mois et demi environ, son exposition annuelle, 
et ces expériences ont à bon droit provoqué l'enthou- 
siasme du public connaisseur devant qui elles avaient 
lieu. 



M. Trouvé, ayant bien voulu mettre à ma disposition 
une copie du travail qu'il a envoyé à l'Académie, et quel- 
ques clichés de ses appareils, lampes et gazomètres, les 
lecteurs du Naturaliste ne pouvaient être mieux renseignés 
qu'ils ne vont l'être maintenant sur les derniers progrès 
accomplis dans le but de vulgariser le nouvel éclairage. 

Voici un extrait du document dont il s'agit : 

« La curieuse propriété du carbure de calcium, de 
décomposer l'eau à froid comme le sodium, ne pouvait 
manquer d'attirer l'attention des savants et des hommes 
de progrès. C'est de la connaissance de cette propriété 
du carbure de calcium que date l'émulation parmi les 
chercheurs pour rendre pratique l'utilisation de l'acé- 
tylène. 

Les appareils que j'ai l'honneur de présenter à l'Aca- 
démie utilisent dans des conditions fovorables l'acétylène 
à l'éclairage domestique. Leur extrême simplicité est la 
conséquence de patientes et longues recherches pour 
rendre pratique ce nouveau mode d'éclairage. 

Au début, j'ai suivi la marche qui semblait indiqué© 






Lamp: Trouve, modèle riche. 



Fig. 1 , 
Lampe Trouvé, modïle en verre. Bec Trouvé pour projections 40 à 50 carcels. 



par les propriétés mêmes du carbure de calcium; j'ai 
cherché à réduire autant que possible le volume des 
appareils, puisque la production du gaz peut être con- 
tinue et en rapport avec les besoins; mais si, au labo- 
ratoire,un éclairage de plusieurs heures donne satisfaction 
dans la plupart des cas, l'éclairage général a, au point 
de vue pratique, des exigences plus grandes, et les appa- 
reils doivent pouvoir fournir un éclairage régulier, con- 
tinu, pour ainsi dire indéfini. La pratique n'a pas tardé 
à me convaincre que la première condition à remplir 
pour fournir un tel éclairage avec l'acétylène, était d'avoir 
ce gaz absolument sec et froid. 

Les appareils sont de deux sortes : les uns portatifs et 
légers, les autres fixes. 

Le Naturaliste, 46, rue du Bac, Paris. 



Les appareils portatifs (fig. 1), qui donnent une 
production continue, peuvent rentrer dans la classe des 
appareils de laboratoire, leur fonctionnement étant tou- 
jours limité à quelques heures. 

Ces appareils ne réalisent que partiellement les condi- 
tions de siccité et de basse température du gaz, conditions 
indis^ "nsables à un éclairage irréprochable ; mais, néan- 
moins, par suite de leur simplicité de construction, qui 
est une première garantie de leur bon fonctionnement, et 
par suite aussi des derniers perfectionnements que j'y ai 
apportés dans le but d'obtenir une condensation aussi 
complète que possible, et surtout une sécurité absolue, 
j'ai pensé qu'ils offraient un Intérêt suffisant pour être 
présentés à l'Académie. 




138 



LE NATURALISTE 



Le principe fondamental de cet appareil portatif, la 
lampe, repose sur celui du briquet à hydrogène, si re- 
marquable de simplicité, que l'on doit à Gay-Lussac. 

Les modifications de détail que j'ai dû apporter à cet 
appareil m'ont été suggérées par les propriétés mêmes 
du carbure de calcium. 

C'est ainsi, par exemple, que la cloche présente un 
fond muni d'une ouverture laissant, passer le liquide, et 
disposé de telle façon que la consommation règle toujours 
la production ; — que le panier contenant le carbure, au 
lieu d'être suspendu, est maintenu par un croisillon repo- 
sant sur ce fond, de manière qu'on n'ait jamais à craindre 
sa chute, ce qui provoquerait une production exagérée 
de gaz. 

Un condensateur approprié est placé entre le générateur 
et le brûleur; de plus, par mesure de précaution, un 
syphon amène au brûleur l'excès de gaz qui pourrait se 
produire exceptionnellement. 

Dans ces conditions, et bien qu'on ne puisse considérer 
le gaz que comme relativement sec et froid daus les 



appareils à production continue, les résultats sont très 
satisfaisants et la sécurité absolue. 

La flamme de la lampe, d'un pouvoir éclairant de cinq 
carcels, est remarquable par sa blancheur éclatante, sa 
fixité et sa constance, et l'on éprouve une sorte d'émer- 
veillement à voir cette superbe flamme produite par 
l'immersion d'un corps noirâtre, semblable à du coke, 
dans de l'eau simple. 

Appareils fixes. — Dans les appareils fixes, je me 
suis éloigné de plus en plus des conditions de production 
continue, de façon à éliminer les condensateurs et tous 
autres organes plus ou moins compliqués, tout en m'at- 
tachant à réaliser la condition essentielle que j'ai déjà 
mentionnée, de fournir à la consommation un gaz abso- 
lument sec et froid. 

Dans ce but, j'ai associé un ou plusieurs générateurs, 
basés sur le même principe que mes appareils portatifs à 
un ou plusieurs gazomètres réduits à leurs organes 
essentiels. 

La cloche du gazomètre a un poids suffisant pour 




Appareil simple Trouvé pour maisons 
d'habitation particulières. 



Appareil double Trouvé, pour villas, châteaux, usines, magasins, 
cafés, etc., etc. 



donner toujours la pression voulue, sans addition ou 
soustraction de poids, de manière que des mains inex- 

périi itéee ne puissent jamais dérégler l'appareil, ni 

influer sur son bon fonctionnement. 

Les appareils sont dispoéés de manière à fonctionner 
.1 une façon intermittente, de sorte que le gaz, avant 
,! fttre employé, a le temps de perdre son humidité et de 
froidir complètement. 

Dans les appareils simples (fig. 2) à un ou plusieurs 

générateurs, le gazomètre esl toujours de capacité suffi- 
sante pour alimenter d'un seul liait la consommation 

journalière imiximn. 

Dam les appareils composés (fig. 3), qui peuvent avoir 



des dimensions plus restreintes, les gazomètres sont mis 
en pression alternativement, et leur capacité est calculée 
de manière que les alternatives de mise en pression 
soient assez espacées pour que la condensation et le 
refroidissement du gaz soient complets. Un signal élec- 
trique accuse les positions extrêmes des gazomètres. 

D'ailleurs, dans tous ces appareils, rien ne se passe' en 
vase clos, et la pression ne peut monter au delà de celle 
mesurée par la colonne liquide renfermée dans les cloches 
ou dans les générateurs, colonne qui n'excède pas dix 
centimètres de hauteur. 

Dans ces conditions, et avec des brûleurs appropriés, 
comme par exemple celui de la ligure 1, qui représente 






LE NATURALISTE 



139 



un brûleur à projections de quarante à cinquante carcels, 
ces appareils réunissent toutes les conditions de simplicité , 
de sécurité et de bon fonctionnement. » 

Tels sont les systèmes adoptés par M. Trouvé ; mais 
les chercheurs ne s'endorment pas et s'efforcent de nous 
donner le rara avis qui aura toutes les perfections et 
satisfera tout le monde. Et ils sont nombreux, si j'en 
orois M. Emile Gautier qui écrivait ceci dans le supplé- 
ment illustré du Petit Journal, du 26 avril dernier : « J'ai 
conscience de ne pas exagérer en affirmant qu'il m'a été, 
depuis quelques semaines, communiqué plus de cent 
modèles de lampes, sans compter ceux que je connaissais 
déjà et ceux que je ne connaîtrai jamais. Il y en a de 
mauvais, voire même de tout à fait ridicules et irréali- 
sables. Il y en a de bons, mais trop délicats et compliqués, 
dont le maniement nécessiterait l'intervention d'un ingé- 
nieur ou d'un spécialiste. Il y en a de pires, il y en a 
aussi de meilleurs; il y en a même de merveilleux, im- 
i blés en apparence, mais qui ont le grave tort de 
n'exister encore que sur le papier. » 

E. Santini de Riols. 



W ROUAN OUI SE REALISE 

Le cas de Monsieur Guérin à Prague 

DÉCOUVERTE d'un FOETUS 
DANS LE VENTRE D'UN JEUNE HOMME 



Avez-vous lu, lecteurs, l'amusante bouffonnerie d'Ed- 
mond About, le Cas de Monsieur Guérin? Quand le vo- 
lume parut, vers 1860, le spirituel auteur du Roi des 
montagnes, était lié d'amitié avec le célèbre chirurgien 
Labbé. Esprit très ouvert, curieux de toutes les ques- 
tions, quelle qu'en fût la nature, Edmond About s'amusa 
lui-même pendant quelque temps et amusa le public 
d'une série de nouvelles, où sa verve mettait en œuvre 
de la façon la plus fantaisiste les échos de l'amphithéâtre 
el du laboratoire. Ainsi naquirent l'Homme à l'oreille 
cassée et le Nez d'un notaire, et le Cas de Monsieur Guérin. 
Cas étrange, assurément, et suggestif, que celui de ce 
brave M. Guérin, homme au camr tendre, ayant eu dès 
l'enfance toutes les pudeurs et les délicatesses féminines 
— la nature, en le faisant, semblait s'être trompée de 
sexe — honnêtement marié, privé d'enfants pendant 
plusieurs années, et tout à coup sentant frémir en son 
propre sein le fruit de ses bourgeoises amours! Et le 
temps étant venu, grâce à un « docteur d'Amérique » 
l'opération a lieu, avec les précautions les plus ingé- 
nieuses pour dépister toutes les curiosités, et l'enfant 
\ ient au monde et il grandit, et, à son lit de mort, le brave 
M Guérin, les larmes aux yeux, lui révèle enfin le mys- 
tère de sa naissance : « Oui, tu me dois beaucoup, tu me 
dois plus que tu ne crois... Embrasse-moi, César... Je 
suis ta mère ! » 

Eh bien, qui l'aurait ciu ? Voici que le temps, qui ap- 
porte la gloire à l'inventeur ou au maître méconnu, 
réalise le rêve vécu dans l'imagination du poète, et, fait 
du roman une actualité scientifique. 

Le cas de M. Guérin vient de se renouveler — ou à 
peu près — en Bohême, dans la grande ville universi- 
taire de Prague. Là habitait un jeune étudiant qui jouis- 



sait d'une parfaite santé et avait atteint sa dix-huitième 
année sans que rien eût jamais paru apporter un trouble 
quelconque dans les fonctions de son organisme. C'est à 
cette époque qu'un phénomène aussi extraordinaire 
qu'inattendu vint à se produire, qui attire en ce moment 
sur l'aventure du malheureux jeune homme l'attention 
du monde médical. 

Notre étudiant, comme il en avait l'habitude, prenait 
un bain ; au cours de ses ébats, il se heurte légèrement à 
la partie supérieure du ventre. Il n'y prête d'abord au- 
cune attention ;mais la douleur, au lieu de disparaître, 
est persistante, une enflure s'ensuit, et, de plus en plus, 
augmente. Deux années à peine se sont écoulées, que la 
grosseur atteint le volume d'une tête d'enfant, et rien ne 
peut faire prévoir un arrêt dans ce développement, qui, 
au contraire, comme tout porte à le croire, va aller main- 
tenant s'accentuant sans cesse. Le curieux sujet appar- 
tiendrait au beau sexe, qu'on ne manquerait pas de se 
croire en présence d'une grossesse nerveuse, ou tout au 
moins, comme disait spirituellement un de nos confrères, 
« d'imprudences d'amour ». 

Les médecins qui ont examiné et suivi de près le jeune 
homme dans cette étrange affection jugent qu'une opé- 
ration est devenue nécessaire : ils vont y avoir recours, 
non sans de très grandes difficultés. 

LA DÉCOUVERTE 

Ce fut aux docteurs Mayde et Sanger, de Prague, que 
fut confié le soin de pratiquer l'opération de la laparo- 
tomie sur le jeune étudiant. Tous deux, ainsi que leurs 
confrères, étaient intimement persuadés qu'ils allaient 
se trouver en présence d'une tumeur. 

Quelle ne fut pas leur stupéfaction quand ils eurent, 
ouvert le ventre du patient : c'était bien un enfant qu'ils 
en retiraient ! 

Jamais, en aucun point du monde, pareil cas ne s'était 
présenté. Les femmes seules avaient jusqu'à ce jour le 
privilège de présider ainsi aux destinées de l'humanité — 
privilège, empressons-nous de l'ajouter, que bon nombre 
de nos concitoyennes partageraient de grand cœur 
avec le sexe fort. — Que celles-là se réjouissent : un 
homme peut avoir un enfant, ! Les pères aussi peuvent 
être mères (sans jeu de mots) ! 

Il n'y a plus aucun doute à avoir, le cas est unique 
jusqu'à ce jour, mais il est ! Tous les savants en furent 
fort intrigués, et M. le docteur Georges Lévy en ayant 
entretenu ses collègues de l'Académie, une enquête semble 
ouverte sur ce point si curieux. 

La tumeur, dit une chronique récente, était située sous 
le péritoine, non loin du foie, entre les feuillets mésen- 
tériques : elle contentait en abondance un liquide jau- 
nâtre, de consistance gélatineuse, au milieu duquel se 
trouvait développé dans toutes ses parties, mais avec 
tous les caractères des phénomènes tératologiques, un 
fœtus du sexe féminin. 

Ce fœtus mesurait, parait-il, environ quarante-quatre 
centimètres de longueur, et parassait âgé de cinq mois 
environ. Le corps et les membres semblaient assez régu- 
lièrement constitués; mais, en revanche, la tête fortement 
déformée. La peau qui recouvrait les membres était lé- 
gèrement rétractée et épaissie. Tout le système pileux 
était très abondamment fourni et localisé avec une par- 
faite régularité. Les cheveux, tout particulièrement, déjà 
vigoureux et très abondants, ne mesuraient pas moins de 
trente centimètres de longueur! 



140 



LE NATURALISTE 



Le jeune être, qu'on venail ainsi de retirer, faut-il dire 
du sein où il s'était formé, n'était pas en vie. Seules, les 
manifestations de la vitalité qui axaient pu prendre nais- 
sance en lui se produisaient uniquement sous l'influence 
di' la vie même de l'infortuné jeune homme. 

Le malheureux étudiant succomba environ ving- 
quatre heures après l'opération, sans avoir eu un seul 
instant connaissance de la découverte extraordinaire à 
laquelle il avait donné lieu. 

CE qu'en pense la faculté 

Un de nos plus éminents maîtres de l'Académie, spé- 
cialiste en la matière, a été chargé par elle d'examiner à 
fond ce cas surprenant. 

Le fait, il est certain, peut être dès maintenant classé 
parmi les kystes, où l'on a quelquefois trouvé certains 
fragments, plus ou moins complexes, plus ou moins dé- 
veloppés, de corps organisés. C'est ainsi que l'on a ren- 
contré une dent parfaitement constituée dans un kyste 
situe au-dessus de l'œil droit. Une autre fois, ce sont des 
poils et des ongles qui se sont logés dans un kyste ren- 
fermé au milieu des tissus internes. 

Mais ici, et c'est là que le fait est unique en son genre, 
ce ne sont plus seulement des fragments d'être organisé 
que nous rencontrons, mais l'être lui-même, tout entier, 
dont l'éclosion est survenue de la façon la plus inopinée, 
et sans que rien puisse faire soupçonner quelle en a été 
la cause déterminante. La cellule, après être restée dix- 
sept a ''es à l'état embryonnaire, s'est développée spon- 
tanément à une époque déterminée, et a suivi dans son 
développement un processus presque parallèle au pro- 
cessus normal de celui du fœtus bien constitué. 

Rien cependant n'est mystérieux dans l'hypothèse qui 
a paru la plus vraisemblable : à l'époque de la féconda- 
tion, deux ovules, un mâle et un femelle, simultanément 
fécondes, se sont trouvés, pour une cause quelconque, 
intimement associés. Le premier, seul, a suivi son déve- 
loppement normal, tandis que le second est resté — à 
l'état embryonnaire — comme un jumeau interne du 
premier. 

L'étudiant de Prague aurait pu vivre ainsi, sans que 
rien décelât jamais la présence de sa sœur interne, si l'on 
peut s'exprimer ainsi. Mais un jour vint, où, sous une 
influence encore inconnue, peut-être le choc reçu au 
bain, peut-être — plutôt — l'afflux vital qui imprégna 
tout l'organisme du jeune homme à l'époque de la pu- 
berté, l'embryon féconde, mais resté jusque-là à l'état 
primitif, a suivi soudain son développement régulier, 
malgré les circonstances défavorables du milieu ambiant. 

Telle est, du moins l'opinion de M. le docteur Georges 
Lévy, qui nous montre ainsi que l'étudiant de Prague 
n'était pas le père, mais bien réellement le frère (le ce 
petit-être, qui, pour ne pas vivre lui-même, lui a encore 
COÙté la vie. 

RAPPROCHEMENT 

Cette opinion se rapproche de celle de M. le docteur Au- 
zoux. qui rapporte un fait, oublié aujourd'hui, cl cepen- 
dant tout à fait analogue a celui-ci, dans ses Leçons 
élémentaires d'anatomie cl de physiologie humaine et com- 
parée. 

« Il se peut faire même — dit-il — qu'à l'époque où le 
« ventre n'e>t point encore fermé, des deux germes, l'un 

-" trouve renfermé dans l'autre, se développe, arrive à 
« terme et continue à croître encore longtemps après 
6 l'accouchement. 



« C'est ainsi que s'explique un fait de cette nature des 
« plus curieux, observé à Verneuil, dans le département 
« de l'Eure. 

« En 1804, un enfant nommé Bissieu, en apparence 
« conformé comme tout le monde, vécut jusqu'à qua- 
« torze ans. Dès les premiers temps de son existence, 
« Bissieu se plaignit de douleurs dans le côté gauche. 
« Une tumeur était apparente à cette région; néanmoins, 
« jusqu'à treize ans, les facultés physiques et morales 
« continuèrent à se développer. 

« A cette époque, la tumeur devint subitement plus 
« grosse, des accidents fébriles se manifestèrent, l'enfant 
« rendit par les selles des matières putrides, de longs 
« cheveux. A quatorze ans il succomba à un état de 
« consomption. 

« A sa mort on trouva entre les intestins et la colonne 
« vertébrale un kyste renfermant des débris d'un autre 
« enfant. Quelques portions d'os, des cheveux, des 
« ongles, des dents, attestaient que cet enfant, qui avait 
« vécu dans l'intérieur de l'autre, était aussi âgé que 
« celui qui le portait (1). 

« Depuis 1804 la science a enregistré un grand nom- 
ce bre de faits plus ou moins analogues à celui de Bis- 
« sieu. » 

CONCLUSION 

Les phénomènes biologiques sont décidément pleins 
de mystères. 

1° Normalement, et selon le cas le plus ordinaire, une 
mère met au monde un enfant, et il vit. 

2° Plus rarement, elle donne naissance, dans des con- 
ditions régulières, à deux, trois, même quatre enfants, 
et, là encore, ils vivent, avec cette particularité toutefois 
que la vie de l'un d'entre eux est plus ou moins dépen- 
dante de celle des autres. 

3° Une double conception peut produire deux enfants, 
pourvus chacun d'un organisme complet, mais liés l'un à 
l'autre indissolublement : tels les Frères Siamois et la 
célèbre Milly-Christine. 

4° Des deux enfants, l'un — et c'est le cas de l'étudiant 
de Prague — tout en ayant sa vie personnelle, indépen- 
dante et régulière, porte en soi un germe susceptible de 
se développer au point de donner le fœtus presque régu- 
lier d'un enfant de cinq mois. 

.')" ... Jusqu'où cette gestation irrégulière peut-elle 
aller? Un nouveau cas ne viendrait-il pas montrer un 
jour ou l'autre que le foetus ainsi formé puisse être retiré 
vivant de son étrange milieu et — qui sait — conservé à 
la vie?... 

Paul Jacob. 



Le Soleil Sirius 



Les étoiles sont des soleils comme le nôtre, généralement 
plus gros que lui, dans les rares circonstances où on a pu 
mesurer leur volume ou tout au moins leur masse. Sirius est 
la plus brillante de toutes les étoiles que nous voyons. Son 
éclat est huit fois plus iDtense que celui de la moyenne de3 
étoiles de première grandeur. Nous connaissons assez exacte- 
ment sa distance, 39.000 milliards de lieues ; de sorte qu'il 
met 16 ans à nous envoyer sa lumière, dont la vitesse est de 
75,000 lieues par seconde. Bien que les étoiles se déplacent 
dans le ciel avec une énorme vitesse, elles sont si éloignées de 
nous, qu'elles nous paraissent rester toujours à peu près à la 
même place; aussi les anciens astronomes les appelaient-ils 

(1) Dictionnaire des Sciences médicales, vol. XXXIV, p. 175. 



LE NATURALISTE 



141 



des étoiles fixes. Cependant, elles se déplacent d'une façon 
assez sensible, malgré leur distance colossale, pour que l'as- 
pect du ciel se soit déjà un peu modifié en certains points, 
depuis les temps historiques. Sirius s'éloigne de nous, mais 
obliquement par rapporl à nous, et pas exactement dans le 
sens de notre rayon visuel; sans cela, il nous aurait heurté, il 
y a ISO. 000 ans, quand il est passé à notre hauteur. Il s'éloigne 
du soleil de 35 kilomètres par seconde, mais il parcourt 
300 millions de lieues par an, pour s'éloigner de nous de 270 mil- 
lions de lieues seulement : c'est le spectroscope, qui nous per- 
met de déterminer la vitesse avec laquelle il s'éloigne de nous 
dans le sens de notre rayon visuel. C'est son avance annuelle 
sur l'heure réglementaire de son passage au méridien, qui nous 
montre le trajet qu'il parcourt en même temps, dans un sens 
perpendiculaire à cette direction. Comme un astre ne peut pas 
suivre deux chemins à la fois, il parcourt la diagonale du 
parallélogramme construit d'après ces deux éléments de 
vitesse. Dans 4000 ans d'ici, Sirius sera à 40.000 milliards de 
lieues de nous, au lieu d'être à 39.000 comme aujourd'hui. On 
voit que son éclat n'aura pas sensiblement varié. 

Les étoiles sont pour la plupart si éloignées de nous, qu'on 
n'a encore pu mesurer les distances que de 23 d'entre elles. 
Sirius est la onzième, dans l'ordre des distances : c'est donc une 
des étoiles les plus proches. Cela explique son éclat si brillant, 
relativement aux autres. On sait que notre soleil se dirige vers 
la constellation d'Hercule. Sirius au contraire se dirige à 
l'opposé vers la constellation de la Colombe, d'où nous venons. 
Est-il besoin de dire que, lorsque nous serons arrivés à l'en- 
droit où se trouve actuellement la constellation d'Hercule, il y 
aura longtemps que celte constellation se sera dissociée, et 
que chacune de ses étoiles se sera dirigée de son côté, de 
façon à nous laisser le passage libre. Il est bon de savoir que 
l'attraction, qui sollicite les étoiles les unes sur les autres, 
est infiniment faible, à cause de leur énorme distance, malgré 
l'immensité de leurs masses; eu égard à la force vive colossale 
dont elles sont animées, dès l'époque de leur création : force 
vive qui se traduit par une impulsion propre, dont la vitesse 
moyenne est de 10 à 100 kilomètres par seconde, dans la plu- 
part des cas. Rappelons-nous anssi que, quand on dit que la 
terre tourne autour du soleil, on n'énonce que la moitié de la 
vérité. En effet le soleil n'est pas immobile; il est attiré par la 
terre, de sorte que ces deux aslres tournent réellement autour 
de leur centre commun de gravité, chacun du même côté. De 
même aussi, Sirius, qui a un compagnon, se dirige vers la 
constellation d'Hercule, en étant attiré par son satellite ; de 
sorte qu'il décrit une hélice autour de la ligne directrice 
suivie par le centre de gravité commun aux deux astres. On 
comprend en effet que, quand son satellite est à sa droite, 
il est dévié un peu à droite; que quand celui-ci est à gauche, 
il est dévié un peu à gauche de cette direction ; puisqu'il est 
attiré par ce compagnon. C'est ainsi que la seule constatation 
du mouvement en hélice de Sirius, autour de sa ligue de 
translation dans l'espace, a permis d'affirmer l'existence de 
son satellite, onze ans avant qu'on ait construit un instrument 
assez puissant pour le faire découvrir avec les yeux. 

On a pu calculer ainsi les éléments de son orbite. Or, 
comme les choses ne se passent pas tout à fait comme l'indi- 
quent ces calculs, on est en droit d'affirmer qu'il y a encore 
un autre satellite au moins qui reste à découvrir. En tous 
cas, le compagnon de Sirius brille comme une étoile de 
neuvième grandeur. Ce qui le rend difficile à voir, c'est 
qu'il est plongé dans l'éclatante lumière de son brillant 
soleil. Bien que de neuvième grandeur, cet astre semble avoir 
une masse égale à la moitié de celle de Sirius. Ce doit être 
une planète obscure éclairée par lui, comme Vénus par 
exemple est éclairée par le soleil. Il tourne autour de lui en 
49 ans. Bien que ce satellite soit si près de sou soleil qu'il 
semble le toucher, il en est à une distance de 1 milliard 
270 millions de lieues, et notre terre n'est qu'à 37 millions de 
lieues du soleil; c'est-à-dire à une distance 330 fois moins 
grande ! Quelle énorme masse doit avoir Sirius pour faire 
tourner, en 49 ans seulement, un compagnon 330 fois plus 
éloigné de lui que nous ne le sommes du soleil, et un astre 
dont la masse est 2.500.000 fois celle de notre terre! Si jamais 
ce compagnon est habité, quels êtres peuvent bien vivre dans 
ce monde si gigantesque et si énorme par rapport au nôtre ! 
N'est-ce pas le comble de la présomption que de considérer 
notre faible humanité comme la reine de l'univers? Que 
l'homme soit le roi de la création ici-bas, oui sans doute ; 
mais de la création en général? Tout tend à nous faire croire 
le contraire. D. Bougon. 



DE L'ŒTJE 



Des flots d'encre ont été répandus au sujet de l'œuf dans 
la série animale, de son origine et de son évolution; aussi 
n'essaierons-nous même pas ici d'en donner une idée, 
car nous devons nous consacrer entièrement à la partie 
pratique du sujet. 

Parmi les différentes espèces animales, les unes se 
prêtent difficilement à l'étude de l'œuf; d'autres, au con- 
traire, permettent, assez facilement et sans grande habi- 
tude de suivre les principaux phénomènes qui se passent 
dans sa substance même. 

Dans sa conception la plus simple, l'œuf peut être 
assimilé à une cellule ordinaire ; mais comme c'est dans 
tous les cas une cellule très spéciale, on a. trouvé bon de 
donner aux différentes parties qui la composent, des noms 
autres que ceux que nous avons cités pour la cellule. 

Si l'on examine en effet au microscope, même à un 
faible grossissement l'œuf pris dans l'ovaire du Strongy- 
locentrotus lividus qui est un oursin très commun et par 
conséquent facile à se procurer, on sera frappé de la res- 
semblance que cet œuf présente avec une cellule. 

L'élément examiné a un aspect parfaitement arrondi, 
et la partie périphérique, semble plus hyaline et plus 
réfringente que le reste, c'est une membrane d'enveloppe 
à laquelle on a donné le nom de membrane vitelline. 
Cette partie correspond à l'enveloppe cellulaire, déjà 
connue. La partie interne est granuleuse, plus sombre, 
elle est formée par du protoplasme différencié appelé vitel- 
lus; puis, tantôt vers le centre de ce protoplasme, tantôt 
reléguée sur l'un des côtés, on aperçoit une petite vési- 
cule plus sombre encore que le milieu qui l'environne et 
qui correspond au noyau de la cellule ; dans l'œuf c'est 
la vésicule germinative ou de Purkinje. Celle-ci est encore 
remplie de protoplasme plus sombre que le premier, et 
en général, en son centre, on aperçoit une tache sombre 
et très réfringente, correspondant au nucléole : c'est la 
tache germinative ou de Wagner. 

Dans l'élément que nous venons d'étudier, le vitellus 
de formation ou archilécithe est répandu uniformément 
dans toute la substance de l'œuf; aussi donne-t-on aux 
éléments ainsi constitués, le nom d'œufs holoblastiques ou 
alécithiques. 

Des œufs semblables se rencontrent à peu près dans 
toute la série des invertébrés, avec des différences plus ou 
moins sensibles ; mais la complication augmente beau- 
coup lorsqu'on s'adresse aux animaux vertébrés. 

Ceux-ci présentent en général, dans l'élément femelle, 
une plus grande quantité de vitellus nutritif ou deu- 
tolécithe, réunie à un pôle spécial et qui servira à 
l'embryon à se nourrir en attendant sa sortie de l'œuf, ou 
lui permettra de prendre avec l'organisme maternel des 
attaches assez puissantes pour que sa nourriture lui 
vienne par là-même. 

Les œufs ainsi formés sont dits méroblasliques ou télo- 
lécithiqucs. 

Les œufs Ovipares, sont protégés par une enveloppe 
plus' ou moins résistante, parfois calcifiée; les autres au 
contraire sont nus, tels ceux de la plupart des Mam- 
mifères. 

Le type le plus connu d'œufs méroblastiques à enve- 
loppe est celui des Oiseaux; comme c'est aussi le plus 
commode à étudier, c'est de lui que nous allons mainte- 



\ 



142 



LE NATURALISTE 



nani parler. Chez tous ces animaux l'œuf est disposé de 
façon à pouvoir fournir au jeune tous les éléments qui 
lui sont nécessaires jusqu'à ce qu'il sorte de l'œuf, et sou- 
vent à ce moment il peut lui-même directement subvenir 
à ses besoins. C'est ce qui a lieu pour les poulets au sor- 
tir de l'œuf. Or trois cboses sont indispensables au déve- 
loppement d'un être, d'abord les éléments de nutrition, 
en second lieu l'élément respiratoire qui est l'air, et enfin 
la protection grâce à laquelle il est soustrait, au moins 
en grande partie, à la plupart des influences extérieures. 

Tous ces éléments lui sont fournis par l'organisme 
maternel, et nous allons étudier maintenant par quelle 
série de phénomènes. 

Tout le monde a plus ou moins vu vider une poule 
dont on se dispose à faire une bonne soupe, et par consé- 
quent tous ceux-là ont pu remarquer qu'il arrive souvent 




-•^ 



Fig. 1. — Cellule schématique. 

— a. enveloppe cellulaire. — 
b. protoplasme. — c. noyau. 

— cl. nucléole. 




de rencontrer contre la colonne vertébrale, un amas 
plus ou moins considérable de petites boules jaunes à 
différents états de grosseur c'est-à-dire de développement. 
Cet amas n'est rien autre chose que l'ovaire (unique en 
général chez les Oiseaux), et les petites boules jaunes, ne 
sont aussi autre chose que les œufs plus ou moins déve- 
loppés. 

Si l'on extrait du corps cet ovaire, on remarque sans 
peine que les plus gros œufs ne semblent retenus à la 
masse générale, que par une sorte de pédicule assez 
délicat, formé par l'enveloppe ovarienne. 

Combien sont différents, les plus gros même de ces 
éléments de l'œuf de la poule après qu'il est pondu! 

Et cependant, si l'on cherche bien dans cette masse 
ovarique, on trouvera des éléments très petits qui com- 
mencent à peine à se former et qui ne semblent guère 



if 



Fig. 2. — Œuf schématique. 
— a. enveloppe vitelline. — 
b. vitellus. — c. vésicule ger- 
minative.— d. tache germina- 
tive. 




V 



Fig. 3. — Œuf mùr pris dans 
l'ovaire de la Poule. — c. cica- 
tricule. — l. latebra formée 
de vitellus blanc. — v. j. vitel- 
lus jaune. 



I ..to 




Fig. \. — Coupe demi schématique de l'œuf 
do poule. — co. coquille. — m. e. membrane 
coquillère externe. — m. i. membrane coquil - 
1ère interne. — c. a. chambre à air. — a. 
albumine. — ch. chalazes. — (Les autres lettres 
comme dans la figure précédente.) 





Fig. 5. — Premier stade 
de segmentation de 
l'œuf de l'Oursin. 



Fig. 6. — Deuxième sta- 
de de segmentation de 
l'œuf de l'Oursin. 



différer que par leur volume de l'élément que nous avons 
étudié plus haut. 

Prenons un œuf bien développé dans l'ovaire, et nous 
apercevrons en un point de sa surface une sorte de tache 
(jui tranche par sa couleur blanche sur la masse générale 
de l'œuf qui esl jaune. 

On appelle cette tache la cicatricule, c'est la partie for- 
matrice de L'œuf, la seule qui se transformera pour pro- 
duire l'embryon : aussi y trouverons-nous les éléments 
germinatifs qui existent dans l'œuf des Échinodermes 
par exemple (vitellus formatif, vésicule et tache germi- 
nalive). 

Prenons, maintenant, un élément analogue dans 

l'ovaire et faisons-le cuire dans l'eau bouillante pour plus 

plicité; la partie jaune ou vitellus de nutrition se 

olidifiéeen une masse compacte et nous pourrons, à 

l'aide d'un instrument bien tranchant, en faire une coupe 



passant par la cicatricule et à peu près par le centre de 
l'œuf. 

Cette coupe suffira pour nous démontrer que le vitellus 
de nutrition n'est pas uniformément jaune, car immédia- 
tement au-dessous de la cicatricule, nous apercevrons 
une surface de couleur blanche d'abord évasée, puis se 
rétrécissant un peu, et enfin s'arrondissant de nouveau 
pour se terminer environ vers. le centre du vitellus. 

Dans son ensemble cet amas de vitellus blanc présenté 
à peu près la forme d'un vase à fleur évasé à sa partie 
supérieure et renflé à sa partie inférieure. 

On donne à cette masse le nom de latebra. 

On voit que depuis son origine jusqu'au stade que nous 
étudions, la quantité d' archilécithe est restée la même, 
seule la quantité de deutolccithe a considérablement aug- 
menté. 

Toutes les fois que, dans un organe, il se produit nui' 



LE NATURALISTE 



143 



modification quelconque, cette modification a une raison 
d'être et répond à une fonction spéciale ; aussi sommes- 
nous en droit de nous demander à quoi peut bien corres- 
pondre cette latebra formée par un vitellus différent du 
vitellus périphérique. Ce qui semble le plus probable, 
c'est que ce vitellus blanc, formé de vésicules beaucoup 
plus petites que le vitellus jaune, doit être plus facilement 
assimilé ; aussi est-ce lui qui disparaît le premier au 
moment où l'embryon commence à se développer, et ce 
n'est que quand cette petite quantité est absorbée que le 
vitellus jaune commence à disparaître à son tour. 

Quand la masse vitelline a cessé de s'accroître l'œuf est 
mûr, il se détache alors de l'ovaire, et il est saisi par l'ex- 
trémité interne de l'oviducte, c'est-à-dire du canal qui 
devra le conduire au dehors. Pour cela l'oviducte est 
dilaté en forme d'entonnoir ou pavillon : c'est en général 
dans cette première partie du canal que se produit la ren- 
contre avec l'élément fécondateur, grâce à laquelle pourra 
se former l'embryon. 

Cette partie de l'oviducte est contournée en hélice, et 
ses parois épaissies sécrètent une matière hyaline de 
nature albuminoïde; l'œuf en descendant s'en entoure, et 
c'est l'ensemble qui formera Y albumine ou blanc oVœuf. 

Mais pendant son mouvement de descente, l'œuf tourne 
sur lui-même en suivant les tours de spire de l'oviducte, 
de sorte que l'albumine au lieu de se déposer autour du 
vitellus d'une façon uniforme, se contourne sur lui-même 
à deux pôles opposés et forme alors une sorte de cordon 
hélicoïde appelé chalazes. 

La portion albumineuse de l'oviducte , une fois 
dépassée, l'œuf pénètre dans une région moyenne où le 
canal évacuateur lui sécrète une enveloppe double appelée 
membrane coquillère. Les deux feuillets de cette membrane 
sont séparés l'un de l'autre du côté de l'œuf le plus voisin 
de l'orifice de sortie, c'est-à-dire celui qui se trouve en 
avant pendant la descente, tandis qu'ils sont appliqués 
l'un contre l'antre sur tout le reste de la surface de l'œuf. 
L'espace laissé libre est rempli d'air destiné à la respi- 
ration de l'embryon, c'est la chambre coquillère. 

Enfin l'œuf descend dans la dernière partie de l'ovi- 
ducte dont les parois lui sécrètent une enveloppe calcaire 
très poreuse : c'est la coquille. C'est dans cette dernière 
partie qu'il séjourne le plus longtemps et où il attend le 
moment d'être évacué au dehors. 

Chez les mammifères supérieurs, tels que la Chienne, 
la Vache, etc., l'œuf est plus difficile à trouver, d'abord 
grâce à ses dimensions très restreintes et qui réclament 
le secours du microscope, ensuite par le fait que, lorsque 
l'œuf se détache de l'ovaire pour être saisi par l'oviducte 
ou trompe de Fallope, son évacuation est toujours suivie 
d'une émission sanguine plus ou moins considérable 
(flux menstruel), en sorte qu'il se perd au milieu de cette 
masse liquide. 

On peut cependant l'étudier en le prenant dans l'ovaire 
même, au moment de sa maturité. 

Si l'on extrait d'une Chienne ou d'une Vache fraîche- 
ment tuée l'ovaire, on remarque que cet organe présente 
des parties claires et mamelonnées, comme des sortes de 
cloques remplies d'un liquide hyalin : ce sont les vésicules 
de Graaf, sortes de cavités closes renfermant Y ovule. 

On cherche celle de ces vésicules qui est le plus déve- 
loppée et on la presse entre le pouce et l'index de façon 
à la rendre turgescente. On l'apppoche alors d'une lame 
à préparation bien nettoyée, et d'un coup de pointe de 
scalpel on fend légèrement la paroi de la vésicule; un jet 



de liquide s'en échappe qui tombe sur la lame en entraî- 
nant avec lui l'ovule. 

On cherche alors sous le microscope avec un faible 
grossissement, et le plus souvent, si l'on a été un peu 
habile, on trouve l'ovule qu'il est alors facile d'étudier 
dans ses parties essentielles. 

L'œuf une fois fécondé, c'est-à-dire après avoir reçu 
l'élément mâle, commence une série de phénomènes sou- 
vent très difficiles à voir, qui constituent la segmentation, 
c'est-à-dire la division de la cellule-œuf en deux, quatre, 
huit, etc., cellules qui sont de plus en plus petites, la 
masse totale de l'œuf ne variant pas. 

La segmentation la plus facile à voir est celle qui se 
produit dans les œufs holoblastiques, tels que celui de 
l'Oursin, on peut en quelques heures voir se produire 
plusieurs divisions. 

D'une façon générale disons que le vitellus de formation 
se divise seul et que, si on aperçoit des phénomènes de. 
segmentation dans le deutolécithe, c'est que celui-ci est 
mélangé à l'archilécithe en proportions plus ou moins 
considérables. 

Pour les phénomènes ultérieurs, il est indispensable 
de recourir aux ouvrages d'embryogénie pure. 

A. Gruvel. 



OISEAUX ACRIDOPHAGES 

(Suite.) 



LE LORIOT D EUROPE 

Oriolus Linné. 

Ce genre se compose de seize espèces de l'Europe, de 
l'Asie, de l'Afrique et de l'Océanie. 

L'Europe, à l'exception des contrées les plus septen- 
trionales, et une grande partie de l'Asie centrale, sont la 
patrie du Loriot vulgaire. 

En hiver, il va jusque dans l'Afrique centrale. Brehm 
sous le 11° de latitude nord, a vu des loriots se diriger 
vers le sud. Il parait passer son hiver dans l'Afrique oc- 
cidentale, et non, comme on l'a dit, dans le nord de 
l'Afrique. En effet, je n'en ai jamais rencontré, en no- 
vembre ni en décembre, dans les superbes vergers de la 
Trappe de Misserghin, ni à Staoueli, ni à Blidah. 

L'oiseau adulte mâle est d'une belle couleur jaune d'or, 
les lorums, les ailes et la queue exceptés qui sont noirs. 
La femelle et les jeunes mâles jusqu'à l'âge d'un an sont 
vert serin, les ailes et la queue sont brunes. Autrefois, 
avant que l'art du teinturier ne soit devenu la grande 
ressource du plumassier, ces oiseaux étaient assez re- 
cherchés pour la parure. La Sénégambie, principalement 
la Casamance, fournissait presque toute la quantité uti- 
lisée dans le commerce. 

Le Loriot Prince Régent d'Australie et le Loriot Prince 
d'Orange de la Nouvelle Guinée qui ont les mêmes mœurs 
sont assez recherchés dans le commerce d'oiseaux de 
parure. 

On considère assez généralement le Loriot comme un 
oiseau nuisible, qui se nourrit de baies, de fruits, de ce- 
rises en particulier; c'est une erreur qu'il importe de 
relever, car, loin de nuire aux arbres fruitiers et de 
consommer autant de fruits qu'on le suppose, il débar- 
rasse nos plantations des insectes les plus nuisibles. « En 



144 



LE NATURALISTE 



effet, à diverses époques, au moment de la maturité dos 
cerises do tamment, dans les localités où abondent les arbres 
portant ces fruits, sur ces arbres mêmes, j'ai capturé un 
grand nombre de Loriots et, en examinant le contenu de 
leur estomac, j'ai constaté que tous, sans exception, 
riaient gorgés d'insectes nuisibles et d'une faible quantité 
de fruits. Les Lépidoptères, sous les divers états de larves, 
de chrysalides et de papillons, forment la base du régime 
alimentaire du Loriot, avec quelques Coléoptères, 
certains Orthoptères et les fruits dans des proportions 
insignifiantes. Parmi les Lépidoptères qui servent de 
nourriture habituelle au Loriot, le plus grand nombre 
appartiennent aux espèces les plus nuisibles, les unes à 
nos cultures, les autres à l'homme lui-même. Le Loriot 
ne digère pas les graines des fruits qu'il mange, c'est 
donc le propagateur naturel des arbres fruitiers et non 
leur ennemi. » (Cretté de Palluel.) 

Deux Anthonomus, l'A. pyri et l'A. pomorum font 
avorter beaucoup de fleurs de poirier et de pommier; 
mais le plus souvent ils sont plutôt utiles que nuisibles, 
parce qu'ils opèrent l'éclaircissement auquel les jardiniers 
devraient procéder eux-mêmes, dans l'intérêt des arbres, 
ainsi que pour la beauté et la qualité des fruits qu'ils 
doivent nourrir; quoi qu'il en soit, ces insectes couleur 
d'écorce, très peu actifs et cachés durant le jour, n'at- 
tirent pas l'attention des oiseaux, et leurs larves enfer- 
mées dans les boutons à fleur, échappent à leur vue (1). 

D'ailleurs une espèce d'hémiptères, le Thrips physapus 
pénètre dans les boutons à fleurs des pommiers, et les 
l'ait avorter en altérant les organes de la réproduction. 
Que peuvent les oiseaux contre ces insectes grêles, à 
peine visibles, de moins d'un millimètre de longueur et 
toujours cachés? Rien, absolument rien (2). 

Les bigarreaux, les guignes et, en général, les cerises 
douces, recèlent des larves qui proviennent de YOrtalis 
cerasi, et font de ce fruit, pour bien des personnes, un 
objet de répulsion. La loi mosaïque notamment n'en 
permet la consommation qu'après extirpation de l'insecte. 
Je crois que ces variétés de cerises, très communes en 
Allemagne, et les larves très recherchées par les loriots, 
lui ont fait donner le nom de« Pfingstvogel », Oiseau de 
Pentecôte, époque où les cerises commencent à se 
former. Jusqu'à leur maturité, ils habitent les forêts 
très nombreuses dans l'Europe centrale, et, à la maturité 
des cerises, ils apparaissent dans les vergers qui existent 
dans et à l'entour des villages, en Alsace et en Allemagne. 

Brehin est très explicite, et, dans ma jeunesse, j'ai sou- 
vent été émerveillé par le superbe oiseau d'or, fréquen- 
tant notre verger, à Lauterbourg (Alsace). 

' In admettra que les services qu'ils rendent compensent 
amplement les dégâts qu'ils peuvent faire, l'inscription 
du Loriot parmi les oiseaux à protéger sera sans doute 
accordée au prochain Congrès ornitbologique de protec- 
tion aux oiseaux utiles. 

(A suivre.) .). Forest. 



OSSEMENTS MANGANÉSIFÈRES 



Le laboratoire de géologie du Muséum a reçu récem- 
ment de M. Charles Pingault un très intéressant échan- 
tillon, il consiste en quelques ossements de mammifères 

(1) Les Oiseaux et les Insectes, par M. Edouard Pcri-is. 
Bull. Soc. Zool. d'Acclimatation 1873, p. 0o7. 
2 Ibid., [>. 832. 



trouvés dans la mine de manganèse du Cap Vani, île de 
Milo, dans les Cyclades. 

Ces vestiges osseux, trop altérés extérieurement pour 
se prêter sans doute à une détermination zoologique et 
dont l'âge ne saurait, par conséquent, être fixé exacte- 
ment, se signalent à première vue par leur forte densité. 

A la surface, qui est plus ou moins corrodée, se montrent 
des dépôts ocreux et d'autres que leur couleur noire 
rapproche des dentrites de manganèse hydraté ou acer- 
dèse, si fréquente dans les fissures des roches calcaires. 

Sur les cassures transversales des os longs, on. 
reconnaît que la portion compacte est relativement peu 
minéralisée, tandis que le diploé et la région médullaire, 
de couleur très foncée, se signalent par une grande abon- 
dance de manganèse. Une section transversale polie est 
très instructive. Ony distingue commeune écorce jaunâtre 
et par conséquent ferrugineuse, montrant des régions 
rouges ou rougeâtres où le fer est moins hydraté. La gaine 
de tissu osseux compacte est, sur la plus grande partie, d'un 
blanc d'ivoire témoignant de la faiblesse des altérations 
qu'elleasubies. Il s'y montre de vraies dendritesprofondesj 
évidemment constituées avant tout parle fer phosphaté 
plus ou moins voisin de la vivianite et de la turquoise. A 
la loupe les taches bleues montrent fréquemment en 
leur centre un point noir métalloïde qui parait, d'après 
les essais incomplets auxquels j'ai procédé, formé de 
manganèse phosphaté et ferrifère fort analogue à la 
triplite de Beudant, dont le gisement connu jusqu'ici, 
essentiellement filonien, est fort différent cependant. 
Enfin, dans la région axiale et spongieuse, on voit le 
manganèse devenir extrêmement abondant. La matière 
noire, manganésifère, forme comme des grumeaux 
séparés par de petits filaments blanchâtres ou bleuâtres 
qui font sur toute la surface un fin réseau d'aspect 
agréable, et qui à la loupe, affecte déjà une structure con- 
crétionnée évidente. On voit bien la succession de ces 
zones sur la figure 1 ci-jointe. 




Fig. — Coupe transversale d'un os roccueilli dans le gisemen 
manganésifère du Cap Vani (Cyclades}. 



Il est très intéressant, après ces observations, d'exami- 
ner au microscope une tranche de l'os coupée assez 
mince pour être devenue tout à fait transparente. Comme 
le montre la figure 2, faite à un faible grossissement, on 
voit très bien dans la partie blanche périphérique, l'exis- 
tence des plaques osseuses et des ostéoplastes avec de 
toutes petites mouches métallifères. Dans le diploé, on 
distingue, entre les éléments osseux, des zones concré- 
tion nées consistant en carbonate et en phosphate de 
chaux et dont l'allure, à l'échelle près, coïncide avec celle 



LE NATURALISTE 



145 



des phosphates du Quercy et, de tous les côtés, des amas 
de minéraux noirs et opaques. 

Avec un grossissement plus fort, on reconnaît que ces 
minéraux, déposés avant les concrétions calcaires, sont 
les uns formés de limonite, d'autres de triplite et les 
plus nombreux de pyrolusite. Ce dernier minéral affecte 
dans l'intérieur des vacuoles du diploé une disposition 
aciculaire des plus élégantes. On voit des bouquets de 
cristaux grêles et rayonnants, rappelant, au sein de la 
masse peu transparente du phosphate et du carbonate de 
ohaux, les arborisations si appréciées dans les agates 
dites mousseuses. En maints endroits des mesures d'an- 
gles sont possibles et coïncident avec celles que présente 
d'habitude le prisme orthorhombiqne de l'oxyde de man- 
lèse. 

L'origine des ossements manganésifères du genre de 
ceux de Vani peut être élucidée par des expériences très 
simples, qui nous ramènent à un sujet que j'ai déjà traité 




Fig. 2. — Coupe mince vue au microscope, au grossissement 
de 60 diamètres d'un os manganésifère du cap Vani. 

dans ce journal à propos de l'imitation artificielle des 
dendrites demanganèse. Ils'agit,commeon s'en souvient, 
de la précipitation des solutions manganésiennes par le 
carbonate de chaux, et ici, comme dans la circonstance 
précédente, on remarque la nécessité de la présence d'une 
certaine proportion de sel de fer dans le mélange réagis- 
sant. Je me suis assuré que des fragments osseux, sur- 
tout quand ils ont été préalablement débarrassés de leur 
enveloppe graisseuse, et spécialement certains échantil- 
lons d'os fossiles précipitent même à froid les sels de 
manganèse et surtout le sulfate en présence du fer. 
Seulement, à la température ordinaire et conformément 
au résultat déjà publié, l'oxyde de manganèse isolé est 
hydraté et appartient à l'espèce dite acerdèse. Pour 
obtenir la pyrolusite, il faut opérer en vase fermé à une 
température qui peut d'ailleurs être fort peu supérieure 
à 100 degrés. Le fer parait pouvoir être réduit à une 
proportion active beaucoup moindre dans ces nouvelles 
conditions. 

On doit penser que les ossements recueillis à Vani se 
sont chargés de manganèse à la suite d'infiltrations 
aqueuses qui ont remanié le gisement métallifère. 

Stanislas Meunier. 



LIVR E NO UVEAU 

Ph. Glangeaud. 

Le Jurassique à l'ouest du Plateau Central. Contribution à 
l'étude des mers jurassiques dans le bassin de l'Aquitaine. 
Thèse pour le doctorat es sciences naturelles. 



La thèse de M. Glaugeaud est très intéressante; on y retrouve 
la méthode critique, l'enseignement élevé des maîtres à qui 
elle est dédiée. L'auteur n'a pas seulement bieu observé une 
région et patiemment déterminé des fossiles; il a groupé ces 
faits et a su en tirer des conclusions générales importantes. 

La région plus spécialement étudiée est la bordure jurassique 
du Massif Central dans la Charente et la Dordogne; mais l'é- 
tude des changements paléontologiques et pétrographiques est 
étendue beaucoup plus loin, jusque Niort et Poitiers d'une 
part, jusqu'au delà de Brive d'autre part. 

Il est difficile de résumer brièvement un semblable travail, 
nous insisterons seulement ici sur les faits les plus intéressants. 

Après le dépôt, de sédiments réthiens arénacés et peu fossi- 
lifères, les assises hettangiennes présentent une faune assez ana- 
logue à celle du N.-E. du bassin de Paris pour qu'on admette 
qu'il y a à cette époque communication, au moins partielle, 
par le détroit du Poitou. Le sinémurien manque, sauf vers 
Niort, et ce fait paraît constant jusqu'à la partie tout à fait méri- 
dionale de la bordure jurassique du Massif Central (Tarn-et- 
Garonne, Aveyron). 

C'est à l'époque rlu lias moyen que les faciès se différencient 
dans les dépôts du bassin de l'Aquitaine: au nord, ce sont des 
calcaires à silex (le détroit poitevin, est alors largement ouvert), 
au sud, des marnes et des calcaires marneux, riches en céphalo- 
podes et, entre ces deux régions de Chasseneuil à Terrason 
(Dordogne), des calcaires gréseux à lamellibranches. Dans 
son ensemble le lias moyen comprend toutes les zones clas- 
siques. 

Cette étude des changements de faciès pétrographiques et 
paléontologiques de chaque étage est une partie très intéres- 
sante de la thèse de M. Glangeaud. Ce qui a lieu au lias moyen 
a lieu jusqu'à la fin des temps jurassiques, les dépôts sont en 
transgression ou en régression, mais toujours on peut y dis- 
tinguer deux faciès, au nordetau sud. D'une manière générale, 
à partir du bajocien, ce sont au nord des argiles, des marnes, 
des calcaires qui se déposent, contenant de nombreux cépha- 
lopodes ; au sud, ce sont des calcaires oolithiques, crayeux, 
compactes, sans céphalopodes avec de nombreux gastropodes 
(Nérinées, Patelles...), des lamellibranches et des polypiers. 
M. Glangeaud a donné des coupes et des cartes nombreuses 
qui rendent ces faits très clairs. 

Il est remarquable queles changements de faciès se fonttous, 
pendant toute la durée des temps jurassiques, à la même lati- 
tude, dans la région comprise entre Chasseneuil (Charente) et 
Montbron (Dordogne); mais M. Glangeaud n'a pas cru devoir 
rechercher la cause qui produisait, de part et d'autre de cette 
région, une différence dans l'intensité ou la direction des cou- 
rants ou dansles profondeurs de la mer etqui donnaitdesfaciès 
différents à des dépôts contemporains. 

Les polypiers ont joué un rôle important dans le bassin de 
l'Aquitaine à cette époque, et l'auteur a étudié avec soin les 
variations de l'activité corrallienne. Dès le bajocien, on trouve 
des polypiers, mais ce n'est qu'à partir de l'oxfordien qu'on 
voit de véritables récifs avec les passages des calcaires coral- 
liens aux calcaires à encrines et aux calcaires à silex, comme 
dans les régions elassiques, dans l'Yonne ou dans la Meuse. 
On peut retrouver des récifs frangeants, des récifs barrières. 
Dans l'ensemble, il paraît qu'il y ait eu recul des récifs vers le 
sud, de l'oxfordien au séquanien. 

M. Glangeaud a insisté sur l'analogie de la faune qu'il a étu- 
diée ici avec la faune du bassin de Paris: le détroit poitevin était 
ouvert dès l'hettangien et ne s'est pas fermé pendant les 
temps jurassiques. Le bassin de l'Aquitaine appartiendrait 
donc à la province jurassique septentrionale par opposition 
aux dépôts méridionaux (province méditerranéenne), que 
caractérise l'abondance des céphalopodes appartenant aux 
genres Lyloceras et Phylloceras. 

L'allure générale des couches dans la région, le système de 
failles qui la limitent à l'est sur une longueur de 200 kilomè- 
tres, amènent M. Glangeaud à conclure que le bassin de l'Aqui- 
taine est effondré par rapport au Massif Central. 

J'aurais voulu dire ici le bien qu'on doit penser de ce tra- 
vail; mais on pourrait attribuer l'éloge aux liens de camara- 
derie qui m'unissent à l'auteur ; les professeurs de la Faculté 
de Paris lui ont conféré le grade de docteur avec la mention la 
plus honorable, montrant ainsi la valeur de sa thèse. 

Armand Thevenin. 



1 16 



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148 



LE NATURALISTE 



NOUVELLES EXPLORATIONS 

des Grottes de Caumont 



J'ai eu l'occasion de revoir à nouveau les fameuses 
grottes de Caumont tout récemment, entre autres celle 
OÙ se réfugia la bande Duramé de lugubre mémoire. Dès 
le début de cet article, je m'empresse de corriger une 
erreur que j'ai commise : étant mal renseigné par les 
gens du pays, j'ai appelé grotte Jacqueline, la première, 
dont j'ai parlé dans le Naturaliste, il y a quelques mois ; 
ce nom de Jacqueline doit être réservé à la principale 
des grottes de Caumont, c'est-à-dire à celle que je vais 
décrire. 

Elle est située plus près de Mauny que la précédente; 
son entrée est presque entièrement dissimulée derrière 
d'immenses blocs calcaires éboulés du sommet de la 
colline (éboulements provoqués par les gelées et les pluies). 
Elle n'est pas utilisée pour l'extraction des pierres, et par 
là même, offre plus de charmes aux visiteurs. Les abords 
en sont agrestes, et rappellent l'antre de la sibylle, ou le 
voyage d'Enée aux enfers : 

Ibant obscuri sola sub nocte per umbras, 

C'est qu'en effet, on doit se souvenir que ce sont ces 
souterrains que prirent pour refuges des malfaiteurs et 
des assassins : les guides aiment à vous montrer les 
traces de leur passage, comme nous le verrons tout à 
l'heure. 

Avant de pénétrer à l'intérieur, je dois encore men- 
tionner l'ouverture d'un puits, ancien vestige d'une 
villa romaine, aujourd'hui disparue, mais dont on a 
retrouvé des tuiles et des ruines. Ce puits, dont l'ou- 
verture est au sommet de la colline, ne devait pas 
mesurer moins de 100 pieds de profondeur, la partie 
moyenne a été totalement détruite afin de faciliter l'accès 
delà grotte; mais il possédait, paraît-il, de curieuses 
chambres et galeries latérales, qui, il y a tout lieu de 
le croire, servaient de refuge aux indigènes pendant les 
guerres et même les insurrections si fréquentes au com- 
mencement de l'établissement des Romains en Gaule. 

Après avoir abandonné ce que je puis appeler le ves- 
tibule de la caverne, il faut se résigner à ramper à quatre 
pattes, ou plutôt sur le ventre, en tâchant d'éviter à la 
fois les trous et le plafond. Je fais appel aux souvenirs 
de tous ceux qui ont eu la curiosité de s'aventurer dans 
les roches et les grottes, pour leur dire combien sont 
pénibles ces exercices de reptation à trois pattes, car il 
faut tenir sa chandelle ou sa bougie dans une main, 
pendant au moins trois quarts d'heure. 

La sueur perle sur le front, et les mains sont déjà 
ensanglantées par les aspérités de la roche, quand le 
guide m'avertit que je puis m'accroupir pour me reposer, 
en considéranl une des cachettes où la bande Duramé 
enfermait ses victimes. 

Ce sont des enfoncements naturels dans le roc, juste 
assez Bpacieux pour contenir une personne de moyenne 
largeur el de petite taille. C'est là que les infortunés 
capturés par les brigands, attendaient anxieusement la 
fin de leur procès, mort ou Liberté moyennant rançon. 
Impossible d'ailleurs de songer à la fuite, la seule issue 
étant gardée, et quelle issue! Mais n'oublions pas que 
non- sommes la pour l'iiisioire naturelle. 

Le sol est argileux, mais sec, les parois sont comme 

toujours le long de la Seine, formées de rarbomile de 

chaux compact, a texture cristalline, jetant mille feux à 



la pâle lueur des bougies, et d'une telle résistance qu'il 
faut le plus souvent un pic pour briser ce carbonate. A 
l'entrée, les stalactites sont rares, plus loin elles sont 
grandioses : c'est ainsi qu'elles se présentent à la Grotte 
des Blancs, ainsi dénommée à cause de ses stalactites en 
queue de cheval, de 1 mètre de hauteur, et blanches 
comme neige. Après une reptation assez ennuyeuse, et 
de nombreuses descentes sur des blocs glissants, on se 
trouve soudainement au bord d'un ruisseau, qui serait 
produit, d'après les gens du pays, par une infiltration de 
la Seine; je pensais d'abord que la simple infiltration des 
eaux de pluie avait pu fournir ce déversoir, mais le guide 
qui me conduisait m'a affirmé que ce lac en miniature 
avait une hausse et une baisse des eaux correspondant 
aux marées du fleuve. A cet endroit la caverne est assez 
haute (5 mètres), d'une largeur peu considérable, d'une 
longueur assez grande. 

La température de l'eau était de 10°, celle de la grotte 
de 11° à l'entrée et de 12° au fond. Je ne sais à quoi at- 
tribuer cette différence de température, la hauteur du 
souterrain n'étant pas moindre qu'à l'entrée. 

Les endroits les plus reculés sont à 200 mètres de 
l'ouverture. 

Comme toutes les cavernes, la grotte Jacqueline a son 
mystère, il existe un trou, pour me servir de l'expression 
pittoresque du guide, qui n'a jamais été exploré; peut- 
être l'était-il par la bande Duramé. Rien ne peut décider 
l'ouvrier ou le paysan à s'aventurer dans ces régions 
inconnues, malgré l'appât du gain qu'il convoite ardem- 
ment. Je regrette de n'avoir pas eu plus de temps pour 
me glisser dans cette ténébreuse galerie qui m'eût peut- 
être procuré quelque agréable surprise. 

J'ai rencontré quelques Iules, des Culex et plusieurs 
Vespertilionides habitants de ces sombres demeures. 

Enfin, après une nouvelle reptation pour remonter, l'air 
frais nous avertit que nous allons revoir le jour, plus 
heureux que les victimes de Duramé, et joyeux de con- 
templer les vertes campagnes normandes. 

Ed. Spalikowski. 



OFFRES ET DEMANDES 



— M. Louis Robin, 15, rue Gros, Paris, offre des Coléop- 
tères européens en échange de Lédidoptères. Adresser 
listes. 

M. R. D. 1243. — Pourrépéter les expériences de Rœn- 
tgen de la photographie à travers les corps opaques, il 
est préférable de se servir d'une bobine Ruhmkorfl, 
donnant au moins 12 centimètres d'étincelle. Le matériel 
complet pour les expériences bobine, piles, tube de 
Crookes, accessoires vaut environ 400 francs. Les Fils 
d'Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris, fabriquent tous 
ces appareils. 

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excursions botaniques, se vend en toile grise 15,50, et 
avec papier 16,50 ; en toile noire ou brune 16,50 et 17,50. 
(En vente à la maison Emile Deyrolle). 

M. G. G. 647. L'insecte envoyé est le Kphodrus leuco- 
phtalmus. — Employez les épingles nickel. 



Le Gérant: Paul GROULT. 



Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



18« ANNÉE 



2 e Série — N* 984 



1 er JUILLET 1896 



ESSAI SUR L'INSTINCT 



Un acte qui s'accomplit sans qu'on en ait eu l'idée 
préalable, sans qu'on y ait réfléchi, pour lequel l'imita- 
tion ni l'intelligence n'ont aucune part, est un acte ins- 
tinctif. C'est, comme dit Romanes, un réflexe psychique 
conscient. Ainsi les poulets fuient au cri du milan, sans 
l'avoir pourtant jamais vu, les bestiaux au rugissement 
des fauves, la première fois qu'ils l'entendent (1). De 
même, l'instinct préside à la construction d'un nid, aux 
multiples précautions des parents vis-à-vis des rejetons. 

L'acte instinctif peut être plus complexe. Le furet, pour 
tuer sa victime, sait qu'il doit introduire ses canines dans 
sa moelle épinière. La philante apivore (2) sait piquer le 
ganglion nerveux de l'abeille de façon à l'engourdir sans 
la tuer, la met dans un trou préparé et y pond ses œufs. 
Les larves qui en naîtront trouveront ainsi une proie 
fraîche. 

Les nouvelles théories basées sur la structure du neu- 
rone, données ici même, expliquent d'une façon satis- 
faisante les actes instinctifs. 

Une sensation centripète, grâce au contact intime et 
inné des conducteurs des neurones, produira immédiate- 
ment et nécessairement le mouvement centrifuge ou acte. 
La sensation centripète sera la faim, la vue d'un objet, 
l'œuf senti dans les organes génitaux. L'acte pourra être 
complexe si de nombreux neurones y participent. 

Pour comprendre l'instinct, il suffit d'admettre le con- 
tact entre cylindraxes existant par hérédité. 

Celte hérédité psychologique ne rebute pas plus à l'es- 
prit que la physiologique. Le fœtus ne s'est jamais servi 
de son estomac, il vient au monde avec. Il n'a pas besoin 
de sa main, et n'oppose pas le pouce bien que les plis 
d'opposition y soient déjà dessinés. Si la fonction crée 
l'organe, il n'en est pas moins vrai que l'organe chez le 
fœtus préexiste à la fonction. 

Les contacts entre cylindraxes des neurones, établis 
chez les parents par éducation et expérience, peuvent 
tout aussi bien se transmettre à l'enfant. De la sorte, la 
sensation lui procurera l'acte ou la série d'actes qu'elle 
provoque chez les parents. 

Prenons un exemple. Le poulet fuit au cri du milan. 
11 agit d'après l'expérience de ses ancêtres qui lui ont 
héréditairement transmis un contact intime entre les 
cellules nerveuses impressionnées par la vue du milan et 
celles qui président à la fuite. 

Si les actes instinctifs sont plus nombreux chez les 
animaux que chez l'homme, c'est qu'ils naissent plus 
formés, leurs cellules cérébrales sont plus évoluées. Au 
contraire, le nouveau-né humain est encore très débile; 
ses cellules cérébrales sont jeunes et peu chevelues. Mais 
il a quelque instinct; il suce, par exemple, sans avoir 
jamais vu cet acte. 

La théorie mécanique de Descartes, qui a inspiré de 
si violentes et si longues discussions, a donc un fond de 
vérité. Certaines sensations amènent nécessairement 
certains actes. L'acte instinctif n'est donc pas motivé. 
Non qu'on entende par là qu'il n'ait pas un but utile, 

I Gy. Romanes : Evolution mentale chez les animaux. 
(2) Buchner : Vie psychique des bûtes. 

Le Naturaliste, 46, rue du Bac, Paris. 




mais simplement que l'être qui l'accomplit, n'a pas con- 
science de ce but utile. 

Il est évident qu'un insecte qui vit du nectar des fleurs 
ne peut comprendre que ses larves aient besoin de chair 
et approprier de par cette compréhension, les actes com- 
pliqués de la ponte à ce but. 

Mais Descartes avec son école s'est trompé en affirmant 
que tous les actes des animaux étaient tels. On sait 
aujourd'hui, grâce aune observation approfondie, que les 
animaux peuvent accomplir des actes intelligents et des 
actes imitatifs. Ils sont même bien plus nombreux qu'on 
ne se l'imaginait tout d'abord. Certains actes, qu'on a re- 
gardés longtemps comme instinctifs, mieux étudiés, ont 
été reconnus relever de l'éducation. Nous n'insisterons 
pas sur ce point bien étudié par les naturalistes et prin- 
cipalement par Romanes. 

Mais nous examinerons les attributs qu'on a prétendu 
reconnaître à l'acte instinctif. On a admis qu'il était 
invariable, parfait et infaillible, nécessaire, fatal, inné. 
Autant d'assertions fausses. 

L'instinct n'est pas immuable. Il peut être modifié par 
V expérience, l'habitude, l'imitation, l'intelligence enfin. 

L'expérience modifie l'animal en fortifiant ou détrui- 
sant ses instincts. Le loup et le renard sont bien plus 
expérimentés quand ils sont vieux. Les animaux domes- 
tiques, surtout le chien, profitent de l'expérience. Il 
apprend à craindre son maître, à garder le troupeau, à 
lever le gibier, à l'arrêter ou à courir après, etc., etc. 

Si l'acte instinctif est empêché, à la longue la relation 
entre la sensation et l'acte se perdra, et quand l'obstacle 
disparaîtra, la sensation n'éveillera plus l'acte. Ainsi un 
brochet, séparé pendant plusieurs mois d'une carpe par 
un verre, ne tenta plus de l'avaler quand on enleva ce 
verre. Les abeilles ont pris l'habitude de choyer leur reine ; 
elles continuent à le faire quand elle devient vieille et ne 
pond plus. Si l'apiculteur en introduit une autre jeune, 
elle est tuée. Mais il suffit de mettre la nouvelle reine 
dans une cage, pour y habituer les ouvrières (1). 

De même, si la sensation qui détermine l'acte ins- 
tinctif ne se produit pas, à la longue le lien entre eux 
deux s'effacera. On sait que l'instinct d'allaiter se perd 
dans les races de vaches auxquelles on enlève toujours 
leurs petits. 

Un besoin peut en contrecarrer un autre ; il y a lutte 
entre une passion et un instinct ou entre deux instincts. 
Le besoin d'affection et de compagnie peut pousser un 
animal à vivre en bons termes avec une d'une espèce diffé- 
rente qu'il a l'instinct de tuer : on a cité l'amitié de chien 
et lion, de pécari et chien, de chat et chien, etc. 
Le même motif pousse certains animaux d'espèces diffé- 
rentes, même à l'état de nature, à s'associer : telle la 
perdrix avec la pintade et le raie de terre. On a beau- 
coup étudié en ces derniers temps les mœurs du coucou. 
Il semble difficile que les oiseaux chez qui il va pondre 
ne s'aperçoivent point du changement. Ne serait-ce pas 
le besoin d'exercer l'instinct maternel qui porte les pa- 
rents à accepter le fait accompli? Romanes a bien cité 
l'exemple d'une poule adoptant des furets. 

Un instinct peut en contrecarrer un autre. J'ai vu ce fait 
très net, chez une araignée errante qui, affamée, vint du 
premier coup saisir une mouche que je lui offrais entre 
mes doigts. Je ne pus réussir avec d'autres araignées 

Perez : les Abeilles. 



150 



LE NATURALISTE 



moins amaigries. Ce fait diffère del'araignée apprivoisée 
de Pellisson, où l'habitude jouait le principal rôle. 

Sous l'empire de la faim, les animaux peuvent changer 
leur nourriture, les herbivores mangent de la viande. 
L'habitude peut leur faire prendre goût à l'aliment inu- 
sité, qu'ils finissent par rechercher. Tel le bœuf de Nor- 
vège se nourrit de poisson : on a cité l'exemple de bœufs 
et de lapins qui affectionnaient la viande. Enfin un per- 
roquet de la Nouvelle-Zélande, le Nestor nobilis, en est 
venu à s'attaquer au mouton. 

L'imitation peut détruire l'instinct. On a cité (Ro- 
manes. Perez) des exemples de chiens qui, élevés avec 
des chats, avaient adopté leurs habitudes : crainte de 
l'eau, lissage des poils, etc., etc. Elle peut l'améliorer: 
comme les rossignols qui chantent mieux par les leçons 
des autres. 

L'intelligence vient souvent modifier l'instinct. Ainsi 
l'instinct de l'oiseau est de construire un nid, mais s'il 
en trouve un tout fait, il n'en construira point ou même 
abandonnera celui qu'il était en train de construire. Il 
peut varier ses matériaux suivant la localité.- Un oi- 
seau cité par Kniglit, ayant placé son nid dans une 
serre chaude, ne venait couver que la nuit, trouvant que 
le jour la température était assez chaude. 

chez les abeilles, le chalicodome fait comme l'oiseau; 
le nid reste au premier occupant, qui s'épargne ainsi la 
peine d'en construire un autre. Les abeilles qui cons- 
truisent, des cellules hexagonales en modifient la forme 
devant un obstacle insurmontable. Darwin a remarqué 
que les abeilles profilaient pour visiter les fleurs à long ca- 
lice, des perforations faites à leur corolle par les bourdons. 

Donc l'instinct n'est pas immuable. La théorie des neu- 
rones s'accorde admirablement avec ces constatations. 
Puisque les cylindraxes sont en contiguïté, rien ne s'op- 
pose à ce que ces contacts se modifient. La théorie an- 
cienne de la continuité des cylindraxes avec les cellules, 
ne parvenait pas au contraire à expliquer ces modifica- 
tions. 

Poussons plus loin l'analyse. 

On a prétendu que l'instinct était infaillible. De nom- 
breuses observations prouvent le contraire. Ainsi cette hiron- 
delle qui prend la houe des rues pour de l'argile et 
construit avec un nid qu'elle se voit forcée de détruire 
plus lard. 

El la mouche à viande qui, trompée par l'odeur d'œufs 
pourris de la Stapelia hirsula. y dépose ses œufs. Les 
abeilles mégachiles qui pour construire leur nid coupent 
la feuille en cercle, peuvent se tromper et mal décrire 
la courbe. Quand elles s'en aperçoivent, elles aban- 
donnent l'ouvrage commencé. "Le Leucospis inocule un 
œuf parasite dans le nid du Chalicodome. Parfois l'œuf 
a pourri, le miel moisi; néanmoins le Leucospis pond 
sou œuf. Il peut encore pondre la où un précédent Leu- 
cospis a déjà pondu, autant d'erreurs dont mourra la pro- 
géniture. 

Si l'instinct n'est pas infaillible, la théorie des neu- 
rones nous en fournil l'explication. L'acle instinctif est 
provoqué par une sensation. Or si des objets différents 
sont ressentis de même par l'animal et excitent la même 
cellule aerveuse, ils amèneront le même acte instinctif. 
Ainsi l'odeur de la Stapidia liirsuta, analogue à celle 
d'œufs pourris, trompe la mouche. L'hirondelle prend la 
boue des rues pour de l'argile, etc., etc. 

L'iastincl peut donc se tromper, il n'est pas immuable. 



Ce n'est pas une fatalité inexorable comme l'affirme 
Richet. 

Enfin, il peut exister des variations dans la force qui 
rattache l'acte instinctif à la sensation. Aussi à la nais- 
sance l'acte instinctif peut exister, mais être encore mal établi, 
avoir besoin de l'éducation pour se fixer. Le poulet qui a 
brisé sa coquille, ne picore pas et ne court pas immédia- 
tement. Il reste deux heures couché sur le ventre, pra- 
tique de timides essais de marche, rampe, tombe les six 
heures suivantes, enfin, court et becqueté sans discer- 
nement. 

De même, le caneton au début ne picore pas. Il semble 
désireux de sortir de l'eau et boit maladroitement en 
cognant sur la tasse. Quand ils sont couvés par une 
poule, ils exigent plus de temps pour nager. Les oies 
craignent aussi l'eau au début. Pourtant ces animaux 
arrivent à picorer et à nager, sans qu'il soit besoin 
d'exemple. L'instinct est donc inné; mais il n'est pas 
parfait et a besoin d'essais préalables pour s'affermir. 

De même le castor séparé jeune de ses parents cherche 
à construire une cabane (1); mais il lui faut trois ans 
pour savoir le faire. 

Et le chien d'arrêt, qui naît avec cette prédisposition, 
a pourtant besoin d'un dressage. Les cylindraxes sont 
ici rapprochés. Le moindre effort suffit pour amener un 
contact intime. 

On saisit bien ainsi l'évolution de l'instinct. Acte ac- 
quis par les parents, se fixe chez les descendants, d'abord 
hésitant, s'affermit et se précise par la suite. 

Félix RÉGNAULT. 



ANIMAUX 

Mythologiques légendaires, historiques, illustres, 

célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence, 

d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement, 

de reconnaissance, etc. 



Abeilles. — Les nymphes Mélissaï (abeilles) élevèrent 
Jupiter; les prêtresses de la déesse-nourrice Dêmêter 
s'appelaient aussi Mélissaï. 

Selon Porphyre (Commentaire sur l'antre des 'Nymphes, 
de l'Odyssée), la Lune prenait aussi le nom d'abeille, 
Mêlissa; selon une légende tcherkesse, les abeilles sont 
les seuls animaux qui soient descendus du Paradis. Dans 
FEngadine, en Suisse, on croit que l'àmc humaine re- 
vient au monde sous la forme ou dans le corps d'une 
abeille ; c'est du reste ce que dit Virgile dans ses Géor- 

giques (chant IV, v. 220 et suiv.) : « Quelques sages 

ont cru reconnaître dans les abeilles une étincelle de la 
divine intelligence, une émanation du ciel », etc., etc. 
Iliéron II, roi de Syracuse, dut la vie et la couronne à des 
abeilles; né d'une servante et méprisé par son père Hiéro- 
c.lès, il fut, par son ordre, expose dans la campagne ; mais 
la Providence, qui est toujours aux aguets, lui envoya 
des abeilles qui le nourrirent. Des devins virent dans cet 
événement un signe de future royauté ; son père le reprit, 
le lit élever avec le plus grand soin, et plus tard l'enfant, 

(1; Espinas : les Sociétés animales. 



LE NATURALISTE 



iU 



devenu homme, vainquit les Mamertins à la tête des Sy- 
racusains, et fut proclamé roi. 

Les habitants de Vicaro, assiégés par le roi Alphonse, 
jetèrent sur ses troupes des ruches d'abeilles; et les in- 
sectes firent tant de mal aux assiégeants que ceux-ci 
durent quitter la place — dans les deux sens. Orosius 
rapporte le même fait des habitants de Tanli (Afrique), 
assiégés par les Perses. 

Un sieur Wildman, de Plymouth, se présenta un jour 
à la Société des Arts avec trois essaims, l'un sur la tête, 
l'autre sur le dos, le troisième dans les poches. Les trois 
ruches auxquelles ils appartenaient furent mises dans une 
pièce voisine de la salle où siégeait l'assemblée. Sur un 
coup de sifflet donné par Wildman, les trois essaims re- 
joignirent leurs ruches respectives. A un nouveau coup 
de sifflet, les insectes revinrent sur leur ami. Cet exercice 
fut répété plusieurs fois, sans qu'il en résultât aucun ac- 
cident pour les spectateurs — lesquels gardaient d'ail- 
leurs une anxieuse immobilité. La Société d'Agriculture, 
pourtant peu prodigue de ses récompenses, accorda, pour 
la singularité du fait, un prix à cet original éleveur. 

Le 4 juin 1774, Wildman fit, en présence du Stathou- 
der et de la princesse royale, son épouse, d'autres expé- 
riences fort curieuses. Il apporta une ruche pleine d'a- 
beilles et, dans l'espace de deux minutes, il les en fit 
sortir pour aller se poster sur le chapeau d'un spectateur; 
de là, il les fit venir sur son bras nu, où elles formèrent 
un onduleux et crépitant manchon ; les insectes durent 
ensuite se grouper sur sa tête et sur son visage, où ils lui 
formèrent un véritable masque. Dans cette situation, il 
but un verre de vin ; plusieurs abeilles tombèrent dans le 
verre vide, mais il les en retira avec le doigt et leur 
essuya les ailes sans aucune marque de frayeur ou d'irri- 
tation de leur part. 

Un certain Aristodème, dont parle Pline, avait passé 
près de cinquante ans à étudier les abeilles; un autre 
amateur de ces bestioles, Philiscus de Thasos, leur con- 
sacra sa vie entière, qu'il passa, à cet effet, dans les fo- 
rêts. 

Un exemple souvent cité de l'attachement des abeilles 
pour la personne qui les soigne est celui-ci : 

Une vieille dame de Nantes avait aux environs de la 
ville une petite propriété où elle allait passer la belle 
saison. Elle y possédait une grande quantité d'abeilles, 
et son unique plaisir était de leur procurer toutes les pe- 
tites douceurs dont elles sont friandes. S'étant un jour 
trouvée gravement indisposée, elle dut brusquement re- 
tourner à Nantes, et elle y mourut peu de jours après. Par 
un instinct inconcevable, toutes les abeilles se réunirent 
sur son cercueil, qu'elles n'abandonnèrent qu'au moment 
de l'inhumation. Un voisin de la dame, s'étant aperçu de 
l'arrivée de cet essaim, se rendit promptement à la mai- 
son de campagne et en trouva effectivement toutes les 
ruches désertes. 

D'un autre côté, redoutable est la colère de ces bêtes : 
en septembre 1825, des eSsains établis non loin de la 
route de Hanovre à Celle attaquèrent la diligence, entre 
Schillerslage et Celle, et tuèrent les chevaux et le con- 
ducteur. Les voyageurs ne purent échapper au même 
sort qu'en prenant une fuite rapide. 

Aigle. — C'était l'oiseau de Jupiter; on le représen- 
tait tenant la foudre dans ses serres. D'après Dion Cas- 
sais, à Pharsale les aigles romaines laissèrent échapper 
leurs foudres d'oi dans le camp de Pompée et s'envolè- 
rent dans celui de César pour lui annoncer la victoire. 



Du reste, les auteurs classiques fourmillent de ces sortes 
de récits, où l'aigle prédit tantôt la victoire, tantôt la dé- 
faite. 

Selon Pline, aussitôt après le mariage d'Auguste, un 
aigle laissa tomber dans le giron de Livie, en signe de 
fécondité, sans doute, une poule blanche qui tenait au 
bec une branche de laurier. 

La lance d'Amphiaraûs, enlevée par un aigle et fichée 
en terre, devint un laurier, etc., etc. 

Du temps d'Esope, un aigle enleva à Samos l'anneau 
public (le grand sceau) et le laissa tomber dans le sein 
d'un esclave. Consulté, Esope déclara que c'était là un 
présage de servitude prochaine. Effectivement, Crésus, 
roi des Lydiens, fit bientôt sommation aux Samiens 
d'avoir à se ranger sous ses lois. 

Esope fit aussi gagner un pari au roi de Babylone 
Lycérus sur le roi d'Egypte Necténabo, par le moyen 
des aigles. A cette époque, parait-il, les rois aimaient à 
se poser des colles, et celui qui n'avait pas pu les résoudre 
payait une forte amende à l'autre, — une amende royale; 
Necténabo avait donné à Lycérus ce problème à résoudre : 
« Trouver le moyen de bâtir une maison dans les airs. » 

Esope, sujet du roi Lycérus, choisit quelques aiglons 
qu'il dressa peu à peu à porter des fardeaux dans un 
panier, et qui enfin, devenus adultes, purent enlever 
chacun une corbeille contenant un enfant. L'époque de 
la résolution du problème étant arrivée, Lycérus fit 
enlever les cinq ou six marmots, et ceux-ci, parvenus à 
quelques mètres au-dessus du niveau de Necténabo, 
demandèrent bruyamment au roi d'Egypte des pierres 
et du mortier. Comme ce dernier ne put en fournir à nos 
jeunes maçons, il perdit son pari. 

D'après Suétone, un jour qu'Auguste dînait dans un 
bois, à quatre milles de Rome, un aigle lui prit son pain, 
pointa dans les airs, plana un instant, puis rapporta le 
pain auprès de l'empereur. 

Une autre fois, l'armée des triumvirs étant assemblée à 
Bologne, un aigle se percha sur la tente d'Auguste, battit 
à plate couture deux solides corbeaux qui étaient venus 
l'assaillir et les renversa pantelants sur le sol. Naturel- 
lement, c'était là un présage de victoire pour Auguste 
lorsque, plus tard, il eut à lutter contre Antoine et 
Lépidus. 

Claude étant consul passait dans la rue, pour se rendre 
à son tribunal, lorsqu'un aigle vint se percher sur son 
épaule. 

Deux aigles demeurèrent toute la journée sur la maison 
où naquit Alexandre, et l'on observa plus tard qu'un de 
ces oiseaux planait au -dessus de lui pendant la bataille 
d'Arbèles... (Etait-ce pour Alexandre, ou pour les ca- 
davres ?) 

Marco Polo dit que plusieurs rois de Géorgie vinrent 
au monde avec l'empreinte d'un aigle surl'épaule droite. 

Une jeune fille de Sestos en avait élevé un qui, devenu 
grand et ayant pris sa liberté, revenait néanmoins tous 
les jours apporter à son amie du produit de sa chasse, 
poil ou plume. La jeune fille mourut, et comme son corps 
était sur le bûcher, l'oiseau se jeta dans les flammes et 
y fut consumé avec sa maîtresse. Les habitants de Sestos 
élevèrent en cet endroit un temple qui fut appelé Temple 
de Jupiter et de la Vierge, en raison de ce que l'aigle 
était l'oiseau du père des dieux et des hommes. 

Pyrrhus avait élevé un aigle qui lui était aussi très 
attaché. A la mort du prince il ne voulut prendre aucune 
nourriture et il se laissa mourir de faim. 



152 



LE NATURALISTE 



Voltaire aimait beaucoup un jeune aiglon qui était 
enchaîné dans la cour dô son château de Ferney. Un jour 
cet aiglon eut maille à partir avec deux coqs, qui lui infli- 
gèrent une solide raclée et qui même le laissèrent sur le 
liane. Désolé, Voltaire envoie un exprès à Genève pour 
ramener un vétérinaire; celui-ci arrive, examine la bête, 
la palpe, dit que ce ne sera rien, et écrit une ordonnance. 
Chaque matin, la première pensée de Voltaire était pour 
son cher malade, et sa première question à la bonne était 
celle-ci : 

— Eh bien, comment va-t-il? 

— Couci, couci, Monsieur. 

— Soignez-le bien, Madeleine! Soignez -le bien! 

— Sur, alors! répondait la roublarde, qui se souciait 
fort peu de l'oiseau cher à Jupiter et à Voltaire. 

Mais, un beau jour, la fille des champs dit à son maî- 
tre : 

— Elle est guérite, votre volaille, Monsieur. 

— Guérie? Ah! tant mieux! allons la voir. 

— Oui. Elle est morte. 

— Comment, morte? 

— Oh! elle est bien mieux comme ça, allez ! Elle était 
si tellement maigre!... C'était plus bon qu'à tuer, comme 
qui dirait! acheva-t-elle en riant à belles dents. 

— Comment maigre ! misérable! alors, parce qu'on est 
maigre, il faut... A la porte, gredine ! à la porte! Ah! 
parce qu'on est maigre!... Et moi?... il faut donc me 
tuer, moi?... Extermine-moi donc tout de suite, pirate!... 
A la porte, coquine! 

A ces cris, Mme Denis dévale les escaliers et s'en- 
quiert de la cause de tout ce bruit. Voltaire lui explique 
la façon de penser de Madeleine sur les gens maigres, et 
il ordonne qu'on la saque im-mé-di-a-te-ment. 

Ce qui fut fait. 

Mais la complaisante nièce de l'illustre rageur prescri- 
vit tout simplement à Madeleine de se tenir cachée dans 
a maison, de façon que le châtelain ne pût s'apercevoir 
de sa présence. 

Tout alla bien pendant deux mois; mais tout à coup, 
au tournant d'un corridor quelconque, le maître et la ser- 
vante se trouvèrent brusquement nez à nez... Heureuse- 
ment, la bonne Mme Denis se trouvait encore là : elle 
expliqua qu'elle avait repris depuis hier Madeleine, très 
malheureuse et qui n'avait pu trouver aucune place à Ge- 
nève, dès qu'on avait su qu'elle avait été renvoyée par un 
si bon maître... 

— C'est sa faute. Pourquoi rire de la mort de mon 
oiseau parce qu'il était maigre? C'est bon, ne parlons plus 
de cela. Mais au moins, la fille, tâchez de vous souvenir 
qu'il ne faut pas tuer tout ce qui est maigre. 

(A suivre.) 

E.-S. DE RlOLS. 



DE L'APPAREIL DIGESTIF 



Tous les organes qui composent l'appareil digestif, con- 
courent à un seul et même but, celui de permettre à l'or- 
ganisme de réparer les pertes qu'il a éprouvées dans sa 
constitution, aux dépens d'éléments venus de l'extérieur, 
et qui, après avoir subi un certain nombre de transforma- 
lions à la fois mécaniques et chimiques, sont absorbés par 
certains de ces organes pour être transformés en tissus. 



Quelles que soient leurs formes et leurs dispositions, 
presque tous ces organes sont formés aux dépens du feuillet 
interne de l'embryon ou endoderme; ce qui veut dire que 
le tube digestif à peu près dans son entier ainsi que les 
glandes qui en dépendent sont d'origine endodermique, 
de même du reste que l'appareil respiratoire, en un mot 
tous les organes qui servent d'une façon directe ou indi- 
recte à l'assimilation. 

Chez les Protozoaires, le tube digestif se réduit à sa 
plus simple expression. Le plus souvent, on ne trouve 
rien qui puisse en être l'équivalent, et, dans ces cas, l'ani- 
mal incorpore les éléments dont il se nourrit dans son 
protoplasme qui, par une action chimique assez mal con- 




Fig. 1. — Protozoaires (Plagiotoma Cordiformis). — b. 
bouche; — c. anus; — v.c. vésicule contractile. 

nue du reste, les assimile et les transforme en matière 
semblable à lui-même pour expulser au dehors les débris 
nuisibles à sa vitalité. Quelquefois cependant aperçoit-on 
une petite invagination qui peut remplir le rôle d'une 
bouche, puisque c'est par là que pénètrent les aliments 
et, en général, du côté opposé, une seconde ouverture qui 
peut jouer le rôle d'anus; et c'est là tout ce qui compose 
l'appareil digestif, le protoplasme en constituant la 
partie essentielle. 

Chez les Cœlentérés, en général, l'appareil digestif est 
formé par un simple sac plus ou moins dilaté, sans dis- 
tinction d'organes proprement dits. 

Un orifice représentant la bouche sert le plus souvent 
aussi bien à l'entrée des aliments qu'à la sortie des rési- 




Fig. 2. — Coupe demi schématique d'un Cœlentéré {Aca- 
lèphe); b. bouche; — c.g. cavité gastrique; — c.r. canal ra- 
diaire ; — c.c. canal circulaire. 

dus de la digestion, mais quelquefois cependant on trouve 
un autre orifice qui sert seul à l'évacuation des excréta et 
qui forme l'anus. 

Comme ce sac digestif sert également d'appareil cir- 
culatoire {cavité gastro-vasculaire) toutes les fois que l'ani- 
mal présente des appendices sous la forme de tentacules 
ou autres, la cavité digestive se poursuit dans leur inté- 
rieur. 

Pour se donner une idée de cet appareil, il est facile de 
l'étudier, par exemple, chez les grandes Actinies ou Ané- 
mones de mer que l'on rencontre si fréquemment le long 
des plages de nos côtes. 



LE NATURALISTE 



153 



Il est même assez curieux, et l'expérience est facile à 
répéter, de voir l'un de ces petits amas gélatineux digérer 
des proies plus volumineuses que l'animal tout entier. 

Si, par exemple, on présente à l'un de ses animaux Lien 
épanoui un crabe de grosseur ordinaire mort ou vivant, 
on voit l'Actinie l'embrasser de ses tentacules et le tenir 
ainsi bien fixé sur sa bouche, puis peu à peu l'animal dé- 
vagine son estomac ou plutôt sa cavité digestive et l'animal 
disparait petit à petit enfermé dans cette sorte de sac 
mais toujours en dehors de l'animal. Lorsque la 
proie n'est pas trop volumineuse, un crabe de petites 
dimensions par exemple, peu à peu la rétraction se pro- 
duit, la poche digestive rentre dans le corps de l'animal, 
entraînant avec elle le malheureux Crustacé. Grâce à 
l'élasticité des parois du corps, la proie pénètre facile- 
ment en les distendant, et, au bout de quelques heures, 
quelquefois d'un jour, le phénomène contraire se produit 
et l'Actinie rejette un crabe qui n'est plus représenté que 
par son enveloppe calcaire. 

Lorsque la proie est trop volumineuse et qu'elle ne peut 
pénétrer dans le corps, la digestion s'accomplit tout en- 
tière à l'extérieur. C'est là la seule différence. 

Chez les "Vers, en général, l'appareil digestif se com- 
plique d'une façon considérable, bien qu'il existe des 





Fig. 3. — Turbellarié rhabdocèle {Mesostomum). — b. 
bouche; — i. tube digestif. 

Fig. 4. — Turbellarié dendrocèle (Leploplanà). — b. bouche; 
— ex. caecums gastriques. 

formes nombreuses chez lesquelles cet appareil n'est re- 
présenté que par un simple tube plus ou moins renflé en 
l'une de ses parties pour représenter l'estomac. 
Chez les plus inférieurs le tube est absolument droit, 




Fig. 6. — Portion antérieure du tube digestif d'une Anné- 
lide polychète (Syllis). — st. stylet; — tr. trompe; — p.v. pro- 
ventricule; — es. estomac; — g. T. glandes en T; — i. intes- 
tin. 

puis apparaît un renflement qui souvent pousse de très 
nombreuses ramifications plus ou moins arborescentes et 



destinées à augmenter la surface d'absorption. Quelques- 
unes de ces formes inférieures possèdent même un appa- 
reil préhensile constitué par une portion de la partie anté- 
rieure du tube digestif qui peut s'évaginer au dehors sous 
forme de trompe armée quelquefois soit de crochets, soit 
de piquants et servant de moyens d'attaque ou de défense. 

Dans les formes plus élevées, les caecums intestinaux 
se différencient de plus en plus en glandes particulières 
dont le rôle exact est encore assez obscur. 

Les Mollusques étant en général des animaux à orga- 
nisation complexe, nous devons nous attendre à trouver 
un appareil digestif assez différencié. 




eA 



Fig. 7. — Tube digestif d'un Mollusque Céphalopode (Poulpe). 

— b. bec chitineux semblable à celui du perroquet, mais ren- 
versé; — bu. bulbe buccal; — gl.s.p. glandes salivaires supé- 
rieures; — gî.s.i. glandes salivaires inférieures ; — œ. œsophage; 

— g. gésier; — e. estomac; — e.s. estomac spiral; — /. foie; 

— pa. pancréas; — i. intestin; — r. rectum; a. anus; — p.». 
poche du noir. 

La bouche, qui jusqu'ici n'avait présenté que des or- 
ganes servant à la préhension ou à la défense, nous 
montre cette fois des parties chitineuses dont le rôle 
masticateur ne saurait être douteux, soit en forme de 
dents, soit de râpes chitineuses hérissées de pointes 
(radula) ou encore de becs semblables à ceux du perro- 
quet, tels qu'on les rencontre chez la plupart des Cépha- 
lopodes. 

Les poches digestives se compliquent et se différen- 
cient; l'estomac est bien localisé et adapté à des fonc- 
tions spéciales et nettement séparé de la portion termi- 
nale de l'appareil ou tube digestif proprement dit. 

Si l'anus manque quelquefois, il existe le plus souvent, 
tantôt ramené près de la bouche, tantôt situé à l'extré- 
mité du corps opposée à cet orifice. 

Ici, nous voyons apparaître des glandes bien différen- 
ciées, les unes annexées à la mastication (glandes sali- 
vaires), les autres à la digestion proprement dite (foie et 
glandes pyloriques). Enfin parfois, plus ou moins près de 
l'anus, débouchent des glandes spéciales, adaptées surtout 
à la défense ou à la protection et qui sécrètent des liquides 
plus ou moins acres ou colorés (poche du noir des Cépha- 
lopodes). 

Les Arthropodes présentent, au moins dans les 
formes supérieures, un degré de complication encore plus 
grand. 

Si, dans les espèces dégradées, le tube digestif n'est sou- 



154 



LE NATURALISTE 



vent représenté que parmi tube droit, dilaté plus ou moins 
en l'un do ses points pour former une sorte d'estomac à 
parois glandulaires, auxquelles on attribue un rôle hépa- 
tique, on trouve, dans la plupart des espèces, de nom- 
breuses différenciations adaptées à des buts spéciaux, et 
le maximum de complication du tube digestif lui-même 
semble atteint par les insectes. 

Quant aux glandes annexes, on a décrit, chez de nom- 
breuses espèces de Crustacés, des glandes salivaires, 
des glandes hépatiques et jusqu'à des glandes pan- 
créatiques . Il ne faudrait cependant pas pousser l'assi- 
milation trop loin, et l'on a eu peut-être le tort de donner 




£»* 



<^ 



Fig. 8. — Tube digestif d'un Insecte (Cicind'ele). — md. 
mandibules; — a. antennes; — œ. œsophage; — /. jabot; — 
g. gésier; — v.ch. ventricule chylifique ou véritable estomac; 
— t.m. tubes de Malpighi ou tubes urinaires; — i. intestin; — 
a.r. ampoule rectale; — g. a. glandes anales; — a. anus. 

des noms que, pour la plupart, l'embryogénie ni la phy- 
siologie ne justifient pas suffisamment. 

L'appareil buccal se complique beaucoup pour servira 
la préhension des aliments (mandibules), à la mastication 
(mâchoires) et à la trituration (lèvres). 

Les pièces de cet appareil se transforment suivant le 
genre de vie de l'animal pour s'adapter à la succion, à la 
pénétration, etc.; mais toujours on retrouve le type fon- 
damental suivant la théorie de Savigny. 

Chez les Insectes que nous avons spécialement visés 
dans cette étude, après la bouche vient le [pharynx mus- 
culeux, puis l'œsophage plus ou moins long se dilate en 
général pour former une poche, sorte de réservoir alimen- 
taire [jabot), puis vient une nouvelle dilatation ou gésier. 
Celle-ci a les parois dures, eliitineuses, présentant sou- 
vent des dents plus oumoins aplaties. La musculature en 
e-i puissante, de sorte que c'est dans cette partie que se 
fail la trituration et la véritable mastication destinées à 
permettre aux aliments ainsi préparés de subir l'action 
des sucs digestifs, action qui se produit dans la poche sui- 
vante appelée estomac ou ventricule chylifique. 

I. intestin se rétrécit alors, et, après plus oumoinsde cir- 
convolutions, il se dilate en une ampoule (ampoule rec- 
tale) avant de s'ouvrir à l'anus. 

Les glandes annexes sont aussi nombreuses. 

l)es glandes salivaires s'ouvrent dans le pharynx. Les 



parois du ventricule chylifique sont très glandulaires et 
déversent une sorte de suc hépatique destiné à la diges- 
tion. Enfin près de l'anus s'ouvrent deux glandes qui sé- 
crètent un liquide servant soit à l'attaque, soit à la 
défense, mais qui n'a aucun rôle digestif. 

A la partie postérieure du ventricule chylifique débou- 
chentdeux canauxlongs, sinueuxet ressemblantbeaucoup 
à une échelle formée d'une corde avec bâtons transver- 
saux : ce sont les tubes de Malpighi qui ont une fonction 
excrétrice, mais probablement n'ont plus aucune action 
digestive. 

Avec les Echinodermes nous revenons à un type 
simple. 

Tantôt tout le tube digestif est représenté par une sorte 
de sac allant de la bouche à l'anus, quand il existe un 
anus, ou se terminant en cul-de-sac quand celui-ci manque. 
Cinq paires de cœcums hépatiques viennent y déboucher 
(Astéries). 

D'autres fois (Oursins) l'intestin est formé par un tube 




Fig. 9. — Tube digestif d'une Astérie. — a. anus; — cas. 
caecums gastriques; — f. foie; — g. a. glandes anales. 

à parois minces qui s'attache contre la paroi interne du 
test et y fait deux tours incomplets pour aller s'ouvrir à 
l'anus, diamétralement opposé à la bouche chez les uns, 
non loin d'elle chez d'autres. 

Chez les Crinoïdes l'anus est placé tout à côté de la 
bouche (Comatules). 

Les Tuniciers (Ascidies) ont un tube digestif simple 
dont la partie antérieure est adaptée à la respiration, 
ainsi du reste que chez la plupart des Vertébrés inférieurs. 

Il se continue par un tube droit qui va s'ouvrir direc- 




.^7)^ 



Fig. 10. — Tunicier (Claveline). — b. bouche; — e. estomac; 
— i. intestin; — a. anus; — br. branchie. Les flèches in- 
diquent la direction du courant d'eau. 

tement à l'anus après avoir reçu le produit de cœcums 
hépatiques. 
Il en est de même pour l'Amphioxus. 



LE NATURALISTE 



155 



Chez les Poissons, le tube digestif est transformé dans 
sa partie antérieure en appareil respiratoire (branchies). 

Après un vaste pharynx vient une poche stomacale 
allongée à la partie pylorique de laquelle viennent s'ou- 
vrir des caecums plus ou moins nombreux et plus ou 
moins développés. Puis, en général, l'intestin est sans dif- 
férenciation jusqu'à l'anus, qui s'ouvre dans une fente 
cloacale et un peu avant lequel on trouve parfois une 
ampoule rectale. 

Il existe un foie volumineux et un pancréas plus ou 
moins diffus. 

Déjà, chez beaucoup de Batraciens adultes, le tube diges- 
tif et l'appareil respiratoire sont distincts et les organes 
plus différenciés encore; l'anus s'ouvre aussi dans un 
cloaque. 

Rien de bien particulier à signaler chez les Reptiles . 

Chez les Oiseaux, il existe le plus souvent un jabot ou 
réservoir, un ventricule succenturié, qui sécrète une sorte 
de suc digestif ou les aliments déjà broyés dans un gésier 
à parois cornées et fortement musculeuses. 

Puis l'intestin forme une anse au sortir de l'estomac, 




Fig. H — Tube digestif d'un Oiseau (Gallinacé). — ce. œso- 
phage; — j. jabot; — pv. provenlricule ; — g. gésier; — du. 
duodénum; — pa. pancréas; — i. intestin; cas. caecums ; — r. 
rectum;— cl. cloaque. 

dans laquelle est placé le pancréas, et enfin va se terminer 
à l'anus qui s'ouvre dans un cloaque urogénital après 
avoir reçu deux petits cœcums. 

Les Pigeons nourrissent leurs jeunes pendant les pre- 
miers jours à l'aide d'une sorte de sécrétion lactée qui est 
produite par les parois du jabot et qui, chose curieuse, se 
rencontre aussi bien chez le mâle que chez la femelle. 

Chez les Mammifères les organes qui composent l'ap- 
pareil digestif, quoique pouvant différer notablement par 
la forme et les rapports, sont faciles à ramener cependant 
toujours à peu près à un type unique. 

Chez la plupart de ceux-ci, chaque partie est adaptée 
à une fonction spéciale et bien déterminée, c'est la divi- 
sion du travail physiologique à son maximum de com- 
plication. 

L'appareil masticateur se compose en général de dents 



•-•mplantées sur ou dans les mâchoires qui sont mues pat 
de puissants muscles. L'estomac est une poche en général 
simple et bien localisée, fermée à ses deux extrémités par 
deux muscles circulaires ou sphincters. L'intestin se divise 
nettement en deux parties fort différentes : intestin grêle 
où se termine la digestion commencée dans l'estomac et 
gros intestin, destiné surtout à l'accumulation des ma- 




Fig. 12. — Gésier ouvert en long pour montrer sa puissante 
musculature et les replis chitineux qui ornent sa face interne. 

tières fécales; enfin orifice anal, séparé des orifices géni- 
taux et urinaires chez toutes les formes élevées. 

Les glandes annexes (glandes salivaires, foie, pan- 
créas) bien développées. 

Nous nous contenterons de signaler deux particularités 
qui ont trait, la première à l'estomac, la seconde au point 
d'ouverture du canal qui vient du foie (canal cholédoque) 
dans la première partie de l'intestin grêle. 

Chez les Ruminants, l'estomac au lieu d'être formé par 
une simple poche est divisé en quatre cavités : une pre- 
mière (panse) reçoit les aliments à peine mastiqués qui 
passent ensuite dans le bonnet, puis, par des mouvements 
de déglutition, sontramenés dans la bouche oùils subissent 
une mastication profonde et sont transformés en bouillie 
qui redescend dans l'œsophage et qui arrivée à sa partie 
terminale, s'engage dans une gouttière étroite (gouttière 




Ju... 



Fig. 13. — Estomac de Ruminant. — œ. œsophage; — cf. 
gouttière œsophagienne qui fait communiquer l'œsophage avec 
le feuillet ; — pa. panse avec ses deux cavités ; — c b. orifice de 
communication de la pause et du bonnet; — b. bonnet; — 
f. feuillet; — c. caillette; du. duodénum. Des fenêtres sont figu- 
rées pour laisser voir l'aspect de la muqueuse stomacale dans 
chacune de ses parties. 



œsophagienne) dans laquelle le premier bol alimentaire 
n'avait pu s'engager, et cette masse tombe ainsi dans une 
troisième poche ou feuillet où la digestion commence pour 
être continuée dans la caillette ou quatrième poche, véri- 
table estomac chimique. 

D'une façon générale, chez les Mammifères, le canal qui 
amène la bile du foie (canal cholédoque) s'ouvre à coté du 
canal pancréatique [canal de Wirsung) sur une petite émi- 
nence (ampoule de Water) dans la première partie de l'in- 
testin grêle (duodénum) près de l'estomac. Or, chez le Lapin, 



150 



LE NATURALISTE 



rrs deux ciinduits s'ouvrent séparément et à une assez 
grande distance l'un de l'autre, ce qui a permis à Claude 
Bernard d'étudier l'action isolée <\u suc pancréatique sur 
les aliments. 

D'une façon générale la dissection de l'appareil digestif 
doit être faite par la face ventrale chez les [Vertébrés, par 
la face dorsale chez les Invertébrés. 

Nous verrons plus tard les particularités qui se rat- 
tachent à quelques types intéressants à ce point de vue. 

A. Gruvel. 



CONSERVATION DES PIÈCES ANATOMIQUES 



M. Melnikoff-Razvedenhoff, conservateur du Musée 
d'anatomie pathologique de Moscou, a présenté à la 
Société de biologie des pièces anatomiques admirablement 
conservées grâce à la méthode suivante : 

La pièce fraîche est placée pendant 24 heures sur de 
l'ouate imbibée de solution à 40 p. 100 de formol (aldé- 
hyde formique) pur. Les organes se décolorent un peu, 
mais ils reprennent leur teinte quand on les met pendant 
6 ou 8 heures dans l'alcool à 95°. On peut ensuite con- 
server la pièce dans la solution ci-dessous : 

Eau distillée 100 

Acétate de potasse. 30 

Glycérine 60 

On peut aussi employer l'alcool ou une solution à 
2 p. 100 de formaline. On peut encore les inclure 
dans de la gélatine, obtenue en dissolvant 100 grammes 
de gélatine dans 600 grammesd'eau chaude eten ajoutant 
350 centimètres cubes de solution d'acétate de potasse. 
Finalement filtrer et ajouter 700 centimètres cubes de 
glycérine. 

La méthode que nous venons de décrire est basée sur 
les propriétés conservatrices de l'aldéhyde formique 
que, pour la circonstance, on a appelé formol, la ter- 
minaison ol étant réservée, suivant une coutume bi- 
zarre, aux antiseptiques (ex. salol, naphtol, etc.). Le for- 
mol a donné aussi d'excellents résultats à M. Fabre-Do- 
mergue pour la conservation des animaux marins. Il est 
excellent pour les insectes. 

J'ai aussi essayé de conserver les fleurs avec leurs cou- 
leurs dans du formol, en diverses proportions, en solu- 
tion pure ou associée à d'autres antiseptiques tels que 
l'acide salicylique. Malgré des essais nombreux, je ne 
suis arrivé à aucun résultat net. La coloration se con- 
serve un peu, mais elle n'est jamais identique à ce qu'elle 
est chez la plante vivante. En somme, sous l'influence 
du formol, toutes les parties du végétal, vertes ou colo- 
rées deviennent blanches lactescentes. Le formol à 5 ou 
10 % a le triple avantage sur l'alcool de ne pas coûter 
aussi cher, de ne pas dissoudre la chlorophylle et enfin 
de ne pas rendre les pièces transparentes. Une plante 
dans du formol devient opaque, mais conserve admira- 
blement son port. Les fruits, leschampignons, etc. se con- 
servent aussi fort bien dans le formol. 

Henri Coupin. 



LES MANGEURS DE LIVRES 



Leur histoire naturelle, 
leur constitution. 

Les ravages qu'ils occasionnent. 
Peut-on s'en mettre à l'abri ? 

Comment ? 



Aujourd'hui, la mode est à l'antique, et ce qui fait, 
pour les prétentieux ignorants, du moins, le prix d'un 
meuble ou d'une tapisserie, c'est le nombre de trous de 
vers ou de rongeurs quelconques par mètre carré. Il 
n'en va pas de même, heureusement, pour les livres, les 
bibliophiles étant tous gens intelligents et instruits, qui 
prisent avant tout les idées contenues dans un volume, 
mais sont loin d'en dédaigner la bonne conservation. 

Malheureusement, nombre d'ouvrages de grand prix 
ont plus d'une fois été endommagés, par ces malheu- 
reux, sots et méchants, que nous voyons chaque jonr 
lacérer ces affiches au vif dessin, aux brillantes couleurs, 
œuvres de Chéret, Pal, et de tous les maîtres de l'affiche, 
et qui, presque toujours, s'attaquent, par un raffine- 
ment du plaisir de la destruction, à la bouche ou aux 
yeux. Encore est-il que nos livres sont à l'abri de ces 
sottes mutilations dans nos bibliothèques. Mais ils n'y 
sont point préservés de toute une véritable armée de 
perceurs et de rongeurs, qui leur est, hélas! tout aussi 
funeste. 

L'ignorance populaire accuse seuls les rats, les souris 
et les vers de ces déplorables forfaits. Combien de fois 
avez-vous entendu cette phrase : « C'est un livre mangé 
aux vers ». Et on ne pense même pas à la formidable 
armée de rongeurs invisibles dont nous allons nous 
occuper. 

Nous ne voudrions pas dire cependant que les souris et 
leurs compères les rats n'ont pas quelques petits péchés 
sur la conscience. Mais, pour ce qui est des vers, nous 
prononçons sans hésitation un verdict d'acquittement en 
leur faveur, car si l'on en rencontre dans les biblio- 
thèques, ce n'est que dans les reliures en bois des vieux 
parchemins, avec la substance animale desquels ils se 
nourrissent. 

Jusque vers le xvir 9 siècle, on ne connaissait en 
Europe que deux ou trois espèces de rats, et les livres 
dormaient paisiblement dans les bibliothèques. Mais un 
peu plus tard, à une date mal déterminée, apparut chez 
nous le rat de Sibérie sans qu'on ait réussi à enrayer son 
développement en Europe. Versailles en fut littérale- 
ment infesté. On prétendit alors que cette nouvelle 
espèce nous était arrivée dans les navires de M. de Bou- 
gainville, mais nous ne savons rien de précis à ce sujet. 
Toujours est-il que cette alliance franco-russe fortifia 
terriblement la gent destructive du vieux temps. 

On se plut à croire que l'imprimerie apporta aux rats 
une pâture nouvelle, ignoréedans les temps plus reculés, 
où le papier était presque totalement inconnu. Mais nos 
patients observateurs des us et coutumes des animaux, 
n'eurent pas grand peine à se convaincre que la faim ou 
la gourmandise n'est pas le mobile qui pousse ces 
funestes rongeurs à causer à nos livres d'irréparables 
dommages : loin de là! Beaucoup plus touchant en est le 
motif; car c'est pour faire à leur tendre compagne une 



LE NATURALISTE 



157 



couche plus moelleuse, qu'ils mettent — sans pudeur et 
sans honte — en lambeaux les plus belles pagesde litté- 
rature ou les travaux scientifiques du plus haut intérêt!... 
C'est pour achever le nid qui donnera le jour aux des- 
tructeurs de l'avenir ! 

Mais demanderez-vous, peut-on s'en débarrasser? 
Oui. Le moyen? Je neveux, pour ma part, vous con- 
seiller que ce que vous connaissez tous, des ratières. Car 
il est un autre moyen, rapide et efficace, un poison 
employé par bon nombre d'agriculteurs (libre à eux de 
vous l'indiquer), mais dont je ne vous donnerai pas la 
recette à cause de son abominable cruauté : la funeste 
mixture étant mise à la disposition des rats, les empoi- 
sonne lentement, allumant en eux un feu dévorant qui 
les affole, les enrage, et les excite à se livrer entre eux 
de cruels combats qui hâtent encore leur extermination. 

Cependant, le rat n'est pas le pire ennemi de nos 
livres, loin de là, et il se rencontre rarement dans une 
bibliothèque bien tenue. Nous devons donc aborder 
maintenant la question d'entomologie proprement dite (1). 

Ce sont des ravages causés dans les précieuses biblio- 
thèques de l'Afrique et du Nouveau Monde, par les 
terribles blattiens que nous allons d'abord nous occuper. 
C'est surtout au Brésil, au Pérou, et dans le vieil empire 
de Montezuma que le hideux ravet ou cancrelat [blatta 
amcricana) a dévoré des livres d'un prix inestimable, fai- 
sant partie de collections uniques. Écoutons à ce sujet 
les doléances du P. du Tertre, voyageur, pauvre mis- 
sionnaire du xvn e siècle, et écrivain, ignoré de nos 
jours, aimable et spirituel, que Chàteaubriant n'hésitait 
pas à placer à côté de Bernardin de Saint-Pierre : « Les 
« ravets, dit-il, sont certains petits animaux semblables 
« à des hannetons dépouillez de leurs plus dures aisles, 
« mais un peu plus plats et plus tendus. Il y en a une si 
« grande quantité dans la Guadeloupe que je ne crois 
« pas qu'il y ayt une isle dans toute l'Amérique où il s'en 
« trouve un si grand nombre, au moins dans celles où 
« j'ay esté; je n'en ay jamais tant veu. Ces petits ani- 
« maux font beaucoup de tort aux habitants; ils sont à 
« milliasse dans les coffres, si on ne les visite quasi tous 
« les jours. Ils mangent la cavasse, la viande cuitte, 
« crue et même salée ; mais surtout ils nous font beau- 
« coup de tort dans nos bibliothèques, où ils sont per- 
« pétuellement à ronger les livres qu'ils gastent entière- 
« ment (2). » 

Après le P. du Tertre, écoutons l'opinion de d'Orbigny, 
sur les blattiens dont l'innombrable population infeste le 
monde; il est encore plus énergique dans son accusa- 
tion que le vieux missionnaire : « Les blattiens, dit-il, 
« sont en général des insectes nocturnes d'une grande 
n agilité, courant avec une extrême vitesse ; ils exhalent 
« une odeur fétide des plus repoussantes, odeur qui 
i persiste sur tous les objets qui ont eu leur contact. Ils 
a attaquent toutes les substances animales et végétales 
« dans quelque état que se trouvent ces substances : 
« c'est principalement dans les pays chauds que les 
« blattiens exercent des ravages immenses. Dans les 
« colonies, dont ils sont le fléau, on les désigne sous le 
« nom de Kakerlacs, Kakkerlaques ou cancrelats, de ravets 

(1) Voir : Les insectes nuisibles à l'homme (Paris, 1866, io-8°), 
de M. Ch. Goureau et. les insectes utiles ou nuisibles, de 
M. E. François de Cotillon. 

(2) Histoire générale des isles de Saint-Christophe, de la 
Guadeloupe, de la Martinique et autres dans l'Amérique 
Paris, in-4°, fig. 



« ou de bêtes noires, etc.. On assure qu'en une seule nuit 
« ils peuvent percer des malles, des caisses; en outre, 
« leur forme aplatie 1 eur permet de s'introduire par tous 
« les interstices, par toutes les fissures... Des barils entiers 
« de substances comestibles sont souvent leur proie; au 
« bout de quelque temps, on les trouve remplis de ces 
« insectes. » 

La plupart du temps, heureusement, le baril de pro- 
visions peut être remplacé. Mais il n'en va pas de même, 
hélas ! pour les manuscrits retrouvés et réunis par des 
chercheurs érudits, d'infatigables voyageurs!... Et de 
même que les bottes de Jean de Léry, le spirituel voya- 
geur du xvi° siècle, étaient devenues — de noires qu'elles 
étaient — entièrement blanches, sous l'attaque des 
blattiens, de même les plus riches reliures, dont se glo- 
rifient les bibliophiles, sont percées, laminées, déchique- 
tées par ces affreux rongeurs, qu'elles soient l'œuvre des 
Thouvenin ou des Beauzonet, indistinctement. Les Adle 
ou les Elzévir auraient payé cher l'anéantissement de 
cette gent destructive, s'ils avaient pressenti la gloire 
impérissable que l'avenir leur réservait. 

Il est cependant, peut-être, un animalcule plus actif 
encore et plus redouté par les bibliophiles vigi- 
lants. Donnons la parole à un antomologiste fameux qui 
l'a sûrement et patiemment observé dans son œuvre mal- 
faisante, et signalé incidemment dans un plaidoyer qu'il 
fait en faveur des petits oiseaux qui se nourrissent d'in- 
sectes nuisibles. « Avez-vous jamais remarqué — 
« interroge M. Edouard Brebis — dans les bibliothèques 
« où les livres sommeillent, dans les archives où les 
« registres ne sont feuilletés qu'à de très rares inter- 
« valles; avez-vous remarqué, dis-je, ces profondes éro- 
« sions sinueuses qui intéressent ordinairement un grand 
« nombre de feuillets et mettent parfois un livre, une 
« liasse en lambeaux ? Avez-vous jamais plongé vos 
« regards dans ces sillons, et n'y avez-vous pas aperçu 
« une larve trapue, courbée en hameçon? C'est le pre- 
« mier étatd'une vrillette, YAnobium hirtum, qui, si on la 
« laissait faire, détruirait une bibliothèque aussi sûre- 
« ment que le fut, a-t-on dit, celle d'Alexandrie ; seule- 
« ment elle y mettrait beaucoup plus de temps, ce qui est 
« fort heureux, car alors on a la possibililé de lui faire la 
« guerre, de visiter les livres, débattre et de secouer ceux 
« qui sont attaqués, et de tuer les vers qui en tombent. Il 
« n'y a, du reste, que cela à faire, de même que pour les 
« autres vrillettes il n'y a qu'à souvent frotter les parquets 
« et les meubles; car on comprend, sans que je le dise, 
« que les oiseaux n'ont rien à voir avec ces insectes 
« domestiques (1) ». 

Après une telle description, on est suffisamment édifié 
sur le rôle des terribles vrillettes dans les bibliothèques. 
Eh bien! — le croirait-on? — ce ne sont pourtant pas 
elles qui détiennent le record de la destruction des 
livres. Bien plus funestes encore leur sont les bruches (2). 
Si les vrillettes percent un trou unique, comme un trou 
de vrillle (d'où elles tirent leur nom, s'il faut en croire 
un célèbre entomologiste, M. Verardi), on juge des 
ravages que causeront les bruches, ces petits coléop- 
tères, très voisins des charançons, qui appartiennent à 
la famille des Rhinocères ou Rostricornes ; tous les 
membres de cette famille sont en effet — on ne le sait, 



(1) Bulletin de la Société d' Acclimatation, 2 e série, t. X. 

(2) Du grec (ipOxco (brucho), je roDge. 



158 



LE NATURALISTE 



hélas ! que trop bien — munis «le quatre articles à tous 
les tarses, et leurs antennes grossissent insensiblement, 
portées sur un bec ou prolongement du front (1). 

Ce redoutable insecte est le travailleur le plus labo- 
rieux et le plus actif dans son œuvre funeste. Non 
content de dévorer nos livres, il mange les légumineuses 
les plus précieuses, ronge sans pitié les fèves et les pois. 

Toutefois ici, par bonheur, le mal n'est pas sans 
remède. Le Bulletin du bibliophile en enseigne un des 
plus pratiques. II rappelle d'abord que les essences de 
certains bois exhalent une odeur aromatique, qui éloigne 
infailliblement les anobies, les ptines et les ptiliens 
d'Europe, qui ne dédaignent pas non plus, dans leurs 
moments perdus, de faire la guerre aux livres. Puis il 
s'exprime en ces termes : 

« Ce qu'il y a d'incontestable, c'est que l'arôme du 
« cuir de Russie est si odieux à tous les insectes, que les 
« naturalistes ont donné à un beau Trichius, qui le 
« répand à un degré très exalté, le surnom à'eremita, 
» parce qu'ils ont cru remarquer que les autres espèces, 
« et même celles qui vivent le plus fréquemment dans 
« les troncs de saule et de poirier, n'en approchent pas 
« dès qu'il s'y trouve. J'ai eu le bonheur de conserver 
« mes insectes et mes livres dans des meubles très 
« altérés ; je l'ai attribué du moins au soin que j'ai eu d'y 
« renouveler souvent, quand je l'ai pu, ce Trichius ere- 
« mita, qui, sans être fort rare, se rencontre en divers 
« lieux d'Europe, et notamment aux environs de 
« Paris (2) ». 

Il ne faut toutefois pas se dissimuler que l'influence du 
Trichius eremita est loin d'être infaillible ; il y a plus : 
l'influence du cuir de Russie elle-même, dont il rap- 
pelle l'odeur, a été mise en suspicion ! 

On a pensé — avec juste raison — qu'il ne suffisait 
pas d'étudier les bêtes et leurs désastres, mais qu'il serait 
lion de rechercher leur origine : or, beaucoup d'insectes 
ont pour patrie la colle de pâte, dont le relieur le plus 
habile ne peut pas rejeter complètement l'emploi. Tous 
les essais tentés dans le but de détruire le microbe dans 
son lieu d'origine sont restés infructueux ; sels miné- 
raux, alun, sucs amers de la coloquinte ou de l'ab- 
sinthe, poudre d'arsenic même, rien n'y fait... 

C'est un spirituel littérateur, Charles Nodier, qui nous 
donne le moyen le plus efficace de préserver nos livres : 
« La bibliothèque des savants laborieux, dit-il, n'est 
jamais attaquée des vers. » 

Le fait est. qu'en dépit, de tous les procédés inefficaces 
préconisés des l'antiquité la plus reculée, depuis Servius 
Tullius, dont la tunique fut, soi disant, montrée intacte, 
après la mort de Léjean, soit, plus de cinq cents ans après 
sa mort, jusqu'à l'érudit Namur, qui recommande les 
fumigations de soufre, en convenant toutefois de leur 
inefficacité sur les larves (3), le moyen à la fois le plus 
simple, le plus sûr et le plus pratique, consiste dans le 
battage fréquent et énergique des volumes qui com- 
posent nos bibliothèques. Il est très bon aussi de les 
frotter avec un morceau d'étoffe, saupoudré d'alun pul- 
vérisé, en ayant soin toutefois de ménageries reliures. 

Et si les remèdes apportés ne sont, que relatifs, ce 
n'est pas la faute des nombreux chercheurs, qui ont 
travaillé à les améliorer depuis le temps du docte Wilson, 



l Grand Dictionnaire des sciences naturelles (édit. 1817). 

(2) liullelin du bibliophile, janvier-février 1877, p. 66. 

(3) P. Nahor. Manuel du bibliothécaire (Bruxelles, 1834, in-8°). 



qui, dans ses Fragments sur la Grèce, avoue que les 
bibliothèques des maisons religieuses de Salonique, 
Scio, Santorin, Maxos, Constantinople même, tombaient 
littéralement en poussière ! 

Dans la terrible nomenclature que nous venons de 
faire, il est encore un insecte, teigne microscopique des 
plus redoutables, que nous avons passé sous silence. Je 
veux parler des traças, de voracité sans égale, bien plus 
nuisibles encore, par la rapidité de leurs dommages, que 
les produits multiples de YAnobium hirtum. C'est dans 
l'Amérique du Sud, qu'en quelques nuits de travail, ils 
ont détruit les vocabulaires si précieux, grâce auxquels 
on put, au xvi e et au xvn e siècle, étudier les principales 
langues indiennes, et qu'on a réimprimés à grand'peine 
ces dernières années, pour le plus grand profit de l'his- 
toire et de l'archéologie. Ce sont les traças, l'humidité 
des dépôts de livres aidant, qui ont détruit nombre de 
récits des antiques conquistadores, qui contenaient tant 
de récits, à jamais ignorés maintenant, de longs et 
pénibles voyages d'explorations, que des hommes intré- 
pides doivent entreprendre maintenant à nouveau; ce 
sont eux encore qui obligent les savants érudits de 
l'Amérique du Sud à venir plus d'une fois chercher 
dans nos archives les documents qu'ils possédaient avant 
nous. Tel a été le cas de M. Franklin Ramiz Galvan, qui 
a raconté avec une sincère douleur, les terribles méfaits 
de cet insecte, contre lequel on est totalement impuis- 
sant, et qui lacère livres et manuscrits par d'intermi- 
nables guipures, en déconcevants linéaments, avec la 
voracité d'un appétit sans égal. 

Paul Jacob. 



DESCRIPTION DE COLÉOPTÈRES 1CYE4DX 



Macratria maculata. Grand, noir un peu brillant, convexe, 
maculé antérieurement de gris. Antennes minces, claires, 
moins les quatre avant-derniers articles, obscurcies, 
les avant-derniers un peu épaissis et peu longs, le ter- 
minal clair, un peu plus long que le précédent. Tête 
diminuée et arrondie en arrière, légèrement impres- 
sionnée, à ponctuation écartée relativement forte; yeux 
gros, assez saillants, écartés. Prothorax long, un pei 
diminué vers la base qui est ornée de poils grisâtres, à 
ponctuation forte, rapprochée. Elytres bien diminués en 
arrière, à ponctuation irrégulière peu forte en lignes, 
avec une courte pubescence couchée ; sur chaque élytre 
un peu après les épaules, une tache ou bande externe 
grisâtre. Pattes courtes, fortes, plus ou moins foncées, 
avec les tarses en partie roussâtres. Long. 6 mill. Sum- 
bawa. 

Voisin de coloration M. Uguttata Pic, mais plus al- 
longé, dessin gris des élytres moins net. Avec M. canali- 
culata (cette espèce brésilienne bien caractérisée par sa 
coloration générale brunâtre, là pubescence couchée, 
jaunâtre avec quelques poils dressés, les antennes minces, 
claires, à derniers articles peu longs et peu épaissis, les 
pattes fortes, plus ou moins rougeâtres, le prothorax, 
large en avant, marqué d'une sorte de large sillon médian 
longitudinal) M. bigidtata est une des plus grandes espèces 
, du genre. 



LE NATURALISTE 



159 



Je possède, venant d'Andai, clans la Nouvelle-Guinée, 
2 formes également de grandes taille (5 1/2 mill.) à colo- 
ration obscurcie, l'une (Forticomis) offre les antennes 
foncées, pubescentes, épaisses, à articles courts à partir 
du deuxième avec les derniers très longs, surtout cT, le 
prothorax large, marqué d'une sorte de sillon médian, 
les élytres presque parallèles tronqués au bout, les pattes 
noires avec la majeure partie des cuisses antérieures et 
intermédiaires rougeàtres ; l'autre (grandis) offre les an- 
tennes à articles très menus et clairs à la base, les der- 
niers qui sont très longs, obscurcis, le prothorax peu 
large, très granuleux, les élytres bien atténués en arrière, 
légèrement tronqués et bien arrondis à l'extrémité avec 
les pattes entièrement rougeàtres moins les fémurs anté- 
rieurs un peu obscurcis; tibias plus ou moins rembrunis. 

Marratria pallidiceps. Peu allongé, d'un noir assez bril- 
lant, à pubescence jaunâtre: tête rougeâtre, antennes et 
pattes pâles, sommet des tibias intermédiaires et posté- 
rieurs et tarses postérieurs un peu rembrunis. Antennes 
très grêles, à derniers articles peu allongés, le terminal 
plus long que le précédent. Tète arrondie et rembrunie 
en arrière, à ponctuation irrégulière ; yeux grands, écartés, 
non saillants. Prothorax modérément allongé, à dépres- 
sion médiane et ponctuation forte assez rapprochée. 
Elytres â peine atténués, mais bien arrondis à l'extrémité 
à stries ponctuées nettes ; pubescence mi-dressée jaunâtre 
assez longue. Pattes courtes modérément épaisses, avec 
les cuisses bien renflées. Long. 4 l/2mill. N.-S. Wales 
Australie. 

Espèce assez particulière par la coloration de la tête, 
les antennes claires, très minces. 

Macratriavicina. Voisine de laprécédente comme colora- 
tion, mais vaguementbrunâtre, aveclespattespostérieures 
obscurcies; genoux antérieurs et intermédiaires tachés 
d'obscur. Tête d'un rougeâtre brillant bien entaillée en 
arrière à ponctuation fine, écartée avec les antennes claires, 
minces; yeux noirâtres, saillants. Prothorax long, légère- 
ment ovalaire, déprimé, très granuleux, unpeu plus clair en 
avant. Elytres parallèles arrondis à l'extrémité, à stries 
nettes, mais ponctuation peu marquée; quelques poils 
dressés sur le corps. Long. 5 mill. Perack dans la pres- 
qu'ile de Malacca. 

Macratia Bang-Haasi. Petit, peu allongé, noirâtre; très 
pubescent de grisâtre à l'état frais. Antennes claires, très 
grêles à la base avec les trois derniers articles obscurcis, 
très dilatés, le terminal peu long, en pointe. Tête rou- 
geâtre dans sa partie antérieure, à ponctuation fine, rap- 
prochée. Yeux très grands. Prothorax allongé, presque 
parallèle, à ponctuation fine. Elytres assez atténués en 
arrière, à stries ponctuées peu marquées. Pattes testacées 
moins les postérieures presque entièrement obscurcies. 
Long. 3 â 3 1/4 mill. N.-S. Wales en Australie. 

Voisin de M. pygmxa. Pic, et peut-être variété de cette 
espèce à coloration des pattes plus claire. 

Maurice Pic. 



CHRONIQUE 

Histoire esthétique de la nature. — Jeudi 
dernier, M. Maurice Griveau poursuivait son Histoire es- 
thétique de la nature, en Sorbonne, par la description de 
l'orage. Dans les ciels, les terrains, les eaux, il avait 
déjà révélé le rythme et l'harmonie. L'orage, qui brise le 
ciel de sa foudre, qui ravine les terres et qui gonfle les 



eaux, est, de soi, un phénomène perturbateur. Et pour- 
tant, la peur mise de côté, l'on admire, on parle de beau, 
de sublime. Ces éclairs, qui font tressaillir, sont superbes; 
ces roulements de tonnerre impressionnent l'âme, et la 
suggèrent à la fois. M. Griveau rattache entre eux les 
trois aspects de l'orage : poétique, scientifique, artisti- 
que. Il fait un parallèle ingénieux des manifestations de 
l'énergie cosmique, au dehors, et de l'énergie psychique, 
au dedans. Il montre le langage appuyant ce parallèle 
d'instinct, lorsqu'il dit : l'éclair de la pensée, un geste 
foudroyant, une influence magnétique, une âme électri- 
sée, etc. — La troisième partie, sur l'interprétation de 
l'orage par les divers arts et notamment la musique, a 
beaucoup plu; — surtout par l'analyse curieuse autant 
que neuve de l'orage d'orchestre le plus beau, — celui de 
la Symphonie pastorale. — Il en ressort que Beethoven n'a 
pas fait là une imitation mais une interprétation mental e 
de la nature. Pour le musicien de génie comme pour le 
peintre, un paysage est un élat d'dme. 

Conférences agricoles. — M. Georges Ville a 
commencé ses conférences agricoles au Champ d'expé- 
riences de Vincennes, cette année, le dimanche 21 juin, à 
trois heures très précises. Elles seront consacrées, comme 
les années précédentes, à l'exposition de la doctrine des 
engrais chimiques étendue aux cultures arbustives (vignes 
et arbres fruitiers), à la sidération et au rationnement du 
bétail réglé par la nature des engrais donnés à la prairie. 
Mais c'est la sidération qui occupera la place principale 
à cause de l'extension considérable qu'elle a reçue et des 
résultats importants qu'elle a produits. 



LIVRES NOUVEAUX 



Cours de géologie, par F. Priem, agrégé des sciences natu- 
relles, professeur au lycée Henri IV. 2° éditioD, revue et 
augmentée, vol. in -8°, couverture en toile, 3zl pages et 
211 figures et 1 carte en couleurs. 

M. Priem vient de faire paraître une deuxième édition de 
son cours de géologie, à l'usage, dit l'auteur, des classes de 
cinquième classique et de cinquième moderne et des candi- 
dats à l'Institut agronomique. 

En dépit des programmes qui n'exigent la connaissance de 
la géologie que dans les classes de cinquième, nous croyons 
être utile aux élèves des lycées, spécialement à ceux des 
classes de philosophie, de première moderne et même aux 
étudiants de première année de médecine, en leur recom- 
mandant la lecture du traité de M. Priem, car il renferme la 
solution d'un grand nombre de problèmes dont la connais- 
sance ne devrait pas être ignorée. 

L'origine et la composition du sol sur lequel nous mar- 
chons, des matières que nous voyons tous les jours et qui 
sont d'un usage courant, telles que les calcaires, l'argile, la 
houille, le sel, le gypse, les divers minerais ; l'étude des phé- 
nomènes qui ont modifié ou modifient encore la structure de 
notre planète devraient être connues de tous les élèves des 
lycées et même des écoles normales primaires. 

Combien peu cependant les connaissent. Je me souviens 
avoir lu, il y a quelques années, la composition d'un élève de 
philosophie, auquel on avait donné à l'examen du baccalauréat 
la question suivante : Le terrain houiller, la houille, sa com- 
position et son origine. La dissertation était d'une fantaisie 
véritablement échevelée. Le candidat avait fait un amalgame 
des plus bizarres avec le système de Descartes, et le feu cen- 
tral, additionnés de quelques principes de Hobbes, de Scho- 
penhauer, de Spencer, etc., le tout soumis à des cataclysmes 
extraordinaires. La houille s'était formée, on ne sait comment, 
au milieu de cet horrible mélange. 

Inutile d'ajouter que le candidat eut un zéro pour son élu- 



160 



LE NATURALISTE 



cubration, malgré une intervention des plus éloquentes de son 
professeur de philosophie dont il était le meilleur élève! 

11 serait temps, en France, de réagir contre cette ignorance 
des élèves en imposant de nouveau l'étude de la géologie dans 
les programmes de l'enseignement. Nous ne demandons pas 
la connaissance de toutes les questions géologiques, ni des 
discussions théoriques qui ont traita cette science; mais nous 
désirerions vivement que les notions essentielles de la géologie 
fussent enseignées avec les nombreuses applications de cette 
science aussi bien dans l'art des mines que dans les travaux 
publics, en géographie qu'en agriculture. 

L'ouvrage de M. Priem, illustré de plus de 200 figures rem- 
plit ces conditions. Il est divisé en trois parties. Dans la pre- 
mière, l'auteur expose les notions générales sur la structure 
actuelle du globe .terreslre. Les causes qui modifient tous les 
jours cette structure (action de l'eau marine, de l'eau cou- 
rante, des glaciers, des volcans, des tremblements de terre) 
sont étudiées dans la seconde partie. 

Le lecteur en possession de ces données sur les phénomènes 
actuels peut aborder l'étude géologique de notre planète qui 
est exposée longuement dans la troisième partie du traité. Les 
diverses périodes géologiques sont passées successivement en 
revue, et l'auteur en donne les caractères les plus essentiels. 
L'ouvrage se termine par des chapitres très intéressants sur 
les mouvements de l'écorce terrestre, la formation des chaînes 
de montagne et les récents progrès de la géologie. 

L'ouvrage de M. Priem, écrit dans un style sobre et clair, 
n'est pas bourré de faits comme certains de ses semblables. 
L'auteur a su donner de l'animation à son traité en cherchant 
avant tout à faire ressortir le côté philosophique et le côté 
pratique de la géologie; ce dont nous le félicitons bien sincè- 
rement. Il n'est pas douteux qu'une troisième édition de cet 
ouvrage ne devienne bientôt nécessaire. 

Ph. Glangeaud. 



OISEAUX ACRIDOPHAGES 

(Suite.) 



Les Rolliers. — Coracidae. 

Les contrées tropicales de l'ancien monde sont la véri- 
table patrie des Coracidés.Une espèce se répand jusqu'en 
Europe, mais la plupart vivent dans la zone équatoriale, 
l'Amérique exceptée. Cette famille est composée de deux 
genres, les Rolles Eurystomus et les Rolliers Coracias 
subdivisés en nombreuses tribus ayant toutes les mêmes 
mœurs. Ces oiseaux semblent aimer le voisinage des 
rivières, aussi les voit-on souvent planer au-dessus de 
l'eau et prendre souvent leur proie au vol. On trouve 
dans leur estomac des débris de sauterelles, d'insectes 
aquatiques, tels que des Ditis et surtout des hannetons. 
Ils détruisent aussi des petits reptiles, des grenouilles, 
des lézards, quelques souris et petits oiseaux. Ils sont 
assez friands des figues. Leur vol ressemble beaucoup à 
celui des hirondelles. On en connaît une dizaine d'es- 
pèces répandues en Europe, Asie, Afrique et Océanie, 
dontune vh' Coracia garrulus» provenant des Indes fournit 
une •■norme quantité de ses dépouilles à l'industrie plu- 
ma-sière, au prix ridicule d'environ 10 centimes la peau. 

Dans l'Amérique méridionale les Rolliers sont rem- 
placés par les Motmots-Priomtes, qui sont surtout des 
oiseaux sylvicoles, ils se nourrissent d'insectes qu'ils cap- 
turent sur le sol. Nous connaissons deux variétés assez 
communes dans le commerce, fournies par le Brésil et les 
( iuyanes principalement. 

Le Rollier vulgaire. — Coracia garrulus. 
Le Rollier (Coracia garrulus) Mandelkrahe. Cet oiseau 
assez répandu enAlgérie etdans l'Afrique septentrionale 



où il niche, fréquente les parties méridionales de l'Eu- 
rope, le sud de la Russie, la Grèce, l'Espagne à son pas- 
sage du printemps et de l'automne ;il se retire l'hiver jus- 
qu'au cap de Bonne-Espérance et dans l'Asile centrale. C'est 
la plus rare des trois espèces de coracias sud-africains. 
Holub croit que le Rollier vulgaire émigré des hauts pla- 
teaux africains dans les vallées du Zambèze, le bassin du 
lac Ngami et les grands lacs salés de l'ouest des Baman- 
gwato, vers le nord et à l'est vers le cours inférieur du 
Limpopo. Andersson l'a vu dans le pays des Damaras. 

Eurystomus afer. Fig. Levaill Rolliers. p. 35. — 
Assez rare dans l'Afrique méridionale. 

Eurystomus gularis. — Habite l'Océanie, la Nou- 
velle-Guinée. Ces deux espèces se distinguent des véri- 
tables Rolliers par la conformation du bec, le coloris du 
plumage est aussi plus foncé, les mœurs sont les mêmes. 

1. Eurystomus glaucurus. — E. madagascariensis. 
Fig. Grandidier, pi. lxxx, lxxxi et lxxxii. 

L'Eurystome de la côte .occidentale d'Afrique ne diffère 
de l'Eurystome qui habite la côte orientale et l'île de 
Madagascar que par sa taille, plus petite d'un cinquième, 
et par ses teintes un peu moins foncées et un peu moins 
vives. Les Eurystomes ne passent pas toute l'année à Ma- 
dagascar; ils n'arrivent guère dans cette île avant le mois 
d'octobre, et ils se répandent alors par bandes sur les 
côtes ; ils sont surtout abondants dans le nord-ouest et 
dans le nord-est. Ils partent après la saison pluvieuse, au 
mois de mars, et les Sakalavàs, qui vont souvent pendant 
la nuit pêcher des tortues de mer, les entendent, à l'épo- 
que de leurs migrations, passer en coassant au-dessus de 
leurs têtes. Pendantla saison sèche, on n'en trouve plus; 
ils habitent alors la côte orientale d'Afrique. 

Ce! sont des oiseaux assez farouches, qui se nourrissent 
de reptiles et d'insectes, surtout d'hémiptères et d'orthop- 
tères ; il paraît qu'ils mangent quelquefois des fruits et 
des graines. On les voit souvent perchés, tantôt seuls, 
tantôt en plus ou moins grand nombre, sur une branche 
morte d'un palétuvier ou d'un arbre situé au bord d'une 
clairière; ils restent longtemps immobiles au même en- 
droit, regardant tout autour d'eux et attendant patiem- 
ment une proie :dès qu'ils l'ont aperçue, ils fondent sur 
elle, la prennent dans leur large bec et reviennent à leur 
place. Le matin et le soir, ils s'ébattent dans les airs, et 
planent par paires au-dessus de la cime des arbres. Leur 
vol, quoique lourd et saccadé, est puissant et rapide. 
Leur coassement rauque et désagréable rdkarâka ou Kd- 
haha Kâhaha, qui est semblable à celui de notre Rollier 
vulgaire, retentit souvent dans les bois dans la saison 
pluvieuse. Au moment des noces, vers la fin dumois d'oc- 
tobre et en novembre, les Eurystomes malgaches se bec- 
quètent comme les pigeons. L'excellente description qui 
précède est plus complète dans le bel ouvrage de M. Gran- 
didier d'où nous l'avons extraite. 

2. Coracia naevia. Fig. Lcvaillant, Rolliers, pi. 29, Rei- 
chenbach. Hartlaub Corac pi, 433, fig. 3184. Rothliche 
Mandelkrahe. 

Cette espèce se trouve dans l'Afrique équatoriale et 
australe ; elle n'émigre pas aussi loin au sud que Corac 
Caudata et parait être l'espèce la plus rare au nord du 
23° latitude sud. Les mœurs et habitudes sont celles des 
autres Rolliers. Forest. 

Le Gérant: Paul GROULT. 

Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



18« ANNÉE 



2 e Série 



M» «»£5 



15 JUILLET 1896 



L'ATTRACTION DES INSECTES 

PAR LES FLEURS 



Enfantée à la fin du siècle dernier par Sprengel, la 
théorie florale est appuyée sur des faits et des observa- 
tions d'une telle valeur, qu'elle est aujourd'hui univer- 
sellement acceptée. L'adaptation réciproque des Végétaux 
et des Insectes en vue de la fécondation croisée, a été 
mise en lumière par Darwin, dans son mémorable ou- 
vrage sur l'Origine des espèces, dans la Fécondation des 
Orchidées par les Insectes, etc. Il démontra par de nom- 
breuses expériences que chez les plantes, le croisement 
est de beaucoup supérieur à l'autofécondation, et leur 
est même nécessaire pour sortir victorieuses de la lutte 
pour l'existence. 

De nombreux observateurs sont venus confirmer cette 
belle théorie et ont augmenté par de nouvelles expériences 
les arguments en sa faveur. Parmi eux, je citerai : Ilil- 
debrand, qui fit une classification des Phanérogames 
suivant leurs dispositions florales, leur permettant ou 
non de réaliser la fécondation croisée: Delpino, qui a 
aussi publié une classification générale des plantes, ap- 
puyée sur le mode de transport du pollen ; Fritz Mùller, 
qui confirma d'une façon éclatante les expériences de 
Darwin, et surtout Hermann Mùller, dont le nom est 
inséparable de celui de Darwin dans l'histoire de la 
théorie florale. Ce savant observateur a étudié en détail 
l'adaptation des plantes à la fécondation par les Insectes, 
et a cherché ensuite les relations de forme, de couleur, etc., 
existant entre les fleurs et leurs fidèles visiteurs. C'est 
lui qui posa en principe que plus les fleurs ont une corolle 
grande et colorée dans un même genre, plus elles sont fré- 
quentées par les Insectes. 

Pour réaliser la fécondation croisée, à laquelle tendent 
toutes les fleurs, celles-ci ont besoin de secours étrangers 
venant transporter le pollen de l'une sur le stigmate 
d'une autre. Parmi les agents fécondateurs, citons : l'eau, 
le vent, les animaux, et parmi eux les Insectes. Les 
plantes entomophiles sont en effet fort nombreuses. Les 
fleurs, retirant tant de bénéfices de la visite des Insectes, 
ne restent pas ingrates envers leurs bienfaiteurs, et leur 
donnent en retour un mets aussi succulent que distingué : 
du nectar et du pollen. Mais la fleur, voulant être recher- 
chée par les Insectes, va faire parade de tous ses charmes 
et ne négligera aucun de ses moyens d'attraction. Ce qui 
a frappé les premiers observateurs et ce qu'on remarque 
tout d'abord chez les fleurs, ce sont leurs brillantes cou- 
leurs, la richesse de teintes de leurs enveloppes. On 
admit donc bien vite que coloration et grandeur sont pour 
elles de puissants artifices pour éblouir et attirer les 
Insectes. C'est là leur fonction vexillaire, comme le dit si 
bien Delpino. 

II. Mùller a cité de nombreux exemples qui montrent 
les avantages que retirent, au point de vue de la fécon- 
dation croisée, les fleurs grandes et vivement colorées. 
Par exemple, la grande Mauve et la petite Mauve crois- 
sent en abondance dans les mêmes stations; mais chez 
la première le stigmate est tel que l'autofécondation y 
est impossible : aussi possèdeît-elle une corolle grande 
et très brillante; tandis que chez la seconde, au con- 
traire, l'autofécor.dation est réalisable, et la fleur est bien 
plus petite. Chez les Composées, les fleurs périphériques 

Le Naturaliste 46, rue du Bac, Paris. 



des capitules sont très colorées et absolument stériles : 
elles ne peuvent donc servir qu'à rendre l'inflorescence 
plus apparente. 

Mais ces conceptions sont purement philosophiques. 
Pour leur donner plus de valeur, des expériences 
étaient nécessaires pour s'assurer si les Insectes voient 
réellement les couleurs, et surtout s'ils les distinguent. A 
ce propos, je citerai des expériences de Darwin et de 
Lubbock qui sont faites en vue de montrer le rôle attractif 
des couleurs. 

Darwin arracha tous les pétales de quelques fleurs 
bleues du Lobelia erinus, et remarqua que les Abeilles, 
qui auparavant venaient en grand nombre les visiter, 
délaissèrent complètement ces fleurs mutilées, et, lors- 
qu'elles s'y abattaient, elles n'essayaient même pas d'en 
sucer le nectar. 

Lubbock a expérimenté sur différents Insectes. Il se 
servit de disques colorés en rouge, bleu, jaune et vert. Il 
mit du miel sur un disque rouge et y plaça une Abeille, 
qu'il marqua avec de la couleur. Après avoir mangé, 
l'Insecte s'envola et revint plusieurs fois de suite au dis- 
que rouge. Pendant son absence, Lubbock remplaça le 
disque rouge par un bleu couvert de miel, et mit à côté 
un disque rouge, mais sans miel. L'Abeille revint bientôt 
et alla directement au disque rouge, où il n'y avait rien, 
et fut incapable de trouver le miel sur le disque bleu. Il 
répéta et varia ces essais avec des Bourdons et des Guêpes, 
et conclut que les Abeilles et les Bourdons distinguent à 
peu près toutes les couleurs, tandis que les Guêpes y sont 
peu sensibles, mais remarquent mieux la forme des objets 
et la place où on les met. De plus, elles sont servies par 
un meilleur odorat que les Abeilles. 

A. Forel fit aussi de nombreuses observations sur la 
perception des couleurs et de la forme des objets par une 
méthode analogue à celle de Lubbock, et arriva à de 
semblables conclusions. 

Ces résultats semblent être mis en doute par une expé- 
rience de Plateau, qui chercha à induire en erreur des 
Insectes au moyen de fleurs artificielles très bien imitées. 
Il remarqua qu'ils voltigèrent toujours aux environs sans 
y faire attention. 

Des recherches histologiques sur les yeux des Insectes 
s'imposaient alors pour se rendre compte de leurs im- 
pressions lumineuses. D'après les travaux de Grenacher, 
Exner et J. Mùller, il résulte que les Insectes voient 
surtout les mouvements, et il y en a bien peu qui voient 
distinctement. Leur attention, d'après la conformation 
de leur organe visuel, doit être surtout attirée par les 
déplacements des objets, et ils verront alors mieux au 
vol qu'au repos. De plus, les expériences récentes de 
Parker (1895) viennent confirmer cette théorie dite de la 
vision mosaïque, proposée surtout par J. Mùller. Parker 
prépara des yeux d'Écrevisse qu'il plaça sous le micros- 
cope, et les examina de telle façon que la face rétinienne 
fût tournée vers l'objectif. Il éclaira un de ces yeux en 
avant avec des sources d'intensités différentes, et observa 
que sur la rétine se projetaient des éclairements dont les 
intensités étaient dans le même rapport. Ensuite, il inter- 
posa entre l'œil d'Écrevisse et la source lumineuse un 
crayon, dont il vit une image droite assez confuse. En 
déplaçant le crayon, il put vérifier que les diflerenies 
facettes de l'œil intervenaient pour leur propre compte 
dans la formation d'une image unique, faite de l'apposi- 
tion des images partielles données par les facettes im- 




16-2 



LE NATURALISTE 



pressiomiées (fig. I). L'ancienne hypothèse admettant 
autant de petites images de l'objet qu'il y a de facettes 
impressionnées est donc à rejeter. Chaque facette possède 
son champ visuel particulier, mais ces champs se con- 
fondent plus ou moins sur leurs confins, grâce aux rayons 
obliques; c'est pourquoi l'image totale est si vague, mais 
n'en est cependant pas moins une représentation de forme. 
Quant à la perception des couleurs, on est bien loin 
de connaître la vérité sur ce point. Si on pouvait prati- 
quement obtenir des surfaces éclairées avec une même 
intensité absolue, mais au moyen de sources différem- 
ment colorées, on pourrait alors étudier comment se 
comporte un Insecte vis-à-vis de telle ou telle couleur. 
( >n dit bien que certains Insectes sont attirés spécialement 
par des fleurs ou des objets de couleurs déterminées qu'ils 
paraissent affectionner. Cette observation est même un 
arg ment assez sérieux à l'utilité des variétés si nom- 
breuses de la coloration des fleurs, en ce sens qu'elles 
s'en servent non seulement pour attirer les Insectes, mais 
aussi pour se faire distinguer de leurs voisines. De sorte 
qu'il existerait entre les plantes et certains Insectes une 
fidélité spécifique. (Errera et Gevaert.) 




Fig. t. — A) Pointe de crayon devant un œii composé d'Arthro- 
pode. On a prolongé les côtés des facettes pour représenter 
les limites respectives de leurs champs visuels, qui en réalité 
empiètent les uns sur les autres. 

B) Image confuse probablement perçue en réalité par l'Ar- 
thropode. • 

Mais ceci démontre-t-il une perception des couleurs? 
.h- ne le crois pas. En effet, les remarquables travaux de 
Graber et d'autres nous apprennent qu'on peut diviser. 
au point de vue des perceptions lumineuses, les Inver- 
tébrés en deux catégories : leucophiles et leucophobes. Les 
premiers, placés dans les rayons du spectre, choisissent 
le6 plus réfrangibles, tandis que les seconds préfèrent les 
moins réfrangibles qui les rapprochent de l'obscurité. Il 
est donc bien probable que dans toutes les observations 
Rt expériences ayanl rapporl à la perception des cou- 
leurs chez, les Insectes, ceux-ci ne se sont montrés sen- 
sibles qu'à des différences d'intensité lumineuse. Leurs 

\i'ii\ leur foumissenl des impressions lumineuses leur 

faisan) voir fies images absolumenl nébuleuses, et dis- 
cerner des différences d'intensité (Parker), mais pour 
des différences de Longueur d'ondes, nous ne pouvons 

comparer leurs perceptions aux noires, el rien de précis 

jusqu'ici ne vient nous affirmer que leur organe visuel 
peul apprécier el surtoul différencier les couleurs. 
H Be peul très bien que ce qui guide surtoul les In- 



sectes dans leur choix, soit un simple réflexe dont le 
point de départ serait une autre sensation dont nous 
allons parler : V odorat. Ce puissant moyen d'attraction 
est connu depuis longtemps, et de nombreux faits prou- 
vent chez les Insectes une conformation toute sépciale et 
d'une délicatesse extrême pour la perception des odeurs, 
qui réside dans les antennes. Ici surtout nous ne pou- 
vons comparer ce que nous fait ressentir notre appareil 
olfactif rudimentaire, aux sensations que les Insectes 
doivent éprouver de la part des émanations qui les im- 
pressionnent. Sous ce rapport, en effet, ils sont doués 
d'un appareil récepteur d'une sensibilité que nous ne 
pouvons imaginer, appareil qui leur fait déceler, même 
à de très grandes distances, des odeurs que nous ne 
soupçonnons pas de près. Ce qu'on peut appeler olfac- 
tion chez eux, c'est leur faculté de reconnaître telle ou 
telle matière, d'en sentir la présence, et de la distinguer 
de ses voisines. Ce pouvoir de distinguer les différentes 
substances d'une façon aussi précise a été mis en évi- 
dence par des observations et des expériences sans 
nombre. J'en citerai seulement quelques-unes. 

Je commencerai par l'expérience de Naîgeli qui atta- 
chait à des rameaux des fleurs artificielles rendues odo- 
riférantes par des essences, et des fleurs naturelles 
dépourvues de senteur. Il vit les Insectes visiter en abon- 
dance les premières fleurs. 

Tout le monde sait que les mâles de Saturnia, papillons 
nocturnes habitant la campagne, viennent en grand 
nombre à l'intérieur des villes chercher une femelle qui 
se trouve dans une chambre ou même dans une boite. 
(Lacordaire, M. Girard, Forel.) Lefebvre et Forel ont 
fait d'ingénieuses expériences sur la perception des 
odeurs par des Guêpes et des Fourmis, mais plutôt dans 
le but de déterminer le siège de l'odorat. Perris a pu voir 
les Cynips, les Le ucospis, lesBembex, reconnaître avec leurs 
antennes leur proie cachée sous terre ou dans le bois. Il 
trompa aussi les Dinetus en appliquant sa main sur l'en- 
droit où ils avaient caché leur œuf et leur proie; cette 
apparition d'une odeur étrangère les dérouta complète- 
ment. Les émanations nauséabondes de la viande cor- 
rompue ont la propriété d'être agréables à certaines es- 
pèces de Mouches, qui vont pondre sur des Arum et 
d'autres plantes à odeur cadavéreuse. On sait que les 
fleurs nocturnes émettent presque toujours un parfum 
très intense, et qu'elles sont habituellement fécondées 
par des Lépidoptères qui les découvrent, à l'odeur, à de 
très grandes distances. 

11 semble que l'odorat si fin et si développé des In- 
sectes doive être pour eux un guide déterminant dans la 
recherche de leurs belles nourricières, et possède sur 
leur vue si imparfaite une priorité marquée. Cependant 
les avis à ce sujet sont bien partagés parmi les natura- 
listes. Pour beaucoup (Sprengel, Darwin, Delpino, IL 
Mûller, Lubbock, Dodel-Port, Th. Barrois) c'est la cou- 
leur qui serait le principal attrait. Parmi eux, il est vrai 
que Delpino et H. Mûller attribuent aussi un grand rôle 
aux odeurs. Nœgeli, Errera et Gevaert donnent plus d'im- 
portance aux odeurs qu'à la coloration. G. lîonnier prête 
un rôle à peu près nul aux couleurs. Il va même jusqu'à 
critiquer les lois de la théorie florale, en n'admettant pas 
l'adaptation réciproque entre les fleurs et les Insectes. Il 
ajoute de plus que « les nectaires sont des réserves nu- 
tritives spéciales, en relation directe avec la vie de la 
piaule ». Mac Leod lend aussi à diminuer le rôle de 
coloration. 



LE NATURALISTE 



163 



Des expériences récentes de Plateau (1), effectuées sur 
une seule espèce de plantes (Dahlia simple [fig. 2 Ai), à 
Inflorescences éclatantes et à faible odeur pour l'homme, 
tendent à attribuer un rôle très important à l'odeur dans 
l'attraction des insectes par les fleurs. Il s'est entouré de 
tous les soins et de toutes les précautions désirables 
pour donner le plus de valeur possible à ses résultats. 

|);ms des expériences préliminaires, il montre que la 
formedes fleurs ou des inflorescences ne joue pas de rôle ou 
n'a qu'un rôle très peu important pour attirer les Insectes. 
Pour cela, il masque complètement les fleurons péri- 
phériques colorés de plusieurs capitules de Dahlia, au 
moyen de carrés de papier coloré (violet, rouge, blanc et 
Qûir), au centre desquels il pratique un trou circulaire 
laissant voir seulement les fleurons tubuleux centraux. 
( )u fixe le papier avec une épingle neuve (fig. 2 B). Les 
Insectes s'abattent sur les cœurs centraux sans autre 



carré de papier noir pour le pourtour (E). Il arrive ahis 
à des résultats analogues. 

Quant à l'influence de la coloration, Plateau l'étudié 
par des expériences semblables. Mais au lieu de prendre 
encore des papiers colorés même en vert, il se sert de 
feuilles vertes venant d'être cueillies. Leur couleur res- 
semblant physiologiquement à celle du feuillage environ- 
nant, l'impression visuelle doit être absolument la même. 
Et si les Insectes retrouvent les inflorescences cachées 
par ce moyen, on sera en droit de supposer qu'ils sont 
guidés par autre chose que la coloration. 

Plateau prend de larges folioles de Vigne-vierge bien 
vertes, qui ne se fanent que bien après l'expérience ter- 
minée. Au milieu de chacune il pratique un trou capable 
de laisser à découvert seulement les fleurons centraux, 
et de masquer le reste du capitule, en fixant avec des 
épingles (F). Il a expérimenté ainsi sur 20 capitules pris 





: J ) m 






Fig. 2. 
n) Capitule de Dahlia simple intact. — b) Capitule garni d'un carré de papier coloré ne laissant à déc ouvert que les fleurons 
tubuleux. — c) Capitule garni d'un carré de papier cachant les fleurons périphériques et d'un disque de papier masquant les 
fleurons centraux. — d) Capitule dont le centre est entouré d'un tube de papier. — e) Capitule muni d'un carré de papier ca- 
chant les fleurons périphériques et d'un tube de papier entourant les fleurons centraux. — /') Capitule dont les fleurons 
périphériques sont masqués par une foliole de Vigne-vierge. — g) Capitule dont les fleurons périphériques 
masqués par deux folioles de Vigne-vierge. (D'après Plateau. ) 

souci des fleurons périphériques cachés. Pendant une 



et centraux sont 



heure et sur quatre inflorescences, Plateau acompte 30 vi- 
sites de différents Insectes (Bombus, Vanessa, Mega- 
chile). 

Ensuite il masque, sur les mêmes capitules, le cœur 
central seul visible, avec des disques de papier vert et 
blanc. De sorte que ces fleurs ressemblent maintenant 
de loin à des cibles (C). Malgré cette apparence, le nombre 
des visites reste sensiblement le même (29). Les Insectes 
manifestent seulement une gêne causée par le disque 
central, mais ne tardent pas à passer dessous pour arri- 
ver aux fleurons tubuleux. Il modifie légèrement la ma- 
nière d'opérer, en masquant simplement les fleurons 
centraux soit avec un disque, soit avec un cylindre de 
papier blanc qui les entoure (D); ou encore en masquant 
le tout avec un cylindre semblable pour le centre et un 



(1) F. Plateau. Comment les fleurs attirent, les Insectes, 
dans le Bulletin de VAcad. roy. de Belgique, 3<= série, t. XXX 
no li, p. 466-488, 139j. 



sur différentes plantes de Dahlia, et a reconnu que les 
Insectes visitaient les fleurs masquées avec la même ré- 
gularité que les fleurs intactes qui se trouvaient à côté. 
En une heure il a noté 36 visites. Ceci semble montrer 
que les fleurons périphériques des Composées radiées 
n'ont pas le rôle vexillaire qu'on leur attribue. Il sup- 
prime ensuite l'inflorescence totale aux regards des In- 
sectes en fixant un foliole plus petit que le centre (G). 
Rien à l'aspect ne peut faire deviner ces capitules mas- 
qués, et il faut s'approcher bien près en regardant de 
côté pour les retrouver. Les insectes arrivent cependant 
encore à ces fleurs dissimulées, et les visites aux inflo- 
rescences intactes n'augmentent pas. Plateau a compté 
38 visites en une heure, et à ce sujet fait une description 
détaillée des hésitations et circonvolutions curieuses 
d'un Insecte qui se sent attiré vers ces inflorescences d'un 
nouveau genre. 

Enfin, comme expérience décisive, le patient observa- 
teur masque comme précédemment toutes les inflores- 



164 



LE NATURALISTE 



renées d'un massif de Dahlias (37), de sorte qu'on ne 
voil plus absolument que de la verdure. Les insectes 
n'en voltigent pas moins autour des plantes du massif et 
Plateau a pu noter 70 visites en une heure, en remar- 
quant toutefois quelcs Bourdons trouvaient mieux et plus 
vite les fleurons que les Lépidoptères, ce qui est hien en 
rapport avec leurs instincts plus développés. 

De ces faits expérimentaux, Plateau déduit que ni la 
forme ni les couleurs vives des Dahlias et, par conséquent, 
des capitules des autres Composées radiées, ne paraissent 
avoir de rôle attractif. Ce qui le conduit à admettre que 
les Insectes sont guidés, dans ce cas particulier, par 
quelque chose autre que la vue, par un sens qui est 
probablement l'odorat. Il se propose d'ailleurs de géné- 
raliser ses conclusions, en appliquant sa méthode si in- 
génieuse au plus grand nombre possible de plantes. 

Voilà des résultats importants qui introduisent des 
idées toutes nouvelles dans ce sujet si intéressant, je 
dirai même si mystérieux, de la fécondation croisée des 
plantes par des Insectes, et il me semble qu'il y ait de ce 
côté une voie toute ouverte aux esprits chercheurs, pour 
la découverte de la vérité. Pour les études biologiques, 
point n'est besoin, comme on le voit d'avoir à sa disposi- 
tion un laboratoire avec microtome, microscope, etc. 
L'œuvre merveilleuse de Darwin, par exemple, est le 
produit de quantité d'observations minutieuses et de rai- 
sonnements précis, et il est à espérer que, sans posséder 
le génie de cet illustre savant, de nombreux travailleurs 
pourront, en imitant son exemple, apporter leur pierre 
à l'édifice qui est encore si loin d'être terminé. 
R. Florentin, 

Préparateur à la Faculté des Sciences de Nancy. 



ANIMAUX 

Mythologiques, légendaires, historiques, illustres, 

célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence, 

d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement, 

de reconnaissance, etc. 



Ane. — Avec son air bête, et malgré les imprécations 
dont le charge la foule stupide des ignorants, c'est peut- 
être l'animal qui a fait le plus parler de lui. Le plus 
ancien livre du monde, la Bible, au moins en ce qui con- 
cerne le Pentateuque (1700 ans av. J.-C), en fait mention 
cent vingt-deux fois. 

L'âne était consacré à Bacchus et à Silène ; dans les 
fêtes dionysiaques on immolait un âne au dieu. Autre 
âne célèbre, celui de Balaam, qui reprocha sévèrement 
au prophète les coups qu'il lui donnait. 

Et, à ce propos, une jolie aventure : un prêtre — d'au- 
cuns disent même Lacordaire — se trouvait dans une 
diligence en compagnie de plusieurs personnes, dont une 
dame plus ou moins journaliste, et la conversation fut 
mise bientôt sur la religion. La dame, esprit fort, netaris- 
sait pas d'arguments spécieux, et son doctoral bavardage 
devenait si encombrant, que son interlocuteur finit par 
ne plus essayer de souffler mot. S'apercevant enfin que 
i ei clésiastique ne parlait plus et laissait sans réponse ses 
attaques les plus savantes: Eh quoi! Monsieur, lui dit- 
elle, vous êtes devenu subitement muet? 



— Hélas!... quand l'ânesse de Balaam parla, le prophète 
se tut, 

Columelle et les autres agronomes anciens parlent de 
l'âne avec éloge. 

Autre glorieux âne : celui dont la mâchoire, entre les 
mains robustes du juge d'Israël, Samson, trouva contre 
les Philistins des arguments si serrés. 

Hérodote nous dit que les Scythes furent mis en déroute 
par les Perses, dès que les ânes dont ceux-ci avaient 
composé leur avant-garde entonnèrent leur redoutable 
chanson. Le lion lui-même, disait-on jadis, était saisi de 
terreur quand il entendait la voix retentissante de maître 
Aliboron. 

Apollon, voulant châtier le roi Midas, lui fit cadeau 
d'une paire d'oreilles d'âne. 

Un âne dont on parlera encore bien longtemps est celui 
qui assista à la naissance du Sauveur, avec son cama- 
rade le bœuf; mais ce qu'il y a de plus étrange, c'est que 
pas un des quatre évangélistes ne mentionne ces ani- 
maux. 

D'après Photius, Ammonius, le savant rhéteur qui eut 
pour disciples Origène et le subtil Porphyre, allait à son 
cours monté sur un âne. Bayle en parle dans son Diction- 
naire historique. Or cet âne, au lieu d'attendre à la porte 
la sortie de son maître, pénétrait dans l'enceinte où ce- 
lui-ci pérorait, et il écoutait avec une attention soutenue ; 
on le donnait en exemple à tous les écoliers ses confrères. 
C'était surtout la poésie qui avait le don de l'intéresser : 
il paraît môme que les mauvais vers lui causaient de 
l'humeur; une faute de quantité, une brève prononcée 
comme une longue, le mettaient hors de lui; il manifes- 
tait alors son sentiment en secouant avec bruit ses lourdes 
oreilles. 

Marcus Varron nous apprend que le sénateur Quintus 
Axius en paya un 40.000 francs de notre monnaie. 

Le 6 novembre 1777, la Cour étant à Fontainebleau, on 
fit un steeple de quarante ânes : le vainqueur procura à 
son maître un chardon... en or, et une somme de cent 
écus. 

Juvénal, Dion Cassius, et autres auteurs, nous disent 
que la belle impératrice Poppée,que son cher mari Néron 
tua d'un coup de pied dans le ventre, menait ordinaire- 
ment à sa suite cinq cents ânesses nourrices pour prendre 
des bains de lait. C'était un raffinement. Nos excentriques 
contemporaines se contentent d'une baignoire pleine de 
lait de vache. 

Les rois indiens du Maduré se glorifiaient d'avoir un 

âne pour ancêtre. Sans aller jusqu'aux Indes Inutile 

d'insister, n'est-ce pas? 

Dans son Histoire critique de T âme des bêtes (i), l'avocat 
Guer dit avoir été lui-même témoin de ceci : Trois amis se 
promenaient dans une prairie ; l'un d'eux, qui avait une 
flûte dans sa poche, l'en tira et se met à en jouer. Un trou- 
peau d'ânes paissait à quelques pas ; aux premiers sons de 
la flûte, tous cessent de manger et paraissent écouter atten- 
tivement; d'eux d'entre eux, plus charmés que les autres, 
sans doute, s'approchent lentement, gravement, en rou- 
lant de gros yeux et en pointant les oreilles; puis, avec 
mille précautions, ils posent leur tête sur chacune des 
épaules du musicien et restent là, immobiles et ravis, 
jusqu'à ce qu'il ait cessé de jouer 

La Fontaine n'avait donc pas tout à fait tort quand il 
mettait en scène « L'âne qui veut jouer de la flûte ». 

(1) Amsterdam, 1749, 2 vol. in-12. 



LE NATURALISTE 



165 



Le Met-cuve de France de 1763 rapporte que toutes 
les fois qu'on faisait de la musique au château d'Ouar- 
villo, dans le pays chartrain, on voyait accourir un jeune 
baudet qui restait en extase tant que durait le concert; et 
(|ue, dans une certaine occasion, son enthousiasme avait 
été si grand, qu'il s'était précipité sur la porte d'entrée 
et avait pénétré dans le salon où les musiciens étaient 
assemblés. 

Béatrix, femme de l'empereur Frédéric Barberousse, 
fut indignement outragée à Milan ; les habitants l'atta- 
chèrent sur un âne, la tête tournée vers la queue, et la 
promenèrent en cet état dans toute la ville ; elle tenait 
entre ses mains, en guise de rênes, l'appendice caudal 
de la bète. Mais cette insolence ne tarda pas à être punie. 
L'empereur s'empara de la ville en 1162 et la fit raser. 
Les prisonniers ne purent avoir la vie sauve qu'en prenant 
avec les dents une figue que ce même âne portait enfon- 
cée quelque part. Inutile de dire où. 

Cornélius Agrippa et Daniel Heinsius ont tous deux 
écrit en latin un superbe Eloge de Vâne; on peut les lire à 
la Bibliothèque nationale, sous les cotes d'inventaire : 
Y 2 12,424 et Z 46.006. 

L. Coupé, le traducteur de celui d'Heinsius, dit dans 
sa préface que « quatre ânes privilégiés passent glorieu- 
sement à la postérité : celui d'Apulée, celui de Buridan, 
celui de Buffon, et celui de Daniel Heinsius ». 

Il en oublie un cinquième non moins célèbre, plus cé- 
lèbre même, plus populaire dans tous les cas, connu 
îles lettrés et des illettrés, et bien français. Je veux parler 
de cette vénérable « bourrique à Bobespicrre », qui est tou- 
jours ronde comme une futaille 

Un autre âne célèbre, au moins en Angleterre, et qui 
est contemporain, c'est celui qu'affectionne sa Gracieuse 
Majesté l'Impératrice des Indes, et qu'on attelle à sa petite 
charrette anglaise. 

Enfin, comme phénomènes, deux ânes furent jadis cé- 
lèbres : c'est d'abord celui qui naquit à Rome avec trois 
pattes seulement; le Sénat lui déféra des honneurs pu- 
blics Puis, pendant la guerre civile qui se termina par 

la défaite et la mort du grand Pompée, un âne parla : on 
voulut sérieusement lui donner l'antre et le trépied de la 
Sibylle de Cumes, pour qu'il rendit des oracles à la place 
de la prêtresse défunte, mais un incident quelconque em- 
pêcha qu'on donnât suite à ce projet. 

Aujourd'hui encore, sans aller jusqu'à Rome... que de 
trépieds ou de tribunes où des ânes de tout poil s'agitent 
et pérorent! 

Araignée. — La Mythologie nous offre la fable d'A- 
rachné, cette jeune et belle Lydienne, qui osa défier Mi- 
nerve et la surpasser dans l'art de la tapisserie. On sait 
que, frappée par la déesse d'un coup de navette, elle se 
pendit de désespoir et fut métamorphosée en araignée. 

L'histoire nous donne l'aimable araignée partageant le 
cachot de Pélisson. 

L'histoire naturelle nous montre l'araignée-loup, es- 
pèce de Juive errante portant ses œufs dans un sac et 
déambulant de ci de çà, omnia secum portons, comme 
Bias. 

On en cite qui adorent la musique ; le peintre Rabigot, 
professeur à l'École royale d'Orléans, en avait deux 
énormes dans son logement, l'une gastronome, l'autre 
mélomane. La première, noire et velue — une forte 
brune — accourait d'un trou de la boiserie de la salle à 
manger dès qu'on quittait la table, grimpait sur la nappe 
et visitait tout ce qui restait dans les assiettes ; l'autre 



— plutôt blonde grasse — accourait sur le piano dès que 
l'instrument parlait. 

L'intendant de Mme de Vendôme jouait un jour du 
violon dans sa chambre, en attendant l'heure du dîner, 
lorsqu'il vit tout à coup sur sa table une douzaine d'a- 
raignées paraissant hypnotisées par le son de l'instrument. 

Héliogabale eut un jour la singulière idée — on se dis- 
trait comme on peut — de se faire apporter toutes les 
toiles d'araignée que l'on trouverait à Rome; il y en 
avait une véritable petite colline. 

Tout le monde connaît Yargyronète, cette araignée in- 
génieur des ponts et chaussées, qui construit en fil une 
cloche à plongeur imperméable, la remplit d'air après 
l'avoir solidement fixée sous l'eau par des étais, y passe 
sa vie et y élève sa petite famille. 

Quatremère-Disjonval, qui fut général batave, puis 
membre de l'Académie des sciences et ensuite expulsé 
de ce corps savant, a écrit un petit ouvrage fort remar- 
quable sur les araignées et leurs mœurs, surtout au point 
de vue de la prévision du temps. C'est même grâce aux 
conseils qu'il donna à Pichegru, d'après les allures de 
quelques araignées indiquant qu'un commencement de 
dégel allait faire place, le lendemain, à un froid terrible, 
que ce dernier put s'emparer de la flotte hollandaise à 
l'aide de sa cavalerie, puis de la Hollande tout entière. 

Aspic. — On connaît celui qui donna la mort à Cléo- 
pâtre. Les Egyptiens vouaient à ce serpent un culte reli- 
gieux, et ils le plaçaient, dit Plutarque, sur le front de 
leurs divinités, d'Isis particulièrement. 

Biche. — Nous voyons dans la Mythologie une biche 
sacrifiée à la place d'Iphigénie; une autre biche nourrit 
Télèphe, fils d'Hercule, exposé dans une forêt par ordre 
de son grand-père; une troisième nourrit de son lait, 
selon Justin, et dans une forêt toujours, le neveu du roi 
des Tartessiens. 

D'après la Vie des saints, le bienheureux iEgidius, er- 
mite, vivant dans la forêt, est nourri par une biche. De 
nombreuses légendes du moyen âge font intervenir la 
biche dans l'abandon déjeunes héros dans une forêt quel- 
conque. Qui n'a versé un pleur attendri sur le sort de 
cette douce Geneviève de Brabant et de son fils, nourris 
dans les bois par une biche, et retrouvés, grâce à elle, 
par son mari, le palatin Syffrid. 

La biche était le symbole de Diane, d'Hercule, de Té- 
lèphe, de saint Aventin, sainte Catherine de Suède, sainte 
Geneviève de Brabant, saint Gilles, saint Leu, saint 
Riols, évêque, mon patron. Hercule accomplit l'un de 
ses douze travaux, le quatrième, en s'emparant de la 
biche aux pieds d'airain de Diane. 

Aristote dit (Hist. des Animaux, livre IX, chap. vi, § 8) : 
« On prend les biches en jouant de la flûte et en chan- 
tant; elles se laissent charmer par le chant, etc. » 

Sertorius en possédait une d'une grande beauté qui lui 
était très attachée ; il prétendait qu'elle était auprès de 
lui l'interprète de Diane et qu'il lui devait tous ses 
succès. 

Auguste aussi en possédait une. On rapporte que, plus 
d'un siècle après sa mort, on la retrouva dans une forêt 
(toujours la forêt!) ayant au cou un collier sur lequel 
était gravée cette phrase: Nolime tangere,quiaCsesarissum. 

Pausanias parle d'un de ces animaux, dont le collier 
portait : Je fus prise étant faon, lorsque Agénor délivra 
Troie : ce qui donnait à ce fabuleux animal la bagatelle 
d'environ sept cents ans. 

(A suivre.) E. S. de Riols. 



160 



LE NATURALISTE 



DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE 



L'appareil respiratoire, quelle que soit sa disposition, 
esl formé de telle sorte qu'il met en présence d'un côté le 
milieu oxygéné sous quelque forme qu'il se présente, 
el de l'autre les tissus, soit directement, soit indirecte- 
ment et dans ce dernier cas, l'intermédiaire est le sang. 
Suivant qu'il existe ou non un intermédiaire entre le 
milieu ambiant et les tissus, on distingue deux groupes 
d'appareils respiratoires dans le règne animal : 1° les 
Branchies et les Poumon, 2° les Trachées. 

Dans les Branchies et les Poumons, en effet, c'est le 
sang qui se charge d'oxygène à leur niveau, oxygène 
qu'il apporte aux tissus par l'intermédiaire des Artères 
et des Capillaires. 

Il existe cependant une différence considérable entre 
les Branchies et les Poumons. Dans les premiers de ces 
organes, c'est le sang qui se porte au-devant du milieu 
respiratoire dans lequel il est entièrement baigné, tandis 
qu'au contraire dans les Poumons, c'est le milieu respi- 
ratoire et le liquide sanguin à la fois qui vont à la ren- 
contre l'un de l'autre; aussi tandis que dans le premier 
cas les branchies ne sont que des appendices du corps 
plus ou moins transformés, au contraire, les poumons ne 
siègent jamais à l'extérieur, mais sont toujours disposés 
au sein même de l'organisme et protégés efficacement en 
général contre les actions extérieures. 

Les Trachées, au contraire, sont disposées de telle sorte 
qu'elles apportent l'air directement aux tissus, c'est-à-dire 
aux éléments mêmes du corps; dans ces conditions, on 
comprend facilement qu'un milieu intermédiaire soit 
absolument inutile, et cependant le liquide sanguin existe ; 
mais la circulation n'est plus le phénomène complexe 
que nous retrouvons chez les autres animaux, le sang 
subit simplement une sorte de brassage dans des lacunes 
interorganiques, mû à peine par un organe central de 
constitution relativement très simple. Le sang n'est plus 
un liquide respiratoire, c'est un liquide purement nour- 
ricier. 

Enfin, il peut arriver qu'il n'existe aucun organe res- 
piratoire différencié; la respiration est alors réduite à sa 
conception la plus simple et se fait sur toute la surface 
externe du corps de l'animal, à l'aide des échanges os- 
motiques qui se produisent à travers la paroi mince du 
COrps, entre le liquide sanguin et le milieu ambiant. 

Branchies. — Ces organes se rencontrent, en général, 
chez tous les êtres qui vivent dans l'eau, et il leur 
est impossible de fonctionner longtemps à l'air libre, 
car leur bon fonctionnement réclame une humidité con- 
stante. Il existe des animaux à respiration purement 
branchiale qui peuvent cependant rester longtemps hors 
de l'eau, mais dans ces conditions, ces appareils sont 
placés dans une chambre presque close où l'eau peut 
séjourner en ne s'évaporant que d'une façon très lente. 
Une humidité constante règne dans la chambre bran- 
chiale el permet à la l'onction respiratoire de s'accomplir 
dans de bonnes conditions. 

Il existe également nombre d'animaux aquatiques qui 
respirent autrement que par des branchies, c'est-à-dire 
l'air en nature. Dans ces conditions, ces animaux ne 
peuvenl rester sous l'eau qu'un temps plus ou moins 
long, mais toujours limité, et quand leur provision d'air 



est épuisée, ils sont obligés de venir la renouveler à la 
surface de l'eau. 

Les branchies ont en général une constitution soit fila- 
menteuse, soit lamelleuse, et l'on trouve tous les termes 
de passage entre les plus simples et les plus compliquées. 

Tandis que chez les Vers, les Mollusques et les Arthro- 
podes, ces organes sont, de simples dépendances des 
téguments, soit comme replis, soit comme appendices 
transformés, chez les Provertébrés et les Vertébrés, ce 
sont au contraire des dépendances du tube digestif. 

Chez les Vers, les branchies sont en général entière- 





Fig. 1. — Branchie de Poisson osseux avec son arc bran- 
chial (a. b.) et les lamelles branchiales qui y sont fixées. 

Fig. 2. — Appareil respiratoire d'un Cyclostome (Lamproie) 
avec les cavités branchiales et les orifices qui font commu- 
niquer la cavité centrale avec l'extérieur. 

ment à nu, non protégées. Chez les Mollusques et les 
Arthropodes, elles sont, le plus souvent, placées dans une 
cavité qui est plus ou moins une dépendance de l'enve- 
loppe générale du corps, et désignée sous les noms de 
cavité palléale ou cavité branchiale. 

Chez tous ces êtres, elle est le plus souvent constituée, 
soit par des tubes, des franges ou des lamelles, mais quelle 
que soit la forme de l'organe, le sang veineux y arrive 






Fig. 3. — Branchie en houppe de Crustacé (Ecrevisse). 

Fig. 4. — Branchie lamelleuse de Crustacé (Crabe). 

Fig. rj. — Branchie d'un Mollusque lamellibranche (Moule). 

par un canal (canal afférent) cl les quitte par un autt 
situé sur la face opposée (canal efférent) après s'être hems 
tosé par osmose à travers l'épithélium. 

La branchie est formée aux dépens delà partie anté- 
rieure du tube digestif chez les Ascidés et l'Amphioxus. 
C'est simplement une dilatation en forme de sac percée 



LE NATURALISTE 



167 



d'un nombre considérable de petits trémas, formés par 
une série d'arcs plus ou moins résistants recouverts d'un 
épithélium cilié et entrecroisés à peu près perpendicu- 
lairement l'un à l'autre. L'eau qui entre par la bouche 
pénètre dans l'intérieur du sac, puis filtre à travers les 
trémas, et les cils vibratiles retiennent toutes les parti- 
cules alimentaires, qui sont alors dirigées vers une gout- 
tière ciliée (endostyle)etde lààl'entrée des voies digestives. 

L'eau qui a filtré est rejetée au dehors par un autre 
orifice. 

Les branchies des Vertébrés sont formées d'un certain 
nombre d'arcs cartilagineux ou osseux (arcs branchiaux) 
sur lesquels s'insèrent des lamelles à parois minces. Un 
vaisseau afférent et un vaisseau efférent longent chacune 
des lamelles branchiales. 

Tantôt chaque arc branchial est logé dans une cavité 
propre (Cyclostomes), tantôt au contraire tous ces arcs 
sont placés à côté l'un de l'autre, dans une même cavité 
branchiale et protégés par un appareil spécial, l'opercule. 
Cette disposition se rencontre spécialement chezles Pois- 
sons osseux. 

Il existe des Poissons, qui ont été découverts dans les 
marais de l'Afrique tropicale (Protoptères et Lepidosiren) 
ou du Brésil (Ceratodus), qui jouissent d'une conformation 
remarquable. Ces animaux peuvent en effet respirer à 
l'aide de branchies, quand les marais sont pleins d'eau, 
ou de poumons quand ces marais sont à sec. 

Leurs poumons ne sont autre chose que la vessie nata- 
toire simple ou double, qui, on le sait, est l'homologue du 
poumon des autres Vertébrés au point de vue du dévelop- 
pement; mais tandis que chez les autres Poissons, la 
vessie natatoire est un simple appareil hydrostatique, chez 
eux elle a commencé à s'adapter aux fonctions qui 
seront, désormais les siennes chez les Vertébrés plus 
élevés. 

Poumons. — Nous venons de voir naître les poumons 
sous la forme de vessie natatoire chez les Poissons. Chez 
eux ce sont de simples sacs creux, nés aux dépens d'une 
invagination de la paroi antérieure du tube digestif. 





Fig. 6. — Poumon d'Araignée avec son orifice externe (o.), 
sa vésicule antérieure (y. a.) et ses lamelles respiratoires (l.). 

Fig. 7. — Vessie natatoire de Poissons osseux, sous forme 
d'un sac double, avec les points rouges {p. r.). 

Peu à peu le tube aérien qui 'amène l'air dans les 
Poumons, au lieu de s'ouvrir dans la partie antérieure 
se sépare de celui-ci et forme un tube distinct. 



Sur le trajet du tube respiratoire se trouve placé un 
organe différencié qui sert à la phonation, c'est-à-dire à 
la production des sons, et tout à fait à son extré 
mité antérieure se trouve aussi un appareil des sens 
(appareil de l'olfaction) qui sert à percevoir les 
odeurs. 

Le canal respiratoire qui amène l'air aux poumons 
porte le nom de trachée-artère. Il est tenu constamment 
suvert à l'aide d'arcs cartilagineux plus ou moins com- 
plets. Il est cilié sur tout ou partie de sa cavité interne, et 
avant d'arriver aux poumons il se divise en deux branches 
ou bronches si l'organe est double, ou se continue direc- 
tement s'il n'y a qu'un seul poumon. 

Les bronches se comportent d'une façon tout à fait 
différente, suivant les groupes considérés : 

Chez les Poissons dont nous avons déjà parlé et dont 
la vessie natatoire sert de Poumons, les bronches 
s'ouvrent à plein canal dans le sac pulmonaire non divisé 
par des cloisons. Chez les Amphibiens (Grenouilles) les 




Fig. 8. — Poumon de Grenouille (extérieur). 

Fig. 9. — Poumon de Lézard avec les alvéoles irrégulières. 

Fig- 10. — Alvéole pulmonaire d'un poumon de Mammifère 
(Homme), montrant sa division en vésicules pulmonaires (u. p.) 
séparés par les éperons (ep.). 

poumons présentent à peine quelques saillies internes. 

Chez les Reptiles la division s'accentue et le nombre 
des alvéoles pulmonaires augmente ; de plus les bronches 
se divisent en même temps, et chacune des ramifications 
aboutit à une alvéole. 

Les Oiseaux ont un appareil respiratoire tout à fait 
spécial et essentiellement adapté à la locomotion aérienne. 
On peut même dire que toute leur organisation est dis- 
posée de façon à faciliter l'accomplissement de cette 
fonction. 

Chez eux la trachée-artère porte un laryux supérieur 
incapable de produire des sons, et un inférieur placé au 
point de bifurcation des bronches et qui sert seul à la 
phonation; on lui donne le nom de syrinx. 

Les poumons sont formés par un nombre considérable 
d'alvéoles, mais les divisions des bronches au lieu de 
s'ouvrir directement dans ces alvéoles, se portent à la 
périphérie du poumon et de là donnent des ramifications 
qui reviennent à l'intérieur pour s'ouvrir dans les al- 
véoles. 

De plus, les principales ramifications des bronches tra- 
versent directement le poumon, vont ressortir du côté 
opposé à leur entrée et se continuent dans de vastes 
poches situées contre les parois internes du corps de 
l'animal. Ces poches ou sacs aériens communiquent elles- 
mêmes avec les cavités des os (pneumaticité). 



108 



LE NATURALISTE 



Chez les Mammifères la division augmente encore, et 
les alvéoles sont elles-mêmes divisées en cavités plus 
petites appelées vésicules pulmonaires, mais les ramifica- 
lions des bronches se terminent dans les alvéoles. 

L'ensemble des alvéoles d'une mémo ramification prend 
le nom de lobule, et les lobules réunis forment les lobes. 

Trachées. — Les trachées ne se rencontrent que chez 
les Arthropodes, et encore pas chez tous. Elles sont 
caractéristiques des Insectes. On trouve sur les côtés 
du corps des orifices à bords chitineux épaissis et ap- 
pelés stigmates. De ces orifices partent des canaux qui, 
d'abord uniques, ne tardent pas à se ramifier de plus 
en plus, et ces ramifications pénètrent entre tous les 
organes et jusque dans l'intimité des tissus. Ces canaux 
sont maintenus ouverts par un épaissisement de la 
couche chitineuse qui en tapisse la partie interne. Cet 
épaisissement chitineux est spiral, ce qui avait long- 
temps fait croire que dans l'épaisseur de la paroi de la 
trachée, il existait un fil spiral. Les tubes trachéens se 
dilatent parfois on ampoules (vésicules aériennes) qui 
sont disséminées plus ou moins régulièrement au milieu 
des organes et rendent parfois la dissection très difficile. 

Chez quelques Arthropodes qui ne possèdent ni tra- 
chées, ni branchies, on rencontre des sortes de poches 





Fig. 11. — Tube trachéen d'un Insecte avec ses ampoules, 
ou vésicules aériennes (v. a.) . 

Fig. 12. — Tube trachéen grossi de façon à montrer l'épais- 
sissement chitineux spiral, qui tient le tube constamment 
ouvert. 

plus ou moins closes communiquant avec l'extérieur et 
présentant quelquefois des feuillets internes. Le liquide 
sanguin qui les baigne, s'hématose par osmose à travers 
les parois, au contact de l'air amené do l'extérieur. On 
donne généralement à ces formations le nom de pou- 
mons. 

Dissection. — C'est le microscope à peu près seul qui 
peut montrer d'une façon nette la structure des branchies 
et dos trachées, mais leurs dispositions particulières 
sont facilement visibles à l'œil nu, ou au moins avec le 
secours de la loupe. 

Quant à la dissection des poumons des Vertébrés, elle 
est parfois très délicate. 

Il est liés facile d'enlever sans les endommager, les 
poumous de la Grenouille, l'insufflation préalable est 
inutile et même nuisible. En général, on enlève les pou- 
mons avec la trachée et l'on insuffle leur cavité; on liga- 
ture la trachée, et l'on peut ainsi conserver longtemps des 
préparations, pourvu qu'on les tienne dans un état 
d'humidité constante. 

Los Poumons de la Tortue sont plus délicats à préparer. 
Ces organes sont accolés complètement à la paroi dorsale 
qu'ils cachent tout entière. Il est utile après avoir enlevé 
le plastron central, d'insuffler par la trachée, que l'on 
ligature ensuite. La dissection doit être faite lentement, 



car le moindre coup de scalpel ou de ciseau malheureux, 
perfore la paroi du Poumon qui est extrêmement mince, 
et la préparation est à recommencer. 

Enfin pour étudier l'appareil respiratoire des Oiseaux, 
on peut injecter par la trachée soit de l'air, soit de l'eau 
colorée; mais dans ce cas il est bon de casser une patte, 
par exemple, pour permettre à, l'air de s'échapper, tandis 
qu'il est remplacé par le liquide : c'est la méthode do 
Plateau. 

La dissection n'est pas difficile, mais elle est extrême- 
ment délicate, à cause de la fragilité des parois do ces 
cavités. 

A Gruvel. 



OISEAUX ACRIDOPHAGES 



LES COUCOUS CUCULID.E 

Les Cuculidés habitent tout l'ancien monde. Par le 
grand nombre d'espèces de coucous qui se trouvent on 
Afrique, et la quantité d'individus de chacune de ces 
espèces qu'on y voit, on serait tenté de croire que cette 
partie du monde a été le berceau de ces oiseaux, et que 
c'est de là qu'ils se sont répandus dans tout l'ancien con- 
tinent, depuis l'Europe où il ne s'est introduit qu'une 
seule de ces espèces jusque dans l'Hindoustan où presque 
toutes les autres ont pénétré. Ce qu'il y a de certain, 
c'est que notre coucou européen se retrouve dans l'Afri- 
que centrale, mais encore beaucoup d'espèces de ce 
genre habitent différentes contrées de l'Asie. Tous sans 
exception, habitent les forêts et les quittent rarement. 
Ils se nourrissent presque exclusivement d'insectes et 
notamment de larves et de chenilles velues rebutées par 
les autres oiseaux, dont les poils feutrent l'intérieur de 
leur estomac. Les coucous, surtout en Europe, sont des 
oiseaux de passage, ils arrivent au printemps et retournent 
en Afrique et jusqu'aux Indes dès la fin de l'été euro- 
péen. Les mœurs très curieuses de ces oiseaux, qui ont 
été décrites par de nombreux naturalistes, sont fort inté- 
ressantes, leur place ici ferait longueur. 

Les Cuculidés sont-ils des oiseaux utiles ou nuisibles? 
Ils nous rendent certainement des services en détruisant 
les chenilles velues rebutées par les autres insectivores, 
mais d'un autre côté, ils nous sont préjudiciables en 
détruisant les œufs d'autres oiseaux. D'ailleurs un cou- 
cou seul, détruisant plus d'insectes que cinq ou six 
oiseaux chanteurs, on doit en conclure que ses dégâts 
sont inférieurs à ses services. Comme oiseau exclusi- 
vement insectivore, il a droit à notre protection et devrait 
être respecté à l'égal de l'hirondelle. 

Les Coucous sont remplacés en Australie par le 
Scytrops, oiseau de grande taille ayant les mœurs des 
coucous. Dans les savanes de l'Amérique du Sud, le 
coucou est remplacé par l'Ani-Crotophage dont on connaît 
deux espèces, une de grande taille et une plus petite, 
de même plumage tous deux. 

Nous décrirons quelques coucous africains : 

1° Le Coucou chanteur. — Cuculus canoris. 
C'est l'unique espèce qui visite l'Europe pendant la 
période, l'été, où il peut satisfaire ses besoins d'insectivore. 
Il se retire dans les régions boisées de l'Afrique septen- 
trionale et de l'Asie occidentale pendant l'hiver. Il est 
rare dans l'Afrique australe, plus commun dans l'Afrique 






LE NATURALISTE 



169 



centrale. Ilolul» trouva des exemplaires isolés et par 
couples clans le nord des pays Bechuana, dans le Maté- 
béle et le Marutsé. 

*2° Le Coucou geai d'Europe ou Edolio. — Cuculus 
oxylophus glandarius. 

Habite le nord de l'Afrique et de la Syrie, se montre 
accidentellement dans l'Europe méridionale, on le trouve 
en Algérie, d'où il passe en Europe. Il va hiverner dans 
les forêts vierges de l'Afrique centrale. 
3° Le Coucou terrestre des Cafres. — Coccystes cafer 
(Lient.). 

Ce Coucou ne dépasse pas l'Afrique australe. Il se 
nourrit principalement de sauterelles, de vers et de 
termites. 
4° Le Coucou huppé Jacobin. — Coccystes Jacobinus. 

Particulier à l'Afrique australe, se nourrit de vers et 
d'insectes qu'il recueille principalement à terre. 

■>•> Le Coucou marcheur. — Geococcyx viaticus, au 
plumage métallique bronzé, auréolé de blanc. C'est un 
auxiliaire très important comme destructeur de serpents 
à sonnettes, d'insectes, petits rongeurs, etc. Le genre 
Coccystes a son plus brillant représentant en Amérique, 
au Mexique et en Californie, le Churca des Espagnols. 

6° Le Coucal d'Egypte. — Le Coucou-faisan. — 
Ccntropus sencgalensis. 

Le géant des Coucous africains, est très commun en 
Egypte où il fréquente presque exclusivement les grandes 
étendues de roseaux, lieux favoris des criquets et sau- 
terelles du pays. Au Soudan, il habite les fourrés épineux 
les plus impénétrables, il est répandu dans l'Afrique 
australe. Il se nourrit principalement de sauterelles, de 
criquets et de grillons, ce qui lui vaut la considération 
des blancs et des noirs de l'Afrique australe, en raison 
des services qu'il rend comme insectivore et destructeur 
• le vers, de souris, etc. M. Grandidier m'a confirmé les 
observations précédentes et recommande spécialement 
le Coucou-faisan, comme oiseau utile en Algérie où ses 
qualités insectivores en feront un précieux auxiliaire 
pour l'agriculture. 

Le Coucal de Madagascar. — Centropus Madagasca- 
riensis. 

Fig., pi. lxvii et suivantes. A. Grandidier. 

Le Coucal malgache est un oiseau très commun dans 
toute l'île de Madagascar. Il n'est point méfiant et ne 
fuit pas l'homme; on le voit autour des villages sauter 
ou plutôt glisser de branche en branche dans les touffes 
de bambous ou dans les buissons épineux, en hochant la 
queue et ouvrant ses t petites ailes lorsque l'espace à 
franchir est un peu grand; il recherche de préférence les 
endroits humides et marécageux, le bord des rivières, où 
il trouve les insectes, les larves et les mollusques dont il 
l'an sa principale nourriture. Il mange aussi quelquefois 
des petits oiseaux et même des petits mammifères. 

Le vol de ces Coucals est lourd; leurs petites ailes 
arrondies ne supportent que difficilement leur gros corps 
rendu plus pesant encore par leur longue queue. Mais, 
s ils ne sont pas habiles à voler, ils sont, en revanche, des 
grimpeurs infatigables, leur plumage dur et raide est une 
vraie armure contre les épines et les petites branches à 
travers lesquelles ils se faufilent sans trêve et sans repos. 
Ces oiseaux vivent d'ordinaire isolés ; ils ne s'accouplent 
que vers la fin de la saison sèche, en octobre ou en 
novembre. 



Les Chalcites. — Chrysococcyx. 

Les Chalcites ou Coucous bronzés composent la famille 
la plus richement vêtue de tout ce genre, aussi leur beauté 
leur sera fatale; en effet, ces oiseaux recherchés pour la 
mode, fournissent un tribut assez considérable au com- 
merce. Dans cette famille, les femelles et les jeunes se 
distinguent par un plumage plus mat, les mâles adultes 
seuls ont la livrée brillante métallisée. Ils habitent les 
régions tropicales de l'Asie et de la Nouvelle-Hollande, 
plus habituellement dans les régions équatoriales voi- 
sines des côtes africaines. 

1° Le Foliotocole. — Chrysococcyx smaragdineus. 

Fig., de Rochebruue. Faune de la Sénégambie, III P. 
Oiseaux. PI. XII. 

C'est le plus richement vêtu des oiseaux africains, il 
rivalise avec les plus belles productions de la Nouvelle- 
Guinée, de l'Australie, de l'Asie et du Nouveau-Monde. 
Son plumage d'un vert émeraude aux reflets dorés, sur- 
passe en richesse celui des Couroucous américains, il 
peut être comparé à celui des gorges les plus admirables 
des Paradisiers. Il se trouve dans l'Afrique équatoriale, 
émigrant de l'est à l'ouest et vice-versa. On le trouve au 
Congo après l'hivernage de septembre, à son retour 
oriental, il se répand jusqu'aux îles Comores. 

La taille de ce ravissant oiseau est celle d'une grande 
alouette, son dos, sa queue et sa gorge sont d'un vert 
émeraude à reflets éclatants, le reste de son corps est 
jaune d'or. 

Le Foliotocole se tient toujours à la cime des arbres 
les plus élevés, il est très sauvage et serait presque impos- 
sible à découvrir s'il ne faisait sans cesse retentir l'air de 
quelques notes aiguës qui s'entendent à de grandes dis- 
tance. 

2° Le Coucou vert doré. — Chrysococcyx auratus 
cupreus. 

Fig. Levaillant Ois. d'Af. V pi. 210, 211. 

Le Coucou vert doré est répandu dans toute l'Afrique 
méridionale jusqu'au cap de Bonne-Espérance. Il y a un 
siècle, Levaillant le trouvait en telle abondance dans 
l'Afrique australe qu'il dit qu'il en aurait pu tuer des mil- 
liers par jour. Heuglin a trouvé cet oiseau en Abyssinie, 
sur les bords du Nil Blanc et du Nil Bleu, dans les haies, 
sur les arbres, jusque dans les villages. D'après Brehm, 
il n'est pas très commun dans l'Afrique centrale orientale. 
D'après Verrecaux, ces oiseaux font deux couvées par an ; 
dans l'Afrique du sud la couvée se produit en septembre. 

3° Chrysococcys Klaasi. 

Cette espèce diffère de la précédente par son plumage 
plus velouté. Levaillant lui a donné le nom de Klaasi en 
souvenir de son fidèle compagnon de chasse, le Hottentot 
Klaas. Cette espèce a été observée en Afrique occidentale, 
de la Sénégambie à la Côte d'Or; elle est plus rare dans 
l'Afrique centrale. 

Les Coucous a gros becs. — Eudynamis. 

Ce groupe se compose d'une dizaine d'espèces plus 
spécialement asiatiques répandues jusque dans l'Océanie. 
Comme notre Coucou européen, les espèces de ce genre 
paraissent abandonner l'incubation de leurs œufs aux 
soins d'un autre oiseau. 
Le Coucou gros bec oriental. — Eudynamis orientales. 

Cette espèce se trouve répandue depuis le cap de 
Bonne-Espérance jusqu'aux Indes, elle est plutôt frugi- 
vore qu'insectivore. Il y a quelques années ces oiseaux 
étaient fort abondants dans le commerce, 1s étaienit 



170 



LE NATURALISTE 



fournis par dos chasseurs au service d'un Français 
habitant Malacca. Les autorités anglaises ont fait cesser 
cette production en proscrivant, les chasseurs par des lois 
protectrices des oiseaux. Les Eudynamis sont richement 
vêtus de vert bronzé sombre, l'extrémité de la queue est 
marron foncé. 



J. FOREST. 



i.l suivre. 



LA SPLENDEUR DD SOLEIL 



Rien ne peut donner une idée du soleil et de sonsplen- 
dide éclat, quand on l'étudié de près. Ce n'est pas seule- 
ment magnifique, c'est infiniment beau : c'est le divin 
soleil. Seule une intelligence divine a pu former un 
pareil feu d'artifice, éclatant sur une mer de flammes gi- 
gantesques en fontaines lumineuses d'une prodigieuse 
hauteur, dans un air embrasé de feux multicolores, avec 
des explosions répétées produisant un effroyable éclat. 
Rien de tout ce que l'on peut imaginer à ce sujet n'en 
rendra l'inexprimable splendeur. 

Bien que le soleil soit à 37 millions de lieues de nous, 
nous pouvons cependant nous rendre compte de ce qui 
s'y passe, à l'aide des 3 principales lois de la spectro- 
scopie. 

1° Un gaz très condensté, élevé aune température suf- 
fisante pour devenir incandescent, donne une flamme 
bien pure, sans aucune particule en suspension : son 
spectre est continu. 

2° Une vapeur métallique, élevée à une température 
su disante pour devenir incandescente, produira une 
flamme lumineuse, grâce à la condensation de quelques- 
uns de ses élémentsen particules liquides incandescentes 
qui y demeurent en suspension pour fournir leur éclat à 
cette flamme : son spectre n'est plus continu, mais formé 
de lignes brillantes isolées. 

3° Une sphère de feu comme le soleil, très chaude 
dans sa partie centrale, mais refroidie à sa périphérie par 
le rayonnement de sa chaleur dans l'espace, est recou- 
verte d'une enveloppe incandescente, formée des deux 
genres de flammes différentes qui précèdent, emboîtées 
l'une dans l'autre : son spectre est interrompu par des 
lignes obscures, là où la seconde flamme à elle seule 
n'aurait donné que des lignes brillantes. On comprend 
que cette seconde couche absorbe les lignes brillantes de 
la première par les particules incandescentes, provenant 
de la condensation partielle des vapeurs qui la consti- 
tuent. Comme elle les absorbe, elle laisse du noir à la 
place: telle est l'origine des lignes obscures qu'on 
remarque dans le spectre solaire. 

On sait cpie chaque métal, situé dans une atmosphère 
incandescente, traduit, sa présence par des lignes parti- 
culières, ("est ;iinsi qu'on a pu reconnaître dans le soleil 
de l'hydrogène, de l'hélium, du potassium, du sodium, du 
calcium, du borium, du magnésium, de l'aluminium, du 
cuivre, du fer, du nickel, du cobalt, etc. 

Le soleil ressemble à une orange, dont la pulpe cen- 
trale comestible est entourée d'une peau blanche, recou- 
verte d'une pellicule orangée. Il contient une énorme 
sphère centrale, obscure par contraste, formée de gaz 
condensés par l'attraction, dont la pression produit une 
élévation de température incalculable, qu'on évalue à 
plusieurs million- de degrés. Des gaz soumis à une telle 



pression et à une telle température doivent se trouver 
dans un état tout à fait extraordinaire dont on ne peut 
pas se faire une idée. A l'extérieur de cette sphère cen- 
trale, où la pression est beaucoup moins grande, nous 
voyonsd'abord une première enveloppe éclatante de blan- 
cheur, très chaude et très lumineuse ; c'est la photosphère. 
Puis vient une seconde enveloppe rougeâtre, moins 
chaude et moins lumineuse: la chromosphère. 

Ces deux enveloppes sont composées des mêmes élé- 
ments, au point de vue chimique. Elles ne diffèrent qu'au 
point de vue physique ; le rayonnement de la chaleur, 
dans l'espace intersidéral, refroidit assez la chromos- 
phère, pour que les vapeurs s'y condensent en goutte- 
lettes incandescentes, qui retombent en pluie de feu sur 
le soleil, en donnant leur couleur à cette zone exté- 
rieure. 

De même que la surface de la terre est entourée par 
l'atmosphère, de même aussi la surface visible du soleil 
est recouverte d'un gaz assez refroidi, pour devenir invi- 
sible au delà de la chromosphère. C'est dans l'épaisseur 
de l'atmosphère solaire, que s'élèvent les flammes et les 
explosions formidables de son écorce rougeâtre, connues 
sous le nom de protubérances. On y voit se former des 
nuages comme ici-bas; et même des trombes, qui tour- 
billonnent de haut en bas, en formant un cône incliné 
semblable à un tronc de palmier dont le panache s'étale 
en éventail. 

Enfin c'est encore dans le sein de cette atmosphère et 
bien au delà, que s'étend la superbe lueur de la couronne 
rayonnante, qu'on admire dans les éclipses totales du 
soleil. On y trouve une quantité de matière cosmique, 
provenant du soleil ou de l'immensité de l'espace. L'élec- 
tricité, produite par les combinaisons chimiques prove- 
nant de la conflagration générale dont l'enveloppe du 
soleil est le siège, ajoute encore son influence à toutes 
celles qui précèdent, pour développer une partie notable 
des luminosités de la couronne, si étrangement décou- 
pées en filaments minces ou en feuilles de myrte. Sou- 
vent la forme de la couronne rappelle, à s'y méprendre, 
les lueurs si variéesque l'on obtient avec l'œuf électrique 
dans une atmosphère raréfiée. 

On voit que l'étude du soleil se réduit principalement à 
l'examen méthodique des couches superficielles qui 
forment sa double enveloppe, la photosphère et la chro- 
mosphère. D r Bougon. 



DESCRIPTION DE COLÉOPTÈRES 1CYE411X 



Formicomus Thercsœ. En majeure partie rougeâtre (tête, 
prothorax en entier, pattes et antennes en grande partie 
de cette coloration), d'un noir bleuâtre auxélytres; quel- 
ques longs poils dressés sur le corps. Tète bien diminuée 
en arrière, à ponctuation forte, irrégulière en avant avec 
les yeux bien saillants, gris. Antennes fortes, atteignant 
le milieu du corps, celles-ci claires ou quelquefois va- 
guement brunâtres en entier avec les premiers articles 
seulement plus clairs, article terminal très pointu, un 
peu plus long que le précédent. Protoraxlong, bien dilaté, 
arrondi en avant et aussi large que la tête, courtement 
droit sur la base, légèrement déprimé sur son milieu, 
ponctuation forte et écartée. Écusson rougeâtre, trian- 
gulaire. Élytres modérément élargis vers le milieu, ur 



LE NATURALISTE 



171 



peu diminués en avant, et légèrement en arrière, avec 
l'extrémité arrondie, les épaules saillantes; dépression 
post-humérale à peine marquée ; ponctuation irrégulière 
assez forte, écartée. Pattes fortes, les quatre antérieures 
ordinairement claires (tibias intermédiaires et quelquefois 
les antérieurs souvent un peu obscurcis) avec les posté- 
rieures foncées ; tibias antérieurs énormes mais un peu 
courbés avec les cuisses armées d'une dent courte et 
émoussée cf. Pygidium rougeâtre, à peine saillant. Des- 
sous du corps rougeâtre avec l'abdomen plus ou moins 
obsurci sur sa partie antérieure, Ç à taille plus petite, 
forme élytrale un peu plus courte et pattes simples. 
Long. 3 1/2 à 5 mill. N.-S. Wales en Australie. 

Diffère au moins de F. Denisoni King. par les fémurs 
antérieurs clairs. Bien différent de pygidialis Pic a* par 
les tibias antérieurs non dentés. 

Formicomusniger. Modérément court et large aux élytres, 
entièrement noir brillant, à base des antennes vaguement 
roussàtre; quelques longs poils mi-dressés sur le corps. 
Tète courte, tronquée, arrondie en arrière, à ponctuation 
forte en avant, nulle en arrière. Antennes courtes, assez 
fortes, articles modérément longs, le terminal en pointe 
émoussée à peine plus long que le précédent. Prothorax 
bien dilaté, — arrondi en avant, à peu près de la largeur 
de la tête, courtement droit sur la base, à ponctuation 
forte, écartée ; écussonnoir. Élytres bien plus larges que 
le prothorax avec les épaules saillantes, ornées d'une 
dépression transversale antérieure, ils ont leur plus 
grande largeur après le milieu, l'extrémité arrondie, la 
ponctuation très écartée, assez faible. Pattes fortes, 
misses très épaissies avec les antérieures munies d'une 
dent courte, tronquée, cf Pygidium foncé, entaillé, à 
peine saillant cf. Long. 4 1/4 mill. Cook Town en Aus- 
tralie. 

Par la forme bien voisin de rufitltorax Pic, dont il 
pourrait bien être une variété. 

Maurice Pic. 



OFFRES ET DEMANDES 



— On demande en quantité des Coléoptères euro- 
péens ; adresser listes et prix à « Les Fils d'Emile Dey- 
rolle, 46 rue du Bac, Paris. 

— Offre en échange de Coléoptères de France et 
d'autres pays, des timbres-poste oblitérés, en état par- 
fait, de Portugal et Colonies et du Brésil. M. Alfred 
Mello, Villa Real, Portugal. 

— Bel arrivage de papillons (nocturnes et Phalénides) 
de l'Equateur, déterminés, envoi de listes avec prix sur 
demande, à « Les fils d'Emile Deyrolle, 46 rue du Bac, 
l'aris. 

M. E. M..., à Lyon. Les papillons doivent rester au 
moins huit jours sur l'éta'oir ; les sphynx demandent au 
inoins quinze jours pour être suffisamment secs. Lorsque 
vous faites ramollir des papillons sur du grès humide, 
répandez dans le grès de l'acide phonique pour empê- 
cher la moisissure d'attaquer les papillons. — Pour 
piquer vos insectes employez les épingles nickel, et pour 
la conservation de vos collections usez des boules de 
naphtaline montées sur épingles. Nous avons donné sou- 
vent ce conseil. 



De l'influence 

LES VEITS D'OUEST SE LE VOL DES MOUETTES 

(LARIO/E) 
ET D'AUTRES OISEAUX 

Traduction du mémoire de M. J. H.Gurney(l) 



Le vent ou plutôt l'intensité du vent est la cause qui 
exerce la principale influence sur la façon de voler chez 
l'Oiseau ; avec la puissance motrice et la gravitation de 
la terre, c'est le vent, sa puissance et sa direction qui 
règlent le mouvement des ailes. 

Sans aucun vent, l'Oiseau ne vole jamais vite et, dans 
ces conditions, son vol devient apathique, la locomotion 
devenant probablement très laborieuse : il vole même 
plus aisément contre un vent léger que lorsqu'il doit le 
suivre. La vérité de ce fait a été contestée par un grand 
nombre d'auteurs, bien que les observations récentes 
faites sur les côtes du Norfolk (Angleterre) l'appuyent. 
Cette côte se présente sous la forme d'une vaste pénin- 
sule arrondie qui s'avance dans la mer du Nord, et la 
plupart des observations que nous mentionnerons ici ont 
été enregistrées aux environs de la petite ville de Cromer 
située vers le milieu de la courbe. Grâce à sa situation 
toute particulière, on peut étudier à Cromer l'influence 
de la direction des vents sur les passages d'automne et 
principalement sur ceux des Oiseaux migrateurs à vol 
bas ; beaucoup arrivent de la haute mer, semblant des- 
cendre du ciel, et ne manquent jamais de stationner sur 
ce rivage. 

Ceux qui connaissent l'ouvrage du vénérable. peintre 
Gaetke, intitulé : Die Vogelwarte Heligoland — nous en 
possédons maintenant une traduction anglaise publiée 
par M. Harwie-Brown — reconnaîtront déjà l'importance 
attachée par l'auteur (voir en particulier le cinquième 
chapitre) au rôle des vents et d'autres agents météoro- 
logiques dans les migrations effectuées sur Heligoland. 
Ses observations suivies et personnelles se résument en 
ceci : (p. 76.) « Lorsque le vent souffle dans un certain 
« sens, les Oiseaux passent en grand nombre, mais quand 
il change, on n'en voit presque plus. » 

Les vent» qui dirigent les migrations à Heligoland ne 
sont évidemment pas les mêmes que ceux qui conduisent 
les Oiseaux jusqu'au Norfolk. Les passages extrêmement 
abondants qui eurent lieu dans cette dernière région, 
comme sur toute la côte orientale de l'Angleterre, ne 
furent constatés nulle part ailleurs. 

On aurait donc tort de rapprocher Heligoland de la 
côte anglaise pour ce qui concerne les migrations. Comme 
exemples, en octobre 1870, des milliers de Mésanges 
charbonnières (Parus major) apparurent à Heligoland ; 
en 1874, les Otocorys alpestres (Otocorys alpestris) pas- 
sèrent en très grand nombre; en 1876, on vît arriver des 
myriades d'Alouettes des champs (Alaudaarvensis); en 1879, 
des Plongeons Cat-marin (Colymbus septentrionalis) pour 
ainsi dire par millions, et en 1880, des Gobe-mouches 
bec-figue (Muscicapa atricapilla) en nombre incalculable ; 
cependaut, autant qu'on sache, aucun d'eux ne s'est 
montré en Angleterre. 

Outre M. Gaetke, quelques auteurs insistèrent déjà sur 
la corrélation du vent avec les passages, mais on est sur- 
pris de voir que d'autres théories n'en font pas mention. 
Depuis longtemps, son influence était admise par M. John 

(1) « Oq tho Eti'ect of westerly winds on the flight of Gulls 
(Laridœ) and other Birds. > Ibis, 1895, p. 423. 



112 



LE NATURALISTE 



Cordeaux. En parlant dos observations faites à l'embou- 
chure de l'IIumber (1881), il avance, comme un axiome 
le fait suivant : « avec les vents du sud ou de l'ouest, s'ils 
« ne soufflent pas en tempête, les migrations s'effectuent 
« toujours d'une manière normale (sur la côte orientale 
« pendant l'automne), mais avec des vents opposés, c'est 
tout, le contraire (1). » Il semble que M. Cordeaux ait, 
dans la suite, un peu modifié sa manière de voir relative 
au sens du vent. 

Lors de notre séjour à Cromer, nous observâmes atten- 
tivement, comme l'a fait M. Cordeaux, toutes les espèces 
qui se montraient, mais en consacrant une attention 
particulière aux Mouettes (Laridse), principalement au 
Goéland à manteau bleu et au Goéland à pieds jaunes 
(Larus argentatus, L. fusais), espèces d'ailleurs les plus 
abondantes et les plus faciles à observer. Nous croyons 
donc pouvoir démontrer que ces Laridés donnent la clef 
du problème pour la plupart des Oiseaux, en ce sens 
qu'ils s'adapteraient au vent— et nous prouverons tout 
à l'heure, qu'en automne, c'est toujours à un vent con- 
traire — chose admissible pour tous les migrateurs qui 
se trouvent dans des conditions semblables. 

Il est difficile d'affirmer jusqu'à quel point les Laridés 
doivent être considérés comme de véritables Oiseaux de 
passage à travers la mer du Nord, mais on a pu constater 
d'une façon suivie que chaque automne voyait apparaître 
principalement ces deux dernières espèces suivant lescôtes 
et se dirigeant toujours vers l'ouest. On s'est souvent de- 
mandé quelle est leur destination et pourquoi ils adoptent 
invariablement la même route et le même parcours ; nous 
avons été, à diverses reprises, en correspondance avec 
M. Cordeaux sur cette question, et c'est un heureux 
hasard qu'il y ait sur la côte du comté de Lincoln un 
naturaliste se livrant depuis nombre d'années à une étude 
approfondie des migrations. 

En 1884, M. Cordeaux et nous, étions en même temps 
au guet et nous pûmes observer, non pas simultané- 
ment, une migration assez considérable de Goélands 
(bien que ce terme de « migration » ne soit pas tout à fait 
applicable ici), M. Cordeaux posté dans le Lincoln et nous 
dans le Norfolk. M. Cordeaux suivit, le 25 septembre, le 
mouvement, cette expression nous paraît mieux appropriée, 
et à partir de ce jour jusqu'au 28, lui et ses amis irent 
passer un très grand nombre de Goélands à manteau 
bleu et de Goélands à pieds jaunes, avec un vent assez 
fort du sud-ouest. Le passage dura quatre jours, pendant 
dix heures journellement, se prolongeant peut-être même 
la nuit (2). Quinze jours après, soit le 11 octobre, un 
passage semblable fut noté dans le Norfolk. Ce jour-là 
aussi, un des plus grands vols passa par Cromer et le 
village voisin d'Overstrand. Une tempête accompagnée 
de vent du nord-nord-ouest avait régné la nuit précé- 
dente, et à onze beures du matin, on n'apercevait encore 
aucune Mouette depuis la falaise. Nous ignorons à quel 
moment au juste elles arrivèrent, très probablement un 
peu après onze heures. 

Nous revînmes sur le rivage avant trois beures de 
l'après-midi, et à ce moment, le vent qui souillait tou- 
jours de l'ouest, avait diminué en intensité; de grands 
vols de Mouettes continuaient à passer. Nous ne savons 
combien de temps cela dura, mais en admettant que leur 

(1) Voyez lo troisième rapport sur les migrations, p. 39. 

(2) Voyez pour le récit détaillé, le sixième rapport sur les 
migrations, p. 65. 



passage ait duré neuf heures, nous évaluons leur nombre 
à 11.880 individus; ceci, en comptant qu'une troupe pas- 
sait par minute, chaque compagnie comprenant, en 
moyenne, vingt-deux Oiseaux. 

C'étaient surtout Larus argentus et L. fuscus mêlés à 
quelques L. canus et L. marinus ; parfois, l'on voyait aussi 
la Mouette rieuse (L. ridibundus). Tous ces Oiseaux sui- 
vaient la même direction ouest-nord-ouest. Le lendemain, 
le vent n'avait guère changé, mais on n'observait plus 
aucun migrateur. Le 10 octobre (donc la veille du 
grand passage), le vent venait du nord; le 9, nous 
croyons nous rappeler qu'il soufflait du nord ou du nord- 
ouest, et du nord-nord-ouest durant la journée du 8. 
Le 7, le vent était au nord-nord-est, c'est-à-dire qu'il 
soufflait directement sur Cromer, de sorte que les Mouettes 
n'avaient aucun avantage à aller plutôt d'un côté que 
d'un autre ; l'on n'en vit d'ailleurs que trois, mais elles 
se dirigeaient à l'ouest, volant donc contre le vent. 

Le 26 octobre, nous en observâmes de nombreuses 
sociétés allant toujours à l'ouest; curieux d'obtenir un 
chiffre approximatif, nous restâmes pendant deux heures 
sur la rive pour les compter en gros. 

Durant la première heure, à partir de 3 heures 20 mi- 
nutes du soir, à notre avis, il en passa environ 415; pen- 
dant la seconde heure, peut-être 345 individus. Ces 
bandes passaient très près du rivage, se composant des 
mêmes espèces qu'auparavant, ordinairement de dix à 
vingt individus à la fois ; le Goéland à pieds bleus (Larus 
canus) était le plus commun. On remarquait en outre un 
grand nombre de Goélands à manteau bleu et de Goélands 
à pieds jaunes. A 5 heures 30 minutes du soir, ces régi- 
ments défilaient encore, toujours d'une façon aussi régu- 
lière et par petites compagnies qui suivaient exactement 
le même chemin. Il n'est guère possible d'évaluer la 
durée du passage qui avait probablement commencé à 
l'aube, le vent ayant été fort, et se sera prolongé tard 
dans la nuit ; le vent soufflait alors du nord-nord-ouest. 
Le lendemain, il venait delà même direction, mais l'on 
ne vit plus aucune Mouette, la migration était terminée (1). 

Le jour suivant, 28 octobre, le vent changea à l'ouest- 
nord-ouest et souffla fort, M. Cordeaux enregistra un vol 
considérable de Bécasses. De nouvelles bandes de 
Mouettes se montrèrent, se dirigeant toutes à l'ouest 
comme précédemment. Il en défila de 2.000 à 3.000 indi- 
vidus ce jour-là, et à peu près 5.000 pendant la journée 
du 26. On peut se demander seulement si les Oiseaux qv. 
apparurent le 28 octobre étaient les mêmes que ceux qt 
avaient passé le 26, ou si c'étaient d'autres migrateurs. 
On pourrait croire que ceux notés le 26 avaient employé 
la journée du 27 à revenir dans la direction de l'est, du 
large; mais dans ce cas, ils auraient été entraînés par 
vent, car il est certain qu'ils ne le suivent pas de lei 
plein gré. D'autres part, on peut supposer qu'il s'agissait 
de nouveaux voyageurs venus des terres d'Essex, de Kent 
ou même de la Belgique, et les 100 milles d'étendue dl 
mer qui séparent ces régions auraient pu fournir leur 
contingent. F. de Schaeck. 

(1) Des mémoires sur ces passages et difl'érentes notes suri 
même sujet ont été publiés dans les Norfolk and Norwich Nat 
Soc. Transact. îv, p. 326 et dans l'appendice à Y Histoire de 
Cromer, de Ryc. 

Le Gérant: Paul GROULT. 

Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



18 e ANNÉE 



2 e Série — N° «»C> 



1 er AOUT 1896 



SINGULIER ÉCHANTILLON DE GYPSE 



A côté des fossiles bien définis que nous fournissent'et 
parfois en si grand nombre, les couches de tous les âges, 
m recueille de temps en temps des traces singulières 
dont la détermination est très difficile et conserve tou- 
jours pour l'esprit une signification problématique. Déjà 
j'ai eu maintes fois l'occasion d'appeler l'attention des 
lecteurs du Naturaliste sur ces empreintes douteuses, et 
l'on n'a peut-être pas oublié la longue série qu'en a 
fournie le terrain triasique supérieur des environs de Bou- 
■-sur-Mer. 



Aujourd'hui nous offrons au public le portrait tout à 
fait exact d'une masse recueillie à Argenteuil dans la car- 
rière de Volambert et que le Muséum doit àM.Ch. Cloez 
qui la tenait de M. Gougelet. 

A première vue c'est un rameau d'arbre ou un paquet 
de racines s'étalant sur un joint horizontal (diastrome) de 
la pierre à plâtre et s'étendant sur une surface considé- 
rable par des dichotomies successives. En examinant les 
échantillons, il semble qu'ils consistent dans le moulage 
argileux d'un corps qui a disparu par décomposition et 
autour duquel le gypse a cristallisé sous sa forme saccha- 
roïde ordinaire. De l'axe principal partent des ramifica- 
tions de plus en plus fines qui se terminent par un véri- 
table chevelu. 




" 



*%, -T-: 



■ . 



\* :• 




Empreintes problématiques trouvées dans le gypse saccharoïde de la 2 e masse, à la caverne de Volambert prés d'Argentcuil 
(S.-et-O.) 2/3 grandeur naturelle. Échantillons du Muséum do Paris. 



Si . à la vue du dessin et même de l'échantillon l'idée pre- 
mière est qu'il s'agit réellement d'une racine, on est cepen- 
dant étonné de voir qu'elle est exclusivement renfermée 
dans le joint et ne pénètre aucunement ni au-dessus ni 
au-dessous de la masse gypseuse. L'empreinte et la contre- 
empreinte, toutes deux conservées, sont tout à fait élo- 
quentes à cet. égard. Cette remarque suffit pour éliminer 
l'opinion qu'il pourrait s'agir d'une racine actuelle; car il 
ne faut pas oublier que les plantes vivantes peuvent 
pousser très loin des racines dans les roches plus ou 

Le Naturaliste, 46, rue du Bac, Paris. 




moins anciennes, et j'ai rencontré dans le temps des blocs 
degrés de Fontainebleau au travers desquels, et grâce à 
leurs propriétés dissolvantes, des racines d'orme avaient 
pénétré de plusieurs décimètres. 

Mais, dans le cas spécial, le vestige s'est rencontré à une 
distance beaucoup trop grande de la surface du sol pour 
que la même interprétation puisse être acceptée. C'est, 
en effet, dans la seconde masse de gypse que M. Gougelet 
a fait la trouvaille que je signale, et, à Volambert, cette 
seconde masse est recouverte d'une haute masse épaisse 



17'. 



LE NATURALISTE 



d'une douzaine de mètres et qu'aucune racine d'arbre 
ne saurait franchir. 

Dans ces conditions, j'ai nettoyé avec beaucoup de pré- 
caution l'une des parties du fossile de façon à mettre à 
h h la surface gypseuse et je l'ai surmoulée avec du 
plâtre. Il est résulté de l'étude du moulage que.l'objet 
avait une écorce toute pareille à celle de la plupart des 
racines, avec les cicatrices très reconnaissables des radi- 
celles de diverses grosseurs. La conclusion qui me parait 
la plus probable est qu'il s'agit en effet d'une racine pro- 
venant d'un végétal de l'époque éocène charriée dans la 
lagune où se déposait le gypse. Le petit lit sur lequel ce 
débris végétal se déposait a d'ailleurs une nature sableuse 
en général qui le distingue du gypse proprement dit, et a 
déterminé la séparation facile de la roche. 

Il ne faudrait plus que déterminer botaniquement le 
végétal d'où ce fragment fui détaché, et ce serait d'autant 
plus intéressant qu'on ne sait, pas grand'chose de la flore 
terrestre du gypse parisien. On sait qu'au contraire la 
Bore synchroniqued'Aix et d'autres localités a été bien 
étudiée. Malheureusement le grain assez grossier de la 
roche n'a pas permis la conservation des parties caracté- 
ristiques, et probablement le fossile qui nous occupe res- 
tera longtemps dans la série des empreintes probléma- 
tiques. 

Stanislas Meunier. 



De Finfluenee 



DES YEÎSTS D'OUEST SUR LE VOL DES MOUETTES 

(LARID/E) 
ET D'AUTRES OISEAUX 

Traduction du mémoire de M. J-H.Gurney 



Si les Mouettes apparaissent quelquefois en aussi grand 
nombre, comme dans les deux cas que nous venons de 
signaler, elles se montrent a Gromer presque chaque 
jour en octobre et novembre, par individus plus isolés, 
trois ou quatre qui, avec les vents d'ouest, suivent tou- 
jours la même route. D'ordinaire, leur vol est élevé quand 
il lait beau, bas quand le temps est mauvais, mais dans 
les deux cas. elles vont régulièrement du côté de Blakeney, 
petite ville munie d'un port, et située à l'ouest .; plus loin, 
Oïl trouve Wells avec ih'< « binks » ires vastes et entière- 
ment plats, où le colonel Feilden a vu parfois de nom- 
breuses sociétés y chercher un abri. 

Notons ici que les vents d'ouest sont, très fréquents sur 
les Côtes orientales d'Angleterre : on n'a qu'à consulter 
pour s'en assurer le tableau météorologique annuel que 
publie M. A.-W. Preston dans les Transactions of the 
Norfolk and Norwich Naturalists Society, où l'on trouve la 
direction du vent, enregistrée sur la girouette de la flèche 
de la cathédrale de Norwich. En 1883. l'on compta dans 
le Norfolk 173 jours de venl d'ouest ; en 1884, 165 jours; 
mais nous préférons mettre le tableau comparatif de ces 

dernières années sous les yeux de nos lecteurs. 



1883 Ouest 173 jours. 

1884 " 165 

188') « 147 « 

1880 » 170 <■ 

Le vent d'< -i n'est pt 



1887 Ouesl 180 jours. 

1888 « 171 « 

1889 « 180 « 
1800 « 191 « 

limité a l'Angleterre seu- 



lement : tout autour de notre globe, il domine au nord du 
30 e degré de latitude, et sans aucun doute les Mouettes de 
l'Atlantique volent souvent contre, ou bien se confient à 
ce vent qui les mène là où elles veulent. 

Selon M. Harwie-Brown, les vents d'ouest dominèrent 
en 1884 d'une façon rare dans toute l'Ecosse, justement 
l'année où nous observâmes cet important déplacement 
vers l'ouest. A partir du 30 e degré de latitude sud de 
l'équateur, les vents du nord-est sont les plus fréquents 
autour du globe, et le sens du vol chez ces Oiseaux 
devient probablement inverse : suivant nous, ils se diri- 
geraient dans ce cas vers l'est, pour entrer dans les 
vents alizés. Il est bien rare qu'une espèce traverse la mer 
du Nord pour gagner le Norfolk au printemps (chose qui, 
à tort, paraît naturelle), car durant les mois d'avril 
et de mai, nous avons fort peu de vent d'ouest ainsi que 
l'indique d'ailleurs le tableau de M. Preston, reproduit 
plus haut. 

On peut donc établir comme règle générale que le sens 
du vent régit, les déplacements, non seulement pour le 
groupe des Goélands ou Mouettes, mais aussi pour les 
espèces qui voyagent à une faible hauteur, en particulier 
pour les migrateurs diurnes, comme les Corneilles man- 
telées, les Freux, les Choucas, les Alouettes des champs, 
les Pinsons communs, les Étourneaux, les Bécasses, les 
Eperviers et les Crécerelles. Ces Oiseaux et d'autres en- 
core qui apparaissent en automne sur la côte du Norfolk, 
préfèrent aller contre le vent, quand celui-ci n'est pas 
trop fort. Lorsqu'ils sortent de la mer, nous pensons 
qu'ils stationnent ordinairement dans certains estuaires, 
aux embouchures de l'IIurnber, du Wash ou delà Tamise. 

A notre avis, ce seraient les vents d'ouest qui amène- 
raient en Angleterre, durant l'automne, le Bécasseau pec- 
toral (Tringamaculata), la Mouette de Sabine (Xema Sabi- 
nii) et tant d'autres espèces américaines énumérées dans 
le Manuel de M. Saunders, principalement des repré- 
sentants de Scolopacidœ (groupe des Bécasses) qui arrivent, 
à la côte orientale des Iles Britanniques, au lieu d'atterrir 
aux côtes d'Irlande cependant plus rapprochées des Etats- 
Uuis. Ou bien si la Mouette Sabine se montre en Irlande, 
c'est toujours sur la côte est, comme les registres d'obser- 
vations le prouvent, parce qu'elle a un vent contre le- 
quel il lui est impossible de voler. 

Nous dirons même que, sans vents d'ouest, les migra- 
tions que l'on observe chaque automne, de l'est à l'ouest, 
dans" le Norfolk et, d'une manière générale sur la côte 
orientale d'Angleterre, ne s'accompliraient pas. 

La direction adoptée par les Oiseaux changerait 
donc avec le veut, si celui-ci ne souillait plus de l'ouest, 
car à peu d'exceptions près, ils aiment à voler contre le 
vent d'ouest. Ceci du reste est encore un point à étudier, 
car si les migrateurs ne volaient pas contre, ils seraient 
souvent emportés par le vent. 

D'autre part, un coup de vent, modéré — bien entendu 
s'il n'est pas trop fort — aura un résultat bien différent 
en poussant tousles Oiseaux d'eau et de terre, alors qu'un 
léger \ent suffira a pousser les petites espèces à habitudes 
terrestres. Ainsi, la migration étonnante de Gorges-bleues 
(Cyanccula siiecica) dont tout, le monde se rappelle, eut 
lieu sur la côte du Norfolk, en septembre 1884, après un 
coup de vent d'est, véritable grain d'orage, et donna à sup- 
poser que ces Becs-lins avaient vole, avec le vent et non eu 
sens contraire. L'invasion de Roitelets huppés (Regulua 
cristatus) signalée bien au delà des frontières du comté 
du Norfolk, — passage qui à Héligoland ressembla à une 



LE NATURALISTE 



175 



bourrasque de neige — fut certainement déterminée par 
des vents élevés venant de l'est. Enfin, les soixante 
Mouettes pygmées (Larus rninutus) dont parle M. Henry 
Stevenson lurent encore poussées en 1870 par un coup 
de vent du nord-est. et il en fut de même des Stercoraires 
(Stercorarhis pomarinus) apparus au mois d'octobre de 
1879. 

Des coups de vent semblables et les ouragans ont d'ail- 
leurs été décrits par M. A. -G. Chapman dans le Natura- 
list (i), il faut en tenir compte pour l'étude des voyages 
i\f< ( >iseaux ; vu leur irrégularité, ces phénomènes com- 
pliquent singulièrement l'étude des migrations et en font 
un problème difficile à comprendre. 

Dans tous les cas, Ton peut dire que les deux princi- 
paux agents de la migration avienne sont: 1° la direction 
du vent ; 2° la nourriture. De ces deux facteurs, le pre- 
mier est le plus important, et s'il aide beaucoup de 
voyageurs, il contrarie plus qu'il ne favorise les migra- 
tions. Peu de personnes pourront, en effet, nier que le 
vol des Oiseaux est accéléré ou retardé par la vitesse du 
vent, car certainement ils avancent ou reculent suivant 
sa direction. Si le vent tombe, par des nuits calmes, les 
espèces à vol faible doivent être particulièrement favorisées. 
Suivant M. Gaetke — c'est ici le résultat d'observations 
faites pendant une vie entière, mis aujourd'hui à la portée 
des lecteurs anglais — les Oiseaux migrateurs s'élève- 
raient haut dans les airs, souvent très probablement à 
une hauteur prodigieuse et voleraient droit au sud, filant 
jusqu'à 100 milles à l'heure (les Hirondelles pourraient 
parcourir 200 milles) pour atteindre l'Afrique en l'espace 
de neuf heures. 

Cela doit se passer ainsi pour la foule des émigrants 
de la Scandinavie qui traversent en automne la mer du 
Nord et gagnent les Iles Britanniques. En continuant à 
se diriger toujours à l'ouest, ils se trouvent dans l'Atlan- 
tique (ce qui arriva dernièrement à quelques Freux, 
d'après le journal le Field), mais en général ils attendent 
un moment favorable pour aller au sud. 

F. DE SCHAECK. 



la distance du Soleil 



Le soleil est à 37 millions de lieues de nous. Comme 
la terre décrit autour de lui une ellipse et non pas un 
cercle absolu, il y a des moments où nous sommes à 
un 1/2 million de lieues plus près, et d'autres où nous 
sommes à 1/2 million de lieues plus loin: soit 1 million 
ucs d'écart entre ces deux extrêmes. On sait que 
C est en hiver que nous sommes le plus près du soleil, 
st en été que nous sommes le plus éloignés de lui. Mais 
nous occupons l'hémisphère nord, et notre hiver a lieu 
}« Qdant l'été de l'hémisphère sud. Il en résulte que l'été 
estpluschaud que le notre, de l'autre côté de l'équateur; 
! ar contre, il dure moins longtemps. Pour la même 
raison, nos hivers sont à la fois moins froids et plus 
courts que clans l'hémisphère sud. Il y a donc compensa- 
tion. Actuellement c'est le 1 er janvier que la terre est le 
plus près du soleil ; bien que nous soyons alors en hiver 
depuis une dizaine de jours. On voit par là que le froid 



(1) Londres, n° de lévrier 1886. 



de nos hivers ne tient pas à la distance du soleil, mais à 
l'obliquité de ses rayons : tout le monde sait qu'on a 
plus chaud quand on est assis en face d'un bon feu que 
quand on se met trop sur le côté de la cheminée, fùt-on 
même à quelques centimètres plus près. 

Rien n'est plus intéressant que de voir l'homme aux 
prises avec ce difficile problème. La difficulté de cette 
mesure consiste en ceci : il s'agit de calculer la distance 
d'un point inaccessible, le soleil, alors que le diamètre 
tout entier de la terre, pris pour base du triangle d'arpen- 
tage, est par trop court, eu égard à l'énorme distance de 
l'astre en question. C'est, comme si on voulait mesurer 
les angles d'un triangle ayant 1 millim. de base pour 
près de 12 mètres de hauteur ! 

Les anciens évaluaient beaucoup trop bas la distance 
du soleil : ils le croyaient 19 fois plus loin que la lune. 
Or la distance du soleil est près de 400 fois celle de 
notre satellite, qui n'est qu'à 96,000 lieues. Cependant, 
avant l'ère chrétienne, Aristarque de Samos avait eu 
une idée de génie. Ne pouvant calculer la distance du 
soleil comme celle de la lune, en choisissant sur la terre 
deux points suffisamment éloignés, il avait eu recours à 
un artifice, que le dessin géométrique des phases de la 
lune lui avait suggéré. La différence qui existe entre les 
durées des deux premières phases de la lune, lui fournis- 
sait tout de suite le rapport qu'il y a entre la distance du 
soleil et celle de la lune. Connaissant la distance de la 
lune, on aurait eu celle du soleil par une multiplication. 
Malheureusement il était plus facile de suggérer la mé- 
thode que de la mettre à exécution. Il est impossible de 
déterminer à 1 minute près le moment précis où la lune 
est pleine, le moment précis où elle est à son premier 
quartier. En effet le soleil est si gros par rapport à la 
lune, qu'il produit sur cet astre des demi-teintes, rendant 
bien difficile la délimitation exacte entre les parties 
éclairées et les parties obscures. 

On a donc dû recourir à d'autres méthodes. La plus 
simple est la méthode de la vitesse de la lumière. Cette 
vitesse a été calculée directement avec l'appareil Fou- 
cault modifié par Cornu. On sait le temps qu'elle met 
pour traverser le diamètre de l'orbite terrestre : une multi- 
plication donnera donc la longueur de ce diamètre, et 
par suite la distance du soleil, qui en est la moitié. — 
Un autre moyen très ingénieux, c'est la méthode de 
l'aberration de la lumière. On est obligé d'incliner les 
télescopes pour recevoir la lumière des astres, comme 
on incline un parapluie devant soi quand on court sous 
une pluie verticale. En effet la terre se meut sur son 
orbite pendant que les astres nous envoient leur lumière. 
On en déduit le rapport qui existe entre le mouvement 
de translation de notre globe et la vitesse de la lumière. 
Ce rapport est égal à -~. Comme la vitesse de la 
lumière est de 300 mille kilomètres par seconde, on en 
conclut que la terre se meut avec une vitesse de 30 kilo- 
mètres par seconde sur son orbite. Connaissant la durée 
de sa révolution annuelle, 365 jours 1/4, on n'a qu'à faire 
une multiplication pour avoir la longueur de cette orbite. 
On en déduit la longueur du diamètre de la courbe, et. 
par suite la distance du soleil, comme dans le cas précé- 
dent. 

Enfin on peut obtenir de plusieurs manières distinctes 
la parallaxe du soleil. On appelle ainsil'angle sous lequel 
un observateur, placé au centre du soleil, verrait le 
rayon de la terre. En un mot, c'est l'angle du soleil au 
sommet du triangle ayant pour base le rayon de la terre. 



[76 



LE NATURALISTE 



Il est égal à 8 secondes 8G suivant Le Verrier, et à 
s secondes Si suivant Laplace. 1 centième de seconde 
exerce une influence de 42.000 lieues sur le résultat. Or 
i centième de seconde, c'esl bien peu de chose: c'est 
l'angle sons lequel on verrait un cheveu, de \ dixième 
de millimètre d'épaisseur, à 2 kilomètres de distance ! 
11 est difficile d'être plus précis que nos astronomes con- 
temporains. Il est probable que le chiH're de 8", 86 est un 
peu trop fort. On le saura dans 2 ou 3 siècles d'ici, 
quand ou connaîtra mieux les perturbations séculaires 
produites par la terre sur les planètes de son voisinage. 
Le dernier chiffre admis est 8 secondes 80, actuellement. 
C'csi une dernière méthode plus précise encore que 
toutes les autres. Cela nous donnera probablement un 
demi-million de lieues à ajouter aux 37 millions de 
lieues, pour la distance moyenne du soleil. Or il est de 
tonte nécessité d'apporter la plus grande précaution dans 
ce calcul ; caria distance du soleil est l'unité de mesure, 
pour tout ce qui concerne l'astronomie moderne. Il est 
à remarquer que presque toujours on a évalué trop lias 
la distance du soleil : on dirait qu'on a eu peur de le 
mettre à sa place, Il ne faut pas oublier que c'est un 
astre dont le volume est prodigieusement gros, et que 
son diamètre est égal presqu'à 4 fois la distance de la 
terre à la lune. C'est moins un globe qu'une sphère 
lumineuse de gaz comprimés par l'attraction, qui ren- 
ferment une prodigieuse quantité de chaleur. Seule son 
enveloppe possède un très vif éclat ; sa masse centrale 
nous semble obscure par effet de contraste. C'est elle qui 
forme le noyau sombre des taches du soleil, et qu'on 
apenoit à travers les déchirures de la photosphère. 

D r Bougon. 



LA VICTORIA REGIA 



« S'il est dans le règne animal des espèces qui, relati- 
\ rmeiit à nous, commandent l'admiration par leur 
énorme volume; si nous admirons également le port im- 
posant des géants de la végétation, nous restons aussi 
souvent en extase, lorsque dans les genres à nous con- 
nus, nous trouvons de ces espèces dont les grandes pro- 
portions viennent dépasser toutes nos prévisions. C'est 
effectivement ce que ressent le voyageur au milieu de 
ces pérégrinations lointaines, chaque fois que sa vue est 
frappée d'une de ces belles productions de la nature. » 
Ces lignes sont suggérées à d'Orbigny par la découverte 
île la Victoria, cette fleur merveilleuse qu'il fut le premier 
a rencontrer eu 1827. 

C'est dans la province de Corrientes, à 300 lieues envi- 
ron de la Plata, en descendant le l'arana, que le célèbre 
naturaliste français découvrit cette admirable nympbéa- 
cée. Les Indiens Guaranis qui l'accompagnaient, con- 
naissaient celle plante sous le nom de Yrupe, qui signifie 
plat d'eau, en raison des immenses dimensions de ses 
feuilles formant a la surface de l'eau un gigantesque 
|dat. Sur une étendue d'un quart de lieue, au point où les 
eaux du fleuve se confondent avec celles de VAroyo de 
Sun José en une immense nappe, ce n'étaient que feuilles 
larges d'environ deux mètres, relevées sur leurs bords 
sur nue hauteur de cinq à six centimètres. La verdure 



était émaillée de superbes fleurs larges de trente à trente- 
cinq centimètres, blanches ou rosées, dont le parfum em- 
baumait l'air. Les feuilles lisses à la face supérieure pré* 
sentent en dessous une solide charpente formée de ner- 
vures saillantes et ramifiées, et sonteouvertes de longues 
épines que l'on retrouve également sur les pédoncules 
et les fruits. 

D'Orbigny envoya dès cette époque des échantillons 
desséchés au Muséum. Cinq ans plus tard, parcourant le 
centre du continent américain, il se trouva de nouveau 
en présence d'une autre espèce de Victoria. Cette plante 
avait sa légende. En 1801, le botaniste Ilaenke envoyé 
par l'Espagne pour étudier la flore du Pérou, parcourait 
en pirogue le Rio Mamoré, un des plus grands affluents 
de l'Amazone, lorsqu'il aperçut dans un marais riverain, 
une plante si extraordinaire qu'il se précipita à genoux. 
D'Orbigny dit même que, « transporté d'admiration, 
Haenke se précipita à genoux, adressant à l'auteur d'une 
si magnifique création les hommages de reconnaissance 
que lui dictaient son émotion et son étonnement. Il s'ar- 
rêta en ces lieux, y campa même et s'en éloigna avec 
beaucoup de peine. » C'est en ce même point de la pro- 
vince de Moxos, que le naturaliste français retrouva la 
plante vue primitivement par Haenke, plante qui est 
devenue la Victoria regia. Il en fit une ample moisson de 
feuilles et de fleurs qui eurent à souffrir du soleil brûlant 
et des pluies torrentielles de ces régions inhospitalières 
et ne purent malheureusement pas arriver en Europe. 

A son retour en France, sur la vue des dessins de d'Or- 
bigny, Brongniard reconnut une nouvelle espèce qu'il se 
proposait de décrire; mais Lindley prit les devants et, en 
1837, la description de la merveilleuse plante américaine 
était livrée au monde savant. Les spécimens étudiés par 
Lindley avaient été rapportés par sir Robert Schomburgk 
qui les avait recueillis dans la Guyane anglaise le 
1 er janvier 1837. La première découverte constatée était 
donc bien due à d'Orbigny mais les lenteurs de la publi- 
cation de son voyage avaient permis à Lindley de con- 
quérir la priorité dans la dénomination. D'ailleurs il 
n'avait été tiré que vingt-cinq exemplaires du mémoire 
de Lindley et chacun d'eux avait reçu une destination 
particulière. Un seul de ces exemplaires était arrivé en 
France chez le baron Benjamin Delessert, et c'est là que 
d'Orbigny en eut connaissance et apprit — avec déplai- 
sir — que la plante qu'il avait découverte venait d'être 
nommée. 

Quant àla première Victoria, trouvé par d'Orbigny dans 
le Parana, elle reçut le nom de Victoria cruziana. Cett 
superbe plante avait provoqué à juste titre l'admiratioi 
et l'enthousiasme de ceux, en très petit nombre, qui 
l'avaient vue dans son site natal. Il restait à l'introduire 
en Europe et à permettre de l'admirer sans être obligé 
de subir les risques d'un long voyage qui n'est pas à la 
portée de tout le monde. Bonpland aurait, parait-il, en- 
voyé des graines à Mirbel ; mais, ces graines n'ayar 
point levé, la plante restait encore à introduire. Les 
premières tentatives furent faites par sir Robert Schoi 
burgk, mais les pieds transportés à Démérara péris- 
saient tous au bout de quelques semaines de séjour. 

En 1846, le collecteur Bridges rapporta de Bolivie de- 
graines conservées dans un bocal plein de terre humide 
Sur25 de ces graines achetées parle jardin deKew, deux 
seulement germèrent, mais les jeunes plantes ne tar- 
dèrent pas à dépérir et moururent dans la même année. 
En 1848 nouvel échec avec des rhizomes arrivés putréfié! 



LE NATURALISTE 



177 



et des graines qui ne purent se décider à germer. En 1849, 
dos résidents anglais de Georgetown, dans la Guyane 
anglaise, envoyèrent une véritable expédition à la con- 
quête de la Victoria. Cette fois-ci encore les pieds rap- 
portés périrent, mais des graines adressées à Kew arri- 
vèrent en bon état le 28 février 1849. L'une d'elles, semée 
chez le duc de Devonshire, donnait le 8 novembre la pre- 
mière Heur qu'on eût encore vue en Europe. Depuis lors, 
la culture s'en est maintenue, et il y a quelques années 
la noble plante fleurissait dans les serres du Muséum 
alors dirigées par notre ami Régnier. Il y avait plus de 
trente années qu'elle n'avait fleuri en France. Nous 
avons à cette époque indiqué le mode de culture, les con- 
ditions de végétation, et montré que tout jardinier intel- 
ligent, employons le mot juste, débrouillard, doit arriver 
a faire fleurir la Victoria. 

Dans son pays natal, la Victoria habite, non pas les 
grandes eaux des fleuves, mais les lagunes qui ne com- 
muniquent avec ces fleuves que pendant la saison des 
crues, époque où la plante est à son apogée et où ses 
feuilles peuvent atteindre jusqu'à4m. aOde diamètre. Ces 
lagunes se dessèchent quelquefois pendant la saison 
chaude, au point qu'on peut y marcher à pied ferme, et 
alors _on n'aperçoit au dehors aucune trace de végétal. 
Les fleurs s'épanouissent le soir et sont d'un blanc pur 
qui passe au rose et au rouge par suite de l'exposition au 
soleil. 

Quelle est l'odeur des fleurs de la Victoria ? les bota- 
nistes qui ont eu le bonheur de les contempler en place, 
ne sont pas d'accord à ce sujet. Pour les uns elle rap- 
pellel'ananas, pour d'autres celle du melon, du Cherimolia 
fruit d'anonacée que l'on consomme dans les régions 
tropicales. Aucune de ces appréciations n'est exacte, au dire 
de Bridges qui n'hésite pas à reconnaître que l'odeur de 
la Victoria est « exquise, à nulle autre pareille et propre 
à la noble fleur qui la produit » . 

Chez nous, la culture de la Victoria exige un bassin 
bien ensoleillé, débarrassé des plantes grimpantes qu'on 
cultive habituellement dans les serres autour des aqua- 
riums. De fréquents mécomptes doivent certainement 
être attribués à l'ombrage intempestif. lien est de même 
dans l'Amérique du sud et dans la nature où la Victoria 
ne parait se plaire que dans les lagunes entièrement 
exposées aux rayons du soleil, tandis qu'on ne la ren- 
contre jamais dans celles qui sont trop ombragées. 
Aussi comprend-on les regrets exprimés par les explora- 
teurs qui, tous, ont fait observer que la végétation qui 
entoure les localités où croit cette plante ne présente pas 
le splendide caractère qu'on aimerait à lui voir revêtir. 
On n'y trouve pas ces grands palmiers qui ornent si 
majestueusement les rives des grands fleuves américains, 
mais seulement des arbrisseaux. 

On se fera une idée de la rapidité avec laquelle croit 
cette plante gigantesque en songeant que sa végétation 
est annuelle. Un pied mis en place en avril est en pleine 
floraison au mois d'août, donnant de nombreuses fleurs 
qui se succèdent sans interruption. Quant aux feuilles, 
on peut également suivre leur développement depuis 
leur apparition jusqu'à ce qu'elles aient atteint leurs plus 
grandes dimensions. La force de résistance de ces feuilles 
est énorme; on a souvent dit et redit que, dans la nature, 
elles étaient capables de supporter le poids d'un homme. 
Peut-être y a-t-il quelque exagération ;mais n'est-ce pas 
un pittoresque et charmant spectacle que de voir de 



beaux oiseaux aquatiques se promener avec aisance de 
l'une à l'autre et des bandes de gobe-mouches y cher- 
cher à la fois le gîte et la nourriture ? 

P. Hariot. 



OISEAUX ACRIDOPHA&ES 

(Suite.) 

Les Couas. — Fig. Grandidier, les Oiseaux de Madagascar 

Cette espèce de coucous particulière à l'île de Mada- 
gascar où l'on trouve la plus grande variété, se répand 
jusque dans l'Afrique orientale. Les Couas se nourrissent 
presque exclusivement de mollusques terrestres, principa- 
lement de celui de l'Agathine. Cette qualité de destruc- 
teurs d'escargots les rendraient particulièrement utiles en 
Algérie où j'ai vu dans la plaine de l'Habra des vergers 
d'arbres fruitiers littéralement couverts de petits escargots, 
desséchant tout l'arbre, tes Couas ne sont pas des oi- 
seaux migrateurs; s'ils trouvaient toute l'année une nour- 
riture convenable à leur existence, il serait désirable de 
faire l'essai d'acclimatation en Algérie, de ces oiseaux 
utiles, complétant d'une manière normale et régulière, 
les services que rendent les pigeons ramiers et les tour- 
terelles à leurs passages bisannuels. Dans ce groupe se 
trouvent quelques espèces au plumage richement diapré, 
qui pourraient avoir une utilisation industrielle et dont 
l'exploitation raisonnable ne serait pas un obstacle à 
la conservation de l'espèce. 

Le Coua Delalandii. 

Cette espèce est très rare, il ne saurait être question 
d'en faire l'introduction en Algérie. M. Grandidier, le 
savant explorateur de Madagascar, nous a dit qu'il n'en a 
jamais trouvé un exemplaire durant ses pérégrinations à 
travers la grande île Malgache. Les deux espèces suivantes, 
le Coua cristata, se trouve partout; le Coua se trouve plus 
particulièrement à la côte orientale. On connaît une 
dizaine d'espèces complètement décrites dans les Oiseaux 
de Madagascar, de M. Grandidier, qui décrit leurs mœurs 
comme suit : la plupart des Couas habitent les grandes 
forêts, ou tout au moins les bois, où ils vont sautant de 
branche en branche, à la recherche de leur nourriture 
qui consiste en insectes et surtout en mollusques; on 
trouve d'ordinaire dans leur estomac une masse gélati- 
neuse fétide qui provient des limaces et coquilles ter- 
restres dont ces oiseaux sont très friands ; ce sont de 
vrais grimpeurs. Les autres (1), au contraire, se perchent 
rarement et vivent dans les plaines, où ils courent à terre 
sous bois ; ceux-là se nourrissent surtout de vers et d'in- 
sectes, et, dans certaines saisons, de graines. Tous ces 
Couas, les grimpeurs comme les coureurs, pillent sans 
pitié les nids à la saison des couvées, et ils attaquent 
même quelquefois les petits oiseaux adultes. Ils ne sont 
pas sociables; aucun d'eux ne vit en troupes, et on les 
rencontre presque toujours isolés, sauf à la saison des 
amours. Il n'y a aucune différence de coloration ni de 
grandeur entre les sexes. Leur vol est lourd et toujours 
en ligne droite; il s'exécute par des battements d'ailes 
multipliés et irréguliers; les Couas ne font, du reste, 
usage de leurs ailes que lorsqu'ils y sont forcés. 

J. Forest. 
(A suivre.) 

(1) Ce sont les Coua Reynaudii, cristata, pyropyga, Ver- 
reauxii et Cœrulea. 



178 



LE NATURALISTE 



DE L APPAREIL EXCRÉTEUR 



Les appareils excréteurs sous quelques formes qu'on les 
rencontre, sont destinés à rejeter au dehors les matières 
toxiques, nuisibles, par conséquent, à l'organisme et qui, 
si elles s'accumulaient dans le sang, ne tarderaient pas à 
produire la mort de L'animal. 

Il existe en effet, partout où l'on rencontre des appa- 
reils excréteurs différenciés, une relation constante entre 
ces organes spéciaux et le liquide sanguin ou celui 
de la cavité générale du corps. Chez les êtres les plus in- 
férieurs c'est le protoplasme lui-même qui est chargé 
d'expulser au dehors, grâce à son activité propre, les pro- 
duits de désassimilation provenant de l'oxydation, c'est- 
à-dire de l'usure du protoplasme lui-même. 

C'est par de simples phénomènes d'osmose que ces pro- 
duits excrémentitiels peuvent ainsi arriver en dehors du 
corps de ces êtres. Mais, chez les animaux plus élevés en 
organisation et qui possèdent une cavité générale ou un 
appareil circulatoire distinct, on voit se produire des ap- 
pareils spéciaux chargés d'éliminer ces mêmes produits de 
désassimilation des cellules. On donne à ces appareils les 
noms d'organes segmentaires ou de reins. En réalité, la 
fonction excrétrice est beaucoup plus compliquée que ce 
que nous venons de dire, et bien des organes qui semblent 
adaptés à des fonctions tout à fait différentes sont en 
réalité de puissants auxiliaires delà fonction dépuratrice. 

Les Protozoaires et les Cëlentérés sont Complètement 
dépourvus d'appareils spéciaux d'excrétion, mais on les 
trouve déjà très développés chez les Vers. 

Suivant que le corps de ces êtres est segmenté ou non, 
les formes de l'appareil excréteur varient considérable- 
ment. 

Tandis, en effet, que chez les Vers plats, non segmentés, 
l'appareil excréteur se compose simplement de deux ca- 
naux longitudinaux s'ouvrant d'une part dans la cavité 




Fig. 1. — Organe segmentai™ du Lombric (ver de terre). 
p. v, pavillon vibratile s'ouvrant dans la cavité générale 
à un anneau; — p. r, partie rénale du tube excréteur; — 
o, orifice externe s'ouvrant sur les côtés de l'anneau suivant 
du corps. 

générale du corps, el de L'autre à l'extérieur à l'aided'une 

ampoule souvent contractile, nous observons dans les 



Vers annelés une disposition métaméiïque parfaite au 
moins dans la région moyenne du corps. 

Chez le Lombric (Ver de terre), l'appareil segmentaire 
est formé d'une série de tubes qui s'ouvrent, d'une part, 
dans la cavité générale de l'un des segments, à l'aide 
d'un pavillon cilié, et de l'autre, à l'extérieur par un 
simple orifice situé toujours sur les faces latérales du 
segment suivant. 

Le canal qui met en communication la cavité générale 
avec l'extérieur est un tube transparent entortillé un 
grand nombre de fois sur lui-même et qui, presque à sa 
naissance, traverse la cloison de séparation de deux seg- 
ments du corps, puis, se continue dans le segment infé- 
rieur où il prend un aspect plus sombre en se recouvrant, 
de grandes cellules glandulaires adaptées à la fonction 
rénale pour s'ouvrir sur les côtés du corps et un peu sur 
la face centrale après s'être brusquement élargi. 

La disposition métamérique est plus frappante encore 
chez Y Arénicole . 




Fig. 2. — Organe segmentaire schématisé de i'Arénicole. 
p. v, pavillon cilié; — o, orifice externe s'ouvrant dans le 
même anneau. 

Cet être, en effet, montre dans les segments moyens 
du corps une paire d'entonnoirs ciliés suivis d'un canal 
contourné sur lui-même et renflé à l'extrémité opposée 
en une vésicule qui se trouve coiffée d'une portion glan- 
dulaire. 

La vésicule communique avec l'extérieur par un très 
court canal. 

On voit donc que, chez cet animal, il existe une paire 
d'organes segmentaires dans chacun des anneaux du 
corps qui en portent. 

La même disposition se rencontre chez la Sangsue; 





Fig. 3. — Organe segmentaire de la Sangsue, p. v, pavillon 
cilié; — gl. r, glande rénale en fer à cheval; — v. r, vési- 
cule rénale; — o, orifice externe. 

Fig. 4. — Appareil excréteur do la Douve {Dislomum llepa- 
ticum) v, ventouse ventrale; — p. v, pavillons ciliés; — 
c. e, canal excréteur ; — f. c, foramen caudale. 

mais ici, l'appareil segmentaire est presque clos du côté 
île cette même cavité, et c'est à peu près simplement par 
des phénomènes d'osmose que les produits excrétés sont 



LE NATURALISTE 



179 



conduits dans la cavité même de l'organe et de là à l'ex- 
térieur. 

Pour les Mollusques la larve présente bien un appareil 
d'excrétion semblable à celui des Vers plats; mais, chez 
eux. cette formation larvaire ne tarde pas à disparaître et 
se trouve remplacée finalement par un organe glandulaire 
plus ou moins ramifié qui met en communication directe 
la cavité générale avec l'extérieur. 

L'appareil d'excrétion, chez les mollusques adultes, 
prend le nom de corps ou organe de Bojanus. 

Cet organe est formé, d'une façon générale, demi ou 
deux sacs glandulaires suivant que l'on a affaire à des 
animaux symétriques ou non. 




Fig. S. — Appareil excréteur d'un Mollusque Gastéropode 
(Escargot). Bo, organe de Bojanus avec ses deux loges 
— c. e, canal excréteur; — o, orifice excréteur. 

Fig. 6. — Appareil excréteur d'un Mollusque Lamellibranclie. 
Bo, organe de Bojanus avec ses deux cavités, dont l'une 
communique avec le péricarde par un orifice interne, o, i, 
et l'autre avec l'extérieur par l'orifice o. e; — m. ad, muscle 
adducteur inférieur des valves. 

La cavité de ces sacs contient des replis plus ou moins 
nombreux destinés à en augmenter la surface interne, et 
par conséquent, à favoriser la fonction qu'ils ont pour 
but de remplir. 




Fig. 7. — Partie de l'appareil excréteur d'un Mollusque Cépha- 
lopode, v. c, veine cave ou sinus veineux ventral; — v. b, 
veines branchiales; r, — corps spongieux placés sur ces 
veines et faisant l'office de reins. 

Leur cavité est en communication directe d'une part, 
avec le péricarde, de l'autre avec l'extérieur par un ori- 
fice qui se trouve placé soit à côté de l'anus, soit dans le 
voisinage des pores génitaux. 

Chez les Arthropodes, la fonction rénale ne semble pas 
être dévolue à des organes bien spéciaux, au moins en ce 
qui concerne les formes inférieures, en particulier cbez 
les Crustacés. 

On a décrit cependant, chez tous ces animaux, des ap- 
pareils représentés, en général par des tubes plus ou 
moins contournés et compliqués et qui s'ouvrent en des 



points bien différents suivant les groupes que l'on con- 
sidère. 

Les Crustacés supérieurs (écrevisse, crabe) présentent, 
en effet, des sortes de sacs placés tout contre la partie 
antérieure de l'estomac et s'ouvrant chacun par un orifice 




■O.é 

Fig. 8. — Organe excréteur de l'Ecrevisse. gl. v, glande verte 
avec son double sac; — o. e, orifice externe. 

spécial situé à la base des antennes. A cause de leur cou- 
leur on leur a donné le nom de Glandes vertes. Ce sont là 
des appareils d'excrétion. 

Les crustacés inférieurs présentent aussi des tubes qui 
s'ouvrent en général à la base de la deuxième paire de 
mâchoires, et qui sont considérés comme des organes 
excréteurs. 

Mais, chez eux, le manteau est un puissant organe de 
dépuration. 

Les Insectes nous montrent, au point de séparation de 
l'estomac et de l'intestin proprement dit, une série de 
tubes dont le nombre peut du reste varier énormément, 
auquel on a donné le nom de tubes de Malpighi. ■ 

Ces tubes, en général très longs, terminés d'un côté en 
cul-de-sac et s'ouvrantde l'autre dans l'intestin, sont con- 
sidérés comme spécialement adaptés aux fonctions ré- 
nales. 

Chez les autres Arthropodes, il existe des organes sem- 
blables, mais qui, souvent, viennent s'ouvrir à la partie 
terminale de l'intestin. 

Dans les Echinodcrmes, il n'existe pas, à proprement 
parler, d'appareils excréteurs spécialisés. Il est probable 
que cette fonction importante est accomplie par un or- 
gane glandulaire en connexion avec l'appareil aquifère et 
qu'on appelle la glande ovoïde. 

Les organes excréteurs de Y Amphioxus sont repré- 
sentés par des séries de glandules situées de chaque côté 
du corps et s'ouvrant dans la cavité péribranchiale. 

Chez presque tous les vertébrés, l'appareil excréteur est 
intimement uni à l'appareil reproducteur. Il se présente 
sous trois formes bien différentes, et l'on a voulu établir 
un passage facile entre les appareils segmentaires des 
vers, par exemple, et l'organe rénal des poissons. 

Si, en effet, il existe une séparation nette entre les or- 
ganes excréteurs des invertébrés et ceux des vertébrés 
adultes, il n'en est plus demème si l'on étudie ces mêmes 
appareils chez les larves. 

Dans un embryon de Squale, l'appareil excréteur est 
en etl'et représenté par deux tubes latéraux qui reçoivent 
chacun sur son trajet une série de tubes qui s'ouvrent 
par un pavillon cilié dans l'intérieur de la cavité géné- 
rale, exactement comme les formations que nous avons 
décrites chez les Vers. 

C'est là un organe essentiellement transitoire et qui 
ne tarde, par conséquent, pas à être remplacé par un nou- 
veau système qui, celui-ci, deviendra définitif. 

L'appareil excréteur larvaire que nous venons de dé- 
crire n'est autre chose que le Pronéphros. Il ne se ren- 



180 



LE NATURALISTE 



contre à l'état adulte que chez l'Amphioxus et quelques 
poissons tout à fait inférieurs. 

Chez les autres Vertébrés, on voit bientôt apparaître 
un nouvel organe excréteur appelé Mésonéphros. 

Celui-ci est constitue par une série de canaux, s'ou- 




.t.M 




Fig. 9. — Organes génito-urinaires de la Grenouille o*- c - h 
corps jaunes; — l, testicules communiquant par de nom- 
breux conduits avec /',1e rein ; — c. W, canal de Wolff; c. M, 
canal de Muller atrophié. 

Fig. 10. — Organes génito-urinaires de la Grenouille 9- c - ji 
corps jaunes; — ou, ovaire sans relation de continuité avec 
le rein ou corps de Wolff, c. IV ; — c. W, canal de Wolff; 
— c. M, canal de Muller devenu l'oviducte. 

vrant dans la cavité générale à l'aide d'un pavillon cilié 
appelé néphrostome et, en même temps, à l'extrémité 
opposée dans un canal longitudinal qui n'est autre chose 
que celui qui servait de canal excréteur au Pronéphros. 

Ce rein secondaire change bientôt d'aspect et l'on 
voit les néphrostomes s'oblitérer en même temps que 
sur les canaux qui les portaient, il se forme des sortes de 
cupules à double paroi dans la concavité desquelles vien- 
nent se placer des ramifications artérielles qui se con- 
tournent énormément ou se divisent pour donner nais- 
sance à une veinule. Le tout forme des petits corps ar- 
rondis placés irrégulièrement, dans la masse de l'organe 
que l'on appelle les glomérules de Malpighi. 

Ce sont ces petites formations nouvelles qui préside- 
ront désonnais à la fonction excrétrice. 

L'ensemble de l'organe ainsi transformé prend le nom 
de corps deWolff, et le canal excréteur celui de canal de 

woiff. 

chez la plupart des vertébrés, le canal de Woolf se divise 
en deux, le second forme le canal de Muller. C'est ce 




Fig. 11. — Disposition des tubes urinifères fréquente chez les 
Poissons et les Amphibiens. gl. M, glomérule de Malpighi 
avec ses vaisseaux; — né, néphrostome s'ouvrant dans la 
cavité générale. 

rein secondaire qui deviendra chez le plus grand nombre 
des vertébrés intérieurs le rein définitif (poissons, amphi- 



biens, etc.), et le canal de Wolff deviendra alors l'uretère, 
tandis que le canal de Muller servira à l'évacuation des 
produits femelles et deviendra alors l'oviducte. 

Chez les Amphibiens, le canal de Wolff sert, en même 
temps à l'évacuation des produits mâles. 

Si l'on considère des Vertébrés plus élevés en orga- 
nisation, bientôt le mésonéphrose va disparaître 
ou tout au moins ne laissera plus que de simples 
vestiges sans fonctions, et l'on verra se produire, à la 
base du canal de Wolff, un diverticule qui produira une 
série de canaux très ramifiés et contournés sur lesquels 
apparaîtront, non plus des néphrostomes, mais seule- 
ment des corpuscules de Malpighi. 




Fig. 12. — Disposition des tubes urinifères chez les Mammi- 
fères, gl. M, glomérule de Malpighi ; — t. c, tubes contournés 
de Ferrein; — a. H, ansedeHenlc; — t. D, tubes droits de 
Bellini. 

Il se formera ainsi un amas glandulaire dont tous les 
tubes excréteurs se réuniront dans le canal commun 
primitif qui servira à l'évacuation des produits sécrétés. 

Cet organe nouveau constituera le rein définitif, et 
c'est à lui seul que sera désormais dévolue la fonction 
urinaire. 

La forme du rein est assez variable chez les Mammi- 
fères. Tantôt, il se présente sous une forme allongée et 
divisée en un certain nombre de lobes disposés plus ou 
moins régulièrement dans la cavité abdominale, et alors, 
chacun d'eux présente un canal excréteur propre, qui va 




Fig. 13. — Coupe longitudinale médiane d'un rein de Lapin. 
u, uretère ; — b, bassinet ; — c, calices ; — p. M, pyramides de 
Malpighi; — c. c, couche corticale du rein. 

bientôt se réunir à ses congénères du même côté pour 

former un canal évacuateur commun, débouchant, 

général directement, dans une poche située à la partie 

i antérieure du rectum et qui est, la vessie urinaire. 



LE NATURALISTE 



181 



Quelquefois même, le rein d'un côté du corps est 
atrophié et ne sert que peu ou point ;i la fonction uri- 
naire. 

Au fur et à mesure que l'on s'adresse à des Mammi- 
fères plus élevés, on voit les différents lobes du rein se 
rapprocher, se souder et bientôt ne plus former qu'une 
seule masse, sur laquelle les traces de division primi- 
tive ont complètement disparu ou ne sont plus représen- 
tes que par de très légers sillons. 

('liez l'homme, on ne trouve ces sillons que chez le 
jeune; mais chez l'adulte, il n'en existe plus trace. 

Le rein présente vaguement la forme d'un haricot. 
L'uretère qui en part est d'abord large, et n'est autre 
chose que le prolongement d'une cavité interne appelée 
bassinet. Celte uretère descend le long de la colonne ver- 
tébrale et va se jeter dans la vessie par sa face posté- 
rieure. 

L'urine ainsi accumulée est. ensuite rejetée à l'extérieur 
par l'intermédiaire d'un canal plus ou moins long qui 
est le canal de Yurèthre. 

Les produits de désassimilation rejetés à l'extérieur 
sont surtout représentés par de l'urée et de l'acide urique, 
et en plus petite quantité des poisons analogues aux 
alcaloïdes végétaux et qui sont très fortement toxiques, 
non seulement pour les animaux étrangers, mais aussi 
pour ceux qui les ont sécrétés. 

La préparation de ■ organes urinaires ne demande en 
général pas de dissections pénibles, et il est facile, le plus 
souvent, de les étudier tout simplement en ouvrant le 
corps de l'animal. 

Quant aux organes annexes, lorsqu'ils existent, comme 
ils sont presque toujours remplis par la sécrétion un- 
itaire, leur observation en est rendue ainsi extrêmement 
commode. Gruel. . 



QUELQUES REMARQUES 

SUR LÀ TRIBU DES ÀTEUCHITES 



Parmi les nombreux animaux que les Égyptiens avaient 
coutume de représenter dans leurs hiéroglyphes, le sca- 
rabée occupe une place très privilégiée : C'est ce Coléop- 
tère, bien connu de tout le monde, et qu'on rencontre 
communément l'été au milieu des matières stercoraires. 
La tête est divisée en avant en trois lobes aigus; le corps 
est oval, les pattes antérieures et postérieures sont denti- 
eulees; la forme générale est massive. La famille des 
Bcarabéides, qui comprend de nombreuses espèces, dif- 
férant entre elles par la couleur et les dimensions de 
leurs représentants, reste cependant assez nettement 
délimitée. Tous ses membres ont même genre de vie, 
mêmes pattes élargies, souvent garnies de pointes, même 
terminaison des antennes en massue à feuillets mobiles. 

L'espèce la plus répandue est celle des Coprites, ou 
Boursiers, qui vit au milieu de substances organiques en 
putréfaction, et rend de véritables services. Chez tous ses 
membres, le chaperon (1) est dilaté et séparé du front par 
une ligne visible de chaque côté. On peut les séparer en 
deux groupes : celui des ateuchites aux pattes posté- 
rieures allongées, aux jambes étroites, aux tarses grêles; 
et celui des coprites proprement dits, aux pattes posté- 

(1) Pièce située immédiatement au-dessus des organes buc- 
caux. 



Heures courtes, aux jambes robustes, aux tarses compri- 
més. Chez les uns comme chez les autres, les antennes 
étant terminées en massue et le labre et le lobe terminal 
des mâchoires étant membraneux, on voit que ces insectes 
ne peuvent se nourrir que de matières molles et peu sub- 
stantielles, ce qui explique le grand développement du 
tube digestif des Boursiers ou Coprophages. 

La tribu des Ateuchites a pour type le genre Ateuchus, 
très répandu dans tout le bassin de la Méditerranée, ca- 
ractérisée par l'absence de l'écusson et par les découpures 
du bord antérieur de la tête, qui est fort déprimé. 
h' Ateuchus sacré (Scarabcus sacer. Linné) est très commun 
dans la vallée du Nil, et même dans une grande partie de 
l'Afrique septentrionale, et de l'autre côté de la mer, en 
France, aux environs de Marseille, s'avançant même jus- 
qu'aux environs de Montpellier. Il est noir, mesure envi- 
ron trois centimètres de longueur, porte deux tubercules 
au-dessus de sa tête, et présente six lobes en avant de la 
région frontale. Le corselet est absolument lisse, mais les 
élytres sont faiblement striées; les pattes antérieures sont 
entièrement dépourvues de tarses; mais les jambes sont 
très robustes, aplaties et tranchantes, pouvant jouer alter- 
nativement le rôle, soit de pelle, soit de pioche. Les 
pattes postérieures sont d'une conformation normale. 
Elles sont très développées, légèrement arquées, et pour- 
vues de plusieurs épines. 

Aucune conformation ne saurait, mieux répondre aux 
besoins de cet insecte et à ses habitudes. L' Ateuchus, en 
effet, engourdi pendant les longs mois d'hiver, semble se 
ranimer aux premières tiédeurs du printemps, pour 
déployer une activité sans égale : il songe alors aux 
petits, et se met. en devoir de creuser le sol, pour y loger 
la sorte de boule qui les renfermera. A cet effet, il choisit 
un terrain sablonneux, incliné en pente douce, puis, faisant 
œuvre à la fois de son front et de ses pattes postérieures, 
il attaque le sol, repoussant derrière lui les matériaux 
excavés. Il a l'habitude de rouler son œuf dans des 
débris de toutes sortes, des graines non digérées, etc., 
jusqu'à ce qu'il ait obtenu une masse très sensiblement 
sphérique qu'il maintient entre ses pattes postérieures (1). 
Lorsqu'il est parvenu à ses fins, l'Ateuchus traîne la boule 
à reculons jusqu'à la fosse qu'il a creusée, et l'y fait 
rouler : puis il la recouvre avec des brindilles de toutes 
sortes, la protégeant ainsi contre tous les dangers qui 
pourraient la menacer. Alors, la larve se développe, trou- 
vant ainsi à sa portée tous les aliments nécessaires à sa 
subsistance, puis, peu à peu, se transforme en nymphe, 
au sein d'une coque constituée par de la terre et de 
menus débris. Enfin, l'insecte ne tarde pas à apparaître 
sous sa forme définitive. 

Nous avons dit que l'Ateuchus chemine à reculons, en 
traînant sa boule vers la fosse qu'il lui a laborieusement 
préparée : or, cet insecte étant assez lourd dans ses 
allures, il lui arrive encore, assez fréquemment, en pareil 
cas, de tomber, se renversant sur le dos, et laissant ainsi 
rouler son précieux fardeau. Cette situation critique ne 
le décourage point. Il parvient généralement, après de 
longs efforts, à se remettre sur ses pattes, puis, avec une 
pieuse persévérance, il cherche à relever son œuf, qui, 
généralement, a été rouler dans quelque ornière. Ses 
efforts ne sont-ils pas couronnés de succès, que le vail- 
lant animal, loin de se rebuter, va réclamer du secours 

(l) C'est à cette habitude qu'une espèce de Scarabée doit le 
nom de Scarabée pilulaire. 



182 



LE NATURALISTE 



dans le voisinage, secours qui ne lui est d'ailleurs jamais 
refusé. Là encore nous voyons l'animal donner à l'homme 
une leçon de générosité ! 

Il existe encore une variété d'Ateuchus. se rapprochant 
beaucoup de l'Ateuchus sacré, mais présentant îles teintes 
vertes à reflets métalliques. M. Caillaud (de Nantes) en a 
trouvé un échantillon sur les bords du Nil, en 1819, clans 
son voyage à Méroé. 

En Europe, les espèces du genre Ateuchus sont assez 
nombreuses, mais toutes de couleur sombre et sans éclat. 
Tels sont l'Ateuchus semi-ponctué, ï Ateuchus à large cou 
et V Ateuchus cicatricosus, dont, seule, la femelle est chargée 
de rouler les boules, sous la surveillance du mâle. 

Enfin, la tribu des Ateuchites comprend un autre genre, 
celui des Gymnopleures, insectes noirâtres, aux élytres 
brusquement rétrécies en avant, et qui laissent le pre- 
mier arceau ventral en partie à découvert. L'Ateuchus 
pilulaire est très commun aux environs de Lyon et 
l'Ateuchus flagellé vit dans le midi de la France et aux 
environs de Paris. 

Les Sisyphes sont presque constamment occupés à 
rouler des boules, ce qui leur a valu leur nom : leurs 
pattes postérieures sont à cet effet recourbées en crochets. 
On rencontre couramment aux environs de Paris le 
Sisyphe de Scliwffer (ou Boursier-araignée), de couleur noi- 
râtre, et ne mesurant pas plus de neuf millimètres de 
longueur. 

Tous les Ateuchites devraient être respectés des 
paysans, car ils ne s'attaquent jamais qu'à des matières 
en putréfaction et aident singulièrement à la dissémina- 
tion des graines des céréales. 

Paul Jacob. 



ANIMAUX 

Mythologiques, légendaires, historiques, illustres, 

célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence, 

d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement, 

de reconnaissance, etc. 

Bœuf. — Le bœuf était jadis très vénéré, à cause 
des grands services qu'il rend à l'agriculture. Pline et 
Valère Maxime racontent qu'un homme fut banni pour 
avoir tué un bœuf avec l'intention de le manger. 

L'antiquité égyptienne nous montre le bœuf Apis, que 
l'on consultait comme un oracle. 

Dans son Histoire des animaux (livre III, ch. ix, § 5), le 
vieil Aristote — qui en raconte parfois de navrantes — 
nous du que « en Phrygie et dans d'autres contrées, 
des bœufs font mouvoir leurs cornes comme leurs 
oreilles ». 

Pline (Uist. naturelle, liv. VIII, ch. xxx, §2) nous dé- 
clare que l'Ethiopie produit des bœufs pareils à ceux de 
l'Inde, a une corne et à trois cornes. Il dit encore (liv. VIII, 
ch. xxx, § d) qu'on trouve dans l'Inde des bœufs dont la 
corne n'est pas fendue; et (VIII, LXX, § 7) que « les an- 
ciens ont souvent inscrit parmi les prodiges qu'un bœuf 
a parlé; à cette nouvelle, le Sénat avait coutume ('.) de 
tenir séance en plein air ». 

Annibal, serré de près dans les montagnes par Fabius 
Maximus, serait mort de faim avec son armée dans ce 
traquenard, s'il n'avait eu l'idée d'attacher des fagots aux 
cornes de 2,000 bœufs, d'y mettre le l'eu, et de chasser 
ces animaux dans le camp romain. 



Vespasien, n'étant encore que chef de quelques légions 
romaines, vit soudain un bœuf faire irruption dans sa 
chambre pendant qu'il soupait, et s'abattre à ses pieds. 
Un augure perspicace considéra ce fait comme un pré- 
sage d'élévation à l'empire, ce qui se réalisa quelque 
temps après. 

Nous, modernes, nous avons le bœuf gras. J'allais ou- 
blier la bonne vache Brunon, que le cygne de Cambrai 
ramena un soir par le licou à ses pauvres maîtres, dé- 
solés de sa fuite. 

On connaît le taureau d'airain dans lequel le tyran 
d'Agrigente Phalaris faisait passer ses victimes à l'état 
de daube. 

Pasiphaë, l'épouse du sage roi Minos, flirta avec un 
taureau blanc sorti de la mer par ordre de Neptune. 

Jupiter prit la forme d'un taureau pour séduire la belle 
Europe. 

Le même Vieux Marcheur transforma en vache la 
nymphe Io, pour la dérober aux regards soupçonneux 
de Junon. (Ils allaient bien, là-haut, à cette divine 
époque !) 

Le taureau est l'attribut de Jupiter, d'Europe, de Pasi- 
phaë, de Cadmus, de sainte Brigitte, de saint Luc, de 
sainte Pélagie et de saint Saturnin. 

Brochet. — Ce poisson a souvent fait parler de lui : 
« J'ai vu, dit Johnston, un grand brochet qui en contenait 
un autre plus petit dans son ventre, et celui-ci contenait 
lui-même un gros rat d'eau. » 

En 1497, on en prit un à Kaiserslautern qui avait environ 
six mètres de long et pesait 350 livres. Il avait au nez 
un anneau d'or sur lequel étaient gravés ces mots : Je 
suis le premier poisson qui ait été mis da7is cet étang, et 
j'y ai été mis de la main de l'empereur Frédéric H, le 5 oc- 
tobre 1230. 

Il y en avait un au vivier du Louvre, du temps de 
Charles IX, qui, lorsqu'on criait « Lupule! Lupule' » se 
montrait et venait prendre le pain qu'on lui jetait. 

Caille. — Les anciens disaient que Jupiter avait re- 
vêtu l'apparence d'une caille pour faire un doigt de cour 
à Latone, dont il eut d'ailleurs Diane et Apollon. Ils ajou- 
tent que l'odeur particulière de cet oiseau, ayant rendu 
la vie à Hercule, tué par Typhon, il lui fut consacré. 

L'empereur Auguste faillit mourir de chagrin lors- 
qu'on lui annonça qu'une caille qu'il affectionnait venait 
de mourir. 

Pline (Hist. nat., X, xxxi, § 1) dit « qu'elles ne sont 
pas sans danger pour les navigateurs quand elles appro- 
chent de la terre, car elles arrivent en masses formida- 
bles sur les voiles, la nuit surtout, et submergent le na- 
vire. » Plus loin (X, XXXIII, § 4), il nous apprend que 
« les cailles se plaisent surtout à manger la graine d'une 
plante vénéneuse; aussi les a-t-on bannies de la table; 
ce qui excite aussi contre elles de la répugnance, c'est 
l'épilepsie, à laquelle elles sont seules, avec l'homme, su- 
jettes parmi les animaux ». 

On apprend à tout âge. 

En raison des aptitudes spéciales de cet oiseau (d'où 
le proverbe : chaud comme une caille), les Romains 
croyaient fermement que sa présence dans une chambre 
à coucher était d'un heureux augure pour l'épouse. 

En raison aussi du détestable caractère des mâles, qui 
ne peuvent se souffrir, ces oiseaux étaient du nombre de 
ceux que faisaient combattre publiquement les anciens, 
et il fallait qu'ils fussent en grande vénération chez les 
Romains, puisque Auguste punit de mort un de ses inten- 






LE NATURALISTE 



183 



dants d'Egypte, pour avoir acheté et fait servir sur sa 
faille une caille qui avait acquis de la célébrité par ses 
victoires. 

Astérie, sœur de Latone, et Latone elle-même, dit-on, 
Turent métamorphosées en cailles. 

(A suivre.) E. S. de Riols. 



FOSSILES FRANÇAIS 



LES HUITRES 

Les huîtres sont des mollusques pélécypodes, dont on 
ave les débris depuis le Muschelkalk. 

La coquille est de structure lamelleuse, inéquivalve 
fixée sur la valve gauche, il n'existe pas de dents à la 
charnière. L'impression musculaire est unique et l'im- 
pression palléale n'est pas distincte. Il n'y a pas de 
nacre à l'intérieur bien que quelques huîtres semblent 
nacrées. 



On a divisé le genre Ostrea en 4 sous-genres. 

Ostrea (Morch 1833). 

Alectryonia (Fischer de Waldheim 1807). 

Gryphea (Lamach 1801). 

Exogyra (Say 1819). 

I Ostrea. — Coquille irrégulière fixée sur la valve gauche 
qui est très profonde et très lamelleuse, la valve droite 
est plus plate et souvent ne présente pas de stries ou de 
côtes rayonnantes. Elles apparaissent depuis l'époque 
secondaire jusqu'à l'époque actuelle. Ex. : 0. Deltoidea 
Sow. Humméridgien, 0. Vesicularis Sénonien, 0. Lon- 
girostris, Lk. Stampien, O. Cyathula Lk, Stampien. 0. 
Crassisima Ilelvétien, 0. Eclulis actuel. 

II. Alectryonia. — La coquille est allongée, souvent 
contournée, la charnière courte et le crochet peu appa- 
rent. Les valves ont à peu près la même longueur, les 
bords sont dentés, anguleux et s'emboîtent l'un dans 
l'autre. Ces formes commencent à apparaître dans le 
Trias, et vont jusqu'au tertiaire. Ex. A Montiscaprilis. 
Trias, A. gregaria Sow. Oxfordien. A. carinata Lk Sé- 





Fig. 1. — Ostrea lonarirostris. 



Fig. 2. — Alectryonia subcrcnata, 



noiiien. A. frons Sénonien. L'A. carinata a été trouvée 
à Madagascar. 

III. Gryphea. — La valve gauche très bombée forme 
un crochet saillant qui se recourbe sur la valve droite 
qui est plane. Ce sous-genre va du Lias au Crétacé, et, à 
mesure que l'on avance vers des époques plus récentes. 
les gryphées vont en s'élargissant. Ex. : G. arcuata Lk 
Sinémurien, J. cimbium Lk Lias, J. Dilatata Sow. Ox- 
fordien. 

IV Exogyra. — La coquille inéquivalve, à la valve 
gauche concave et épaisse, la valve droite est aplalie et 
operculiforme. Le sommet des deux valvesestenroulé. On 
trouve les Exogyrcs dans le> terrains Jurassiques et Cré- 




Fig. 3. — Gryphaea arcuata 



184 



LE NATURALISTE 



tacés. Ex.: E. Virgula Defr. Kimméridgien, E. Coulin 
Defr. Néocomien, E. aquilaBrong. Aptien, E. Flabcllata 
Cénomanien, E. columba Turonien. 




Fig. 4. — Exogyra subseimata. 

A côté des huîtres, l'on peut placer le G. Pernostrea 
qui tient à la fois des Inocerames et des huîtres et qui 
provient du Oallovien. 

E. Massât. 



DESCRIPTION DE COLÉOPTÈRES ÏODVIAÏX 



Walcsius. Tarses à derniers articles petits, le pénul- 
tième non dilaté, à peine lobé. Antennes fortes, très 
épaisses à partir du 3 e article, 4 e et 7 e un peu dentés, 
en dehors, surtout chez cf. Palpes légèrement triangu- 
laires. Yeux très gros, saillants, échancrés. Mesostemum 
terminé en arc de cercle et rehordé en avant. Taille 
avantageuse. Walesius est une coupe nouvelle générique 
ou au moins sous-générlque à placer entre Anlhicus et 
Tanarthrus. Paraît différer des Anthicus par le pénul- 
tième article des tarses non élargi en étant caractérisé à 
première vue par les antennes épaisses et la taille rela- 
tivement grande. 

Walesius Theresse . Allongé, entièrement brun, peu bril- 
lant, moins la majeure partie des antennes et les yeux 
murs, pubescence mi-dressée, jaunâtre, courte avec quel- 
ques Longs poils clairs dressés. Tète longue, en cône 
arrondi en arrière, à granulation fine et dense. Antennes 
dépassant la hase du prothorax, 1res fortes, noires avec 
[es 2 ou 3 premiers articles et la terminal rembrunis: 
1er article épais, 2 e court et transversal, 3 e assez long, les 
suivants plus courts, avec le pénultième très transversal. 
le dernier plus Long, en pointe émoussée. Prothorax long, 
orné d'un étranglement bien net près de la base, celle-ci 
élargie, à peine élargi et arrondi en avant, à ponctuation 
assez forte, rapprochée, Ecusson triangulaire. Elytres 
assez élargis présentant leur plus grande largeur après 



le milieu, à dépression transversale posthumérale peu 
marquée, épaules droites, présentant une impression 
antérieure, extrémité obliquement arrondie; ponctuation 
fine, peu écartée. Pattes courtes, assez fortes; tarses 
minces à derniers articles très petits. Pygidium non 
saillant. Long. 6 mill. N.-S. Wales en Australie. 

Cette espèce remarquable quant à sa forme générale, 
rappelle un peu Anlhicus longicollis. Schmt. 

Scraptia punctata. D'un testacé brillant, un peu convexe 
et assez allongé; pubescence grisâtre, longue, mi-cou- 
chée. Tète tronquée en arrière, convexe, courte, dépri- 
mée entre les antennes, à ponctuation pustulifère forte, 
rapprochée. Antennes à premiers articles clairs, les sui- 
vants obscurcis; articles allongés avec antennes plus 
courtes chez 9 • Prothorax transversal, presque arrondi 
en arc en avant, sinué sur la base qui est flanquée d'une 
impression basale de chaque côté, à ponctuation pustu- 
lifère peu forte, rapprochée. Ecusson large, en demi- 
cercle, à ponctuation pustulifère fine. Elytres convexes, 
un peu atténués à l'extrémité, à ponctuation irrégulière, 
très forte. Pattes grêles 9; un peu moins allongées. 
Long 2 1/2 mill. Le Cap. 

Espèce remarquable par sa ponctuation. 
(A suivre.) 

Maurice Pic. 



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téristes du Midi, de l'Est et du Nord pour échanges. 

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niques employer le nouveau cartable Gillot,très pratique] 
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temps de presse ou cartable. 

Le Gérant: Paul GROULT. 

Paris. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17. 



18« A.NNÉE 



2 e SÉRIK — IV S* Y 



15 AOUT 189G 



LES F-HOSF-HA/TJSS 

DU GRAND-CONNÉTABLE 



On a découvert à la Guyane, dans l'île du Grand-Con- 
nétable, d'épaisses accumulations de phosphates miné- 
raux dont le laboratoire de géologie du Muséum a reçu 
de nombreux échantillons. Ce qui les signale tout 
de suite à l'attention, c'est qu'au lieu de consister en 
phosphate de chaux ils sont formés surtout de phosphate 
d'alumine. 

L'analyse d'une variété moyenne a donné : 

Acide phospborique 39 . 85 

Oxyde de fer et alumine 32.53 

Eau combinée 20 . 47 

Humidité 2.38 

Rendu insoluble 4.77 

100.00 

On ne trouve pas ou presque pas de chaux. 

A ce titre ils ont provoqué certaines résistances chez 
les agriculteurs disposés à croire que le phosphate d'alu- 
mine ne saurait rendre les mêmes services agricoles que 
la phosphorite. Mais on a fait des expériences dont le 
résultat ne saurait être développé ici et à la suite des- 
quelles le commerce a définitivement accepté la nouvelle 
substance. 

Le point sur lequel je désire, appeler l'attention de nos 
lecteurs est, d'ailleurs, tout à fait différent, et concerne 
1rs caractères intimes des phosphates du Grand-Conné- 
table et l'opinion qu'on peut se faire de leur origine et de 
leur mode de formation. 

Les analyses montrent d'abord que la substance est très 
hétérogène et la proportion de^ses constituants varie 
d'un point à l'autre dans de larges limites. Il faut noter 
la présence de la silice hydratée qui parfois, à l'état d'o- 




Fig. 1. — Phosphate d'alumine concrétionné du Grand-Conné- 
table. 1/2 grandeur naturelle. 

pale, l'ait seule ou presque seule des masses assez volu- 
mineuses. Un deuxième caractère c'est l'état coucré- 
Le Naturaliste, 46, rue du Bac, Paris. 



tionné du minéral. La figure 1 montre bien ce dont il 
s'agit : on y voit l'aspect offert par une fracture au tra- 
vers d'un bloc. La région centrale d'aspect d'albâtre est 
presque entièrement à l'état d'opale ; mais autour sont 
des revêtements concentriques de phosphates d'alumine, 
à teneurs diverses et dont les nuances rosées trahissent l'i- 
négale richesse en oxyde de fer et autres matières 





Fig. 2. — Phosphate d'alumine du Grand- Connétable ; portion 
scoïdale, grosseur de 60 diamètres lumière potassée. 

Dans la figure. 2 on voit très nettement, dans une lame 
mince placée sous le microscope, entre les nichols croi- 
sés, les propriétés caractéristiques des substances col- 
loïdales au premier rang desquelles mérite de figurer 
l'opale. Des croix noires tournantes signalent les glo- 
bules constitutifs dépourvus d'ailleurs de toute structure 
cristalline. 

Dans une dernière figure (fig. 3), on a, sous le même 
grossissement, représenté la manière d'être de beaucoup 
de parties phosphatées où les parties cristallines abon- 
dent et, en outre, on voit se multiplier un accident très 
singulier et dont nos lecteurs ont eu naguère les analo- 
gues. Il s'agit de parties fusiformes ou scaphoïdes cons- 
tituées par un minéral fibreux et dont les fibres sont 




Fig. 3. — Bacillarites dans le phosphate du Grand Connétable 
60 diamètres. 

transversales. L'aspect de ces corps singuliers est iden- 
tiquement celui que, déjà, j'ai signalé ici même dans la 
problématique météorite de Grazac (1), et qui coïncide 
avec les Bacillarites, de Studer, que M. Grand'Eury 
avait antérieurement signalées dans certaines couches 

(1) Le Saturalisle du 1" avril 1889. 



isr» 



LE NATURALISTE 



de tiens du terrain houiller de la Loire. Dos minéralo- 
gistes ont décrété qu'il ue s'agit pas de formes organiques 
parce que le minéral incrustant esl chuimpement défini, 
sans s'apercevoir qu'ils raisonnaient comme on forait en 

Misant que tel tronc fossilise n'est pas d'origine végétale 

parce que sa substance esl maintenant de ta silice cm 
même du quartz, ou que le tes! dos Cardinia de Tfaoste 
(Côte-d'Or) n'est pas non plus nu fossile parce qu'il est. 
entièrement Formé d'oligiste rhomboédrique. En tous cas 
la découverte renouvelée encore une fois de ces curieux 
accidents et dans un gisement où les organismes infé- 
rieurs pullulent méritait d'être signalée : en comparant 
a la figure actuelle le portrait du Bacillarites amphioxus 
on se sentira certainement édifié. 

[{este à s'imaginer comment le phosphate d'alumine a 
pu prendre naissance au Grand-Connétable; et ici dos 
expériences de laboratoire viennent cadrer avec dos ana- 
lyses pour faire conclure que le minerai étudie résulte do 
la transformation d'une substance préexistante. Cotte 
substance est du phosphate d'ammoniaque ou du moins 
nu phosphate renfermant de l'ammoniaque; ragent mo- 
dificateur peut être un composé aiumineux : un argile ou 
un schiste de composition convenable, peut-être une 
hauxito(l). l'ar leur contact mutuel dans dos conditions 

favorables et surtout à la faveur du temps,. ces deux com- 
poses donnent naissance à un phosphate d'alumine, 
Stable et à un dégagement d'ammoniaque. Avec l'argile 
il y a élimination de silice qui se concrète sous la forme 
hydratée. Los microbes qui accompagnent! après l'avoir 
déterminée, la décomposition dos matières animales, pa- 
raissent jouer la un rôle et la formation du sol a paru plus 
rapide en présence de liquides organiques. 

Si l'on suppose que sur le sol argileux du Grand-Conné- 
table îles oiseaux de nieraient, à une époque reculée, ac- 
cumulé du guano, la fermentation de celui-ci a dé- 
terminé la production du minéral que nous signalons et 
qui diffère si complètement dos phosphates Ac> iles de 

( luiicha et des localités analogues. 

Il y a là, connue on le voit, font un ensemble de faits 
qui viennent compléter les éludes de M. Armand Gau- 
tier sur la ininervite et qui contribuent à la connaissance 
de ces minéraux si remarquables dont la phosphorite est 
le type le plus connu. 

Stanislas MEI'NIEB 



ANIMAUX 



Mythologiques, légendaires, historiques, illustres, 

célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence, 

d adresse, de courage, de bonté, d'attachement. 

de reconnaissance, etc. 



Canard. — Quelques-uns de ces animaux — qu'on 
.mue assez, à voir entourés de petits pois — se liront re- 
marquer par une intelligence particulière, lïrôyille parle 

t\f l'un d'eux, vivant dans une bonverio pleine tic bêtes 
a cornes, et jouant d'une façon comique a\ec un gros 
chien noir et, nue grande levrette qui gardaient ces pai- 
sibles animaux (2). 

t J'ai .signale il y ;i déjà bien longtemps, l'existence de la 
luuxite à la Guyane; Comptas ie. nlus de l'Académie des 
Sciences, Béante du 26 février IS72. 
(2) Histoire des chiens célèbre*, 18:i : i, in-12. 



("est surtout le chien noir qu'il aimait. Quand celui-ci 
poursuivait la levrette, dans leurs jeux, le canard se 
mettait do la partie et la poursuivait aussi ou sonnant 
une fanfare éclatante: dans le cas contraire, il se jetait 
sur la levrette pour entraver sa course, et faisait un hor- 
rible vacarme pour déconcerter l'assaillante do son ami. 
11 passait dos heures entières sur le dos du chien. Quelque 
bruit imprévu se faisait-il entendre, ou quelque autre 
motif attirait-il le chien dans la rue, le canard ne lâchait 
pas sa monture; au contraire, saisissant avec son large 
bec une touffe de poils, il s'y tenait aussi ferme qu'un 
habile écuyer. 

Quant au chien, s'il ne voyait pas son canard, il se 
montrait tout inquiet, et il rôdait çà et là, en compagnie 
de la levrette, jusqu'à ce qu'ils l'eussent trouvé : c'était 
alors un chœur do joyeux aboiements et de couins couins 
à n'en plus finir. 

Faut-il ajouter que le nom de ce palmipède est pris 
dans une foule de circonstances et d'acceptions? — C'est 
d'abord le type du mari fidèle, car on a remarqué que les 
couples aiment singulièrement à aller do compagnie. 

Canard ensuite, un morceau de sucre trempé dans du 
café; canard, un journal; canard, dans un journal, une 
nouvelle à sensation inventée par un reporter aux abois; 
canard, la fausse note d'un chanteur; canard, ces pla- 
cards que l'on crie de temps en temps dans les rues pour 
annoncer le prétendu suicide do l'actrice en vogue, ou 
l'arrestation du ministre qui a cessé de plaire à la ca- 
naille, etc., etc. 

Carpe. — liullbn a fait une réputation à celles qui 
vivaient chez le comte de Maurepas, dans les fosses de 
son château de Pontchartrain ; elles avaient au moins 
150 ans, et trois d'entre elles, Amphitrite, Triton et JV«ïs, 
se faisaient remarquer par une vive intelligence. A l'appel 
de leur nom, elles accouraient aussitôt. La première était 
gourmande, et mangeait parfois le pain qu'on jetait aux 
autres: on la punissait alors par quelques mots : Allez, 
Amphitrite! allez, allez, vilaine!... Et la carpe, grosse 
comme un bébé, s'enfonçait soudain au fond de l'eau: 
puis, quand on disait : Amphitrite. venez, ma fille! allons, 
venez! elle revenait toute joyeuse et donnait des coups de 
queue en signe de joie. 

Castor. — D'après Pline {Mat. nat., VIII, xlvii, s; 1 
et XXXII, XIII, S lj, « les castors du l'ont se châtrent 
eux-mêmes quand h' péril les presse, car ils savent 
qu'on les poursuit pour leur castoréutn ». Us étaient jadis 
plus intell